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Full text of "L'Astronomie : revue mensuelle d'astronomie populaire, de météorologie, de physique du globe et de photographie céleste"

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at|http  :  //books  .  google  .  corn/ 


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L'ASTRONOMIE. 


ŒUVRES  DE  CAMILLE  FLAMMAWON 


OUVBAOR    COURORNt    PAR   L'ACADtMII    FRANÇAISB 

ASTRONOMIE  POPULAIRE 

Exposition  des  grandes  découvertes  de  l'Astronomie  moderne;  1  vol.  gr.  in-8*,  illustré 
de  360  figures,  planches  et  chromolithographies,  boixante-dixiéme  mille.  12  fr. 

LES  ÉTOILES  ET  LES  CURIOSITÉS  DU  CIEL 

Supplément  de  l'  «  Astronomie  populaire  » 

Description  complète  du  Ciel,  étoile  par  étoile,  constellations,  instruments,  Catalogues,  etc. 
1  vol.  gr.  in-8%  illustré  de  400  figures,  cartes  et  chromolithographies.  Quarantième  mille.  10  fr. 

LES  TERRES  DU  CIEL 

Voyage  sur  les  planètes  de  notre  système  et  description  des  conditions  actuelles  de  la  vie 

à  leur  surface.  1  vol.  grand  in-8*, 

illustré  de  photographies  célestes,  vues  télescopiques,  400  figures.  QuaraTt/iéme  mille.  10  fr. 

LA  PLURALITÉ  DES  MONDES  HABITÉS 

Au  point  de  vue  de  l'Astronomie,  de  la  Physiologie  et  de  la  Philosophie  naturelle. 

32«  édition,  l  vol.  in-12.  3  fr.  50 

Le  même  ouvrage,  édition  bijou  :  4  fr. 


LES  MONDES  IMAGINAIRES  ET  LES  MONDES  RÉELS 

Revue  des  théories  humaines  sur  les  habitants  des  astres. 
20*  édition.  1  vol.  in-12.  3  fir.  àO. 


HISTOIRE  DU  CIEL 

Histoire  populaire  de  TAstronomie  et  des  différents  systèmes  imaginés  pour  expliquer  l'Univers 
4«  édition.  1  vol.  gr.  in-S,  illustré.  9  fr. 

RÉCITS  DE  L'INFINI 

Lumen.  —  Histoire  d'une  &me.  -^  Histoire  d'une  comète.  —  La  vie  universelle  et  éternelle. 
10*  édition,  i  vol.  in-i2.  3  fr.  50. 


DIEU  DANS  LA  NATURE 

Ou  le  Spiritualisme  et  le  Matérialisme  devant  la  Science  moderne. 
20*  édition.  1  fort  vol.  in- 12,  avec  le  portrait  de  l'auteur.  4  fr. 

CONTEMPLATIONS  SCIENTIFIQUES 

Nouvelles  études  de  la  Nature  et  exposition  des  œuvres  éminentes  de  la  Science  contemporaine 

4«  édition.  1  vol.  in-12.  3  fr.  50. 


VOYAGES  AÉRIENS 

s  scientifiques  en  b{ 
1  vol.  in-12.  3  fr.  50. 


Journal  de  bord  de  douze  voyages  scientifiques  en  ballon,  avec  plans  topographiques. 

'      *.  in-12.  3  fr.  "^ 


LES  DERNIERS  JOURS  D'UN  PHILOSOPHE 

PAR  SIR  HUMPHRY  DAVY 
Ouvrage  traduit  de  l'anglais  et  annoté,  i  vol.  in-12.  3  fr.  50. 


ÉTUDES  SUR  L'ASTRONOMIE 

contemporaine,  recherches 
9  vol.  in-i2.  Le  vol.  2  fr.  50. 


Découvertes  de  l'Astronomie  contemporaine,  recherches  personnelles  de  l'auteur,  etc. 

"  M.  m  "*  ' 


ASTRONOMIE  SIDÉRALE:  LES  ÉTOILES  DOUBLES 

iples  en  mouvement,  contenant  les 
des  mouvements.  1  vol.  gr.  in-8.  8  fr. 


Catalogue  des  étoiles  multiples  en  mouvement,  contenant  les  observations  et  l'analyse 
des  '      '         '    " 


LES  MERVEILLES  CÉLESTES 

la  jeunesse.  89  s 
1  vol.  ln-12.  2  r 


Lectures  du  soir  à  l'usage  de  la  jeunesse.  89  grav.  et  3  cartes  célestes  (38*  mille). 
*      •  ■     --«  iTr.'ih. 


PETITE  ASTRONOMIE  DESCRIPTIVE 

Pour  les  enfants,  adaptée  aux  besoins  do  l'enseignement  par  C.  Delon.  100  flg.  i  fr.  25. 

GRANDE  CARTE  CÉLESTE 

Contenant  toutes  les  étoiles  visibles  à  l'œil  nu,  étoiles  doubles,  nébuleuses,  amas,  etc. 
Grand  format  :  l'",20  sur  0-,90.  Prix  .  6  fr.,  collée  sur  toile  :  12  fr . 

GLOBE  DE  MARS 

Construit  d'après  les  dernières  observations.  Prix  :  4fr.  ;  franco,  5  tr. 


REVUE 


D'ASTRONOMIE 

POPULAIRE, 

DE  MÉTÉOROLOGIE  ET  DE  PHYSIQUE  DU  GLOBE, 


LES    PROGRES    DE    LA    SCIENCE    PENDANT    L   ANNEE; 
PUBLIÉE   PAR 

CAMILLE  FLAMMARION, 

AVEC   LE   COKCOUSS  DBS   PRINCIPAUX   ASTRONOMES   FRANÇAIS   ET    ETRANGERS 


QUATRIÈME  ANNÉE,  1885, 

Illustrée  de  IGO  flgures. 


PARIS, 

6AUTHIER-VILLARS,  IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DE    l'observatoire    DE    PARIS, 
Quai  des  Augustins,  55. 

1"  Jauvior  1886. 


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La  Revue  parait  mensuellement,  par  fascicules  de  40  pages,  le  1"'  de  chaque  Mois. 
Elle  est  publiée  en  volume  &  la  fia  de  chaque  année. 


Prix  de  l'abonnement  : 

Paris  :  12  fr.  —  Départements  :  18  fr.  —  Étranger  :  14  fr. 

(  L'abonnement  ne  se  prend  que  pour  un  an,  à  partir  du  !•'  janvier.; 

Prix  du  Numéro  :  1  Ar.  80  c.  chez  tous  les  Libraires  • 

Prix  des  années  parues  : 

Tome  I.  1882  (10  N"  avec  135  figures).  —  Broché  :  10  fr.  Relié  avec  luxe  :  14  fr 

Tome  II.  1883  (12  N"  avec  172  figures).  —  Broché  :  12  fr.  Relié  avec  luxe  :  16  fr. 

ToMEllI.1884  (12  N"  avec  172  figures).  —  Broché  :  12  fr.  Relié  avec  luxe  :  16  fr. 

Tome  IV.  1885  (12  N"  avec  160  figures).  —  Broché  :  12  fp.  Relié  avec  luxe  :  16  fr. 

Un  cartonnage  spécial,  pour  relier  tous  les  volumes  uniformément,  est  mis  à  la  disposition  des 
abonnés,  au  prix  de  2''-,  50. 


4"  Année. 


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N»  1. 


nvier  1885. 


REVUE  MENSUELLE 

D'ASTRONOMIE  POPULAIRE 

DE  MÉTÉOROLOGIE  ET  DE  PHYSIQUE  DU  GLOBE, 

DOlClfANT    LB    TABLEAU   PBBMANBNT    DBS   DiCOUVBBTBS   BT    DBS    PROGRilS   RtALXSâft 
DANS    LA    CONNAISSAlfCB    DB    L'UNIVBRS 

PUBLIEE    PAR 

CAMILLE  FLAMMARION, 

AVBC  LB  CONCOURS  DBS 

PRINCIPAUX  ASTRONOMES  FRANÇAIS  ET  ÉTRANGERS 


CE  NUMÉRO  REMPLACE 
L'ALMANACH  ASTRONOMIQUE  FLAMMARION 

QUI  A  CESSÉ  DE  PARAITRE. 

Il  contient  VAnnusAve  astronomique  pour  Tannée  1885,  l'Agenda  des  observateurs 
pour  tous  les  jours  de  l'année,  les  cartes  des  mouvements  des  planètes, les  aspects 
du  ciel,  occultations  d'étoiles  par  la  Lune,  conjonctions,  rapprochements,  étoiles 
variables,  etc.,  en  un  mot  tout  ce  qui  concerne  Tétudo  pratique  du  ciel. 


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PARIS- 

GAUTHIER-YILLARS,  IMPRIHEUR-LIBRAIRË 

DE    l'observatoire    DE    PARIS, 
Quai  des  Augustins,  55. 


1885 


SOMMAIRE  DD  N»  i   (JANVIER  4885). 

Annuaire  astronomique  pour  l'année  1886,  par  M.  C.  Flammarion  (10  flgures).  —  L.*éclipse 
de  Lune  du  4  octobre,  résultats  des  observations  (2 flgures).  —  Nouvelles  delà  Science. 
Variétés  :Lo tremblement  de  terre  du  27  novembre.  Ombres  observées  sur  le  Soleil,  par  M.  Lan- 
DEhER  (1  figure).  Phénomène  observé  sur  uue  tache  solaire.  Tué  par  un  aérolithe.  La  direction 
des  ballons.  —  Observations  astronomiques,  par  M.  £.  Vimont  (2  figures). 


ARTICLES  SOUS  PRESSE 

POUR  ÊTRE  PUBLIÉS  DANS  LES  PROCHAINS  NUMÉROS  DE  LA  REVUE. 

AMAT.  -^  Construction  des  cadrans  solaires. 

BBAUVAL.  et  GALLY.  —  Eclipses  de  Soleil  et  de  Lune  qui  arriveront  de  Tan  1886 
àranSOOO. 

DETAILLE.  —  L'Astronomie  des  anciens  Eeryptlens. 

ERICSON.  ~  Nouvelle  mesure  de  la  température  du  Soleil. 

FENET.  —  Amas  d'étoiles  et  nébuleuses. 

FLAMMARION.  —  Le  premier  méridien  et  l*heure  universelle.  —  Orisrine  des  constel- 
lations. —  L'Univers  antérieur.  —  Le  point  fixe  dans  l'Univers.  —  Les  mouvements 
propres  des  étoiles.  —  L'origine  et  la  lin  des  mondes. 

GÉRIONT.  —  L'hypothèse  de  Laplace.  —  Les  Instruments  méridiens. 

MATUIESEN  (colonel).  —  Les  marées  et  le  mouvement  de  la  Terre. 

MOUCHEZ  (amiral).  —  L'Observatoire  de  Paris  en  1884. 

Prince  PONIATINN.  —  Archéologie  astronomique. 

ROSSI  DE  GlUSTINIANI.  —  L'Astronomie  des  anciens  philosophes  grecs. 

VAN  SANDTGK*  —  L'Astronomie  chez  les  Javanais. 

VIMONT.  ^  Instructions  pour  l'usage  des  instruments. 

yoUNG.  —  Les  problèmes  actuels  de  l'Astronomie. 


PRINCIPAUX  ARTICLES  PUBLIÉS  DANS.LA  REVUE. 

A.  D'ABBADIE,  de  l'Institut.  —  Choix  d'un  premier  méridien. 

ARAGO  (V.).  —  Le  soleil  de  Minuit. 

BERTRAND  (J.),  de  l'Institut.  —Le  satellite  de  Vénus. 

BOâ  (A.  De),  astronome  à  Anvers.  —  L'Etoile  polaire. 

DAUBRÉÎE,  Directeur  de  l'Ecole  des  mines.  —  Les  pierres  tombées  du  Ciel. 

DENNING  (A.),  astronome  &  Bristol. —Observations  télescoplqaes  de  Jupiter,  de  Vénus, 
de  Mercure. 

DENZA  (P.),  Directeur  de  l'Observatoire  de  Moncalieri.  —  Chute  d'un  uranolithe  en  Italie. 

DETAILLE,  astronome.  —  L'atmosphère  de  Vénus.  —  Nouvelles  mesures  des  anneaux 
de  Saturne.  —  Les  tremblements  de  terre. 

FATE,  Président  du  Bureau  des  Longitudes.  —  Nouvelle  théorie  du  SoleU.  —  Distribution 
des  taches  solaires.  —  Mouvements  lents  du  sol  en  Suisse.  —La  formation  du  sys- 
tème solaire. 

FLAMMARION-  —  Les  carrières  astronomiques  en  France.  —  Conditions  d'habita- 
bilité de  la  planète  Mars.  —  Constitution  physique  des  comètes.  —  Une  genèse  dans 
le  Ciel.  —  Comment  on  mesure  la  distance  du  soleil.  —  Les  étoiles,  soleils  de  rinflni.  — 
D'où  viennent  les  pierres  qui  tombent  du  Ciel  ?  —  Les  étoiles  doubles.  —  Chute  d'un 
corps  au  centre  de  la  terre.  —  La  conquête  des  airs  et  le  centenaire  de  Montgolfler.  — 
Les  grandes  marées  au  Mont  Saint-Michel.  —Phénomènes  météorologiques  obser- 
vés en  ballon.  —  Une  excursion  météorologique  sur  la  planète  Mars.  —  Les  flam- 
mes du  Soleil.  —  Les  illuminations  crépusculaires  et  le  cataclysme  de  Krakatoa.  — 
La  planète  transneptunienne.  —  L'étoile  du  Berger.  —  L'histoire  de  la  Terre.  —  Les 
victimes  de  la  foudre. 

FOREL  (le  Professeur).  —  Les  tremblements  de  terre. 

GAZAN  (Colonel).  —  Les  taches  du  soleil. 

GâRIGNT,  a.stronome.  —  Comment  la  lune  se  meut  dans  l'espace.  —  Ralentissement  du 
mouvement  de  la  Terre.  —  La  formation  du  système  solaire.  —  Etudes  sélénographi- 
ques.  —  L'èquatorial  coudé  de  l'Observatoire  de  Paris.  —  L'héliométre.  —  La  nais- 
sance de  la  Lune. 

HENRT,  de  l'Observatoire  de  Paris.  —  Découvertes  nouvelles  sur  Uranus. 

HERSCHEL  (A.-S.).—  Chute  d'un  uranolithe  en  Angleterre. 

HIRN,  correspondant  de  Tlnstitut.  —  Conservation  de  l'énergie  solaire.  —  Phénomènes 
produits  sur  les  bolides  par  l'atmosphère.  —  La  température  du  Soleil. 

HOUZEAU,  Directeur  de  l'Observatoire  de  Bruxelles.  —  Le  satellite  de  Vénus. 

HUGGIN8,  de  la  Société  royale  de  Londres.  —  Les  environs  du  Soleil. 

JAMIN,  de  rinstitut.  —  Qu'est-ce  que  la  rosée? 

JANSSEN,de  l'Institut,  directeur  de  l'Observatoire  de  Meudon.  —  La  photographie  céleste.  — 
Résultats  de  l'écUpse  de  SoleU  du  6  Mai  1883.  "     ^         «  «»i«. 

LEMAIRE-TESTB,  de  l'Observatoire  de  Rio-Janeiro.  —  Choix  d'un  premier  méridien. 

LEPAUTE.  —  Quelle  heure  est-il?  —  Le  temps  vrai,  le  temps  moyen  et  les  cadrans 
solaires.  —  La  chaleur  solaire  et  ses  applications  industrielles. 

LESSEPS  (de).  —  Les  vagues  sous-marines. 

MOUCHEZ  (amiral),  directeur  de  l'Observatoire  de  Paris.  —  Travaux  actuels  de  l'Observa 
toire  de  Paris.—  L^Observatoire  du  Pic  du  Midi.-  Création  d'une  succursale  de  l'Ob- 
servatoire. 

MOUREAUX  (Th.),  météorologiste  au  Bureau  central.  —  Les  inondations. 

PARMENTIER  (général).  —  Distribution  des  petites  planètes  dans  l'espace. 

PERROTIN,  directeur  de  TObservatoi  re  de  Nice. — La  comète  de  Pons.  »  La  planète  Uranus 

PROCTOR,  astronome  à  Londres.  —  Le  Vésuve  et  ISCHIA. 

RICCd,  astronome  à  l'Observatoire  de  Palerme.  —  La  grande  comète  de  1882.—  La  tache 

rouge  de  Jupiter.  —  Les  taches  du  SolelL 
ROCHE  (J.),  correspondant  de  l'Institut.  —Constitution  intérieure  du  globe  terrestre  — 

Variations  périodiques  de  la  température  pendant  le  cours  de  l'année. 


.N 141885 


ANNUAIRE  ASTRONOMIQUE  POUR  1885. 

Un  jour,  vers  la  fin  d'un  dîner  offert  à  quelques-uns  de  ses  amis  par  un 
membre  de  rAcadémie  française,  dîner  plus  exquis  encore  par  le  caractère 
intellectuel  des  convives  que  par  la  succulence  des  mets  et  l'élégance  artis- 
tique de  la  table  (je  ne  voulais  pourtant  pas  nommer  M.  Legouvé},  un  littéra- 
teur distingué,  également  académicien,  fit  à  un  astronome  subitement  ébahi 
cette  question  inattendue  :  «  Mais  à  quoi  ça  sert-il,  l'Astronomie?  » 

Le  dieu  Vulcain  précipité  du  haut  du  ciel  avec  son  enclume,  dans  une 
chute  qui,  selon  le  rapport  d'Hésiode,  n'aurait  pas  employé  moins  de  neuf 
jours  et  neuf  nuits  pour  franchir  la  distance  du  Ciel  à  la  Terre,  ne  tomba 
pas  de  plus  haut  que  l'astronome  abasourdi.  Seulement,  ici,  la  chute  ne 
dura  guère  que  neuf  secondes.  —  On  en  était  au  café. 

«  En  prenez- vous?  répliqua- 1- il. 

—  Mais  sans  doute. 

—  Eh  bien,  sans  l'Astronomie,  vous  n'en  prendriez  probablement  pas. 

—  Vous  croyez? 

—  J'en  suis  sûr.  Quel  jour  est-ce  aujourd'hui? 

—  Lundi,  7  mai,  assurément. 

—  Eh  bien,  sans  l'Astronomie,  nous  ne  saurions  pas  à  quelle  date  nous 
sommes.  Quelle  heure  est-il  ? 

—  Huit  heures  quarante. 

—  Sans  l'Astronomie,  nous  ne  saurions  pas  régler  nos  pendules.  Avez-vous 
pris  du  Champagne? 

—  Quelle  question! 

—  Le  Champagne,  c'est  du  soleil  en  bouteille.  Savez-vous  qu'il  faut  3060 
degrés  accumulés  par  le  Soleil  sur  une  grappe  de  raisin  pour  donner  du 
vin  potable? 

Janvier  1885.  f 


2  L'ASTUONOiMlE. 

Puis  Tastronome  se  mit  à  expliquer  le  rôle  multiple  et  considérable  que  sa 
science  de  prédilection  remplit  dans  l'ensemble  des  connaissances  humaines. 
A  propos  du  café,  il  rappela  que,  s'il  est  entré  dans  nos  mœurs,  c'est 
parce  que,  dès  le  principe,  il  put  être  transporté  à  des  prix  populaires,  et 
que  c'est  à  l'observation  des  éclipses  des  satellites  de  Jupiter  que  la  naviga- 
tion dut  de  pouvoir  calculer  exactement  la  route  des  navires  par  la  détermi- 
nation des  longitudes  en  mer.  Cette  remarque  fut  pour  lui  l'occasion  de 
rappeler  en  même  temps  que  la  navigation  tout  entière  elle-même  n'exis- 
terait pas  sans  l'Astronomie,  et  que,  sans  elle  également,  le  calendrier,  base 
de  l'histoire,  n'existerait  pas  davantage.  Il  conclut  en  montrant,  au  surplus, 
que,  sans  l'Astronomie,  nous  ne  saurions  même  pas  où  nous  sommes^  sur  quoi 
nous  marchons,  quel  lieu  nous  occupons  dans  l'univers  inlBni,  et  serions 
dans  la  situation  des  voyageurs  qui  voyagent  sans  cartes,  ne  savent  jamais 
où  ils  sont,  et  perdent  ainsi  plus  de  la  moitié  du  plaisir  des  voyages.  Enfin  il 
ajouta  que  si  nous  ne  connaissions  vraiment  ni  la  nature -calorifique  du  Soleil 
ni  la  position  de  notre  planète  dans  le  système  solaire,  ni  la  cause  des  saisons, 
des  années,  des  jours  et  des  nuits,  nous  serions  comparables  à  des  aveugles- 
nés  ou  à  des  plantes  et  n'aurions  sur  la  création  que  des  idées  obscures, 
étroites,  inexactes  et  imparfaites.  On  s'accorda  à  reconnaître  que  l'Astronomie 
nous  touche  beaucoup  plus  intimement  qu'on  ne  le  croit  en  général,  que 
non-seulement  elle  est  la  première  des  Sciences,  mais  encore  que  sa  connais- 
sance, au  moins  élémentaire,  est  indispensable  à  toute  instruction  qui  veut 
être  sérieuse,  complète,  intégrale,  rationnelle. 

On  n'aime  jamais  s'avouer  vaincu,  et  le  spirituel  littérateur  qui  avait  pro- 
voqué cette  discussion  souriait  d'un  air  sceptique. 

€  Mais  mon  cher,  ajouta  l'éminent  académicien,  qui  semblait  avoir  pris  un 
intérêt  particulier  à  la  tournure  de  la  conversation,  c'est  justement  ce  que 
disait  Jean  Reynaud.  »  Ce  nom  estimé  et  vénéré  par  nous  tous  sembla 
une  affirmation  sans  réplique,  et  l'on  se  leva  de  table  pour  se  rendre  au 
billard. 

Certes,  ce  n'est  point  par  un  de  nos  lecteurs  que  la  question  précédente 
aurait  pu  être  posée  ;  nous  n'en  voulons  pour  preuve  que  leur  attachement 
toujours  grandissant  à  cette  Revue  qu'ils  ont  fondée  avec  nous,  et  qu'ils 
soutiennent  de  leur  affection  en  la  répandant  de  plus  en  plus  parmi  leurs 
amis  moins  avancés  dans  la  connaissance  de  la  vérité.  Ils  apprécient  tous 
aussi  bien  que  nous  l'intérêt  perpétuel  qui  s'attache  à  l'étude  de  l'univers,  et 
ils  ont  éprouvé  comme  nous  le  charme  pénétrant  de  ces  excursions  dans  le 
domaine  de  l'infini,  d'où  l'on  revient  toujours  plus  éclairé,  plus  instruit,  plus 
immatériel  et  meilleur. 

Peut-être  l'astronome  auquel  nous  faisions  allusion  tout  à  l'heure  eût-il 


ANNUAIRE  ASTRONOMIQUE  POUR  1885.  3 

été  plus  embarrassé  si  Ton  eût  posé  la  question  en  ces  termes  :  L'Astronomie 
est-elle  plus  agréable  qu'utile  ou  plus  utile  qu'agréable? 

En  efTet,  ici  même,  toutes  nos  excursions  ne  se  ressemblent  pas.  Selon 
l'ancien  adage  latin,  elles  mêlent  en  général  l'utile  à  l'agréable.  Quelquefois 
cependant  c'est  «  l'utile  »  qui  l'emporte  sur  «  l'agréable  »,  à  ce  point  môme 
que  cette  dernière  qualité  doit  s'effacer  complètement  pour  céder  la  place  aux 
exigences  de  la  première.  C'est  ce  qui  arrive  précisément  pour  ce  premier 
numéro  de  l'année,  dans  lequel  il  nous  a  paru  opportun  d'exposer  l'ensemble 
des  faits  astronomiques  qui  doivent  caractériser  l'année  présente.  Chacun 
dès  lors  aura  entre  les  mains  le  tableau  du  ciel  et  vivra,  sans  môme  s'en 
apercevoir,  en  familiarité  perpétuelle  avec  les  aspects  célestes,  comme  le 
citoyen  dans  sa  patrie,  comme  l'habitant  dans  sa  propre  demeure. 

Un  grand  nombre  de  nos  lecteurs  nous  ayant  représenté  que  VAlmanach 
astronomique  Flammarion^  fondé,  l'année  dernière,  par  M.  Eugène  Vimont,  fai- 
sait double  emploi  avec  la  Re\)ue^  et  ayant  manifesté  le  vœu  de  posséder,  dans 
le  numéro  du  !•' janvier  de  chaque  année,  un  exposé  général  des  principaux 
faits  astronomiques  spéciaux  à  l'année  qui  s'ouvre,  ainsi  qu'un  résumé  du 
bilan  astronomique  de  l'année  qui  se  ferme,  il  a  été  décidé  que  l'Almanach 
ne  continuerait  pas  de  paraître,  et  que  le  double  desideratum  auquel  sa  publi- 
cation répondait  serait  réalisé  dans  la  Revue.  M.  Vimont  a  bien  voulu  con- 
sentir à  la  cessation  d'un  ouvrage  qui  lui  était  cher  ;  nous  sommes  heureux 
de  le  remercier  publiquement  ici  de  ce  rare  désintéressement.  Nous  ferons 
nos  efforts  pour  que  les  lecteurs  de  la  Revue  trouvent  désormais  ici  tous  les 
documents  qui  peuvent  leur  être  utiles  ou  agréables  pour  l'étude  du  ciel,  et 
nous  recevrons  avec  reconnaissance  les  remarques  qui  pourraient  nous  être 
adressées  sur  les  lacunes  qui  resteraient  encore  à  combler. 

Exposons  d'abord  l'ensemble  des  faits  qui  caractériseront  l'année  dans 
laquelle  nous  entrons,  et  sur  lesquels  l'attention  des  observateurs  doit  être 
appelée.  Nous  réserverons  les  détails  pour  nos  éphémérides  mensuelles. 

PRINCIPAUX  FAITS  ASTRONOMIQUES  DE  L* ANNÉE  1885. 
\  SOLEIL. 

Le  Soleil  vient  de  traverser  la  période  de  son  maximum  de  taches.  Ce 
maximum  est  certainement  passé  en  ce  moment,  et  dès  le  mois  prochain  nos 
lecteurs  pourront  se  rendre  compte  directement  eux-mêmes  des  fluctuations 
de  l'activité  solaire  durant  le  cours  de  l'année  1884.  Les  taches  comme  les 
explosions  ont  commencé  à  diminuer  en  nombre  et  en  grandeur.  L'étude  de 
la  surface  solaire  n'en  est  peut-être  que  plus  intéressante  encore  à  continuer 


4  L'ASTRONOMIE. 

cette  année,  afin  de  saisir  les  alternances  d'activité^  les  chutes  et  les  retours 
qui  se  produiront.  C'est  comme  une  pulsation  dont  on  étudie  les  symptômes. 
La  période  de  décroissance  de  la  fièvre  est  commencée.  Selon  toute  proba- 
bilité, la  diminution  sera  lente  et  troublée  ;  tandis  que  l'intervalle  de  l'accrois- 
sement s'estétendu  depuis  janvier  1879  {Astronomie,  1884,  p.  139  et  170)  jus- 
qu'en 1884  (nous  connaîtrons  bientôt  l'époque  précise  du  maximum),  c'est- 
à-dire  sur  une  longueur  de  cinq  années  et  quelques  mois,  la  période  de 
décroissance  va  demander  sept  ou  huit  ans,  de  sorte  que  le  prochain  mini- 
mum ne  se  produira  que  vers  1891.  Malgré  les  comparaisons  si  fréquentes 
faites,  aujourd'hui  que  l'attention  de  tous  les  observateurs  est  appelée  sur  ces 
phénomènes,  on  ne  voit  pas  encore  que  ces  fluctuations  de  l'activité  solaire 
agissent  incontestablement  sur  les  allures  de  l'atmosphère  terrestre,  sur  l'état 
météorologique  du  globe.  Mais  il  est  absolument  certain  que  les  variations 
du  magnétisme  terrestre  sont  intimement  liées  avec  celles  de  l'état  physique 
du  Soleil. 

LUNE. 

Le  nombre  des  observateurs  attentifs  et  persévérants  de  la  topographie 
lunaire  s'accroît  fort  heureusement  de  jour  en  jour.  Ce  n'est  que  par  un 
examen  très  scrupuleux  des  moindres  détails  observés  sous  les  différentes 
inclinaisons  de  l'éclairement  solaire  que  l'on  peut  espérer  surprendre  des 
témoignages  de  variation  minéralogique,  chimique  ou  végétale,  et  peut-être 
même  des  témoignages  de  vie  animale.  Tout  ce  que  Ton  écrit  pour  nier  caté- 
goriquement l'existence  d'êtres  vivants  à  la  surface  de  notre  satellite  est 
dénué  de  valeur  scientifique.  Si  rien  ne  prouve  que  la  Lune  soit  actuellement 
habitée,  rien  ne  prouve  non  plus  qu'elle  ne  le  soit  pas.  Il  n'est  nullement 
démontré  que  le  fond  de  ses  vallées  soit  dépourvu  d'atmosphère.  D'après  les 
analogies,  il  semble  que  notre  voisine  soit  arrivée  à  un  âge  relativement  plus 
avancé  que  la  Terre,  et  que  la  vie  y  soit  peut-être  déjà  éteinte.  Mais  les  con- 
ditions physiques  qui  caractérisent  ce  monde  sont  tellement  différentes  de 
celles  qui  caractérisent  le  nôtre,  qu'il  n'est  ni  scientifique  ni  philosophique 
de  s'en  tenir  à  une  étroite  analogie.  Ce  que  nous  devons  désirer  de  mieux  à 
l'heure  présente,  ce  ne  sont  pas  des  paroles  affirmatives  ou  négatives,  mais 
des  actes  ;  et  nous  ne  pouvons  qu'engager  très  vivement  tous  ceux  qui  ont  un 
télescope  ou  une  lunette  à  leur  disposition,  à  choisir  un  point  quelconque 
de  la  Lune,  à  lire  tout  ce  qui  a  été  obtenu  jusqu'à  ce  jour  dans  l'étude  de  ce 
point,  à  s'y  cantonner  et  à  l'observer  avec  toute  l'attention  et  toute  la  rigueur 
possibles.  De  petites  lunettes  peuvent  servir  —  à  condition  qu'il  y  ait  un 
bon  œil  au  bout  —  mieux  que  de  puissants  télescopes  mis  à  la  disposition 
d'observateurs  indifiérents. 


ANNUAIRE  ASTRONOMIQUE  POUR  1885.  5 

ÉCLIPSES. 

Il  y  aura,  en  1885,  deux  éclipses  de  Soleil  et  deux  de  Lune.  Les  deux 
éclipses  de  Soleil  seront  invisibles  pour  la  France;  mais  les  deux  éclipses  de 
Lune  seront  partiellement  visibles,  —  toutefois,  encore  plutôt  en  théorie 
qu'en  pratique. 

La  première  éclipse  de  Soleil  est  une  éclipse  annulaire  et  arrivera  le 
16  mars,  de  3*»26"  à  8*'23"  du  soir.  Le  Soleil,  qui  se  couche,  à  cette  date,  à 
6**  5™  pour  Paris,  sera  par  conséquent  au-dessus  de  notre  horizon  pendant 
une  partie  de  l'éclipsé  ;  mais  l'ombre  de  la  Lune  tombe  sur  l'Amérique  septen- 
trionale et  la  ligne  de  centralité  marche  de  l'Océan  pacifique  au  Groenland; 
la  limite  boréale  de  l'ombre  atteint  même  le  pôle  nord. 

La  deuxième  éclipse  de  Soleil  est  une  éclipse  totale.  Elle  arrivera  le  8  sep- 
tembre, de  6^45"  à  11*»  17°  du  matin,  et,  quoique  le  Soleil  trône  alors  égale- 
ment au-dessus  de  notre  horizon,  sera,  comme  la  précédente,  invisible  pour 
la  France.  L'ombre  de  la  Lune  tombe,  au  contraire  de  la  précédente,  vers  le 
pôle  austral.  La  ligne  de  Téclipse  centrale  commence  non  loin  des  rives  orien- 
tales de  l'Australie,  passe  sur  la  Nouvelle-Zélande  et  va  finir  près  du  pôle  sud. 

Les  deux  éclipses  de  Lune  sont  partielles.  La  première  s'effectuera  le 
30  mars,  dans  l'après-midi  : 

Entrée  dans  la  pénombre l^'SO"  du  soir. 

Entrée  dans  l'ombre 3    8  » 

Milieu  de  Téclipse 4  44  » 

Sortie  de  l'ombre 6  19  » 

Sortie  de  la  pénombre 7  28  » 

A  Paris,  la  Lune  se  lève  ce  jour-là  à  6*» 28™,  de  sorte  que  l'on  ne  pourra 
même  pas  apercevoir  la  sortie  de  l'ombre.  On  remarquera  seulement,  au 
lever  de  la  Lune,  que  le  disque  lunaire  paraîtra  légèrement  assombri  vere  la 
droite.  —  Au  milieu  de  la  totalité,  la  grandeur  de  l'éclipsé  sera  de  0,88,  le 
diamètre  de  la  Lune  étant  un.  Les  contrées  les  mieux  situées  pour  l'obser- 
vation sont  la  Chine,  le  Japon,  Sumatra,  la  Nouvelle-Guinée,  l'Australie. 

La  seconde  éclipse  de  Lune  aura  lieu  le  24  septembre  : 

Entrée  dans  la  pénombre S*»  11"  du  matin. 

Entrée  dans  Tombre 6  24  » 

Milieu  de  Téclipse 7  58  » 

Sortie  de  l'ombre 9  31  :» 

Sortie  de  la  pénombre 10  44  » 

Ce  jour-là,  la  Lune  se  couche,  à  Paris,  à  5**45"*,  avant  l'entrée  dans  l'ombre; 
autrement  dit,  pratiquement,  on  ne  verra  rien  de  l'éclipsé.  Les  pays  les 
mieux  placés  pour  l'observation  sont  Panama,  Guatemala,  le  Mexique,  la  Cali- 
fornie et  l'Est  des  États-Unis.  La  grandeur  de  Téclipse  sera  de  0,78,  le  dia- 
mètre de  la  Lune  étant  un. 


6  L'ASTRONOMIE. 

GRANDES   MARÉES. 

On  sait  que,  dans  nos  régions,  les  grandes  marées  arrivent  un  jour  et  demi 
après  la  nouvelle  et  la  pleine  Lune.  Leur  grandeur  varie  selon  les  distances 
de  la  Lune  et  du  Soleil  et  selon  leur  position  dans  le  cisl.  Les  plus  fortes 
marées  de  l'année  seront  celles  des  9  septembre  (1,08),  11  août  (1,07), 
!•'  février  (1,06),  2  janvier  et  2  mars  (  1,05).  Les  chiffres  entre  parenthèses 
sont  ceux  par  lesquels  il  faut  multiplier  Tunité  de  hauteur  des  ports  pour 
obtenir  la  hauteur  effective  de  la  marée,  en  mètres,  au-dessus  du  niveau 
moyen  de  la  mer.  Ainsi,  au  port  deSaint-Malo,  par  exemple,  l'unité  de  hauteur 
est  5",  68.  Le  10  septembre,  la  marée  s'élèvera  donc  dans  ce  port  jusqu'à 
6™,  13,  c'est-à-dire  qu'il  n'y  aura  pas  moins  de  12",  26  de  différence  entre  la 
basse  mer  et  la  haute  mer.  A  Gran ville  et  dans  la  baie  du  Mont  Saint-Michel, 
la  différence  est  encore  plus  grande.  Ce  sont  les  dates  précédentes  qu'il  faut 
choisir  pour  aller  observer  à  Caudebec  le  phénomène  si  émouvant  du  mas- 
caret, où  l'on  voit  la  Seine  entière,  chassée  par  le  flot  de  mer,  remonter  son 
cours  avec  la  vitesse  du  galop  d'un  cheval,  et,  au  Mont  Saint-Michel,  l'arrivée 
et  le  départ  de  la  mer  dans  l'immense  estuaire  qu'elle  inonde  et  découvre 
deux  fois  par  jour. 

OCCULTATIONS   d'ÉTOILES   PAR    LA   LUNE. 

Dans  le  cours  de  l'année  la  Lune  passera  près  ou  devant  plusieurs  astres 
remarquables. 

Le  1"  décembre,  elle  occultera  la  planète  Uramis.  Immersion  de  la  planète 
derrière  notre  satellite,  à  5^10"  du  matin;  émersion  à  6'» 23". 

Le  2  septembre  et  le  22  novembre,  elle  passera  devant  l'étoile  Aldéharan, 
de  première  grandeur.  A  la  première  date,  le  passage  de  l'étoile  derrière  le 
disque  lunaire  aura  lieu  de  l'»30™  à  2*» 2"  du  matin,  et  à  la  seconde  date,  de 
9''57'"  à  IPS™  du  soir.  Il  n'est  pas  très  rare  que  la  Lune  passe  devant  cette 
brillante  étoile  rouge  du  Taureau,  et  l'on  a  souvent  remarqué  qu'au  moment 
de  l'immersion,  l'étoile  paraît  entrer  dans  lïntérieur  du  disque  lunaire  ou 
être  vue  au  travers.  Ce  phénomène,  qui  avait  d'abord  été  attribué  à  la  réfrac- 
lion  d'une  atmosphère  lunaire,  paraît  être  plutôt  un  effet  optique  causé  par 
la  couleur  de  l'étoile  et  la  réfrangibilité  de  ses  rayons. 

Le  22  février,  la  Lune  passera  tout  près  de  la  môme  étoile,  et  Ton  verra 
plus  loin  que,  d'après  les  calculs  de  M.  Blot,  elle  l'occultera  môme  pour  les 
observateurs  des  bords  de  la  Manche. 

Il  n'y  aura  pas  d'occultations  d'étoiles  de  2**  ou  3*  grandeur,  mais  il  y  en 
aura  plusieurs  de  quatrième  et  de  cinquième.  On  les  trouvera  sur  notre 
agenda,  et  l'on  aura  dans  nos  éphémérides  mensuelles  les  indications  rela- 
tives aux  circonstances  des  occultations  et  les  figures  des  principales. 


ANNUAIRE  ASTRONOMIQUE  POUR  1885.  7 

Il  arrive  souvent,  dans  la  vie  de  chaque  observateur,  ou  môme,  sous  une 
forme  plus  générale,  dans  celle  de  tout  amateur  d'Astronomie,  que,  par  une 
belle  soirée  de  ciel  pur,  on  se  demande  ce  qu'il  peut  y  avoir  d'intéressant  à 
voir  au  ciel  au  moment  précis  où  Ton  y  pense.  Les  jours  ou  les  semaines 
qui  ont  précédé  cette  aspiration  ont  été  interdits  aux  observations,  le  ciel 
était  couvert,  ou  des  affaires  plus  pressantes  nous  en  ont  empochés.  Ne  pour- 
rait-on pas  posséder  un  tableau  chronologique,  un  calendrier,  un  agenda 
quotidien,  où  chaque  jour,  du  premier  coup  d'œil,  on  pût  se  rendre  compte 
de  Tétat  des  choses  célestes?  Sans  doute,  nos  exposés  mensuels  indiquent 
ponctuellement  les  curiosités  astronomiques  spéciales  à  chaque  mois  ;  mais 
elles  ne  sont  pas  inscrites  dans  Tordre  des  jours  et  comprennent  de  nombreux 
détails  dans  lesquels  le  fait  principal  peut  se  trouver  noyé.  Nous  avons 
pensé  que  ce  serait  répondre  à  un  besoin  devenu  très  général  que  de  rédiger 
une  sorte  d'AoENDA  quotidien  contenant  jour  par  jour  les  faits  astronomiques 
de  nature  à  être  observés  par  tous  les  amateurs.  Simple  et  concis,  cet  agenda 
facilitera  notre  «  commerce  intellectuel  »  avec  le  ciel.  En  le  consultant,  on 
se  rendra  compte  à  première  vue  de  la  marche  du  monde  astronomique 
auquel  nous  nous  intéressons. 

On  y  trouvera  :  les  phases  de  la  Lune,  ainsi  que  les  dates  des  apogées  et 
périgées,  les  éclipses  de  Soleil  et  de  Lune,  les  occultations  d'étoiles  par  la 
Lune,  de  la  l"à  la  5*  grandeur  inclusivement  (pour  les  points  de  contact  et  les 
circonstances,  se  reporter  aux  éphémérides  de  chaque  mois);  les  rapproche- 
ments remarquables  et  conjonctions  des  planètes  entre  elles  ou  avec  la  Lune, 
le  Soleil  et  les  étoiles  ;  les  maxima  et  minima  des  étoiles  variables  faciles  à 
observer  (Algol,  quand  le  minimum  arrive  avantminuit),  oBaleine,  x  Cygne, 
R  Hydre,  X  Sagittaire  ;  les  positions,  périhélies,  aphélies,  oppositions  et  plus 
grandes  élongations  des  planètes  ;  les  distances  et  diamètres  du  Soleil  à  l'a- 
phélie et  au  périhélie;  les  plus  grandes  marées,  etc.,  etc. 

La  colonne  concernant  chaque  mois  donne  également  Vétat  du  ciel  étoile 
et  la  situation  des  principales  constellations.  Il  eût  été  démesurément  long 
d'entrer  dans  les  détails  des  curiosités  du  ciel  accessibles  aux  observations 
de  chaque  mois  et  qui  forment  l'objet  d'un  volume  tout  entier  qui  leur  est 
exclusivement  consacré  {les  Etoiles  et  les  Curiosités  du  Ciel),  et  cet  abrégé  suffit 
pour  permettre  de  se  rendre  compte  à  première  vue  de  ce  qu'il  y  a  d'inté- 
ressant à  observer  au  ciel.  Enfin,  on  a  eu  soin  d'indiquer,  comme  complé- 
ment indispensable,  quelles  sont  les  planètes  qui  sont  visibles  et  en  position 
favorable  pour  les  observations.  Nous  avons  fait  nos  efforts  pour  réduire  à 
son  minimum  la  place  typographique  nécessaire  à  l'impression  de  cet 
agenda. 


AGENDA  ASTRONOMIQUE  POUR  1885. 


1. 
2. 
3. 


4.    D 


JANVIER 

Grande  maréo. 

Occultation  de  «  Cancer  (  4*  gr-  )  de  7*  i  1  •• 

à  8*>5"  du  matin;  Ç  en  conjonction 

inférieure  avec  Q. 
^  en  conjonction  avec  C-  Après  minuit, 

à  IS  ZT  à4»2'  au  nord. 


5. 

L 

6. 

M 

7. 

M 

8. 

J 

9. 

V 

10. 

S 

11. 

D 

12 

X  L 

13. 

M 

9  en  conjonction  avec  C-  A.  O"*  soir  Ç 
4*8'  au  sud. 
14.   M   Ç  en  conjonction  avec  C-  A  2''  soir 
5  2*1' au  sud.  Minimum  d' Algol  :ll*l". 


Cf  en  conjonction  avec  C-  A  minuit,  cf  à 
5*42'  au  sud. 

Minimum  d^Âlgol  à7*'jO".  ç  conjonc- 
tion avec  (i  Sagittaire. 


;&'  passe  tout  près  de  l'étoile  p  Lion. 


$  en  conjonction  avec  Ç-  A  10''  matin 
$  à  1*6'  au  nord. 

ï)  en  conjonction  avec  C«  Après  mi- 
nuit, à  î**,  î)  à  3*27'.  $  plus  grande 
élongation  24*51'  0. 

Maximum  de  e  Baleine  (Mira  Ceti). 
Occultation  de  X  Gémeaux  (4*  gr.)  de 
2^37- à  S»» Sb-  du  matin. 


Ciel  étoile. 

Persée.  Cocher.  Andromède. 
Petite  Ourse.  Cophée.  Cassiopéc.  Dra- 
gon. 
Est....    Lion.   Cancer.    Gémeaux.    —    Grande 

Ourse  au  N.-E. 
Sud....    Orion.   Taureau.   Pléiades.   Bélier.   — 

Sirius  au  S.-E. 
Ouest...    Poissons.  Pégase.   Baleine.   —  Cygne 
au  S.-W. 

Planél^s. 
Jupiter,  dans  le  Lion,  à  l'est  de  Régulus. 
Saturne,  dans  le  Taureau,  au-dessous  de  ^. 
Vénus,  étoile  du  matin. 
Mercure,  le  matin  :  26  janvier. 


15. 

J 

#16. 

V 

17. 

S 

18. 

D 

19. 

L 

20. 

M 

21. 

M 

22. 

J 

23. 

V 

î)24. 

S 

25. 

D 

26. 

L 

27.' 

M 

28  «M 

29. 

J 

©30. 

V 

31. 

S 

Zénith . 

Nord. 

1.   D 


2.    L 


FEVRIER 

Très  grande  marée.  —  ^  en  conionc- 
tion  avec  C-  A  7*'  matin  ^  à  4*  9'  au 
nord. 

Occultation  de  d  Lion  (5*  gr.)  de  8** 8"* 
à  9'' S"  du  soir. 


Minimum  d'AlgoI  à  9i>33" 


Minimum  d'Algol  à  6h22">. 

ç  en  conjonction  avec  9-  A  minuit, 
$  à  0*44'  au  sud.  cf  en  conjonction 
avec  O- 

$  aphélie. 

$  et  9  ôQ  conjonction  avec  C-  A  10^ 
matin,  9  &  5*9'  et  $  à  6«  au  sud. 

cT  en  conjonction  avec  £,.  A  4'»  matin 
Cf  à4«30'au  sud. 


^  en  opposition  avec  Q. 
Occultation  de  38  Bélier,  de  7*45-  à 
8»» 26-  du  soir. 

La  Lune  passe  tout  cont  e  Aldcbaran 
1)  en  conjonction  avec  C-  A  S*»  matin 
I)  &3*44'  au  nord. 


Minimum  d'Algol  à  il>'15-. 
Occultation  de  «  Cancer  j4«  gr.)  de  4'*  15- 

à  b^Q'^  du  matin  et  de  o  Lion  (4«  gr.) 

de  8»» 33-  a  8'' 47-  du  soir. 
28.    S    ZT  en  conjonction  avec  C-  A  midi  ^  à 

4«27'  au  nord.  —  cT  périhélie 

ael  étoile. 

Zénith.    Cocher.  Gémeaux.  Taureau.  Persée. 

Nord...    Petite  Ourse.  Céphée.  Dragon. 

Est ....    Vierge.  Lion.  Cancer.  —  Grande  Ourse 

au  N.-E. 
Sud ....    Grand  Chien.  Orion.  —  Hydre  au  S.-E. 
Ouest..    Andromède.  Pégase.  Bélier.  Poissons. 

Planètes. 

Jupiter,  dans  le  Lion,  à  l'est  de  Régulus. 
Saturne,  dans  le  Taureau,  entre  «  et  p. 
Uranus,  dans  la  Vierge,  contigu  à  i). 


3. 

M 

4. 

M 

5. 

J 

a  6. 

V 

7. 

S 

8. 

D 

9  ( 

tL 

10. 

M 

11. 

M 

12. 

J 

13. 

V 

14. 

S 

#15. 

B 

16. 

L 

17. 

M 

18. 

M 

19. 

J 

20. 

V 

21. 

S 

D22. 

D 

23. 

L 

24. 

M 

25irM 

26. 

J 

27. 

V 

©  -  Soleil. 
C  ---  Lune. 
ç  =-  Mercure. 
9  :-  Vénus. 
Cf  =  Mars. 


ABÛÉVIATIONS. 

2r  =  Jupiter. 
î)  =  Saturne. 
0  =  Uranus. 
§  =  Neptune. 
0  =  Nouvelle  lune. 


®  =  Pleine  lune. 

D  —  Premier  quartier. 

@  —  Dernier  quartier. 

tt  =  Lune  apogée. 

•R  =  Lune  périgée. 


AGENDA  ASTRONOMIQUE  POUR  1885. 


MARS 

Minimum  d*Algol  à  S'' 4". 
Grande  marée. 


9  aphélie. 

Occultation  de  o  Balance  (4,5fgr.)  ii>l" 

à  2^12"  matin,  $  en  conjonction  avec 

cr,àt-3'Budà2fc80ir. 


Occultation  de  p*  Sagittaire  (4«  gr.  ),  de 
5*29- à  6^49- matin. 

$  en  conjonction  supérieure  avec  O- 

V  passe  près  de  Régulus. 

Eclipse  annulaire  de  soleil,  de  3i>26"  à 

8"* 23"  du  soir.  Invisible  en  France. 

cT  en  conjonction  avec  C  à  2»  32' à 

G**  matin. 

17.  M   ç  en  conjonction  avec  C-  A  \>  matin, 

Ç  à  1»37'  au  sud. 

18.  M 

19.  J 

20.  Y  Soleil  à  l'équinoxe,  à  lO*»  matin.  Com- 

mencement du  printemps  astronomi- 
que. 

21.  S    $  en  opposition  avec  O.   Minimum 
d'Algol:  9»«46-. 

I)  en  conjonction  avec  C-  A  4''  soir, 
I>  à  3*56' au  nord. 


©  1. 

D 

2. 

L 

3. 

M 

4. 

M 

5. 

J 

6. 

V 

7. 

S 

C    8. 

D 

9« 

L 

10. 

M 

11. 

M 

12. 

J 

13. 

V 

14. 

S 

15. 

D 

•  16. 

L 

22.   D 


3>  23<L 
24.  M 
2b.   M 

26.  J 

27.  V 


Minimum  d'Algol  à  6*35-. 


m:  en  conjonction  avec  C-  A  3*  soir, 
V  à  4*40' au  nord. 
28.    S    9  en  conjonction  avec  cT.  Après  mi- 
nuit, &  3*  matin  9  à  0*36'  au  sud.  — 
$  périhélie. 


29.   D 
<S30.    L 

31.   M 


Eclipse  partielle  de  lune,  de  1*59-  à 
7'' 28-  du  soir.  Lever  £  à  6*28». 


Ciel  étoUé. 

Zénith.    Grande  Ourse.  Gémeaux.  Cocher. 

Nord...    Petite  Ourse.  Céphée.  Cassiopée. 

Est ... .    Vierge.  Chevelure.  Lion.  —  Dragon  au 

N.-E. 
Sud ....    Hydre.  Navire.  Licorne.  Petit  Chien. 
Ouest..    Taureau.   Bélier.   —  Orion  au  S.-W. 

Cassiopée  au  N.-\V. 

Planètes 

Jupiter,  dans  le  Lion,  contigu  à  Régulus. 
Saturne,  dans  le  Taureau,  entre  a  et  p. 
Uranus,  dans  la  Vierge,  à  l'ouest  de  ij. 


AVRIL 


1.  M 

2.  J 

3.  V 

4.  S 

5.  D 
6a  L 

e   7.  M 

8.  M 

9.  J 

10.  V 

11.  S 

12.  D 

13.  L 

14.  M 


$  à  sa  plus  grande  élongation  orien- 
tale: 19»  15'.    • 

Minimum  d'Algol  à  11*28">. 


•  15.  M 

16.  J 

17.  V 

18  t:  S 

19.  D 

20.  L 

:d2i.  M 

22.  M 

23.  J 


24.  V 

25.  S 

26.  D 

27.  L 

28.  M 


(®  29. 
30. 


Minimum  d'Algol  à  8*  17-. 

cT  en  conjonction  avec  Q.  A  6*  matin 
cT  à  0»  12'  au  sud.  A  8*  soir  9  en  con- 
jonction avec  C  0»6'  N. 

Grande  marée.  —  Ç  en  conjonction 
avec  C-  A  7*  matin  Ç  à  6«2i'  N. 

ï)  en  conjonction  avec  C.  Après  mi- 
nuit, à  1*  à  4M' N. 

Occultation  de  \  Gémeaux  (4«  gr.)  de 
11*10- à  11*36- du  soir. 


Occultation  de  x  Lion  (5«gr.)  do  7*3« 
à  7*54-  Boir.  ^  en  conjonction  avec 
Câ7*80ir4«3rN. 

Occultation  de  d  Lion  (5*  gr.)  de  ll*2i'> 
à  12*  15-  du  soir. 


$  en  conjonction  inférieure  avec  Q. 
Ç  en  conjonction  avec  9.  A  7*  soir 
$  à  1-42'  N. 


Ciel  étoUé. 


Zénith . 
Nord... 
Est.... 

Sud.... 
Ouest.. 


Grande  Ourse.  Lion.  —Dragon au  N.-E 
Petite  Ourse.  Céphée.  Cassiopée. 
Bouvier    (Arcturus).    Chevelure.    Ba- 
lance. Vierge. 
Corbeau.  Hydre.  Licorne.  Procyon. 
Gémeaux.  Orion.  Taureau.  Pléiades. 

Planètes. 


Jupiter,  dans  le  Lion,  contigu  à  Régulus. 
Saturne,  dans  le  Taureau,  au-dessous  de  ^. 
Mercure,  le  soir  :  7  avril. 
Uranus,  dans  la  Vierge,  à  l'ouest  de  ij. 

1* 


iO 


AGENDA  ASTRONOMIQUE  POUR  1885 


9  en  conjonction  supérieure  avec  ©. 


MAI 

1.    V 
*2.    S 

;UD 

4.  L 

5.  M 

6.  M 
€    7.  J 

8.  V 

9.  S 

10.  D 

11.  L    ç  aphélie.—  Ç  en  conjonction  avec  $, 

à  1*»15'  N.  à  11"»  soir. 

12.  M 

13.  M    Ç  et  cT  en  conjonction  avec  C-  A  ^^ 

matin,  Ç  à  0«21'  S,  cf  à  2*4'  N.  A  11«» 

Ç  2«27'Sdecr. 
0  14.    J    9  en  conjonction  avec  C-  A.  G"*  soir  9 

à3«4r  N. 
15  s  V 
IG.    S    Grande  marée.  —    If)  en  conjonction 

avec  C.  à  4«2' N  à  S**  soir. 
17*   D 

18.  L 

19.  M  Occultation  de  «Cancer  (4»  gr.)  de  11*  O" 

à  11»» 24™  du  soir. 

20.  M 

S  21 .    J    ^'  en  conjonction  avec  C  à  4*  17'  N  à  3^ 
m  itin. 

22.  V 

23.  S 

24.  D 

25.  L    $  à  sa  plus  grande  élongation  occiden- 

tale 24«  4b'  à  l""  soir. 

26.  M 

27.  M 

©28.    J 


29.  V 

30.  S 
31a  D 


Occultation  de  0  Balance  (4,5  gr.)  de 
2»' 22»  àSi^l^du  matin. 

^  passe  près  do  Régulus. 
Gi«l  étoile. 


Zénith.  Grande  Ourse.  Chiens  de  Oljasse.  Che- 
velure. 

Nord.. .    Petite  Ourse.  Cassiopée.  Céphêe. 

Est..  .  Scorpion.  Balance.  Hercule.  Serpent. 
Bouvier.  Couronne.  —  Lyre  au  N.-E. 

Sud ... .    Hydre.  Corbeau.  Vierge. 

Ouest. .  Cancer.  Gémeaux.  Cocher.  —  Lion 
au  S.-W. 

Planètes. 

Jupiter,  dans  le  Lion,  à  l'ouest  de  Rcgulus. 
Saturne,  dans  le  Taureau,  au-dessous  de  p. 
Mercure,  le  matin  :  25  mai. 
Uranus,  dans  la  Vierge,  à  l'ouest  de  r,. 


L 
M 
M 

J 
V 


JUIN 


Ç  en  conjonction  avec  ^.  A  7*'  soir, 
Ç  à  1*6'  S. 


e    6.    S 


7.   D   Minimum  de  x  Cygne.  9  en  conjonction 
avec  ï).  A  10"»  soir  9  à  1»32'  N. 


8. 

L 

9. 

M 

10. 

M 

O'  en  conjonction  avec  îJ.A  11»*  soir 
CT  à  1»29'  N.  Après  minuit,  àl''  cT  en 
conjonction  avec  C  à  3*51'  N. 

11. 

J 

^  en  conjonction  avec  C.  ^^  soir  à 
2*47' N. 

#12. 

V 

13  T 

S 

î)  en  conjonction  avec  C  ^  6''  matin  m 
4»  3'  N.  A  5*»  soir  9  ©n  conjonction 
avec  Cl  à5«48'N. 

14. 

D 

Grande  marée. 

15. 

L 

IG. 

M 

17. 

M 

ÎT  en  conjonction  avec  C»  à  ^"^  soir 
à3«4VN. 

18. 

J 

D  19. 

V 

20. 

S 

21. 

D 

Soleil  au  solstice,  à  7»»  matin.  Commen- 
cement de  Tété  astronomique. 

22. 

L 

^3. 

M 

24. 

M 

Ç  périhélie,  conjonction  avec  ï)  a 
1*41' N.  à  4k  matin. 

25. 

J 

26. 

V 

9  périhélie. 

®  27. 

.  S 

ç  en  conjonction  supérieure  avec  ©. 

28. 

D 

29. 

L 

30. 

M 

Ciel  étoile. 

Zénith .    GrandeOurse.  Bouvier.  Cœur  de  Charles. 

Nord...  Petite  Ourse.  Céphée.  Cassiopée.  — 
Cygne  au  N.-E. 

Est Sagittaire.  Scorpion.  Aigle.  Lyre.  Her- 
cule. Couronne.  —  Ophiuchus  au  S.-E. 

Sud Vierge.  Arcturus.  Balance.  Corbeau. 

Ouest..  Lion.  Cancer.  Castor  et  Pollux.  —  Ca- 
pella  au  N.-E. 

Planètes. 

Jupiter,  dans  le  Lion,  contigu  à  Régulus. 
i   Uranus,  dans  la  Vierge,  entre  p  et  r,. 


AGENDA  ASTRONOMIQUE  POUR  1885. 


i\ 


1 

M 

2 

J 

3 

V 

4. 

S 

C    5. 

D 

6. 

L 

7. 

M 

8. 

M 

9. 

J 

10. 

V 

llie  S 

#12. 

D 

13. 

L 

14. 

M 

15. 

M 

16. 

17. 

V 

18. 

S 

»19. 

D 

20. 

L 

21. 

M 

22. 

M 

23. 

J 

24  « 

V 

25. 

S 

26. 

D 

©27. 

L 

28. 

M 

29. 

M 

30. 

J 

31. 

V 

JUILLET 


Soleil  à  l'apogée  ou  Terre  à  Taphélie  : 
Distance  ©  =  150516000^».  Diamè- 
tre =3r32'. 

Minimum  d'AlgoI  à  11*50". 

Appulse  de  {*  Poissons  (  5«  gr.  )  de  2»» 46'» 

du  matin,  à  1'?  du  bord  lunaire. 
Minimum  de  X  Sagittaire. 
Minimum  d'AIgol  à  8»' 44-. 
cT  en  conjonction  avee  C»  à  5«7'  N  à 

g*  soir. 
î}  en  conjonction  avec  C»  à  4«7'  N  à  11*» 

soir.  Maximum  X  Sagittaire. 

^  passe  près  de  p  du  Lion. 

Grande  marée.  —  Ç  on  conjonction 
avec  C  à  5«39'  N  a  midi,  ç  en  con- 
jection  avec  C  à  5«22'  N  à  3»»  soir. 

Minimum  de  X  Sagittaire. 

?r  en  conjonction  avec  C.  '^  3»  7'  N,  à 
7*  matin. 

$  on  conjonction  avec  9  à  0«  U'  S  à  2»' 
soir.  Maximum  X  Sagittaire. 


ï)  contigu  à  ri  des  Gémeaux. 
Minimum  de  X  Sagittaire. 


Maximum  de  X  Sagittaire. 
^  en  conjonction  avec  Rêgulus,  à  0«  12' 
au  sud,  à  7"»  matin. 


Minimum  d'AIgol  à  10»'26-.  Minimum 
X  Sagittaire. 


Maximum  de  X  Sagittaire. 


Ciel  étoUé. 


Zénith. 
Nord... 


Est. 


Dragon.  Hercule.  Bouvier. 

Petite  Ourse.  Cassiopée.  Capella  à  l'iio- 

rizon. 
Dauphin.  Flèche.  Aigle.  Cygne.  Véga. 
Capricorne.  Sagittaire  au  S.-E. 
Sud....    Couronne.    Serpent.    Ophiuchus.    Ba- 
lance. Scorpion. 
Ouest..    Grande  Ourse.  Cœur.  Chevelure.  Lion. 
Vierge. 

Planètes. 

Jupiter,  dans  le  Lion,  à  l'est  de  Régulus. 
Vénus,  étoile  du  soir. 
Uranus,  dans  la  Vierge,  entre  p  et  »|. 
Saturne,  se  lève  à  2«'35'»  le  15.  Gémeaux. 


1.  S 

2.  D 
€    3.  L 

4.  M 

5.  M 


6.    J 


7. 

V 

SicS 

9. 

D 

#10. 

L 

11. 

M 

12.  M 

13.  J 

14.  V 

15.  S 

16.  D 
3  17.  L 

18.  M 

19.  M 

20.  J 
21a  V 


22.  S 

23.  D 

24.  L 

)25.  M 

26.  M 

27.  J 

28.  V 

29.  S 

30.  D 

31.  L 


AOUT 


Minimum  de  X  Sagittaire. 

ï)  en  conjonction  avec  j*  Gémeaux,  à 

0«4'  au  sud  à  b^  soir.  —  Ç  à  sa  plus 

grande  élongation  E.  :  27«2r. 
d"  en  conjonction  avec  î)  et  n  Gémeaux. 

Ç  aphélie. 
Maximum  de  X  Sagittaire. 
$  en  conjonction  avec  Q  à  3«42'  S  à 

5*»  soir. 


Très  grande   marée.  —  Minimum  de 

X  Sagittaire. 
ç  en  conjonction  avec  C  à  9»»  matin, 

à  1*55'  S  et  9  id.  à  midi,  à  2o  13'  N. 

Maximum  de  X  Sagittaire. 


Minimum  d'AIgol  à  12»»  9«. 
Minimum  de  X  Sagittaire. 

Minimum  d'AIgol  à  8'» 57». 
Occultation  de  ?*  Sagittaire  (4»  gr.)  de 

i2«»47»  à  son  coucher.  Maximum  de 

X  Sagittaire. 


^  en  conjonction  avec  § ,  à  0»  13'  N  j 

2>»  soir. 
Minimum  de  X  Sagittaire. 


Maximum  de  X  Sagittaire. 


Zénith. 
Nord... 

Est ... . 

Sud.... 
Ouest.. 


Ciel  étoUé. 

Tête  du  Dragon.  Véga.  Hercule. 

Petite  Ourse.  CapeUa  à  l'horizon.  An- 
dromède et  Cassiopée  au  N.-E. 

Cygne.  Aigle.  Dauphin.  Pégase.  Ver- 
seau. Poissons. 

Sagittaire.  Scorpion.  Ophiuchus. 

Couronne.  Bouvier.  Cœur.  Chevelure.  — 
Gr.  Ourse  au  N.-W. 


Planètes. 

Vénus,  étoile  du  soir.  Partie  éclairée  =  0,88. 
Mercure,  le  soir  :  5  août. 
Mars  se  lève  à  1*  du  matin  le  15.  Gémeaux. 
Saturne  se  lève  à  2»'35«  le  15.  Gémeaux. 


12 


AGENDA  ASTRONOMIQUE  POUR  1885. 


t. 

M 

€ 

2. 

M 

3. 

J 

4. 

V 

5. 

S 

6« 

cD 

7. 

h 

• 

8. 

M 

9.   M 


SEPTEMBRE 

Occultation  de  «*  et  9*  Taureau  de  son 
lever  à  10*>  56".  Minimum  de  e  Baleine. 

Occultation  d'Aldéb&r&n  (!'•  gr.)  de 
1*30"  à  2*2-  du  matin,  Ç  en  conjonc- 
tion inférieure  avec  O. 

|>  en  conjonction  avec  C  à  4»17'  N  à 
3**  matin.  Maximum  de  X  Sagittaire. 

CT  en  conjonction  avec  C  ^  &*33'  N  à 
7*»  matin. 

Maximum  de  R Hydre  (4,7)  [min.  =  10,0]. 

Éclipse  totale  de  soleil,  de  6*45~   à 

il*  17"  matin.  Invisible  en  France. 

^  en  conjonction  avec  O  et  C* 
Plus  grande  marée  de  Tannée.  Âlgol  : 

10»'40-. 
Rencontre  de  Ç  avec  TÈpi  de  la  Vierge. 
Ç  en  conjonction  avec  Ct  à  2«27'  S  à 

10*  matin.  Maximum  X  Sagittaire. 
Minimum  d'Algol  à  7'' 29"». 


Minimum  de  X  Sagittaire. 


$  à  sa  plus  grande  élongation  occiden- 
tale 17*51'.  Maximum  X  Sagittaire. 

5  périhélie. 

Soleil  à  l'équinoxe  à  9*  soir.  Commen- 
cement do  Tautomne  astronomique. 

Éclipse  partielle  de  Lune,  de  5*11»  à 
10*  44"  du  matin.  Coucher  C  À  5*45«. 

Occultation  de  yt,  Poissons  (5*  gr.)  de 
8*16- à  9*17- du  soir. 

Ç  en  conjonction  avec  ^,  à  0*52'  N,  à 

9*  matin. 
Occultation  de  t  Taureau  (4*  gr.)  de 

11*55- à  minuit  47-. 
Appulse  de»'  Taureau  (4«  gr.)  à 5*21» 

du  matin,  à  0',2  du  bord  lunaire. 

Ciel  étoUé. 

Cygne.  Lyre.  Céphée. 
Petite  Ourse.  Capella  au  N.-E.,  Persée, 
Cassiopée. 

Est Gémeaux.  Taureau.  Bélier.  Andromède. 

Pégase. 
Sud. . . .    Aigle.  Sagittaire.  Capricorne.  Verseau. 

Fomalhaut  &  Thorizon. 
Ouest. .    llercule.  Couronne.  Bouvier.  Vierge. 

Planètes. 

Saturne  se  lève  à  10*56-  le  15.  Gémeaux. 
Vénus,  étoile  du  soir.  Partie  éclairée  =  0,81. 
Mercure,  le  matin  :  18  septembre. 
Mars  se  lève  à  minuit  48-  le  !•',  sous  ^Castor  et 
PoUux. 


10. 

J 

11. 

V 

12. 

S 

13. 

D 

14. 

L 

15. 

M 

»16. 

M 

17.  J 

18. 

V 

19. 

S 

20. 

D 

21. 

L 

22. 

M 

23. 

M 

®24. 

J 

25. 

V 

26. 

S 

27. 

P 

28. 

L 

29. 

M 

30. 

M 

Zénith 

.    ( 

Nord. 

.    ] 

Est.... 

.    ( 

OCTOBRE 

CE  i*  J  Occultation  de  x  Gémeaux  (4*gr.)  de 
minuit  46-  à  1*37-.  |)  en  conjonction 
avec  C  :  4«  15'  N  à  11*  matin. 

2.  V  Minimum  d*Algol  à  9*11-.  Maximum 
X  Sagittaire. 

3is  S  cf  en  conjonction  avec  C  •  5*4'  N  à 
7*  soir. 

4.  D 

5.  L    $  en  conjonction  avec  $:  2*1'  N  à 

2*  matin. 

6.  M  ^  en  conjonction  avec  C  '•  1*25'  N  à 

5*  soir. 

7.  M   $  en  conjonction  avec  C  -  0*29'  N  à 

8*  soir. 
•   8.    J 

9.  V  Grande  marée.  Maximum  X  Sagittaire. 

10.  S 

11.  D    9  en  conjonction  avec  C-  6*23'  S  à 

midi. 

12.  L 

13.  M  Minimum  de  X  Sagittaire. 

14.  M 

15  «  J  $  en  conjonction  supérieure  avec  Q. 
—  ç  aphélie. 

9  16.   V  Maximum  de  X  Sagittaire. 

17.  S 

18.  D  Rencontre  de  9  avec  Antarès. 

19.  L  I)  périhélie. 

20.  M 

21.  M  ^  passe  près  de  p  de  la  Vierge. 

22.  J  Minimum  d'Algol  à  10*53». 
©23.   V 

24.  S 

25.  D   Minimum  d'Algol  à  7*42». 

26.  L 

27.  M 

28  «  M  |>  en  conjonction  avec  C  '•  4*8'  N  à 

5*  soir. 
29.    J 
C30.   V 
31.    S 

Ciel  ètoUè. 

Zénith.    Cygne.  Céphée.  Cassiopée. 

Nord.. .  Petite  Ourse.  Dragon.  Grande  Ourse.  — 
Cocher  au  N.-E. 

Est Cancer.    Gémeaux.    Bélier.    Pléiades. 

Andromède.  Persée.  —  Aldébaran  se 
lève. 

Sud Pégase.  Verseau.  Capricorne.  Fomal- 
haut. 

Ouest..  Lyre.  Hercule.  Couronne.  Ophiuchus. 
Sagittaire. 


Planètes. 


Saturne,  dans  les  Gémeaux,  sous  ■. 
Vénus,  étoile  du  soir.  Partie  éclairée  =  0,72. 
Mars,  dans  le  Cancer. 
Jupiter,  étoile  du  matin. 


AGENDA  ASTRONOMIQUE  POUR  1885. 


43 


1.  D 

2.  L 

3.  M 

4.  M 

5.  J 
#    6.  V 

7.  S 

8.  B 
».  L 

10.  M 


NOVEMBRE 

cf  en  conjonction  avec  C  :  4*16'  N  à 
4^  matin. 

$  aphélie.  ^  en  conjonction  avec  C  ' 
0»52'Nàltfcmatin. 


$  en  conjonction  avec  C  ^  6«  16'  S  à 
9»'  soir. 


9  en  conjonction  avec  C'  7*49'  S  à 
8^  soir. 
11.   M  Minimum  d*Âlgol  à  minuit  35*.  Ç  près 
1  Sagittaire  (2|gr.). 


Minimum  d'ÂigoI  à  9^24». 


12  a  J 

13.  V 

9  14.  S 

15.  D 

16.  L    1$  en  opposition  avec  O. 

17.  M  Minimum  d'Algol  à  6i>  13". 

18.  M 

19.  J 

20.  V 

:i.  s 

®  22.  D   Occultation  de  ft'  et  •*  Taureau  (4«gr.) 
de  6^36-  à  7»'21-,  et  d'Aldébaran  de 
9^57- à  11*8-. 
23.    L   Grande  marée. 

24 «M   î)  en  conjonction  avec  C  •  3*59'  N  â 
11**  matin. 

25.  M 

26.  J 

27.  V 

28.  S 

C  29.   D   cT  en  conjonction  avec  £:  3*23'  N  à 
9*  matin. 
30.   L   :^  en  conjonction  avec  C  ^  Oo20  N  à 
lissoir.  $  à  sa  plus  grande  élonga- 
tion2M4'E. 


Ciel  étoUé. 

Zénith.    Cassiopée.  Andromède.  Persée. 

Nord  . .  Petite  Ourse.  Céphée.  Dragon.  Grande 
Ourse. 

Est —  Lion.  Cancer.  Gémeaux.  Cocher.  Tau- 
reau .  Pléiades.  —  Orion  se  lève. 

Sud....  Pégase.  Bélier.  Verseau.  Poissons.  Ba- 
leine. Fomalhaut. 

Ouest..  Cygne.  Aigle.  Lyre.  —  Capricorne 
au  S.-W. 


Planètes. 

Saturne,  dans  les  Gémeaux,  entre  t  et  |a. 
Vénus,  étoile  du  soir.  Partie  éclairée  =  0,61. 
Mercure,  le  soir  :  30  novembre. 
Mars,  dans  le  Lion.  Partie  éclairée  =  0,90. 
Jupiter,  étoile  du  matin. 


1.  M 

2.  M 

3.  J 


4, 

5 

•    6, 


V 
S 
D 

7.  L 

8.  M 


DECEMBRE 

Occultation  d'Uranus  (6«gr.)  de5i>10'" 
à6*>23'-dumatin. 


Occultation  de  %  Vierge  (4,5  gr.)   do 

4»'28"à5k8-dumatin. 
Minimum  d'Algol  à  li>>17'-.    . 


Minimum  d'Algol  à7i>55". 
ç  en  conjonction  avec  C  :  6*3'  S  à 
6*  matin. 
9.   M  9  à  sa  plus  grande  élongation  orien- 
tale 47«16'.  ^  contigu  à  ii  Vierge. 
10  «  J    9  en  conjonction  avec  C'  5*56'  S  à  11<* 
soir.  Algol  :  4*>44". 


11. 
12. 
13. 
D  14. 
15. 
16. 


17.  J 

18.  V 

19.  S 

20.  D 

©21.  L 
22«M 

23.  M 

24.  J 

25.  V 

26.  S 

27.  D 


$  périhélie. 

9  en  conjonction  inférieure  avec  Q. 

Appulse  de  y  Taureau  |4«gr.)  à  4''24" 
du  matin,  à  2',3  du  bord  lunaire. 

Soleil  au  solstice  à  3^  soir.  Commence- 
ment de  rhiver  astronomique. 

ï)  en  conjonction  avec  C  ^  3*58'  N  à 
5^  matin. 

Grande  marée. 

Minimum  d'Algol  à  minuit  49". 


I>  en  opposition  avec  O. 
Occultation  de  x  Lion  (5*  gr.)  de 6^1"* 
à  7»» 4-  matin.  Algol  :  9^38-  soir. 
@  28.    L   ÎT  en  conjonction  avec  C  :  0«5'  S  à 
9^  matin. 

29.  M  Occultation  de»  Vierge  (4,5  gr.)  de  4>>  16- 

h  5i>28«  du  matin. 

30.  M   Minimum  d'Algol  à  6^27-. 

31 .  J    Soleil  au  périgée  ou  Terre  au  périhélie  : 

Distance  O  =  145  525000^».  Diamè- 
tre =32'36'. 

Ciel  étoUé. 

Zénith.    Persée.  Andromède.  Cassiopée.  Bélier. 
Nord...    Petite  Ourse.  Céphée.  Dragon.  Grande 

Ourse. 
Est ... .    Capella.  Lion.  Cancer.  Gémeaux.  Pro- 

cyon.  Taureau.  Orion. 
Sud....    Poissons.  Baleine.  Eridan.  —  Verseau 

au  S.-W. 
Ouest. .    Capricorne.  Pégase.  Cygne.  —  Véga  au 

N.-W. 

Planètes. 

Jupiter,  se  lève  à  minuit  à  la  fin  du  mois. 
Saturne,  en  plein  sud   le  soir,  au-dessous   de 

p  Taureau. 
Vénus,  étoile  du  soir.  Partie  éclairée  =  0,47. 
Mars,  dans  le  Lion.  Partie  éclairée  =  0,90. 


14 


L'ASTRONOMIE. 


PLAJ^ÈTES. 

Nous  inscrirons  les  planètes  dans  Tordre  de  Tintérêt  qu'elles  offrent  aux 
observateurs,  en  commençant  par  les  plus  importantes.  Comme  il  s'agit 
surtout  ici  d'observations  à  faire  à  l'aide  d'instruments  de  moyenne  puis- 
sance, à  l'aide  de  jumelles  ou  môme  à  l'œil  nu,  c'est  l'ordre  de  leur  éclat  qui 
les  caractérise  au  point  de  vue  qui  nous  occupe,  et  aussi  les  époques  de  leur 
visibilité.  Nous  suivrons  ici  cet  ordre  logique  et  tout  humain. 

Jupiter. 

Le  monde  le  plus  considérable  de  tout  notre  système  solaire  est  actuelle- 
ment dans  une  excellente  position  pour  être  observé  par  les  astronomes  de 
la  Terre.  Le  15  janvier,  il  se  lève  à  S^  du  soir,  passe  au  méridien  à  3**  du 

Fig.  1. 


S     E     X     T     A 


xn 


XI 


Marche  et  po:^itioiis  de  la  planète  Jupiter  pendant  l'année  188j. 

matin,  et  de  jour  en  jour  avance  dans  son  lever  et  dans  son  passage  au  méri- 
dien. 11  brille  donc  en  plein  sud,  traversant  le  méridien  à  une  grande  hau- 
teur, le  1*'  février  à  î'^ST^du  matin,  le  15  à  minuit  35";  le  !•'  mars  à  li*'29", 
le  15  à  10'»27'»;  le  1"  avril  à  9M5-,  le  15  à  8M8»;  le  1"  mai  à  7M5»,  le  15  à 
6>»23"»;  le  1"  juin  à  5»»22'»,  le  15  à  4''35".  Le  1*' juillet,  il  se  couche  à  lO'^ST'», 
et  le  15  à  9"*  47".  Dès  lors  il  disparaît  au  crépuscule. 

On  voit  donc  que  sa  période  de  visibilité  s'étend  sur  l'hiver,  le  printemps 
et  même  une  partie  de  l'été.  Il  trône  dans  la  constellation  du  Lion,  va  passer, 
le  20  janvier,  tout  près  de  l'étoile  p,  de  4»  grandeur,  à  1^6'  seuloment  au 
nord,  rétrogradera  vers  Régulus  qu'il  atteindra  le  15  mars.  Ce  jour-là,  dans 
la  matinée,  la  belle  planète  passera  à  50'  seulement  au  nord  de  l'astre  du 


ANNUAIRE  ASTRONOMIQUE  POUR  4885.  15 

Lion.  Continuant  sa  marche,  elle  rétrogradera  jusqu'au  22  avril,  s'arrêtera 
au-dessus  de  Tétoile  v  du  Lion,  puis  reviendra  sur  ses  pas,  repassera  au  nord 
de  Régulus  le  30  mai  à  10**  du  matin,  à  41'  seulement,  repassera  également 
au-dessus  de  p  le  12  juillet,  et  continuera  sa  marche  directe  vers  Test  pour 
atteindre  p  de  la  Vierge  le  21  octobre,  tj  le  9  décembre  et  s'approcher  de  y  au 
commencement  de  1886.  Le  21  octobre,  Jupiter  sera  redevenu  étoile  du 
matin,  se  levant  dès  3**30",  et  le  9  décembre,  il  se  lèvera  dès  P.  On  pourra 
donc  observer  ces  deux  rapprochements  remarquables.  Dans  la  soirée  du 
21  octobre,  la  distance  des  deux  astres  descendra  à  25',  Jupiter  passant  au 
nord  de  p.  Le  9  décembre,  à  10**  du  soir,  la  distance  entre  la  planète  et 
l'étoile  Y)  s'abaissera  à  dix  minutes  d'arc. 

Indépendamment  des  remarques  à  faire  sur  les  configurations  changeantes 
des  quatre  satellites  de  la  planète,  sur  les  éclats  de  ces  satellites,  etc.,  on 
s'intéressera  toujours  à  observer  et  à  dessiner  l'aspect  de  la  planète  elle- 
même,  ses  bandes  équatoriales,  ses  taches  et  ses  nuages.  L'immense  tache 
rouge  visible  depuis  1878  paraît  être  à  peu  près  effacée.  Ce  vaste  monde  est 
actuellement  le  siège  de  transformations  nouvelles  à  sa  surface  et  dans  son 
atmosphère.  Tous  les  documents  relatifs  à  son  observation  et  les  dessins  de 
son  aspect  actuel  seront  donnés  dans  la  Revue. 

Saturne. 

La  merveille  de  notre  système  se  présente  dans  sa  position  la  plus  favo- 
rable aux  observations,  offrant  à  nos  yeux  son  système  d'anneaux  dans  sa 
perspective  d'ouverture  maximum.  Saturne  brille  actuellement  tous  les  soirs 
dans  la  constellation  du  Taureau,  en  même  temps  que  Jupiter  illustre  le 
Lion,  passant  au  méridien  à  10"*  du  soir.  Aussi  est-il  en  ce  moment  l'objet  de 
l'étude  attentive  des  astronomes.  Comme  Jupiter,  ses  heures  d'observation 
vont  avancer  de  jour  en  jour.  Les  passages  au  méridien  auront  lieu,  le 
1«'  février  à  8»»17°»,  le  !•'  mars  à  6»'27'",  le  1*'  avril  à  4»» 32»,  le  1"  mai  à  2»» 46"  ; 
il  se  couche  le  1"  mai  à  10**  40"  et  le  15  à  9**  50™.  Dès  lors  il  descend  dans 
Téclairement  du  crépuscule  et  disparaît  de  notre  sphère  d'observation  pour  ne 
reparaître  qu'en  automne.  Le  1"  octobre  il  se  lèvera  à  9**  56°  et  passera  au 
méridien  à  5**54°  du  matin;  le  15  il  se  lèvera  à  9** 3°,  et  atteindra  son  point 
culminant  à  5**  ;  le  1"  novembre  lever  à  7**  55°  et  passage  au  méridien  à 
3**  53°,  le  15  à  7**  et  2'*  56°;  le  1"  décembre  lever  à  5°  50°  et  passage  au 
méridien  à  P50°;  le  15,  4**51°  et  minuit  50°;  le  1"  janvier  1886,  le  passage 
au  méridien  arrive  avant  minuit,  à  1P33°. 

La  belle  planète  trône  au-dessous  de  Tétoile  p  du  Taureau,  do  2*  grandeur, 
rétrograde  vers  l'ouest  jusqu'au  17  février,  puis  prend  son  mouvement  direct 
vers  l'est  pour  s'avancer  vers  les  Gémeaux.  Elle  arrivera  le  9  mai  près  de 


16  L'ASTRONOMIE. 

l'étoile  121  Taureau,  de  6«  grandeur,  le  20  juin  près  de  Tétoile  132,  et  le 
30  près  de  Propus,  la  première  des  Gémeaux. 

Continuant  son  cours,  elle  passera  le  20  juillet  prescjue  sur  Tétoile  tj,  de 
3®  grandeur.  Ce  jour-là,  à  7**  du  soir,  le  centre  de  la  planète  ne  sera  qu'à 
29^,5  au  sud  de  Tétoile,  le  diamètre  de  la  planète  sera  de  15'',  2,  le  grand  axe 

Fig.  2. 


VK 


,^Jf^ 


EAU 


"^^ 


.di^Ban^ 


.AU 


Marche  et  positions  de  la  planète  Saturne  pendant  Tannée  1885. 

de  Tanneau  de  37*,8  et  le  petit  axe  de  16^,8.  Cette  conjonction  serait  fort  inté- 
ressante à  observer;  à  cette  date  la  planète  se  lève  à  2**  18"*  du  matin  et 
passe  au  méridien  à  10*».  Elle  arrivera  le  6  août  sur  fx  des  Gémeaux,  de  même 
grandeur,  et  sur  Mars.  Continuant  son  cours  céleste,  elle  suivra  la  même 
direction  jusqu'au  20  octobre,  s'arrêtera  et  rebroussera  chemin  pour  rétro- 
grader vers  Touest  jusqu'à  la  fin  de  Tannée. 


GRANDEURS  PERSPECTIVES   DE  L* ANNEAU  A  SON  MAXIMUM  D'OUVERTURE. 


!•'  décembre 
20  décembre 

8  janvier 

28  janvier 

17  février 

9  mars 

29  mars 

18  avril 
8  mai 

17  juin 

7  juillet 
16  août 

5  septembre 
15  octobre 

4  novembre 
24  novembre 
14  décembre 
1»' janvier 


1884 
1884 
1885 


1886 


Anneau 
Grand  axe. 

46',44 

46,54 

45.93 

44,75 

43,25 

41,68 

40,22 

39,01 

38,12 

37,35 

37,50 

38,84 

39,99 

42,95 

44,48 

45,75 

46,51 

46,57 


extérieur. 
Petit  axe. 

20',80 

20,90 

20,68 

20,19 

19,56 

18,90 

18,29 

17,76 

17,34 

16,84 

16,77 

17,01 

17,34 

18,41 

19,09 

19,76 

20,27 

20,48 


Anneau 
Grand  axe. 

30',88 

30,95 

30,54 

29,76 

28,76 

27,71 

26,75 

25,94 

23,35 

24,84 

24,94 

25,83 

26,59 

28,56 

29,58 

30,43 

30,93 

30,98 


intérieur. 
Petit  axe 

13',83 

13,90 

13,75 

13,43 

13,01 

12,57 

12,16 

11,81 

11,53 

11,20 

11,15 

11,31 

11,53 

12,24 

12,69 

13,14 

13,48 

13,63 


Diamètre 

polaire 

du  globe. 

18%  0 

18,6 

18,4 

18,0 

17,4. 

16,8 

16,2 

15,7 

15,4 

15,0 

15,1 

15,6 

16,0 

17,2 

17,8 

18,4 

18,6 

18,7 


ANNUAIRE  ASTRONOMIQUE  POUR  1885.  17 

On  voit  que  nous  sommes  actuellement,  depuis  le  mois  de  décembre,  au 
maximum  d'ouverture  des  anneaux.  Les  variations  sont  dues  aux  change- 

Fig.  3. 


Maximum  d'ouverture  des  anneaux  de  Salurneen  1885  et  variation  générale  de  leur  perspective. 

ments  de  position  de  la  Terre  dans  le  cours  de  Tannée.  Dans  un  an  nous 
retrouverons  à  peu  près  les  mêmes  aspects;  mais  la  perspective  va  changer 

Fig.  4. 


Esquisse  géométrique  pour  le  maximum  d'ouverture  des  anneaux. 
;(Écliollo:2"  =  r.) 

et  la  largeur  apparente  du  système  va  diminuer,  à  partir  de  Tannée  pro- 
chaine, jusç[u*en  1891-1892,  époque  à  laquelle  ces  curieux  anneaux  ne  se 


48 


L'ASTRONOMIE. 


présenteront  plus  à  nous  que  par  la  tranche,  comme  il  est  arrivé  en  1862 
{voir  fig.i). 

La  fig.  4  donne  les  proportions  géométriques  précises  du  système  d'an- 
neaux, à  son  maximimi  d'ouverture  (décembre  1884.  —  janvier  1885),  à 
Téchelle  de  2»"  pour  T.  La  Revue  publiera  les  dessins  de  Taspect  téle- 
scopique  actuel. 

Le  système  des  satellites  se  présente  également  dans  sa  largeur  maximum. 
Nous  en  reproduisons  le  diagramme,  d'après  M.  Marth  {The  Ob8ervatory).Le 

Fig.  5. 


Inclinaison  actuelle  des  orbites  des  satellites  de  Saturne. 


satellite  le  plus  éloigné  n'a  pu  être  inséré  dans  le  tableau  à  cause  de  sa  grande 
distance. 

Vénus. 

Vénus  est  encore  étoile  du  matin;  elle  se  rapproche  du  Soleil,  et  le  4  mai 
prochain  elle  passera  derrière  lui.  Dès  le  commencement  de  juin,  elle  se 
dégagera  lentement  des  rayons  de  Tastre  du  jour,  retardant  graduellement 
sur  lui,  passant  au  méridien,  le  15  juin  à  midi  49",  le  1"  juillet  à  l^'ll". 
A  partir  de  cette  époque  on  pourra  l'observer  comme  étoile  du  soir.  Le 
15  juillet,  elle  se  couche  à  9**2",  soit  une  heure  après  le  Soleil.  Le  1"  août  elle 
se  couche  à  8** 40",  P3"  après  le  Soleil;  et  se  couche  le  1"  septembre  à 
7M3",  1»»2'»  après  le  Soleil;  le  1«' octobre  à6>»52",  1M5"  après  le  Soleil; 
le  1"  novembre  à  6*»36",  avec  un  retard  de  deux  heures,  et  le  1"  décembre 
à  7^20",  avec  un  retard  de  3^16".  Elle  arrive  le  8  à  sa  plus  grande  élongation 
du  Soleil.  C'est  l'époque  la  plus  favorable  pour  son  observation.  Son  disque, 
qui  était  circulaire  en  mai,  commence  à  montrer  une  phase  sensible  dès 


ANNUAIRE  ASTRONOMIQUE  POUR  1885. 


19 


juillet,  et  la  portion  éclairée  diminue  de  plus  en  plus.  En  décembre  l'aspect 
de  la  planète  rappellera  celui  de  la  Lune  en  quadrature.  Nous  avons  repré- 
senté ces  phases  (fig.  6)  à  Téchelle  de  1"'"  pour  2*. 
Construisons  la  carte  de  son  mouvement  pendant  sa  période  de  visibilité, 

Fig.  6. 


Phases  de  Vénus  en  1885. 
(Échelle  :]••  =  2'.) 

soit  du  1"  juillet  au  31  décembre,  ou  plutôt  commençons-la  dès  le  7  juin,  car 
ce  joui*-là  elle  passe  tout  près  de  Saturne  ;  malheureusement  cette  conjonc- 
tion sera  bien  difficile  à  observer,  môme  à  l'aide  d'une  lunette,  car  elle  se 
produira  à  une  faible  distance  du  Soleil,  et  les  deux  planètes  se  couchent  à 

Fig.  7. 


^SS^PS, 


Marche  et  positions  de  la  planète  Vénus  pendant  Tannée  1885. 

8**36"  et  8**42",  c'est-à-dire  trente-huit  minutes  seulement  après  le  Soleil. 
Pendant  le  jour,  Saturne  eàt  trop  pâle  pour  être  observable.  Vénus  arrivera 
le  27  juillet  près  de  Régulus,  à  P22'  au  nord.  Elle  atteint  Jupiter  le  6  août. 
Mais  tous  ces  rapprochements  auront  lieu  pendant  le  jour.  Rapidement  elle 
traversera  les  constellations  du  Lion,  de  la  Vierge,  de  la  Balance,  du  Scorpion, 
du  Sagittaire  et  du  Capricorne  pour  entrer  dans  le  Verseau  le  1*'  janvier  1886. 


20  L*ASTUONOMIB. 

Notons  le  long  de  cette  marche  quelques  rapprochements  intéressants  : 

VÉpi  de  la  Vierge  de  !*•  grandeur le  10  septembre. 

Antarès  de  !'•  grandeur le  18  octobre. 

X  Sagittaire,  de  2*  grandeur le  11  novembre. 

Mercure. 

Toujours  presque  perdue  dans  les  rayons  du  Soleil,  cette  planète  si  proche 
de  Tastre  central  ne  devient  visible  pour  nous  qu'à  ses  plus  grandes  élon- 
gations,  qui  arriveront  aux  époques  suivantes  : 


26  janvier,     plus 

grande  élongation  du  matin. 

7  avril 

—               —             soir. 

25  mai 

—               —             matin. 

5  août 

—                —             soir. 

18  septembre 

—                —             matin. 

30  novembre 

—                —             soir. 

C'est  à  ces  époques  que  Ton  pourra,  pendant  ime  huitaine  de  jours  en 
moyenne  de  part  et  d'autre  des  dates  inscrites,  découvrir  Tastre  de  Mercure, 
étoile  de  première  grandeur  presque  eflfacée  dans  la  lumière  des  crépuscules 
du  matin  et  du  soir. 

Il  n'y  a  guère  à  espérer  observer  de  rapprochements  de  Mercure  avec  les 
planètes  ou  les  étoiles,  à  cause  de  la  rareté  des  circonstances  qui  permettent 
de  l'observer  lui-môme.  Ses  conjonctions  avec  la  Lune  sont  un  peu  moins 
interdites  à  l'observation;  elles  ont  été  signalées  plus  haut.  On  trouvera  ses 
levers,  couchers,  écarts  du  Soleil»  dans  nos  instructions  mensuelles. 

Mars. 

La  planète  la  mieux  située  pour  nos  observations,  celle  dont  l'étude 
géographique  et  météorologique  est  la  plus  facile,  se  trouve  actuellement 
éloignée  en  des  parages  inaccessibles.  Elle  passe  derrière  le  Soleil  le  1 1  février. 
Revenant  lentement  vers  notre  séjour,  elle  redeviendra  accessible  à  nos 
observations  à  partir  du  mois  d'août.  Le  15  de  ce  mois,  elle  passe  au  méridien 
à  9**  du  matin  et  se  lève  à  1*».  C'est  la  section  de  son  orbite  la  plus  éloignée  de 
l'orbite  terrestre  que  nous  pouvons  observer  ces  années-ci,  et  c'est  son  hémi- 
sphère boréal,  qui,  comme  on  le  sait,  justement  à  cause  de  cette  coïncidence, 
est  le  moins  connu.  Les  observations  peuvent  être  fécondes  pendant  l'au- 
tomne et  l'hiver  prochain.  Le  1"  septembre,  Mars  se  lève  à  minuit  48",  et 
passe  au  méridien  à  8*»46";  le  1"  octobre,  lever  à  minuit  27",  passage  au 
méridien  à  8*» 5";  le  !•'  novembre,  lever  à  minuit,   méridien  à  7*»  13»;  le 


j 


ANNUAIRE  ASTRONOMIQUE  POUR  1885.  21 

1"  décembre,  lever  à  11»»23",  méridien  à6M2»;  le  1"  janvier  1886,  lever  à 
10*»25",  méridien  à  4*»52".  Distanœs  à  la  Terre  : 


1*'  septembre 

300  millions  de  kilomètres 

!•'  octobre 

272       - 

— 

!•'  novembre 

237       — 

— 

!•'  décembre 

198       - 

— 

!•'  janvier  1886 

156       — 

— 

Il  arrivera  le  3  décembre  en  quadrature  avec  la  Terre  et  aura  un  dixième 
de  son  disque  d'entamé.  Il  n'atteindra  son  opposition  derrière  nous  relative- 
ment au  Soleil  que  le  6  mars  1886.  Alors  il  passera  au  méridien  à  minuit  et 
se  retrouvera  en  position  favorable  pour  nos  observations. 

Traçons  également  son  cours  pour  sa  période  de  visibilité.  Le  V  sep- 

Fig.  8. 


:xi 


IX 


vni 


Marche  et  positions  de  la  planète  Mars  pendant  Tannée  1885. 

tembre,  il  sera  visible  dans  la  constellation  des  Gémeaux;  le  12  il  arrive 
juste  sur  l'alignement  de  Castor  et  PoUux;  le  28,  il  passe  près  de  S  du  Cancer, 
à  1**  au  nord;  le  4  novembre,  il  passe  également  à  1<>  au  nord  de  Régulus  et 
le  16  à  2°  au  nord  de  p  du  Lion.  Il  s'approche  de  Jupiter  mais  ne  l'atteindra 
pas  :  le  31  décembre  il  reste  encore  entre  eux  une  différence  de  quarante- 
huit  minutes  en  ascension  droite.  On  suivra  facilement  ce  cours  sur  notre 
fig,  8.  Mars  passera  le  6  août  à  1^20'  au  nord  de  Saturne  (justement  près 
de  jA  Gémeaux)  ;  mais  il  n'atteindra  pas  Jupiter. 

Uranns. 

La  planète  Uranus  arrive  en  opposition  le  20  mars.  C'est  donc  là  Tépoque 
la  plus  favorable  pour  son  observation.  Elle  habite  la  constellation  de  la 
Vierge,  au  sein  de  laquelle  elle  se  déplace  lentement.  Le  l^'  janvier,  elle  se 
trouve  à  deux  minutes  de  temps  seulement  à  droite  ou  à  l'ouest  de  l'étoile  t^. 


22 


L'ASTRONOMIE. 


dont  elle  va  s'écarter  jusqu*ea  juin  (voir  la  carte  ci-dessous).  Puis,  elle  re- 
viendra vers  Test  et  atteindra  cette  même  étoile  le  30  septembre,  la  dép^assera 
et  arrivera  au  commencement  de  Tannée  au-dessous  de  la  belle  étoile  dou- 
ble Y-  Le  !•'  janvier  :  lever  à  11  *" 24"  du  soir;  passage  au  méridien  à  5*»28"'  du 
matin.  Le  1*'  février,  lever  à 9*» 20"*  du  soir;  passage  au  méridien  à  3*" 25"  du 
matin.  Le  1"  mars,  lever  à  7»» 25»;  méridien  à  P32".  Le  1^'  avril,  lever 
à  5^16"  ;  méridien  à  ll'>2i".  Le  l"mai,  passage  au  méridien  à  9^19",  coucher 
à  3*» 30"  du  matin.  Le  1"  juin,  passage  au  méridien  à  7^  15"  ;  coucher  à  P27". 

Fig.  9. 


X 

i SB 

XI        -1 

/ 

/ 

\                                                                           C 

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xm                                         xo. 

XI              1 

Marche  et  positions  de  la  planète  Uranus  pendant  l'année  1885. 

Le  1"  juillet,  coucher  à  11*'25",  et  le  1®'  août  coucher  à  9*'25".  La  période  la 
plus  favorable  est  donc  février-juillet. 

Jupiter  arrivera  vers  p  de  la  Vierge  le  21  octobre  et  le  9  décembre  vers  tj, 
mais  n'atteindra  pas  Uranus. 

Neptune. 

La  planète  télescopique  Neptune  plane  dans  le  Bélier.  Elle  sera  en  opposi- 
tion le  15  novembre.  Avant  cette  date  nous  publierons  la  carte  des  étoiles 
qui  Tavoisinent,  afin  que  ceux  qui  auraient  la  curiosité  de  la  voir  une  fois, 
puissent  la  trouver  et  la  reconnaître. 

Gérés.  —  Pallas.  —  Junon.  —  Vesta. 

On  trouvera  dans  nos  éphémérides  mensuelles  les  positions  des  petites 
planètes  aux  époques  favorables  pour  leur  observation. 

Tels  sont  les  principaux  caractères  astronomiques  de  Tannée  qui  vient  de 
commencer.  On  voit  qu'ils  ne  manquent  ni  d'intérêt  ni  de  variété.  En  les 
connaissant,  en  les  suivant,  de  loin  ou  de  près,  on  se  tient  en  relation  avec 


L;ÈCLIPSE  DE  LUNE  DU  4  OCTOBRE.  23 

la  marche  de  Tunivers  dont  nous  faisons  partie  intégrante,  on  ne  reste  pas 
isolé  en  dehors  de  la  réalité,  on  vit,  en  un  mot,  en  harmonie  avec  la  nature. 
Nous  avons  la  conviction  que  cet  exposé  général,  qui  contient,  nous  l'espé- 
rons, tous  les  faits  essentiels,  sera  favorablement  acccueilli  par  nos  lecteurs  et 
comblera  définitivement  Fimportante  lacune  qui  nous  a  été  tant  de  fois 
signalée.  Notre  plus  vif  désir  est  de  voir  cet  annuaire  devenir  de  plus  en  plus 
complet  chaque  année,  et  ce  sera  l'œuvre  de  nos  lecteurs  qui  voudront 
bien  nous  signaler  ses  imperfections  et  leurs  désirs. 

Ce  n'est  d'ailleurs  qu'une  «gum«  générale.  Elle  ne  remplace  pas  les  instruc- 
tions mensuelles  de  la  Revue,  mais  elle  donne  une  première  idée  des  mouve- 
ments célestes  et  de  leurs  relations  avec  la  Terre.  Les  détails  indispensables 
aux  observateurs  insérés  Tannée  dernière  dans  VAlmanach  astronomique 
seront  publiés  ici  chaque  mois  par  M.  Vimont,  avec  toutes  les  données  néces- 
saires pour  l'étude  pratique  du  ciel. 

Camille  Flammarion. 


L'ÉCLIPSÉ  DE  LUNE  DU  4  OCTOBRE  1884. 

Aux  documents  publiés  dans  la  Revue  de  novembre  1884,  il  importe  d'en 
ajouter  ici  quelques-uns  qui  mettent  en  évidence  certaines  particularités  nou- 
velles et  inattendues. 

Et  d*abord,  l'aspect  de  la  Lune  totalement  éclipsée  n'a  pas  été  le  même  pour 
tous  les  pays.  Cette  conclusion  est  assez  singulière,  mais  il  est  impossible  de  s'y 
soustraire. 

Notre  attention»  d'abord  appelée  sur  ce  point  par  la  diversité  des  documents 
dus  à  nos  correspondants,  a  été  arrêtée  tout  spécialement  par  la  communication 
suivante  de  M.  Mullen,  astronome  à  Copenhague  : 

ff  Ici,  la  Lune  a  été  sensiblement  colorée  pendant  quelques  moments  de  la 
totalité.  N'ayant  pas  eu  plus  tôt  l'occasion  d'observer  soigneusement  une  grande 
éclipse  de  Lune,  je  ne  connaissais  cette  couleur  que  d'après  les  images  et  m'atten- 
dais à  la  voir  assez  sombre;  mais  immédiatement  après  le  commencement  de  la 
totalitéftout  le  disque  lunaire,  alors  parfaitement  visible,  est  devenu  rouge-cuivre 
d'une  teinte  claire  très  prononcée;  cette  nuance  n'a  duré  que  quelques  moments, 
peut-être  seulement  une  à  deux  minutes  (je  n'ai  pas  noté  la  an  de  ce  phénomène, 
croyant  que  la  disparition  n'était  que  provisoire),  et  ne  s  est  pas  répétée  pendant 
tout  le  reste  de  l'éclipsé.  M™«  MuUen,  qui  observait  avec  moi,  la  qualiâa  couleur 
de  rouille  :  nous  avons  la  \nie  normale.  Je  dois  ajouter  que  j'ai  grand'peur  d'être 
dupé  par  mes  sens  et  que  je  suis  absolument  sûr  de  ce  que  j'ai  vu. 

a  MM.  Pechûle  et  Schjellerup  n'ont  pas  fait  cette  observation.  Cependant 
M.  Pechûle  m'engagea  alors  à  vous  communiquer  ce  que  j'avais  vu,  ajoutant 
qu'il  faudrait  bien  se  rendre  à  l'évidence,  si  des  expériences  concordantes  con- 


24  L'ASTRONOMIE. 

stataient  qu'une  éclipse  de  Lune  n'était  pas  tout  à  fait  identique,  vue  de  par- 
tout. Dès  lors,  je  voulus  avoir  quelques  autres  témoignages  et  as  insérer  dans 
les  journaux  une  demande  générale  de  me  faire  savoir  Taspect  de  la  Lune  pen- 
dant la  totalité,  naturellement  sans  dire  la  nuance  que  j'avais  vue.  L^éclipse 
du  4  octobre  n'a  pas  excité  beaucoup  d'attention  en  Danemark,  surtout  parce  que 
le  malheureux  incendie  du  palais  royal  de  la  veille  au  soir  occupait  tous  les 
esprits.  Je  n'ai  reçu  que  sept  réponses  à  ma  demande.  Toutes  sans  exception 
constatent,  dans  des  termes  très  variés,  la  couleur  jaune,  rouge,  rougeâtre,  etc., 
plus  ou  moins  accentuée,  de  la  Lune  totalement  éclipsée.  Il  est  assez  remarquable 
que  les  trois  observateurs  qui  demeurent  à  Copenhague  (comme  moi)  ont  vu  la 
Lune,  à  ce  qu'il  semble,  le  plus  colorée,  tandis  que  les  quatre  autres,  dans  les 
provinces,  appellent  la  couleur  faible.  M.  Forvald  Kohi,  observateur  très 
exercé,  qui  demeure  dans  le  Jylland  où  il  a  un  observatoire  privé,  me  commu- 
nique un  extrait  de  son  journal  d'observation  où  il  est  dit  entre  autres  :  «  Pen- 
dant la  totalité,  la  Lune  est  vue  sans  interruption  dans  une  teinte  mate  grisâtre 
avec  une  nuance  rougeâtre  extrêmement  faible.  »  M.  H.,  avocat  à  Rouders 
(Jylland),  relate  que  la  moitié  ouest  du  disque  lunaire,  quand  la  totalité  com- 
mença, a  devenait  luisante  avec  des  taches  sombres  comme  un  charbon  ardent 
mat.  » 

«  En  admettant  ainsi  comme  certain  —  et  personnellement  j'y  suis  forcé  —  que 
la  Lune  a  été  vue  colorée  pendant  Téclipse,  mais  que  lacoloratiouy  même  dans  le 
petit  Danemark,  a  paru  très  différente  en  nuances  et  en  mtensité,  il  me  semble 
évident  que  la  cause  de  ces  divergences  doit  être  uniquement  atmosphérique. 
Le  ciel  a-t-il  été  couvert  presque  partout  ailleurs  de  couches  supérieures  qui 
interceptaient  les  rayons  rouges,  ou  bien  notre  atmosphère  a-t-elle  seule  été 
favorable  pour  le  passage  de  ces  rayons?  je  veux  dire  :  est-il  possible  que  la  Lune 
réellement  n*ait  pas  été  rouge,  mais  que  tous  les  rayons  non  rougeâtres  n'aient  pu 
pénétrer  jusqu'à  nous  ? 

a  Kj.  MuLLEN.  I) 

Ainsi,  tandis  que  la  Lune  totalement  éclipsée  a  été  vue  d'un  ton  gris  sombre  et 
sans  coloration  &  Paris,  Meudon,  Juvisy,  Argentan,  Gien,  Bayonne,  Toulouse, 
Saint-Émilion,  Vaucluse,  Guéret,  Saint-Jouin,  Réthel,  Laroche-Bernard,  Jaén 
(Espagne),  etc.,  par  des  observateurs  très  attentifs  (on  pourrait  sans  doute  y 
joindre  les  observatoires  de  Toulouse  et  Lyon,  leurs  relations  étant  absolument 
muettes  sur  l'aspect  de  la  Lune  pendant  l'éclipsé),  elle  a  été  vue  manifestement 
colorée  en  rouge  à  Copenhague  et  dans  une  partie  du  Danemark.  Il  faut  donc 
admettre  que  l'état  optique  de  l'atmosphère  joue  un  rôle  sensible  dans  les  appré- 
ciations des  observateurs. 

Il  y  a  même  des  points  où,  probablement  à  cause  d'une  certaine  opacité  de 
l'atmosphère,  notre  satellite  a  presque  entièrement  disparu.  A  Paris  et  dans  ses 
environs,  nous  l'avons  presque  tous  comparé  à  une  pâle  nébulosité,  aux  Pléiades 
vues  indistinctement,  à  la  nébuleuse  d'Andromède,  etc.  M.  de  Cran,  à  Laroche- 
Bernard,  déclare  qu'au  commencement  de  la  totalité  «  il  était  tout  à  fait  impos- 


L^ÉCLIPSE  DE  LUNE  DU  4  OCTOBRE.  25 

sible,  soit  à  Tœil,  soit  à  la  luDette,  d'apercevoir  la  Lune,  et  qu'elle  avait  disparu 
si  complètement  que,  sans  points  de  repère  des  étoiles  voisines,  on  n'aurait  pu 
trouver  sa  place  dans  le  ciel.  »  De  Rethel,  M.  Paille  écrit  :  «  Le  disque  lunaire 
se  détachait  à  peine  dans  le  ciel  ;  une  teinte  grise  un  peu  transparente  le  faisait 
seule  découvrir  à  l'œil  nu,  et  encore  fallait-il  en  être  prévenu.  »  De  Saint-Jouin, 
M.  DuvAL  :  «  Après  la  totalité,  la  Lune  se  distinguait  à  peine;  elle  n'était  pas 
rougeâtre  comme  en  1877.  »  De  Passy,  M.  Zacgone  :  «  La  Lune  n'ayant  pas  paru 
rouge,  la  circonférence  de  la  Terre  ne  devait-elle  pas  être  couverte  de  nuages 
gênant  la  réfraction  des  rayons  solaires?  »  De  Guéret,  M.  Martin  ;  «  Grande 
différence  avec  1877  !  le  gris  domina  dans  les  teintes  des  diverses  phases;  le  mo- 
ment le  plus  saisissant  a  été  le  début  de  la  totalité  :  la  Lune,  avec  ses  tons  de 
nacre  sombre,  ne  ressemblait  plus  à  un  astre  du  ciel  et  paraissait  toute  proche.  » 
De  Cheval-Blanc  (Vaucluse),  M.  Perrotet  des  Pins  :  o  La  Lune,  d'un  clair 
.  obscur  au  milieu  du  ciel  complètement  noir,  était  à  peine  visible.  »  A  l'Observa- 
toire de  Meudon,  M.  Trouvelot  a  trouvé  le  disque  éclipsé  «  sans  aucune  colora- 
tion rougeâtre.  »  De  Toulouse,  M.  Audemarb-Luxeul  écrit  :  «  Ciel  d'une  pureté 
parfaite;  aucune  trace  de  coloration  rougeâtre.  »  De  Jaën  (Espagne),  MM.  Folache, 
Ildbfonso  Gonzalez,  les  membres  de  la  Société  scientifique  Flammarion  et  plus 
de  150  visiteurs  se  sont  accordés  à  comparer  le  disque  lunaire  à  une  nébulosité 
gris  blanCf  du  ton  de  la  Voie  lactée,  ne  rappelant  en  rien  la  coloration  rouge  des 
éclipses  de  juillet  1870  et  août  1877.  Un  dessin  représente  cette  blancheur  allant 
en  augmentant  du  Sud-Est  au  Nord-Ouest.  — A  l'Observatoire  de  Paris,  M.  Tré- 
pied l'a  trouvée  pâle,  uniforme  et  a  décidément  bleue.  »  —  A  Lons-le-Saunier, 
M.H.GAUTHiER-ViLLARSl'ajugée  d'un  jaune  de  bronze.  —  De  Muges,  M.  Courtois 
écrit  :  «  A  l'œil  nu,  elle  était  presque  invisible  et  donnait  moins  de  lumière  que 
les  étoiles  du  carré  de  Pégase;  au  télescope  on  distinguait  une  lumière  cendrée 
peu  intense  et  légèrement  rougeâtre,  mais  bien  moins  prononcée  que  celle  des 
éclipses  des  27  février  et  23  août  1877.  »  De  Bayonne^  M.  Daguin  :  «  Sans 
disparaître  complètement  à  la  vue  simple,  la  Lune  semblait  une  tache  nébuleuse 
bleu  cendré  tirant  un  peu  sur  le  rouge  suie,  dont  l'éclat  était  peu  supérieur  à  celui 
de  la  nébuleuse  d'Andromède  vue  à  l'œil  nu.  »  Aux  îles  Canaries,  M.  Aquilino 
G.  Barba,  a  observé  une  teinte  d'un  gris  d'azur  dans  la  pénombre,  entre  la  partie 
sombre  et  la  région  non  éclipsée,  phénomène  qui,  dit-il,  aurait  pu  facilement  passer 
inaperçu,  car  il  n'était  pas  prévu. 

Déjà  se  manifestent  ici  les  diversités  d'appréciations  personnelles  aux  yeux  des 
observateurs.  La  comparaison  des  nombreux  documents  dus  au  zèle  scientifique 
de  nos  lecteurs  nous  convainc  qu'il  n'y  a  peut-être  pas  deux  observateurs  qui 
aient  vu  l'éclipsé  de  la  même  façon.  D'autre  part,  tous  ne  l'ont  pas  analysée 
avec  les  mêmes  soins.  Voici,  par  exemple,  certaines  particularités  dignes  d'être 
mentionnées  : 

a  9** 25" 30*.  Nous  distinguons  très  bien  à  l'œil  nu  le  disque  entier,  dont  la  teinte  reste 
gris  fer  et  ne  présente  pas  trace  de  coloration  rouge. 


26  L'ASTRONOMIE. 

€  9''5i".  La  partie  nord  supérieure  paraît  plus  éclairée  que  le  reste.  Le  haut  (le  bas 
dans  la  lunette)  s'éclaircit  de  plus  en  plus. 

«  10''25".  Le  côté  oriental  devient  très  clair.  Puis  il  redevient  sombre.  Ces  éclaircisse- 
ments et  ces  assombrissements  se  succèdent  plusieurs  fois. 

«  Madame  de  Nevil,  à  Saint-Émilion.  » 

«  9''34".  La  moitié  occidentale  est  plus  claire  que  la  partie  orientale.  Les  mers  sont 
toutes  visibles;  la  région  qui  se  trouve  au-dessus  de  la  mer  du  Froid  et  du  golfe  de  la 
Rosée  est  plus  brillante  que  Tycho. 

a  Q**  55".  Le  segment  lumineux  est  plus  large  et  s'étend  sur  toute  la  région  montagneuse 
du  N.N.O. 

a  10''0'".  Disque  très  sombre.  C'est  à  peine  si  l'on  distingue  les  mers.  Mer  des  Nuées 
toujours  la  plus  noire. 

«  lO'^lS".  Une  bande  sombre  qui  rappelle  celle  de  Mercure  s'étend  du  N.E.  au  S.O., 
ayant  pour  limites  Tycho  et  Gassendi  d'un  côté  et  Possidonius  de  l'autre. 

«  10^23".  Cette  bande  est  encore  plus  sombre. 

«  10^37".  Un  segment  rouge  se  manifeste  au  S.E. 

«  10''56"".  Unegibbosité  d'un  gris  roux  s'étend  jusqu'au  golfe  du  Centre. 

«  11^2".  Un  croissant  bleuâtre  clair  commence  à  paraître  au  N.E.  et  annonce  que  la 

totalité  va  finir. 

«  Guillaume,  à  Perronas  ». 

«  9''50".  Lune  très  obscure,  pourtant  nette;   on  voit  clairement  Tycho,  Copernic. 

Platon,  Grimaldi.  Mais  le  brillant  Aristarque,  qui  est  toujours  le  point  le  plus  blanc  de 

la  Lune,  a  entièrement  disparu. 

a  GuiOT,  à  Soissons.  » 

«  A  9*'44",  l'éclipsé  étant  totale  depuis  un  quart  d'heure,  on  remarque  un  croissant 
rougeâtre  à  droite  et  en  haut(N.O.)  du  disque  lunaire;  je  pensai  que  ce  croissant  était 
dû  à  la  moindre  épaisseur  de  la  couche  d'ombre  arrivant  sur  la  Lune. 

«  A  10**,  ce  pâle  éclairement  faisait  le  tour  entier  de  la  Lune,  ce  qui  confirme  l'expli- 
cation précédente. 

a  A  10"'35",  la  région  sud-est  prit  une  teinte  plus  rouge  et  plus  claire,  et  la  partie 

opposée  s'assombrit  de  plus  en  plus. 

«  Maurice  Jacquot,  au  Havre.  » 

f  Pendant  la  totalité,  l'éclipsé  est  restée  constamment  visible,  les  mers  de  la  Tranquil- 
lité, de  la  Sérénité,  l'Océan  des  Tempêtes,  etc.,  se  distinguent  facilement.  On  a  une 
idée  fort  nette  de  la  sphéricité  du  satellite.  Une  lumière  relativement  vive  se  remarque 
sur  le  bord  supérieur  à  droite  et  à  gauche  avec  mobilité  dans  l'éclat;  tantôt  la  lumière 
était  plus  vive  à  droite  et  tantôt  à  gauche,  tantôt  au-dessus,  le  bord  inférieur  a  toujours 

été  moins  éclairé. 

a  Berqe,  à  Romorantin.  » 

En  France,  comme  en  Danemark,  plusieurs  observateurs  ont  noté  une  teinte 
rougeâtre.  M.  Bruguière  écrit  de  Marseille  :  «  Pendant  toute  la  durée  de  la  tota- 
lité, la  Lune  est  restée  visible.  A  l'œil  nu,  elle  offrait  un  aspect  rougeâtre;  à  la 
jumelle,  la  nuance  était  moins  marquée,  et,  dans  la  lunette,  il  n'y  avait  plus  de 
coloration  »  (»).  M.  le  D»*  do  Croupet  écrit  de  Soumagne  :  «  A  9*» 37™,  l'éclipsé  est 

(•)  A  l'Observatoire  de  Marseille,  MM.  Stéphan  et  Borrelly  ont  fait  les  remarques 
suivantes  :  «  Pendant  cette  éclipse,  l'ombre  a  été  d'un  noir  foncé  remarquable.  A  peine 


L'ÉCLlPSE  DE  LUNE  DU  4  OCTOBRE.  27 

totale,  la  lumière  rosée  est  difficile  à  distinguer  à  Tœil  nu;  avec  la  lunette,  la 
teinte  du  côté  est  est  rose-pâle,  tandis  que  celle  du  côté  ouest  est  plus  sombre.  » 
M.  Thore,  à  Dax,  a  fait  entre  autres  les  remarques  suivantes  :  «  Le  disque 
éclipsé  est  décidément  coloré  en  rouge  brun;  cette  apparence  se  perçoit  avec  tous 
les  instruments  (télescopes  Foucault  de  On»,30  et  de  0°»,i6,  chercheurs,  etc.;  mes 
deux  collaborateurs  le  constatent  avec  moi  :  il  n'y  a  pas  de  doute  possible. 
A  10^40™,  le  bord  oriental  commence  à  s'éclairer,  l'éclipsé  totale  est  terminée;  la 
partie  éclipsée  présente  toujours  la  coloration  rouge  violacée  sombre.  »  Dès  le 
commencement  de  Téclipse,  une  remarque  analogue  avait  été  faite  :  a  A  S'»  9"»,  la 
partie  la  plus  sombre  de  la  pénombre  paraît  légèrement  colorée  en  fauve  (teinte 
enfumée).  Cette  coloration  gagne  insensiblement  le  reste  du  disque  lunaire.  » 
M.  Lange  de  Ferrières,  à  Rupt  :  «  Jusqu'au  milieu  de  la  totalité,  le  bord  occi- 
dental de  la  Lune  est  resté  plus  éclairé  que  le  bord  oriental.  On  n'a  pas  cessé  de 
voir  le  disque  lunaire  :  sa  teinte  était  rougeâtre,  mais  bien  moins  colorée  que 
dans  réclipse  du  23  août  1877.  »  M.  RAFFARD,à  Gien  :  «  Avant  la  totalité,  la  partie 
éclipsée  est  rouge  marron  sombre,  bordée  d'une  teinte  bleu  cendré;  pendant  la 
totalité,  la  Lune  est  à  peine  visible.  »  M.  GUxNZIger,  à  Saint-Mandé  :  «  La  partie 
éclipsée  semble  légèrement  rougeâtre  ;  pendant  la  totalité,  la  Lune  paraît  plus 
petite,  échancrée  au  sud.  »  M.  Ginieis,  à  Saint-Pons  :  a  Pendant  la  totalité, 
à  9^35™,  le  disque  est  d'un  rouge  sombre,  le  bord  N.-O.  plus  clair  que  le  centre 
(un  dessin  représente  sous  un  aspect  remarquable  ce  bord  clair,  en  haut  et  à  droite 
du  disque).  —  9*» 50"»  :  il  devient  plus  sombre.  —  10*»  :  la  Lune  offre  à  l'œil  nu 
l'aspect  d'une  nébulosité  rougeâtre  elliptique  dont  le  grand  axe  va  du  N.-E. 
au  S.-O.,  l'éclat  total  étant  celui  d'une  étoile  de  2e  grandeur.  —  10*»  15™  :  l'éclat 
descend  à  la  3«  grandeur,  et  l'on  ne  distingue  plus  rien  sur  le  disque.  —  10^45™  : 
le  bordN.-E.  devient  d'un  rouge  pâle,  et  la  fin  de  la  totalité  approche.  — lO'»  52»;  le 
bord  E.-N.-E.  devient  jaune  clair  :  fin  de  la  totalité.  »  M.  A.  Fontaine,  à  Précy-sur- 
Oise  :  «  A  10*>30n>,  le  disque  est  rougeâtre  et,  vers  sa  partie  inférieure,  d'une 
teinte  plus  sombre,  presque  couleur  de  fer.  »  —  A  Grenoble,  M.  E.  Aurel  a 
constaté  que,  quoique  la  coloration  rouge  ait  été  beaucoup  moins  prononcée 
que  dans  l'éclipsé  de  1877  (ce  que  l'auteur  attribue  aux  différences  atmosphé- 
riques), elle  n'en  est  pas  moins  certaine.  L'observation  a  été  faite  à  213™  d'alti- 

le  premier  contact  avait-il  lieu,  que  la  portion  éclipsée  du  disque  devenait  invisible, 
même  dans  un  télescope.  C'est  seulement  à  l'approche  du  deuxième  contact  que  le  pour- 
tour lunaire  a  commencé  à  se  montrer  dans  son  entier  avec  une  faible  teinte  ;  cette  sorte 
de  lueur  cendrée  a  persisté  pendant  toute  la  totalité,  mais,  aussitôt  après  le  troisième 
contact,  la  partie  située  dans  Tombre  s'est  effacée  de  nouveau. 

a  A  l'œil  nu,  l'échancrure  noire  semblait  presque  aussi  nettement  délimitée  que  dans 
une  éclipse  de  soleil,  et  pendant  toute  la  période  de  totalité  la  Lune  cessa  d'être  visible; 
il  ne  subsistait  qu'une  petite  nébulosité,  d'un  faible  éclat,  où  un  observateur  non  pré- 
venu aurait  été  dans  l'impossibilité  de  soupçonner  la  présence  de  la  Lune. 

9  Quant  à  la  teinte  rouge,  si  fréquemment  signalée  à  l'occasion  des  éclipses  anté- 
rieures, elle  a  presque  complètement  fait  défaut;  c'est  seulement  un  peu  après  le 
troisième  contact  qu'elle  a  apparu  d'une  manière  éphémère  et  avec  très  peu  d'intensité.  » 


28  L'ASTRONOMIE. 

tude,  à  travers  des  éclaîrcies,  et  la  coloration  s'est  manifestée  à  partir  de  9^55», 
heure  à  laquelle  les  \^  du  disque  étaient  éclipsés.  La  nuance  était  rose-pStle. 

De  cet  ensemble  de  témoignages  nous  pouvons  conclure  : 

1«  Pendant  les  éclipses  totales  de  Lune,  même  lorsqup  notre  satellite  traverse 
le  centre  du  cône  d'ombre  de  la  Terre,  comme  c'était  le  cas  le  4  octobre  dernier, 
la  réfraction  de  la  lumière  solaire  à  travers  Fatmosphère  terrestre  atteint  jusqu'au 
centre  du  disque  lunaire,  l'intensité  lumineuse  diminuant  à  partir  des  bords  du 
cône  d'ombre. 

2<»  La  diminution  de  cette  intensité  n'est  pas  régulière.  Un  effet  de  contraste 
empêche  d'en  saisir  la  variation  dans  le  voisinage  même  du  bord  du  cône.  Mais, 
pendant  la  totalité,  les  régions  du  disque  lunaire  les  plus  voisines  des  bords  du 
cône  sont  moins  obscures  que  les  régions  centrales. 

3^  Le  degré  d'obscurcissement  et  la  coloration  due  à  la  réfraction  de  la  lumière 
ne  sont  pas  les  mêmes  pour  des  éclipses  de  même  situation  géométrique.  Cette 
différence  doit  être  due  à  l'état  de  transparence  et  d'hygrométrie  de  l'atmosphère 
autour  du  disque  terrestre  vu  de  la  Lune. 

4<»  Il  y  a,  dans  cet  obscurcissement  produit  par  l'écran  terrestre,  des  variations, 
des  fluctuations  dues  à  des  variations  de  transparence  dans  notre  propre  atmo- 
sphère. 

50  L'appréciation  du  degré  d'obscurcissement  et  de  coloration  varie  suivant 
l'état  de  l'atmosphère  au  point  où  l'on  observe,  selon  le  contraste  offert  par  les 
nuages  et  les  objets  visibles,  suivant  qu'on  observe  à  l'œil  nu  ou  à  l'aide  d'instru- 
ments (et  suivant  ces  instruments  eux-mêmes)  et  beaucoup  aussi  suivant  les  yeux 
et  le  jugement  des  observateurs.  —  Cette  appréciation  paraît  tout  aussi  diversifiée 
que  celle  des  événements  politiques  jugés  par  chaque  individu  d'après  son  édu- 
cation personnelle. 

Pour  compléter  tout  à  fait  cette  relation,  il  nous  reste  à  parler  des  irrégularités 
observées  le  long  de  l'ombre  de  la  Terre. 

Comme  nous  l'avons  vu  (novembre,  p.  405),  M.  de  Boé,  à  Anvers,  a  signalé  une 
surélévation  qui  aurait  atteint  son  maximum  à  9*^20»  et  aurait  correspondu  au 
moment  où  le  relief  des  Andes  se  trouvait  juste  sur  le  contour  de  la  Terre  et 
projetait  son  profil  sur  la  Lune.  Au  milieu  de  la  phase,  quand  l'océan  Pacifique 
arriva  sur  le  contour,  l'ombre  serait  redevenue  régulière.  On  a  également 
remarqué  (MM.  Lamey,  à  Grignon,  Jacquot,  au  Havre,  Niesten,  à  Bruxelles,  etc.) 
diverses  irrégularités  sur  le  contour  de  l'ombre,  qui  ont  été  attribuées  soit  à  des 
montagnes  terrestres,  soit  à  des  couches  de  nuages,  soit  à  la  chute  de  l'ombre 
sur  les  reliefs  variés  de  la  Lune  elle-même.  M.  Lamey  s'est  principalement  occupé 
de  cette  question  et  voici  ses  conclusions  : 

c  En  assimilant  à  des  arcs  de  cercle  les  courbes  apparentes  formées  par  l'inter- 
section du  globe  lunaire  avec  le  cône  d'ombre  de  la  Terre,  j'ai  trouvé  que  les 
rayons  de  ces  cercles  variaient  considérablement,  au  moins  de  2  à  1,  alors  que 
la  Lune  était  entamée  dans  le  rapport  de  |-  à  j  de  son  rayon.  Cette  variation  ne 
parait  pas  progresser  régulièrement,  au  fur  et  à  mesure  de  l'entrée  du  satellite 


L'ÉCLIPSÉ  DE  LUNE  DU  4  OCTOBRE. 


29 


dans  Tombre,  le  rayon  de  l'arc  de  cercle  se  remettant  à  croître  à  l'approche  de  la 
région  centrale  du  disque  ;  c'est  du  moins  ce  qui  résulte  de  plusieurs  tracés  obte- 
nus dans  la  soirée  du  4  octobre  dernier,  en  profitant  des  éclaircies  de  courte 
durée  que  le  ciel  présentait  à  Grignon. 

«  Ces  grandes  variations  de  courbure  doivent  être  principalement  attribuées 
à  ,ce  fait,  que  la  silhouette  de  notre  planète  se  projette  sur  une  surface  sphé- 
roTdale,  qui  ne  saurait  être  assimilée,  au  point  de  vue  des  apparences,  à  une 
surface  plane  perpendiculaire  au  rayon  visuel.  La  plus  simple  expérience  suffit 
du  reste  pour  s'en  convaincre. 

«  Outre  ces  variations  dans  la  courbure  générale,  la  limite  d'ombre  et  de  lumière 


FIg.  10. 


Fig.  11. 


Hémisphère  terrestre  tourné  vers  la  Lune 
au  miUeu  de  réclipse. 


Hémisphère  terrestre  tourné  vers  le  Soleil 
au  milieu  de  l'éclipsé. 


présente  ça  et  là  de  petites  sinuosités,  qui  persistent  souvent  pendant  plusieurs 
minutes;  elles  ne  peuvent  être  attribuées  aux  aspérités  montagneuses  de  la 
Terre  ;  car,  lorsque  l'on  compare  les  variations  do  ces  sinuosités  avec  les  inéga- 
lités du  sol  lunaire  sur  lesquelles  elles  se  projettent,  on  constate  une  corrélation 
évidente.  Ainsi,  dans  la  première  phase  d'entrée  d'une  éclipse,  les  sinuosités  con- 
vexes et  proéminentes  du  côté  de  la  lumière  correspondent  aux  parties  de  la 
courbe  d'ombre  qui  descendent  une  côte.  Ces  mêmes  sinuosités  deviennent,  au 
contraire,  concaves  et  rentrantes,  quand  la  courbe  vient  à  monter  une  pente 
inclinée.  Ce  phénomène  est  surtout  visible  dans  les  régions  très  accidentées  du 
sol,  par  exemple  lorsque  la  ligne  d'ombre  traverse  les  mers  des  Crises  et  de  la  Sé- 
rénité. Les  ondulations  de  l'ombre  dénotent,  au  centre  de  ces  vastes  plaines,  une 
grande  dépression,  tandis  que  les  régions  montagneuses  avoisinantes  montrent 
une  surélévation  concentrique  très  accentuée,  eu  égard  au  niveau  moyen  du  sol 

lunaire.  » 

Le  D'  Lescarbault,  qui  a  observé  l'éclipsé  à  son  Observatoire  d'Orgères,  a  fait 
les  remarques  suivantes  :  «  L'ombre  n'est  pas  trop  diffuse  sur  son  contour,  mais 
il  m'est  impossible  de  constater  si  elle  s'écarte  de  la  figure  d'un  arc;  et,  comme 


30  L'ASTRONOMIE. 

la  lune  est  sphérique,  et  non  pas  plane,  il  en  résulte  que  le  cône  d'ombre  projeté 
sur  sa  surface  doit  y  dessiner  une  ligne  courbe  de  moindre  courbure  à  Tendroit 
le  plus  saillant  de  notre  satellite. 

«  Le  rayon  de  cet  astre  étantexcessivement  petit,  relativement  à  sa  distance  au 
Soleil,  l'efifet  est  sensiblement  nul,  et  la  base  du  cône  d'ombre,  au  lieu  de  passer 
par  le  centre  de  la  Lune,  ayant  un  diamètre  à  peu  près  quatre  fois  aussi  grand 
que  celui  de  cette  dernière,  il  me  paraît  bien  difficile,  vu  l'indécision  de  la  limite 
entre  l'ombre  et  la  pénombre,  de  dire  si  Tare  de  l'ombre  sur  la  Lune  s'écarte 
de  la  forme  d'un  arc  de  cercle. 

«  Longtemps  avant  la  totalité,  l'ombre  était  d'un  bleu  noir  bien  évident  (entre  le 
bleu  et  l'indigo),  avec  une  bordure  presque  noire,  de  2'  de  largeur  environ,  qui 
disparut  vers  lO*»  du  soir.  Pendant  ce  temps,  aucun  détail  n'est  visible  sur  le  disque 
lunaire.  Cependant,  les  bords  des.  cirques,  que  je  n'avais  pas  le  temps  de  recon- 
naître^à  cause  du  passage  fréquent  des  vapeurs,  étant  obliques  sur  la  surface  géné- 
rale et  réfléchissant  de  la  lumière  vers  nous,  il  en  résultait  que  le  contour  de 
l'ombre  présentait  de  petites  échancrures  assez  nombreuses  et  bien  appréciables.  » 

Ces  considérations  sont  dignes  d'attention  et  ont  leur  valeur  intrinsèque;  mais 
elles  n'empêchent  pas  que  le  profil  des  Andes  ou  des  Cordillères  ne  puisse  être 
perceptible  sur  le  contour  de  l'ombre  terrestre  :  ce  relief  atteignant  la  i440<'  partie 
du  diamètre  de  la  Terre  serait  représenté  par  une  boursoufflure  de  1«™  sur  un 
cercle  de  1™,44;  c'est  fort  minime,  assurément,  mais  ce  n'est  pas  insensible,  et 
M.  de  Boô  nous  écrivait  le  lendemaiù  de  Téclipse  qu'on  le  devinait  plutôt  qu'on 
ne.  le  constatait,  «  comme  on  devine  la  ressemblance  d'une  personne  sur  sa  sil- 
houette noire  ». 

Nous  avons  représenté  {fig,  10  et  il)  les  deux  hémisphères  terrestres  tournés 
l'un  vers  la  Lune,  l'autre,  diamétralement  opposé,  vers  le  Soleil,  au  milieu  de  la 
totalité,  c'est-à-dire  àiO^^lS".  L'hémisphère  obscur  tourne  de  la  gauche  fvers  la 
droite,  et  la  France,  qui  se  trouvait  près  de  l'horizon  au  commencement  de  l'éclipsé 
(8^25™),  s'était  avancée  jusqu'au  méridien  central  à  la  fin  (li*»58").  D'après 
M.  Procter,  auquel  nous  devons  ces  deux  projections,  la  surélévation  observée 
avant  la  totalité  par  M.  de  Boë  n'aurait  pu  être  causée  par  les  Cordillères,  mais 
par  des  nuages  situés  au-dessus  du  Brésil  ou  de  la  Guyane,  au  point  a. 

11  nous  reste  encore  à  dire  un  mot  de  la  bordure  de  l'ombre,  que  nous  avons 
tout  particulièrement  étudiée  à  Juvisy,  que  le  D»*  Lescarbault  a  remarquée  à 
Orgères,  comme  on  vient  de  le  voir,  que  beaucoup  d'observateurs  ont  constatée 
d'autre  part,  et  que  l'on  s'est  accordé  comme  nous  à  évaluer  à  2'  d'épaisseur.  Il 
nous  semble  que  cette  bordure  transparente  ne  pouvait  être  que  l'ombre  de  notre 
atmosphère.  Son  épaisseur  étant  le  34«  du  diamètre  de  la  Terre  indiquerait  donc 
que,  jusqu'à  370^"»  de  hauteur  (en  nombre  rond),  Tatmosphère  terrestre  est  assez 
dense  pour  porter  ombre  et  former  contraste  avec  la  complète  transparence  de 
l'espace. 

C.  F. 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  31 

NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS. 

Le  tremblement  de  terre  du  27  novembre.  —  Le  jeudi  27  novembre,  à 
1  lh5m  du  soir,  on  a  ressenti  à  Nice,  dans  les  Alpes,  jusqu'au  delà  de  Turin  à  Test, 
jusqu'à  Marseille  à  l'ouest  et  jusqu'à  Lyon  au  nord,  un  tremblement  de  terre 
d'une  étendue  remarquable  et  digne  d'être  consigné  ici  en  dehors  du  cadre  des 
tremblements  de  terre  généraux  dont  la  Revue  publie  le  relevé  chaque  année. 

Parmi  les  diverses  relations  que  nous  avons  reçues  de  Nice,  nous  résumerons 
d'abord  ici  celle  que  nous  devons  à  l'obligeance  de  M.  le  baron  de  Beauretour, 
observateur  attentif  du  phénomène,  a  La  première  secousse  a  été  très  faible,  la 
seconde,  beaucoup  plus  forte,  a  paru  nous  soulever  de  deux  à  trois  centimètres; 
une  petite  balance  (pèse-lettres)  a  ondulé  plusieurs  fois  en  touchant  le  plateau  qui 
la  supporte,  un  thermomètre  a  fait  entendre  huit  oscillations  à  son  point  de  sus- 
pension ;  nos  voisins  ont  eu  une  pendule  arrêtée  et  des  sonnettes  en  mouvement. 
Au  théâtre  français,  le  lustre  du  centre  a  été  ébranlé  visiblement,  au  point  de 
produire  une  légère  panique.  Cette  secousse  très  forte  paraît  avoir  duré  trois 
secondes.  Elle  n'a  produit  aucun  dégât,  même  pas  la  plus  légère  crevasse  dans 
les  plus  fragiles  constructions,  ce  qui  indiquerait  un  soulèvement  d'ensemble  et 
non  partiel.  Nice  est  depuis  longtemps  en  pleine  crise  de  sécheresse.  Baromètre  : 
0°»,771,  en  ville,  presque  au  niveau  de  la  mer.  » 

De  l'Observatoire  du  Mont  Gros,  situé  à  380°>  au-dessus  du  niveau  de  la  mer  et 
à  6^"»  de  Nice,  M.  Perrotin  a  fait  les  remarques  suivantes  :  Il  était  à  l'équa- 
torial,  occupé  à  observer  les  satellites  de  Saturne,  lorsqu'il  vit  la  planète  qu'il 
tenait  sous  le  fil  mobile  du  micromètre,  osciller  d'une  manière  insolite  de  part 
et  d'autre  du  fil,  en  décrivant  des  arcs  de  10'  à  15'  d'amplitude.  Le  phénomène 
dura  environ  quinze  secondés.  Il  fut  accompagné  de  craquements  dans  le  plancher 
de  la  salle.  Il  ne  faisait  pas  de  vent.  M.  ThoUon  remarqua  des  manifestations  du 
même  genre  dans  la  chambre  où  il  se  trouvait.  Les  enregistreurs  magnétiques 
ont  subi  des  oscillations,  non  magnétiques,  dues  aux  trépidations  du  sol. 

Ce  tremblement  de  terre  s'est  fait  sentir  dans  tous  les  environs  de  Nice,  à 
Cagues,  Biot,  Antibes,  Cannes,  Menton,  dans  toutes  les  Alpes  maritimes  et  fort 
au  delà,  comme  nous  allons  le  voir.  De  Menton  M.  Neisz  écrivait  à  La  Science 
pour  tous  : 

«  Mon  lit  est  placé  de  manière  que  la  tête  se  trouve  vers  le  nord.  A  U*>, 
je  l'ai  senti  se  soulever  du  côté  gauche,  et  j'ai  été  bercé  pendant  six  secondes. 
Pendant  les  trois  secondes  qui  ont  suivi,  la  trépidation  était  tellement  forte,  que 
je  me  demandais  si  je  n'allais  pas  être  jeté  hors  du  lit.  A  côté  de  moi,  se  trouve 
un  appartement  vide  dont  les  portes  ont  été  repeintes.  Une  de  celles-ci  n'était 
pas  fermée  au  loquet,  mais  la  peinture  de  U  porte  s'était  collée  aux  montants.  La 
déchirure  s'est  produite  en  ce  moment,  la  porte  s'est  ouverte  avec  bruit.  Le  sou- 
lèvement de  la  terre  a  donc  eu  lieu  du  côté  de  l'Est.  Pendant  les  secondes 
10,11, 12  et  13,  les  mouvements  ont  diminué,  mais,  pendant  les  secondes  14  et  15, 
c'est  la  tête  qui  a  été  soulevée,  le  mouvement  s'est  donc  produit  au  Nord.  Deux 


U  L'ASTRONOMIE. 

minutes  après,  j'ai  entendu  la  mer  bruire  fortement  pendant  une  dizaine  de 
minutes^  et  puis  tout  est  redevenu  tranquille.  Le  phénomène  avait  cessé.  La 
secousse  venant  du  Nord  n'a  pas  été  aussi  forte  que  pendant  les  secondes?,  8  et  9; 
mais  plus  forte  que  les  premières.  » 

De  Marseille,  M.  Bruguière  nous  adressait  la  relation  suivante  : 

«  La  première  secousse  a  été  ressentie  dans  notre  ville  à  11^5™,  l'oscillation  a 
duré  cinq  à  six  secondes  environ  ;  puis,  après  une  minute  d'arrêt,  une  nouvelle 
secousse  s'est  fait  sentir.  La  direction  des  oscillations  était  de  l'Est  à  l'Ouest. 

<c  Fait  très  curieux,  le  tremblement  de  terre  n'a  pas  eu  la  même  intensité  sur 
tous  les  points  de  la  ville;  les  secousses  ont  été  plus  accentuées  dans  toute  la 
partie  située  à  l'Est  de  l'axe  formé  par  la  rue  de  Rome  et  ses  prolongements,  et 
elles  se  sont  plus  particulièrement  fait  sentir  sur  le  versant  occidental  de  la 
plaine  Saint-Michel.  On  nous  signale  les  rues  de  la  Palud,  du  Loisir,  du  Vieux- 
Chemin-de-Rome,  comme  ayant  ressenti  les  secousses  les  plus  fortes. 

a  Quoique  aucun  accident  ne  se  soit  produit,  les  secousses  ont  été  assez  vives 
pour  imprimer  aux  meubles  un  mouvement  de  trépidation;  des  chaises  ont  été 
renversées;  plusieurs  personnes  couchées  ont  ressenti  un  léger  balancement; 
quelques  pendules  se  sont  arrêtées;  les  sonnettes  ont  tinté;  enfin  les  vitres 
vibraient  comme  quand  il  tombe  du  grésil.  A  l'Observatoire  ces  secousses 
ont  été  parfaitement  constatées,  et  divers  instruments  en  ont  subi  l'influence.  » 

A  Grenoble,  trois  secousses  assez  violentes  se  sont  fait  sentir,  paraissant  se 
diriger  du  Nord  au  Sud.  Au  théâtre,  une  panique  de  courte  durée  s'est  emparée 
des  spectateurs.  Dans  un  certain  nombre  de  maisons,  et  surtout  aux  étages  supé- 
rieurs, les  murs  et  les  plafonds  se  sont  lézardés;  les  meubles  ont  changé  de 
place,  les  sonnettes  ont  tinté,  et  les  pendules  se  sont  arrêtées.  Il  n'y  a  eu  aucun 
accident. 

A  Draguignan,  le  tremblement  de  terre  a  été  ressenti  par  un  grand  nombre  de 
personnes,  mais  a  été  assez  faible. 

A  Voiron,  dans  Tlsère,  le  phénomène  s'est  composé  d'une  trépidation  qui  a 
duré  environ  douze  secondes  et  a  été  suivie  de  quatre  ou  cinq  fortes  oscillations 
dirigées  du  sud-est  au  nord-ouest,  pendant  lesquelles  on  a  entendu  une  espèce 
de  grondement  qui  ressemblait  à  un  fort  coup  de  vent. 

A  Saint-Marcellin,  dans  le  même  département,  on  a  ressenti  une  forte  secousse 
qui  a  duré  quatre  secondes,  fait  vibrer  les  vitres  et  réveillé  en  sursaut  un  grand 
nombre  de  personnes.  A  Vienne,  les  trépidations  ont  eu  la  même  durée,  mais  ont 
été  moins  fortes. 

Au  même  moment,  plusieurs  secousses  ont  été  ressenties  à  Chambéry  et  dans 
les  communes  voisines.  Puis,  vers  3*^  du  matin,  il  s'en  est  produit  une  autre 
extrêmement  forte  qui  a  été  accompagnée  d'une  détonation  semblable  à  un  in- 
tense coup  de  canon.  On  a  cru  à  une  explosion  ou  à  l'écroulement  d'une  maison. 

Vers  6^,  un  éboulement  considérable  s'est  produit  sur  la  ligne  du  Mont-Cenis, 
non  loin  de  la  station  de  la  Praz.  D'énormes  blocs  de  pierre  s'étant  détachés  des 
rochers  abrupts  des  montagnes  de  la  Maurienne,  ont  été  projetés  près  de  la  gare, 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  33 

ont  franchi  la  voie  et  sont  allés  se  précipiter  avec  un  fracas  épouvantable,  dans 
la  rivière  de  l'Arc.  Des  poteaux  télégraphiques  ont  été  brisés  ;  la  voie  s*est  trouvée 
complètement  obstruée,  de  sorte  que  les  communications  entre  la  France  et  Tltalie 
ont  dû  être  un  moment  interrompues.  On  attribue  cet  énorme  éboulement  aux  trépi- 
dations produites  par  le  tremblement  de  terre  ressenti  dans  toutes  ces  montagnes. 

A  Lyon,  M.  Rigod,  président  de  la  Société  astronomique  du  Rhône,  signale 
deux  secousses  à  cinq  minutes  d'intervalle,  La  première,  si  légère  qu'elle  res- 
semblait à  un  froissement  de  papier;  la  seconde,  plus  forte,  de  deux  secondes  et 
demie  environ,  et  dans  la  direction  sud-nord. 

A  Saint-Etienne,  M.  Laur  a  fait  la  remarque  que  le  baromètre,  qui  était 
depuis  longtemps  fort  élevé  (770"°»),  est  descendu  à  745™™  précisément  au  moment 
du  tremblement  de  terre. 

Dans  le  canton  de  Genève,  trois  secousses  successives,  à  cinq  minutes  d'inter- 
valle Tune  de  l'autre,  ont  été  remarquées  vers  11^  du  soir,  ainsi  qu'à  Lausanne. 

Ce  même  tremblement  de  terre  a  été  ressenti  jusqu'à  Turin.  La  secousse  a  été 
assez  forte,  maison  n'a  signalé  aucun  dégât.  Le  phénomène  a  été  observé  à  Suse, 
à  Moncalîeri  et  dans  toute  la  vallée  du  Pô. 

Il  y  a  eu  deux  tremblements  de  terre  au  moins  dans  cette  nuit,  le  premier  à 
li'^S™,  le  second  vers  deux  ou  trois  heures  du  matin,  en  Savoie,  lequel  s'est 
propagé  jusque  dans  la  Haute-Marne.  Les  habitants  des  villages  de  Vauxbons, 
Ormancey,  Marac,  Villiers-sur-Suize,  Luzy,  etc.  ont  été  réveillés  par  un  bruit 
étrange  qui  a  duré  près  d'une  minute  et  qui  avait  de  l'analogie  avec  celui  de 
l'écroulement  sourd  d'une  maison  ou  d'un  coup  de  canon  lointain. 

Ces  deux  tremblements  de  terre,  assez  violents  pour  nos  contrées,  avaient  été 
précédés  d'une  légère  secousse  ressentie  le  dimanche  23  à  4^  de  l'après-midi,  en 
différents  quartiers  de  Nice.  Les  meubles  ont  été  agités  pendant  quelques 
secondes  et  il  y  a  eu  un  moment  d'inquiétude  dans  un  certain  nombre  de 
maisons.  Comme  M.  Van  Sandick  le  faisait  remarquer  dans  sa  relation  de 
l'éruption  de  Krakatoa,  ce  sont  les  personnes  couchées,  surtout  aux  étages  supé- 
rieurs, qui  se  trouvent  dans  les  meilleures  conditions  pour  ressentir  ces  légers 
mouvements  du  sol;  aux  rez-de-chaussée  ils  sont  moins  sensibles;  dans  le  bruit 
de  la  rue,  à  cheval  ou  en  voiture,  on  ne  les  remarque  pas. 

Le  lendemain  lundi,  à  Gratz  en  Styrie,  on  a  ressenti  plusieurs  secousses. 

Il  est  probable  que  ces  mouvements  du  sol  ont  eu  pour  cause  un  tassem»int  à 
la  hase  des  Alpes. 

Ombres  observées  sur  le  Soleil.  —  Je  me  fais  un  plaisir  de  vous  transmettre 
une  observation  qui  confirme  les  intéressantes  observations  de  M.  Trouvelot  sur 
Tombre  des  facules. 

Aujourd'hui,  14  décembre  1884,  observant  le  Soleil  à  0*»25%  j'ai  remarqué,  sur 
le  côté  oriental  d'une  tache  entourée  de  facules,  et  située  assez  près  du  bord  oriental 
de  l'astre,  (à  58'),  partant  en  des  conditions  très  favorables  pour  ce  genre  de  recher- 
ches, une  ombre  très  accentuée,  projetée  évidemment  par  une  facule  saillante 


34 


1/ASTRONOMIE. 


située  juste  au-dessus  et  en  ayant  exactement  la  forme.  La  fîg,  12  en  est  la  repro- 
duction fidèle. 
Le  grand  diamètre  de  la  tache,  mesuré  sur  l'écran,  était  de  50'.  L'instrument  dont 

Fig.  i2. 


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-v^'\;:^^V\^yt;"''";v  ' 


^^r■/^^ 


Ombre  observée  sur  le  bord  d*une  tache  solaire. 
je  me  suis  servi  est  mon  réfracteur,  dont  l'objectif  de  108»»™  possède  un  pouvoir 
séparateur  de  r,2.  Grossissement  employé  =  150  fois.  Scintillation  presque  nulle. 

José  J.  Laxdkrer. 

Astronome  à  Tortose,  Espagne. 

Phénomène  observé  sur  une  tache  solaire.  — Le  il  octobre  1884,  à  midi,  j'ai 
observé  le  Soleil  avec  une  lunette  de  108  millimètres,  pourvue  d'un  grossissement 
de  cent  fois.  La  tachCy  ou  plutôt  le  groupe,  se  composait  d'une  tache  principale, 
suivie  par  une  traînée  de  larges  pénombres  avec  de  très  petits  noyaux.  La  tache 
principale  offrait  la  particularité  suivante  :  au  Sud  et  sur  la  pénombre,  on  voyait 
un  objet  très  brillant,  de  forme  à  peu  près  elliptique  et  qu'on  eût  pu  prendre  non 
pour  un  noyau  de  tache,  mais  pour  un  noyau  lumineux.  Était-ce  une  ouverture 
dans  la  pénombre,  laissant  voir  en  bas  la  surface  du  Soleil?  Était-ce  une  facule 
sur  la  pénombre?  ou  bien,  ce  qui  est  plus  probable,  n'était-ce  pas  une  éruption 
de  matières  solaires  flottantes  dans  l'atmosphère  de  l'astre  du  jour?  Près  du  bord 
oriental,  on  remarquait  une  large  facule  qui  m'a  semblé,  à  plusieurs  reprises,  por- 
ter ombre. 

Le  12  octobre,  à  1*>  de  l'après-midi,  la  tache  brillante  affecta  la  forme  d'une 
queue  de  comète.  On  voyait  très  distinctement  à  côté  une  ombre  qui  semblait  pro- 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  35 

jetée  par  cette  sorte  de  nuage  lumineux,  La  pénombre  environnante  était  plus 

obscure  que  tout  le  reste  qui  enveloppait  la  tache  noire  principale.  Je  crois  bien 

qu'il  s'agit  ici  d'une  formidable  explosion  solaire. 

Le  13  octobre,  à  midi,  plus  de  trace  de  la  tache  lumineuse,  A  la  place  qu'elle 

occupait,  on  distinguait  deux  petits  noyaux  obscurs.  Ces  noyaux  font  croire  à  des 

cavités  laissées  dans  la  masse  du  Soleil  par  suite  d'une  violente  explosion  de 

matières  incandescentes. 

Narciso  de  Lacerda. 
Astronome  à  Lisbonne. 

Tnépar  nn  aérolithe.  —  On  mande  de  Hot  Springs,  Arkansas,  le  25  novembre, 
au  Courrier  des  États-Unis  : 

«  Julius  Robb,  fermier  du  comté  de  Montgomery,  a  été  tué  instantanément  ce 
matin  par  un  météore  qui,  dans  sa  chute,  a  coupé  net  une  grosse  branche  d'arbre,  a 
pénétré  ensuite  dans  une  épaule  du  fermier,  en  lui  traversant  le  corps  de  part  en 
part,  et,  obliquement,  s'est  enfoui  profondément  dans  la  terre.  Le  projectile  céleste 
a  été  déterré  dans  la  journée.  C'est  une  pyrite  du  volume  d'une  tasse  à  thé 
L'incident  alarme  grandement  les  habitants  de  la  localité.  » 

(Nous  serions  reconnaissants  à  nos  lecteurs  de  cette  région  de  vouloir  bien  nous 
dire  si  le  fait  est  authentique.  ) 

LêA  directioii  des  ballons.  —  Le  8  novembre  dernier,  MM.  les  capitaines 
Renard  et  Krebs  ont  renouvelé  avec  plein  succès  leur  expérience  du  9  août  {voir 
V Astronomie,  p.  361).  Le  vent  soufflait  avec  une  vitesse  de  %^^  à  l'heure.  Le 
navire  aérien  a  marché  avec  une  vitesse  effective  de  25"^" ,  et,  comme  dans  la 
première  expérience,  est  revenu  à  son  point  de  départ.  Le  moteur  électrique, 
qui  dans  les  deux  premières  expériences  avait  donné  une  vitesse  de  5",  50  par 
seconde,  en  donne  maintenant  une  de  l"'. 

En  présentant  ce  nouveau  résultat  à  l'Académie,  M.  Hervé-Mangon  ajoute  : 
«  Le  problème  de  la  direction  des  ballons  est  aujourd'hui  pratiquement  résolu. 
Les  plus  sceptiques  ne  peuvent  plus  élever  un  doute.  La  France  possède  dès 
aujourd'hui  un  petit  navire  de  l'air;  elle  fera  construire,  dès  qu'elle  le  voudra,  le 
vaisseau  de  ligne  de  l'Océan  aérien  ». 


OBSERVATIONS   ASTRONOMIQUES 

A  FAIRE  DU  15  JANVIER  AU  15  FÉVRIER  1885. 
Principaux  objets  célestes  en  évidence  pour  Tobservation. 

1»    CIEL    ÉTOILE  : 

Pour  l'aspect  du  ciel  étoile  durant  cette  période  de  l'année,  et  les  curiosités  de 
la  voûte  céleste,  se  reporter  soit  aux  cartes  publiées  dans  la  première  année  de 
la  Revue,  soit  aux  descriptions  données  dans  les  Étoiles  et  les  Curiosités  du  Ciel, 


36  L'ASTRONOMIE. 

pages  594  à  635.  C'est  à  cette  époque  de  l'année  que  le  ciel  resplendit  du  brillant 
aspect  de  ses  plus  magnifiques  richesses.  Saturne  et  Jupiter  augmentent  encore, 
par  leur  vif  éclat,  la  beauté  des  nuits  sereines. 

2»  SYSTÈME  SOLAIRE   : 

Soleil.  —  Le  15  janvier  1885,  le  Soleil  se  lève  à  7*>5i™  du  matin  et  se  couche 
à  4*» 30™  du  soir;  le  1«"  février,  Tastre  du  jour  se  montre  au-dessus  de  l'horizon 
de  Paris  à  7*» 32™  du  matin,  pour  disparaître  au-dessous  à  4*» 56™  du  soir;  enfin,  le 
lever  a  lieu  à  7*»iO°»  du  matin  le  15  février  et  le  coucher  à  5*»  19"  du  soir.  La  durée 
du  jour  est  de  8^39«»  au  15  janvier,  9*»24n»  le  1«'  février  et  10*>9™  le  15  février.  Les 
jours  augmentent,  dans  cet  intervalle  d'un  mois,  de  41™  le  matin  et  de  49»  le  soir, 
soit  i»»30"  au  total. 

La  difl'érence  entre  la  longueur  des  matinées  et  celle  des  soirées  va  également 
en  croissant  :  le  15  janvier,  matinée  4^9™,  soirée  4*>30n»,  différence  21»;  le  !•*•  février, 
matinée  4*» 28™,  soirée  4^56™,  différence  28",  et  le  15  février,  matinée  4*» 50™,  soirée 
5'>I9™,  différence  29™. 

Vers  la  mi-janvier,  la  température  moyenne  terrestre  atteint  son  minimum  en 
France.  C'est  à  ce  moment  que  l'écart  entre  la  chaleur  que  nous  recevons  du 
Soleil  et  celle  que  nous  perdons  par  le  rayonnement  atteint  sa  plus  grande 
valeur.  Puis  l'équilibre  établi  entre  la  perte  et  le  gain  se  trouve  de  nouveau 
rompu  au  profit  du  gain;  la  chaleur  reçue  chaque  jour  va  en  augmentant,  car  le 
Soleil  s'élève  rapidement  au-dessus  de  l'horizon. 

La  déclinaison  australe  du  Soleil  est  de  21o2'  au  15  janvier  et  de  12° 30'  au 
15  février,  ce  qui  donne  un  accroissement  de  8o32'. 

La  lumière  zodiacale  est  fort  belle  à  observer  chaque  soir,  à  l'Ouest,  peu  après 
le  coucher  du  Soleil. 

Lune.  —  Notre  satellite  se  trouve  toujours  dans  les  meilleures  conditions  pour 
l'observation,  car  c'est  à  cette  époque  de  l'année  que  la  Lune  atteint  sa  plus 
grande  hauteur  :  59*34',  le  27  janvier. 

Le  16  janvier,  jour  de  la  Nouvelle  Lune,  on  pourra  distinguer  avec  une  jumelle 
marine,  si  le  ciel  est  d'une  pureté  parfaite,  le  mince  croissant  lunaire,  moins  de 
neuf  heures  après  la  néoménie.  Mais  ce  ne  sera  guère  que  dans  les  pays  méri- 
dionaux que  cette  étude  pourra  être  faite. 

Occultations  et  appulae  visibles  à  Paris, 

Deux  occultations  et  une  appulse  seront  observables  dans  la  première  moitié 
de  la  nuit  depuis  le  15  janvier  jusqu'au  15  février  1885.  Nous  leur  avons  ajouté 
celle  de  X  Gémeaux,  qui  aura  lieu  le  matin,  parce  que  l'étoile  est  do  4«  grandeur. 

!•  e  Poissons  (5,5  grandeur),  le  22  janvier,  de  5M5-  à  6''58-  du  soir.  La  disparition 
se  produit  à  l'Est,  à  !?•  au-dessus  du  point  le  plus  à  gauche,  et  la  réapparition  au  Sud, 
à  22»  à  droite  du  point  le  plus  bas  dn  disque  lunaire.  L'occultation,  visible  dans  l'Eu- 
rope occidentale,  est  représentée  {pg,  13). 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES. 


37 


2*  B.A.G.  1526  (6*  grandeur),  le  26  janvier,  à  7»'41-  du  soir.  Simple  appulse  à  0',4  du 
bord  de  la  Lune.  Le  point  du  limbe  de  notre  satellite  dont  l'étoile  s'approche  le  plus  est 
situé  à  5"  à  droite  du  point  le  plus  bas.  Les  observateurs  qui  habitent  au  Sud  de  Paris 
verront  Tétoile  d'autant  plus  éloignée  du  disque  lunaire  qu'eux-mêmes  sont  plus  éloignés 
de  la  capitale.  Dans  le  Nord  de  la  France,  môme  à  quelques  kilomètres  de  l'Observa- 
toire national,  en  Belgique,  en  Hollande  et  dans  les  Iles  Britanniques,  il  y  aura  occul- 
tation complète.  La  durée  de  cette  occultation  sera  d^autant  plus  longue  pour  l'astro- 
nome que  son  lieu  d'observation  sera  plus  éloigné  de  Paris.  C'est  ainsi  qu'à  Londres, 
la  durée  du  phénomène  sera  de  trente-six  minutes. 

Z*  X  Gémeaux  {\*  grandeur),  le  29  janvier,  de  2''37-  à  3''35"'  du  matin.  L'étoile  disparaît 
dans  la  partie  de  gauche  du  disque  lunaire,  à  42*  au-dessus  du  point  le  plus  oriental  et 


Fig.  13. 


Fig.  14. 


Occultation  de  e  Poissons  par  la  Lune, 
le  22  janvier,  de  5»»  45-  à  6»'58-  du  soir. 


Occultation  de  d  Lion  par  la  Lune, 
le  !•'  février,  de  8''9"  à  9*  5*  du  soir. 


reparait  à  droite,  à  21**  au-dessous  du  point  le  plus  occidental  du  limbe  de  la  Lune. 
Cette  observation  pourra  être  faite  dans  la  plus  grande  partie  de  l'Europe. 

4*  d  Lion  (5*  grandeur),  le  1"  février,  de  8''9'"  à  9*'5'"  du  soir.  La  disparition  de  l'étoile 
a  lieu,  comme  le  montre  la  fig.  14,  à  20*  à  gauche  du  point  le  plus  au  Sud,  et  la  réap- 
parition à  44*  au-dessous  et  à  droite  du  point  le  plus  au  Nord  du  disque  de  la  Lune. 


Occultations  diverses. 

Les  nombreux  lecteurs  de  la  Revue  pourront  encore  observer,  selon  les  contrées 
de  l'Europe  et  de  l'Afrique  qu'ils  habitent,  les  occultations  suivantes  : 

1*  Aldébaran  (l'*  grandeur),  le  26  janvier,  vers  ll^'SO"  du  matin,  heure  de  Paris,  temps 
moyen.  Cette  brillante  étoile  est  occultée  pour  la  première  fois  de  l'année  par  le  disque 
de  la  Lune.  Malheureusement,  en  France,  nous  ne  pourrons  admirer  ce  curieux  phéno- 
mène, parce  que  le  centre  de  la  Lune  sera  à  1*3'  au  nord  de  l'étoile.  Mais  dans  le  Nord 
de  la  Russie  et  des  États  Scandinaves,  l'observation  sera  très  facile  et  fort  intéressante. 

2*  a  Cancer  (4*  grandeur),  le  30  janvier,  vers  5'*40*  du  soir.  Dans  tout  le  Nord  de 
l'Europe,  on  pourra  étudier  le  passage  du  disque  lunaire  sur  cette  belle  étoile. 

3*  Ubands,  le  3  février,  vers  8''40-  du  matin,  temps  moyen  de  Paris.  Le  phénomène 


38  L'ASTRONOMIE. 

de  Toccultation  d*une  planète  par  la  Lune  est  fort  rare.  Nous  ne  pourrons  que  voir,  au 
matin,  dans  le  champ  de  la  lunette,  les  deux  astres  assez  rapprochés,  à  1*30'  environ. 
Pour  nous,  la  planète  sera  au  Nord  du  disque  de  notre  satellite.  Les  habitants  de  la 
République  Argentine,  de  la  Patagonie  et  du  Chili  pourront  seuls  étudier  cette  occul- 
tation. 

Le  29  janvier,  à  2*>  du  matin,  la  distance  de  la  Lune  à  la  Terre  est  périgée  : 
363  200"^»,  diamètre  lunaire  =  33' 10',  8. 

Le  9  février,  à  minuit,  la  distance  de  la  Lune  à  la  Terre  est  apogée  :  405  000^"»  ; 
diamètre  lunaire  =  29' 31  ",4. 

Mercure.  —  La  planète  Mercure  est  toujours  visible  le  matin,  dans  le  ciel  de 
rOri«nt,  plus  d'une  heure  avant  le  lever  du  Soleil.  Ce  sont  là  d'excellentes  con- 
ditions pour  l'observation  de  la  rapide  planète. 

Jours.  Lever.  Passage  Méridien.      Différence  Soleil.    Constellation. 

15  Janvier 6»»  18-  matin.      10*»41"  matin.  l''33-         Sagittaire. 

19  »)        6  12         »  10  31         »  l  35  » 

23       -        6  10         «  10  27         «  1  33 

27        » 6  14  »  10  28  M  l  25 

31        »        6  18         »  10  32         ).  1  16  » 

4  Février 6  23         b  10  38         .  15  » 

Le  mouvement  de  Mercure  ne  cesse  d'être  direct  durant  son  trajet  à  travers  le 
Sagittaire.  Le  28  janvier,  vers  11*>30™  du  soir,  la  planète  sera  visible  en  Turquie 
et  en  Perse,  à  48'  au  sud  de  l'étoile  de  3,5  grandeur  ?c  du  Sagittaire. 

Le  24  janvier,  vers  10*»  du  matin,  Mercure  et  Vénus  seront  visibles  dans  le 
champ  d'une  même  lunette,  Mercure  étant  à  1<»6'  au  nord  de  ïétoile  du  matin. 
Ce  phénomène  sera  très  intéressant  à  étudier.  C'est  le  26  janvier,  vers  4*»  du 
matin,  que  la  planète  Mercure  atteint  sa  plus  grande  élongatîon  occidentale  :  elle 
se  montre  alors  à  24°  51' du  Soleil.  Le  H  février,  à  minuit,  la  planète  se  retrouve  en 
conjonction  avec  Vénus,  et  à  44'  seulement  au  sud  de  cette  dernière.  Si  le  temps 
est  bien  clair,  les  deux  astres  pourront  être  vus  dans  le  champ  d'une  même 
jumelle  marine.  . 

Au  16  janvier,  le  diamètre  de  Mercure  est  de  8",  2  et  de  6'  au  lo**  février. 

VÉNUS.  —  V étoile  du  matin  perd  de  son  éclat,  son  diamètre  n'est  plus  que  de 
ir  au  l*"*  février,  tandis  que  les  -^  de  son  disque  deviennent  déjà  visibles.  La 
planète  s'éloigne  rapidement  de  nous.  Il  faut  donc  se  hâter  de  l'observer. 

Jours.  Lever.  Passage  Méridien.      Différence  Soleil.    Constellation. 

20  Janvier 6^13-  matin.      10»'21-  matin.  l''33-         Sagittaire. 

26       »        6  20         >  10  30         »  1  20  » 

1"  Février 6  25         »  10  39         »  17  » 

7        »        6  27  »  10  47         ».  0  57  »> 

13        »        6  28         »  10  55         »  0  46  » 

Le  17  janvier,  Vénus  sera  en  coiyonction  avec  l'étoile  de  4®  grandeur  \l  Sagit- 
taire, à  i^  seulement  au  sud  de  l'étoile.  Le  24  janvier  et  le  11  février  la  planète 
se  trouvera  encore  en  conjonction  avec  Mercure. 

Mars.  —  Toujours  invisible. 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  39 

Petites  planètes.  —  Cérès  continue  à  se  présenter  dans  d'excellentes  condi- 
tions pour  Tobservation  et  est  de  plus  en  plus  facile  à  reconnaître  à  l'œil  nu. 

Jours.  Lever  de  Gérés.  Pus&go  Méridien.  Constellation. 

17  Janvier il'»  5"  soir.  5''34"  matin.  Vierge. 

22       »  10  50  »  5  18         »  » 

27        »        10  32  »  5    2 

l"Février 10  15  »  4  45         »  »> 

6        »        9  56  »  4  27          >.  o 

11        »        9  37  »  4    9         »  » 

Coordonnées  au  3ljanv.  :    Ascension  droite...     13''31".    Déclinaison...      4*54'N. 
»  11  févr.  :  »  «  13  34  »  5  18  N. 

Au  31  janvier,  Cérès  est  éloignée  de  30Q  millions  de  kilomètres. 
Pallas  est  toujours  intéressante  à  observer,  le  soir,  vers  minuit,  soit  à  l'œil  nu, 
soit  à  l'aide  d'une  lunette  astronomique  munie  d'un  faible  oculaire. 

Joars.  Lever  de  Pallas.  Passage  Méridien.  Constellation. 

17  Janvier 11"»  11-  soir.  4''23'"  matin.  Corbe.au. 

22       w        10  51  »  4    7         »  Vierge. 

27        »        10  28  «  3  49          «  » 

!•' Février 10    6  «  3  31         »»  »» 

6       »        9  40  »  3  11          »  » 

11        »        9  15  »  2  52         «  » 

Coordonnées  au  31  janv.  :    Ascension  droite...    12'' 17".    Déclinaison...      9*23' S. 
»  10  févr.  :  »  »  12  18  »  6  51  S. 

Le  3!  janvier,  la  distance  de  Pallas  est  de  210  400  000"^™. 
Junon  se  rapproche  très  vite  de  la  Terre  et  peut  être  découverte  aisément  avec 
ane  jumelle  marine. 

Joars.  Lever  de  Junon.  Passage  Méridien.         Constellation. 

17  Janvier 0*'44'"  matin.  ô*"  15-  matin.  Vierge. 

22        »        0  28         »  5  59         »  » 

27       »        0    9         »  5  42         »  » 

l"Février 1150      soir.  5  25         »  » 

6        »        11  32         »  5    7.         »  » 

11        »        11  13         »  4  50         »  » 

Coordonnées  au  31  janv.  :    Ascension  droite...    14'' 11".    Déclinaison...      6»55' 8. 
»  10  févr.  :  »  »  14  15  »  6  31  S. 

La  distance  de  Junon  à  la  Terre  est  de  412  millions  de  kilomètres,  au  31  janvier. 
Vesta  s'éloigne  de  nous  et  son  étude  est  devenue  presque  impossible.  Le  21 
janvier,  cette  petite  planète  se  couche  à  8*»  22™  du  soir. 

Coordonnées  au  21  janv.  :    Ascension  droite...    23'' 14".    Déclinaison...    10*58' S. 

Jupiter.  —  Jupiter  brille  toujours  du  plus  vif  éclat  pendant  chaque  soirée.  Il 
faut  profiter  de  ces  conditions  si  favorables  pour  étudier  cette  belle  planète,  ainsi 
que  les  occultations  ou  éclipses  de  ses  satellites. 

Le  l»*"  février,  à  7*»  du  matin,  Jupiter  sera  en  conjonction  avec  la  Lune,  à  4» 9' 
au  nord  de  notre  satellite.  Ce  même  jour,  le  diamètre  de  la  planète  sera  de  41',  6. 


40  L'ASTRONOMIE. 

Jours.  Lev«r.  Passage  Méridien.  Constellation. 

17  Janvier 7'' 43"    soir.  .   2'' 41*;' matin.  Lion. 

21  »        7  25         »  224'        »  » 

25        »        7    7         »  2    7  »  » 

29        M        G  48  »  l  50         »  » 

2  Février 6  30  »  1  32  »  » 

G        »        6  11  »  1  15  »  » 

10  M        5  54  »  0  57  »  » 

14      .  »         5  35  »  0  39  M  » 

Le  20  janvier,  Jupiter  passe  à  moins  de  58'  au  nord  de  l'étoile  de  4°  grandeur 
p  Lion.  Le  mouvement  de  la  planète  est  toujours  r<?trograde. 

Éclipses  des  satellites  de  Jupiter. 

18  Janv 10*57»"  soir.  Immersion  du  1«'  satellite  éclipsé. 

26  »    0  49  »  Immersion  3  b  » 

27  »    9  42  soir.                  »  2  »  » 

2    Fév 10  17  soir.                   u  4  »  » 

»      »    9  11  soir.  Immersion  1  »  » 

4      »    0  19  matin.                 »  2  »  » 

9      »    7    3  soir.                   »  3  »  » 

10      »    11    5  »  »  1  »  » 

Saturne.  —  Étudier  cette  planète  et  ses  merveilleux  anneaux  avec  une  lunette 
astronomique  munie  d'un  fort  grossissement. 

Jours.  Passage  M<!ridicii.  Coacher.  Constellation. 

17  Janvier 9'»19"'    soir.  5'' 10"  matin.  Taureau. 

22  »        8  58  9  4  49  »  » 

27        »        8  38         »  4  29         »  » 

!•' Février 8  17         »  4  13         »  » 

6        J»         7  57  »  3  52  »  » 

11  .        7  37         »  3  32         «  1) 

Le  27  janvier,  vers  2^  du  matin,  Saturne  se  trouve  en  conjonction  avec  la  Lune, 
à  une  distance  de  3o27'  au  nord  de  notre  satellite. 

Le  diamètre  de  Saturne  est  donné  plus  haut  (p.  16). 

UiiANUS.  —  Les  personnes  douées  d'une  bonne  vue  peuvent  apercevoir  à  l'œil 
nu  cette  planète  qui  brille  de  l'éclat  d'une  étoile  de  G°  grandeur. 

Jours.                                Lever.  Passage  Méridien.  Constellation. 

17  Janvier 10''20-  soir.  4''25"  matin.  Vibrqe. 

22        »        10    0  »  4    5         »  > 

27        »        9  40  »  3  45         »  » 

l-'Février 9  19  »  3  25         »  » 

6        »        8  59  »  3    5         »  » 

Il        »         8  39  »  2  45          .  s 

Uranus  a  un  mouvement  rétrograde  et  son  diamètre  est  de  4',  2  au  !««■  février. 
La  planète  se  tient  constamment  au  sud-ouest  de  l'étoile  de  3,5  grandeur?)  Vierge. 

Coordonnées  au  1*' févr.  :      Ascension  droite...     12*' 11-,    Déclinaison...    0*21' S. 

En  ajoutant  chaque  mois  ces  documents  à  ceux  qui  sont  publiés  plus  haut  dans 
ïannuaire  astronomique  et  l'agenda,  on  a  entre  les  mains  toutes  les  données 
relatives  à  l'étude  pratique  du  ciel,  Eugène  Vimont. 


CORRESPONDANCE. 


OU  104*  38"  54',  et  ces  incorrections  peuvent  avoir  leurs  inconvénients,  surtout  lorsqu'il 
s*agit  de  petites  quantités. 

Brillant  bolide,  —  M.  Max  Hollnack,  à  Bordeauît.  a  observé,  le  4  décembre,  à  &"  43" 
du  soir  (heure  de  Paris),  un  bolide  marchant  du  S.-S.-O.  à  E.-N.-E.  dont  la  trajectoire 
a  pu  être  dessinée  de  a  de  la  Baleine  à  n  d'Orion.  Le  météore  était  blanc  bleuâtre  et  a 
augmenté  rapidement  d'éclat,  jusqu'à  surpassr  de  6  à  8  fois  celui  de  Saturne.  La  carte 
de  sa  trajectoire  est  très  précise,  et  si  nous  en  avons  une  seconde,  d'un  autre  point,  la 
hauteur  du  bolide  pourrait  être  calculée. 

M.  Dauvillier,  à  Ghuisnes,  signale  l'apparition  d'un  magnifique  bolide,  le  25  octobre 
à  8**  du  soir.  Le  météore  a  éclaté  dans  le  ciel  comme  une  immense  fusée,  causant  une 
grande  frayeur  à  quelques  habitants  qui  crurent  leur  habitation  en  feu. 

M.  G.  Vi.\N,  secrétaire  de  la  Société  Scientifiq^ue  Flammarion  à  Marseille,  signale  la 
réapparition  des  remarquables  lueurs  crépusculaires  qui  ont  tant  attiré  l'attention  Thiver 
dernier.  On  les  signale  également  du  Havre  et  de  Jersey  à  la  date  des  9,  10,  11  et 
12  décembre. 

M.  JÉSUS  MuNOz  Zbbar,  directeur  de  l'Observatoire  de  Caracas  (Venezuela).  —Veuillez 
recevoir  nos  plus  cordiales  félicitations.  Nous  suivrons  avec  le  plus  grand  intérêt  la 
marche  de  vos  travaux  astronomiques,  et  celle  de  TObservatoire. 

M.  BiDER,  à  Madagascar.  —  Il  n'y  a  aucune  étoile  de  première  grandeur  dans  cette 
région  du  ciel.  Nous  ne  pourrions  vous  répondre  que  si  vous  nous  envoyiez  un  dessin 
par  alignement  avec  les  autres  étoiles. 

M.  Dadvillier,  à  Ghuisnes.  —  Vous  serez  prochainement  renseigné  sur  l'instrument 
dont  vous  parlez. 

M.  Joseph  Rousseau.  Directeur  de  VUnion  Scientifique^  à  Amiens.  —  Merci  du  docu- 
ment que  vous  nous  adressez.  Il  est  en  effet  très  remarquable  qu'en  1722  un  savant  dis- 
tingué, Hartsoêker,  ait  déclaré  que  la  seule  gravitation  ne  sumsait  pas  à  expliquer  le 
système  du  Monde,  mais  qu'il  y  faudrait  co'^'îevoir,  au  moins  &  l'origine,  des  mouvements 
giratoires  rappelant  les  tourbillons  de  Des   Qtes,  thèse  aujourd'hui  soutenue  par  M.  Faye. 

M.  Gh.  Molle,  à  Evreux.  —  Votre  ler^  a  été  adressée  à  M.  Gunziger,  qui  voudra 
bien  vous  donner  les  renseignements  qu  ^ 'vous  désirez  avoir  sur  sa  lunette  de  81"". 

M.  Gh.  DupuY,  îk  Nyons,  a  observé  une  traînée  de  feu  remarquable  le  3  novembre  vers 
Q*"  du  toir.  Partie  d'auprès  e  de  l'Aigle,  cette  traînée  est  allée  se  perdre  à  l'horizon  dans 
la  constellation  du  Sagittaire,  en  augmentant  de  largeur  vers  la  fin  de  sa  course  :  on  a 
estimé  cette  largeur  finale  à  5*.  Le  môme  observateur  propose  d'adapter  une  mire  phos- 
phorescente aux  petites  lunettes  ;  cette  idée  paraît  mériter  d'attirer  rattention. 

M.  Belin,  à  Alger.  —  La  théorie  de  M.  Darwin  n'a  été  donnée  qu'à  titre  d'hypothèse. 
Chacun  est  libre  de  ne  pas  l'accepter.  Tout  ce  qu'on  peut  affirmer,  c'est  que  les  calculs 
qui  ont  servi  à  la  former  sont  exacts.  Quant  au  reproche  que  vous  lui  adressez  de  ne  pas 
rendre  compte  de  ce  fait  remarquable  aue  la  Lune  nous  tourne  toujours  la  même  face, 
il  n'est  nullement  fondé.  Laplace  avait  déjà  démontré  que  cette  circonstance  est  due  aux 
marées  produites  anciennement  par  la  Terre  sur  la  Lune.  Au  reste,  relisez  le  troisième 
alinéa  de  la  page  428.  ' 

M.  Racinet,  à  Alençon.  —  Veuillez  recevoir  nos  vifs  remerciements.  Mais  comme 
déjà  nous  l'avons  dit  plusieurs  fois  ici^  le  projet  est  ajourné  et  cette  Revue  a  été  créée 

{>our  réunir  d'abord  les  amis  d'Uranie.  Vous  avez  raison;  le  carré  de  23 200  est  538240000; 
'erreur  n'avait  pas  encore  été  signalée.  Merci. 

M.  Evotte,  à  Vincennes.  —  L'Ouvrage  sur  lequel  vous  nous  demandez  des  renseigne- 
inents  à  propos  de  la  date  de  la  création  du  monde  est  du  siècle  dernier.  Vous  trou- 
verez un  calcul  analogue,  de  l'astronome  Hévélius.  dans  cette  Revue,  novembre  1884 
page  432,  et  des  études  sur  l'Histoire  de  la  Terre  dans  les  numéros  de  septembre  et 
octobre. 

Société  scientifique  Flammarion,  à  Jaên  (Espagne).  —  MM.  Beauval  et  Gally 
doivent  publier  prochainement  dans  la  Revue  le  degré  et  les  lieux  de  visibilité  de  toutes 
les  éclipses  qui  auront  lieu  à  dater  de  ce  jour  et  jusqu'à  la  fin  du  vingtième  siècle;  vous 
aurez  dans  cette  liste  celle  du  28  mai  1900  et  ses  circonstances  pour  TEspagne. 

Un  abonné,  à  Golmar.  —  L'auteur  de  V Atmosphère  espère  toujours  prendre  très 

8rochai«ement  le  temps  de  relire  cet  Ouvrage  et  d'en  donner  une  nouvelle  édition.  — 
in  nous  a  demandé  de  publier  la  Revue  tous  les  quinze  jours:  c'est  le  surcroît  de  frais 
qui  nous  fait  hésiter.  Tous  les  abonnés  ne  supporteraient  probablement  pas  une  aug- 
mentation. 

M.  A.  L.,  à  Toulouse.  --  La  température  de  l'espace  paraît  être,  d'après  les  déduc- 
tions de  la  Thermodynamique,  de  270*  au-dessous  de  zéro.  Nous  ne  connaissons  pas  d'Ou- 
vrages consacrés  à  ce  sujet  spécial.  On  peut  consulter  avec  fruit  La  Chaleur  de 
Tyndall  et  les  belles  études  de  M.  Hirn. 

Un  abonné  de  l'île  de  Jersey.  —  Nous  répondrons  prochainement,  dans  la  Revue  à 
votre  question  d'un  intérêt  si  général.  —V Atmosphère  n'est  pas  encore  réimprimée  'le 
temps  manquant  absolument  à  l'auteur  pour  la  relire.  La  10»  édition  de  Lumen  vient' de 

Saraître  :  Récits  de  l'Infini.  Remerciements  pour  le  curieux  diagramme  du  tremblement 
e  terre. 

M.  M.-H.,  à  Bordeaux.  —  Les  sociétés  scientifiques  sont  difficiles  à  fonder,  plus  dif- 
ficiles encore  à  rendre  viables  et  durables  par  elles-mêmes  On  rencontre  mille  obstacles 
imprévus,  venant  principalement  des  personnes  qui,  à  priori,  sembleraient  devoir  être 
les  premières  à  s'unir  à  nous  pour  l'instruction  publique  et  le  progrès.  Le  feu  sacré 
le  dévouement  impersonnel,  une  persévérance  infatigable,  sont  les  conditions  indis- 
pensables chez  le  promoteur,  lequel,  malgré  tout,  peut  encore  rester  isolé  ou  être  aban- 
donné aux  instants  critiques. 

M.  MuLLER,  à  Lisclert  (Belgique).  —  Nous  ne  conseillons  pas,  en  général,  les  téle- 
scopes de  préférence  aux  lunettes,  parce  qu'ils  peuvent  se  détériorer  plus  facilement  et 
que  la  réargenture  est  un  procédé  fort  délicat.  M.ais.  pour  un  savant  très  soigneux  on 
peut  les  conseiller,  d'autant  plus  qu'à  prix  égal  1  instrument  est  plus  puissant.  Vous 
pourriez  choisir  le  type  indiqué  dans  les  Etoiles,  page  685. 


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Paris.  —  Imp.  Gauthier- Villars,  55,  quai  des  Grands-Augustins. 


4*  Année. 


FEB16'885  N»2. 


Février  1885. 


REVDE  MENSUELLE 

D'ASTRONOMIE  POPULAIRE 

DE  MÉTÉOROLOGIE  ET  DE  PHYSIQUE  DU  GLOBE, 

DOlfNAlfT    LB    TABLKAU    PBUMAFIBNT    0B8    DftCOUVBRTBS    BT    DBS    PKOQtLÈB    RÂALIftÉS 
--  DANS    LA    COlfNAlSSAMCB    DB    L'UNlVBAd 

PUBLIÉE    PAR 

CAMILLE  FLAMMARION, 

AVBC  LB  CONCOURa  0B8 

PRINCIPAUX  ASTRONOMES  FRANÇAIS  ET  ÉTRANGERS 


ABONNEMENTS  POUR  UN  AN: 

Paris  :  12  fr.  —  Départements  :  13  fr.  —  Étranqer  :  14  fr. 

Paix  du  Numéro  :  1  fk*.  20  o. 

La  Rbvub  paraît  le  1*''  de  chaque  Mois. 


^  PARIS. 


GAUTHIER-VILLâRS,  IMPRlMËUR-LlBRAlRË 

DE    l'observatoire    DE    PARIS, 
Quai  des  Augustins,  55. 

1885 


SOMMAIRE  DO  N«  2   (FÉVRIER  1885). 

Ob<ierva:îon4  nouv^Uet  aur  Satarae  et  aar  ■•■  aaadaiz,  par  M.  ll^xiiv  Piivrr,  a»lro- 
iiomo  à  Brigliton  (2  IIîçupo»).  ^Photographie  directe  d'un)  trombi  d  figure).  —  Archéo- 
logie astronomique,  par  le  Prince  Paul  Poxtiatinx  (I  flguro).  -^  Gonsf  ractlon  des  cadrans 
solaires,  par  M.  Uenhy  Amat  (6  figures).  —  La  condensation  de  la  nébalense  solaire  dans 
rhypothète  de  Laplace,  par  M.  Maurice  Foucaé.  —  Les  tremblements  déterre  de  l'Es- 
pagne, par  M.  C.  Flammarion  (2  figures).  —  Nonvelles  de  la  Science.  Variétés  :  l/éclipse 
de  Lune.  Nuages  singuliers.  La  comète  d'Encke.  Visibilité  de  Mercure.  La  lumière  zodiacale. 
Lefi  occultations  d^Aldcbaran.  Recherches  photometriques  sur  Tanneau  de  Saturne.  Tn  nou- 
veau pied  d'équatorial  à  la  portée  de  toutes  les  bourses.  —  Obserratlons  astronomiques, 
par  M.  E.  Vimont  (2  figures).  Occultation  d'Aldébaran,  par  M.  Blot  {I  figure). 


PRIN CIPAUX  ARTICLES  PUBLIÉS  DANS  LA  REVUE. 

A.  D'ABBADIE,  de  l'Iostitut.  —  Choix  d*an  premier  méridien. 

ARAGO  (V.).  —Le  soleU  de  Minait. 

BERTRAND  (J.),  de  l'Institut.  ~Le  satelUte  de  Vénns. 

BOB  (A.  De),  astronome  à  Anvers.  —  L*Etoile  polaire. 

DAUBRÉE,  Directeur  de  l'Ecole  des  mines.  —  Les  pierres  tombées  dn  Ciel. 

DENNING  (A.),  astronome  à  Bristol.  —  Obserratlons  télescopiqnes  de  Jupiter,  de  Vénns, 
de  Mercure. 

DENZA(P.),  Directeur  de  l'Observatoire  de  Moncalieri.  —  Chute  d*un  uranoUthe  en  Italie. 

DETAILLE,  astronome.  —  L'atmosphère  de  Vénus.  -«  Nouveiles  mesures  des  anneaux 
de  Saturne.  —  Les  tremblements  de  terre. 

FATE,  Président  du  Bureau  des  Longitudes.  >-  NouTcUe  théorie  du  Soleil.  —  Distribution 
des  taches  solaires.  —  Mouvements  lents  du  sol  en  Suisse.  —La  formation  du  sys- 
téme  solaire. 

FLAMMARION  —  Les  carrières  astronomiques  en  France.  ^  Gon'lltions  d'habita- 
bilité de  la  planète  Mars.  —  Constitution  physique  âêm  comètes.  —  Une  genèse  dans 
le  ciel.  —  Comment  on  mesure  la  distance  du  soleil.  —  Les  étoiles,  soleils  de  rinllni.— 
D*où  ▼iennent  les  pierres  qui  tombent  du  Ciel?  —  Les  étoiles  doubles.  —  Chute  d'un 
corps  au  centre  de  la  terre  —  La  conquête  des  airs  et  le  centenaire  de  Montirolfler.  — 
Les  grandes  marées  au  Mont  Salnt-Mlchel.  —  Phénomènes  météorologiques  obser- 
vés en  ballon.  —  Une  excursion  météorologique  sur  la  planète  Mars.  —  Les  flam- 
mes du  Soleil.  —  Les  illuminations  crépusculaires  et  le  cataclysme  de  Krakatoa.  — 
La  planète  transneptunienne.  —  L*è  toile  du  Berger.  —  L'histoire  de  la  Terre.  —  Les 
vicâmes  de  la  foudre. 

FORBL  (le  Professeur).  —  Les  tremblements  de  terre. 

6AZAN  (Colonel).  —  Les  taches  du  soleil. 

6ÉRIGNT,  astronome.  —  Comment  lia  lune  se  meut  dans  Tespace.  —  Ralentissement  du 
mouvement  de  la  Terre.  —  La  formation  du  système  solaire.  —  Etudes  sélènographi- 
ques.  —  L'èquatorlal  coudé  de  robservatolre  de  Paris.  —  L'héllomètre.  —  La  nais- 
sance de  la  Lune. 

HENRY,  de  l'Observatoire  de  Paris.  —  Découvertes  nouvelles  sur  Uranns. 

HERSGHEL  (A.-S.).—  Chute  d*un  uranoUthe  èji  Angleterre. 

HIRN,  correspondant  de  rinstitut.  —  Conservation  de  Ténergie  solaire.  —  Phénomènes 
produits  sur  les  bolides  par  Tatmosphère.  —  La  température  du  Soleil. 

HOUZEAU,  Directeur  de  l'Observatoire  d^  Bruxelles.  —  Le  satellite  de  Vénus. 

HUGGINS,  de  la  Société  royale  de  Londres.  —  Les  environs  du  Soleil. 

JAMIN,  de  rinstitut.  —  Qu*e8t-ce  que  la  rosée  ? 

JANSSEN,de  rinstitut,  directeur  de  l'Observatoire  de  Meudon.  —  La  photographie  céleste.  -> 
Résultats  de  r éclipse  de  SoleU  du  6  Mai  1888. 

LEM  AIRE-TESTE,  de  l'Observatoire  de  Rio-Janeiro.  —  Choix  d*un  premier  méridien. 

LEPAUTE.  —  Quelle  heure  est-il?  —  Le  temps  vrai,  le  temps  moyen  et  les  cadrans 
solaires.  —  La  chaleur  solaire  et  ses  applications  Industrielles. 

LESSEPS  (de).  — Les  vagues  sous-marlnes, 

MOUCHEZ  (amiral),  directeur  de  l'Observatoire  de  Paris.  —  Travaux  actuels  de  TObserva 
toire  de  Paris.  —  ^Observatoire  du  Pic  du  Midi.  —  Création  d*une  succursale  de  l*Ob- 
servatoire. 

MOUREAUX  (Th.),  météorologiste  au  Bureau  central.  —  Les  Inondations. 

PARMENTIER  (général).  —  Distribution  des  petites  planètes  dans  Fespace. 

PERROTIN,  directeur  de  TObservatoire  de  Nice. — La  comète  de  Pons.  —  La  planète  Uranns 

PROCTOR,  astronome  à  Londres.  —  Le  Vésuve  et  ISCHIA. 

RICCd,  astronome  à  TObservatoire  de  Palerme.  —  La  grande  comète  de  1882.—  La  tache 
rouge  de  Jupiter.  —  Les  taches  du  Soleil. 

ROCHE  (J.),  correspondant  de  rinstitut.  —Constitution  intérieure  du  globe  terrestre.  — 
Variations  périodiques  de  la  température  pendant  le  cours  de  Tannée. 

SCHIAPARELLI,  directeur  de  l'Observatoire  de  Milan.  —  Les  canaux  de  la  planète  Mars 

TACCHINI,  directeur  de  l'Observatoire  de  Rome.  —  Statistique  des  taches  solaires. 

THOLLON,de  l'Observatoire  de  Nice. —Mouvements  sidéraux.  —  Éruptions  dans  le  Soleil 

TROUVELOT,  de  l'Observatoire  de  Meudon.  —  La  comète  de  Pons.  —  Ombres  observées 
sur  le  Soleil.  —  La  planète  Mars  en  1884. 

VIGAN,  ingénieur  en  chef  des  Ponts  et  Chaussées.  —  Les  marées  de  la  Méditerranée. 

VIMONT.  —  Observations  astronomiques  de  chaque  mois. 


Les  communications  relatives  à  la  rédaction  doivent  être  adressées  à  M.  C.  Flammarion,  Direc' 
leur  de  la  Revue,  86,  avenue  de  FObservatoire,  à  Paris,  ou  à  robservatoire  de  Juvisy 
ju  bien  k  M.  Gérigny,  Secrétaire  de  la  Rédaction^  41,  rue  du  Montparnasse ,  à  Paris. 


^l&n  du  Journal  comporte  une  grande  variété  d'articles.  Chaque  Numéro  con^ 

^  descriptions  de  science  populaire  rédigées  pour  les  lecteurs  qui  ne  font  pas 

ion  de  science,  pour  les  gens  du  monde  en  général;  des  études  plus  appro- 

destinées  aux  astronomes  amateurs;  et  des  recherches  intéressant  les 

urieux  de  pénétrer  de  plus  en  plus  les  grands  problèmes  de  la  nature. 


FEBldiJSS 


—  L'ASTRONOKIB.  — 


41 


OBSERVATIONS  NOUVELLES  SUR  SATURNE  ET  SES  ANNEAUX. 

La  coïncidence  d'une  position  favorable  de  Saturne  avec  une  succession  de 
plusieurs  nuits  pendant  lesquelles  les  images  se  sont  montrées  remarquable- 
ment bien  définies  est  la  principale  raison  qui  m'a  décidé  à  publier  le  résul- 
tat de  nombreuses  observations  effectuées  pendant  les  mois  de  janvier,  février 


Fig.  15. 


Satubne,  le  11  février  1884,  d'après  les  observations  de  M.  Pratt. 


et  mars  1884.  Les  circonstances  les  plus  favorables  se  sont  présentées  dans 
la  nuit  du  11  février  où  j'ai  pu  retrouver  tous  les  détails  que  j'avais  déjà 
notés  précédemment. 

Le  dessin  que  je  fis  à  cette  date  a  été  construit  d'après  des  mesures  micro- 
métriques;  il  est  reproduit  ici,  en  plus  petit,  par  la  fig.  \o,  (Échelle': 
2"",2  =  r.) 

L'instrument  qui  m'a  servi  est  un  télescope  de  Newton  de  0",206  d'ouver- 
ture, monté  équatorialement  et  muni  d'un  mouvement  d'horlogerie.  Le  mi- 
roir, construit  par  M.  With,  donne  des  disques  d'étoiles  remarquablement 
petits,  et  le  prisme  à  réflexion  totale  est  également  d'une  construction  par- 
FÉVEiBR  1885.  2 


42  L'ASTRONOMIE. 

faite.  J'ai  employé  des  grossissements  de  370,  450  et  500  fois,  le  plus  souvent 
les  deux  derniers.  Toutes  les  observations  de  couleur  ont  été  faites  à  l'aide 
d'une  lunette  achromatique  de  Browning  grossissant  450  fois. 


LE   GLOBE 

—  Le  11  février,  l'inclinaison  de  l'axe  du  côté  de  la  Terre  était  assez 
grande  pour  laisser  voir  plus  de  20*  de  latitude  au  delà  du  pôle  sud,  le  paral- 
lèle de  70®  de  latitude  australe  se  trouvant  juste  en  contact  intérieur  avec  la 
partie  australe  du  bord. 

La  partie  australe  du  bord  du  globe  recouvrait  exactement  la  division  noire 
entre  les  deux  anneaux  (division  de  Cassini). 

Le  bord  du  disque  paraissait  généralement  un  peu  plus  sombre  que  les 
régions  plus  centrales;  mais  la  limite  même  du  bord  se  montrait  certaine- 
ment, quoique  très  délicatement,  estompée,  indiquant  ainsi  rapproche  voisine 
de  la  phase. 

Position  des  bandes  sombres.  —  Des  changements  se  produisent  sans  doute 
dans  la  forme  et  la  disposition  des  bandes  qui  sillonnent  le  disque;  mais,  à  la 
suite  d'un  examen  minutieux  et  assidu,  je  suis  forcé  de  conclure  que,  malgré 
les  aspects  variés  que  la  planète  nous  présente,  des  modifications  réelles  et 
certaines  ne  sont  à  coup  sûr  ni  fréquentes  ni  rapides.  Toutes  les  fois  qu'une 
petite  altération  m'a  paru  se  produire  dans  la  forme  ou  la  position  des  bandes, 
j'ai  reconnu  plus  tard  que  l'aspect  habituel  ne  manquait  pas  de  se  retrouver  à 
l'aide  d'une  observation  plus  soigneuse  favorisée  par  une  meilleure  défini- 
tion. 

Autrefois,  pendant  la  période  où  le  pôle  Nord  était  tourné  vers  la  Terre, 
j'avais  déjà  remarqué  le  même  arrangement  régulier  des  bandes  de  l'hémi- 
sphère boréal.  Depuis  Tépoque  où  le  pôle  Sud  de  la  planète  a  commencé  à  se 
montrer  du  côté  de  la  Terre,  f  ai  constamment  retrouvé  une  disposition  des  bandes 
australes  semblable  à  celle  des  bandes  boréales,  mais  dans  l'ordre  inverse  de  celui 
que  présentait  l'autre  hémisphère. 

Enfin,  à  l'époque  où  l'anneau  se  montrait  par  la  tranche,  les  deux  systèmes 
symétriques  de  bandes  ont  pu  être  observés  simultanément;  les  positions 
qu'elles  occupaient  se  sont  montrées  symétriques  aussi  loin  qu'on  pouvait  les 
suivre  au  Nord  et  au  Sud  de  l'Equateur. 

Pour  faciliter  la  comparaison  des  observations  futures,  j'ai  désigné  les 
bandes  par  les  lettres  grecques  a,  p,  etc.,  affectées  du  signe  -h  pour  Thémi- 
sphère  boréal,  et  du  signe  —  pour  l'hémisphère  austral,  en  suivant  Tordre 
alphabétique  à  partir  de  l'Equateur. 


OBSERVATIONS  NOUVELLES  SUR  SATURNE  ET  SES  ANNEAUX.  43 

La  zone  équatoriale  m'a  toujours  paru  d'une  teinte  uniforme,  sans  détails  ni 
taches  d'aucune  espèce;  elle  s'étend  ainsi  à  la  même  distance  de  part  et 
d'autre  de  l'équateur  jusqu'à  la  latitude  de  10°.  C'est  de  beaucoup  la  partie  la 
plus  brillante  du  globe  :  elle  se  montre  d'une  couleur  crème. 

—  a  Cette  bande,  la  première  au  Sud  de  l'équateur,  est  la  plus  intéressante 
de  toutes  par  son  caractère  varié.  La  position  de  son  bord  boréal,  telle  qu'elle 
résulte  des  mesures  micrométriques,  est  par  10*  de  latitude  Sud.  Sa  teinte 
générale  est  d'un  brun  rougeâtre;  mais,  sur  un  quart  environ  de  sa  largeur 
totale,  près  du  bord  boréal,  la  coloration  devient  assez  intense  pour  former 
une  étroite  ligne  sombre.  Le  reste  de  la  largeur,  du  côté  Sud,  est  d'un  ton 
adouci  et  variable;  on  y  remarque  souvent  des  taches  sombres  en  forme  de 
jets  de  fumée.  Le  11  février,  j'ai  compté  six  de  ces  taches,  parmi  lesquelles 
trois  étaient  bien  évidentes. 

—  p,  la  bande  sombre  suivante,  du  côté  du  Sud,  est  de  la  môme  teinte  que 
la  première,  mais  un  peu  plus  claire.  Elle  est  aussi  ondulée,  mais  d'une  façon 
beaucoup  moins  distincte.  Ces  ondulations  sont  surtout  visibles  sur  le  bord 
boréal  qui  paraît  être  la  contre  partie  de  —  a;  mais,  contrairement  à  cette 
dernière,  elle  ne  renferme  pas  de  taches  sombres. 

—  Y  est  une  bande  encore  plus  faible,  située  bien  plus  loin  vers  le  Sud  ;  son 
bord  boréal  est  généralement  le  mieux  défini. 

—  8,  la  quatrième  et  dernière  bande,  est  plus  large  que —  y,  plus  difficile  à 
voir,  et  ses  bords  sont  moins  bien  définis.  Ces  deux  dernières  bandes  sont 
tellement  faibles  qu'elles  sont  généralement  invisibles,  à  moins  que  l'atmo- 
sphère ne  présente  une  transparence  exceptionnelle.  Dans  ces  occasions  favo- 
rables, je  les  ai  toujours  aperçues,  et,  autant  qu'il  est  possible  d'en  juger,  leur 
couleur  générale  est  la  même  que  celle  des  autres  bandes. 

Entre  chacune  de  ces  quatre  band'es,  ainsi  qu'au  sud  de  —  8  se  trouvent 
des  zones  plus  brillantes,  d'une  couleur  jaune  brun  pâle;  chacune  d'elles  vient 
se  fondre  plus  ou  moins  doucement  avec  les  bandes  obscures,  et  leur  teinte 
générale  est  plus  sombre  que  celle  de  la  brillante  zone  équatoriale. 

La  région  polaire  qui  se  montre  entièrement  à  la  vue  ne  présente  aucune 
limite  définie;  elle  s'estompe  très  doucement  avec  la  zone  qui  l'entoure, 
dont  elle  se  distingue  par  sa  teinte  plus  sombre;  tandis  que  près  du  bord  du 
disque,  elle  contraste  avec  le  bord  austral  plus  obscur  encore.  La  couleur 
générale  est  gris  bleu. 

4-  a  De  chaque  côté  du  globe,  les  extrémités  de  cette  bande  apparaissent 
au-dessus  du  bord  de  l'anneau  C  avec  lequel  il  est  facile  de  les  confondre  à 
moins  que  la  définition  ne  soit  excellente.  Dans  ce  cas  on  peut  reconnaître 
que  l'étendue  actuelle  de  la  zone  équatoriale  au  nord  de  l'équateur  est  à  peu 
près  la  même  qu'au  sud. 


44  L'ASTRONOMIB. 


LES  ANNEAUX 


Uanneau  extérieur  est  désigné  par  A,  celui  du  milieu  par  B,  Tintérieur 
transparent  par  C. 

A.  —  La  ligne  noire  observée  sur  cet  anneau,  et  connue  sous  le  nom  de 
Division  éCEncke^  était  très  facilement  visible  pendant  les  mois  de  février  et 
de  mars;  quelquefois  même,  elle  s'est  montrée  exceptionnellement  distincte, 
comme  je  l'avais  déjà  remarqué  à  plusieurs  reprises  pendant  Tannée  1883. 
Elle  ne  m*a  jamais  présenté  l'apparence  d'une  simple  ligne  nettement 
définie  se  détachant  sur  un  fond  d'une  teinte  uniforme,  comme  on  l'a  plu- 
sieurs fois  figurée.  Je  l'ai  toujours  vue  très  étroite  et  grise,  semblable  à  une 
ligne  d'ombre  très  délicatement  estompée  dont  la  teinte  devient  parfois  plus 
ou  moins  obscure.  J'estime  que  ce  n'est  pas  une  division  complète,  et  qu'elle 
n'occupe  pas  toujours  la  même  position  sur  l'anneau.  L'éclat  de  la  zone  exté- 
rieure de  A  commence  à  diminuer  vers  le  milieu,  et  la  teinte  se  fonce  de 
plus  en  plus  à  mesure  qu'on  s'approche  de  la  division  d'Encke.  Il  est  remar- 
quable que  le  même  phénomène  se  reproduit  sur  la  zone  intérieure  quand 
on  s'approche  de  la  division  de  Cassini.  Ces  apparences  d'ombre  ou  de  quelque 
autre  nom  qu'on  veuille  employer  pour  les  désigner  sont  tout  à  fait  dignes 
de  remarque.  Le  22  novembre  1881,  la  division  d'Encke  se  trouvait  juste  au 
milieu  de  A  ;  mais  l'apparence  striée  que  présentait  l'ombre  qui  la  borde, 
dans  les  moments  où  les  images  étaient  le  plus  nettes,  semblait  indiquer 
avec  une  grande  probabilité  l'existence  de  plusieurs  lignes  de  même  nature 
que  cette  division.  Pendant  plusieurs  nuits  du  mois  de  janvier  1884,  cette 
division  m'apparut  sûrement  en  dehors  du  milieu  de  A  du  côté  de  l'exté- 
rieur, tandis  que  d'autres  fois  je  dus  conclure  après  une  observation  minu- 
tieuse qu'elle  se  trouvait  en  dehors  du  milieu  sur  l'une  des  anses  de  l'anneau, 
et  juste  au  milieu  sur  l'autre. 

La  Division  de  Cassini,  ou  grande  séparation  entre  l'anneau  A  et  l'anneau  B, 
m'a  toujours  paru  très  sombre  ;  mais,  dans  les  conditions  les  plus  favorables,  je 
ne  l'ai  jamais  vue  d'un  noir  absolu,  comparable  à  l'ombre  du  globe  sur  l'anneau. 

B.  —  Depuis  la  zone  extérieure  de  cet  anneau,  qui  est  toujours  très  bril- 
lante, la  teinte  va  le  plus  souvent  en  se  dégradant  doucement  et  légèrement 
jusqu'au  bord  intérieur,  qui  paraît  très  sombre,  sans  la  moindre  indication 
de  taches  ou  de  détails  quelconques.  Pourtant,  en  quelques  circonstances, 
j'ai  vu  de  très  légères  irrégularités  dans  cette  dégradation  progressive  de  la 
teinte.  Le  11  février,  dans  l'intérieur  de  la  zone  brillante  extérieure,  on  en 
voyait  une  un  peu  plus  sombre;  dans  l'intérieur  même  de  celle-ci  l'éclat  se 
trouvait  légèrement  augmenté  sur  une  très  petite  largeur;  et  dans  cet  espace 
même,  la  teinte  s'assombrissait  graduellement  du  côté  de  l'intérieur.  Avec 


OBSERVATIONS  NOUVELLES  SUR  SATURNE  ET  SES  ANNEAUX.  45 

de  forts  grossissements,  le  bord  intérieur  de  cet  anneau  paraît  si  mal  défini 
et  tellement  confondu  avec  G  qu'il  n'est  pas  facile  de  préciser  où  se  trouve  la 
limite  entre  les  deux  anneaux.  Malgré  tout  le  soin  que  j*ai  mis  à  scruter 
cette  région,  je  n'ai  jamais  pu  découvrir  de  division  entre  eux  deux.  La  teinte 
générale  de  B  est  d'un  gris  bleu. 

G.  —  La  couleur  générale  de  cet  anneau  m'a  paru  être  le  gris  d'ardoise 
mêlé  de  pourpre  sur  les  anses.  Le  bord  intérieur  se  montre  très  nettement 
défini,  et  cet  effet  est  sans  doute  augmenté  par  le  contraste  subit  que  produit 
le  noir  du  ciel  à  travers  le  vide  de  l'anse.  La  teinte  générale  s'obscurcit  gra- 
duellement, mais  très  certainement,  de  l'extérieur  à  l'intérieur,  excepté  à 
Fendroit  où  l'anneau  recouvre  le  disque  de  la  planète.  Alors  c'est  l'inverse 
qui  se  produit,  la  région  intérieure  paraissant  la  plus  brillante,  tandis  que 
le  bord  extérieur  est  indistinct  et  diffus  comme  s'il  était  à  demi  transparent. 
Sur  toute  sa  largeur,  l'anneau  est  visible  devant  le  globe  de  Saturne,  et 
celui-ci  se  voit  au  travers,  sur  toute  la  largeur  également,  à  l'exception  pour- 
tant d'une  zone  très  étroite  contiguë  au  bord  extérieur.  U  est  à  remarquer 
que  le  U  février,  et  dans  d'autres  occasions,  cet  anneau  s'est  montré  plus 
brillant  et  un  peu  plus  étroit  dans  l'anse  occidentale  que  dans  l'anse  orien- 
tale, comme  je  l'ai  représenté  sur  le  dessin.  Quand  les  images  sont  très 
bonnes,  une  sorte  de  granulation  se  montre  distinctement  sur  toute  son 
étendue,  comme  si  ses  dernières  particules  s'étaient  agglomérées  en  groupes 
juste  assez  volumineux  pour  être  aperçus  de  temps  à  autre  d'un  seul  coup 
d'œil.  Mais  cette  apparence  n'est  nullement  persistante,  et  il  est  certainement 
impossible  de  la  représenter  par  une  teinte  d'aquarelle  uniformément  déposée. 

Excentricité  des  anneaux  par  rapport  au  globe. — Quand  j'observai  le  il  février 
la  différence  de  largeur  entre  les  deux  anses  de  G,  je  remarquai  que  le  bord 
intérieur  de  l'anse  occidentale  paraissait  un  peu  plus  près  du  globe  que  celui 
de  l'anse  orientale.  Le  29  février,  à  9**,  cette  excentricité  se  montra  du  môme 
côté,  mais  beaucoup  plus  accentuée  que  je  ne  l'avais  jamais  observée.  Le 
2  mars,  à  9^  l'excentricité  paraissait  moyenne  entre  les  deux  valeurs  qu'elle 
avait  atteintes  aux  deux  dates  précédentes. 

Ombre  du  globe  sur  les  anneaux,  —  Plusieurs  fois,  pendant  le  mois  de 
février,  j'examinai  soigneusement  cette  ombre  à  cause  de  sa  forme  particu- 
lière. Elle  se  montrait  touchant  ou  couvrant  la  division  de  Cassini  qu'elle 
suivait  en  tournant.  Le  bord  oriental  de  l'ombre  reproduisait  exactement  le 
contour  du  globe  jusque  près  de  la  division  de  Cassini  où  il  se  recourbait 
rapidement  vers  l'Est  avant  d'atteindre  cette  division.  Aucune  trace  d'ombre 
n'était  visible  sur  l'anneau  A. 

Section  probable  des  anneaux.  —  L'épaisseur  des  anneaux  est  extrêmement 
exiguë  ;  leur  surface  n'est  pas  parfaitement  plane. 


46  L'ASTRONOMIE. 

La  forme  générale  de  ces  surfaces  est  indiquée  par  mes  observations  de 
Tombre  du  globe.  Après  avoir  répété  ces  observations  pour  toutes  les  posi- 
tions des  anneaux,  j'ai  essayé  d*en  déterminer  la  forme  d'une  manière 
approchée,  en  discutant  les  dessins  observés,  et  en  les  comparant  avec  dif- 
férents modèles  du  globe  et  des  anneaux  que  j'avais  construits  à  l'échelle  et 
que  j'exposais  à  la  lumière  solaire.  Le  résultat  de  cette  étude  est  qu'il  n'y  a 
qu'une  seule  forme  qui  permette  de  donner  aux  ombres  artificielles  la  figure 
observée  sur  les  ombres  réelles. 

La  section  ainsi  déterminée  est  représentée  (fig.  16). 

Constitution  des  anneaux.  —  L'observation,  aussi  bien  que  l'analyse  mathé- 
matique, indique  que  la  matière  dont  sont  composés  les  anneaux  est  à  l'état 
de  courants  circulaires  de  particules  solides. 

On  a  bien  souvent  observé  depuis  Short  et  Kater  jusqu'à  l'époque  actuelle 
que  l'anneau  extérieur  A  montre  une  tendance  plus  marquée  que  les  autres 
à  la  disposition  en  stries.  J'ai  pu  constater  cette  circonstance  avec  une  évi- 
dence extraordina^ire,  le  22  novembre  1881,  et  plusieurs  fois  depuis.  De 

Fig.  m. 

B  I    ,     ^,  ,      , 

Section  probable  des  anneaux  de  Saturne. 

môme,  mais  seulement  à  une  époque  récente,  on  a  remarqué  que  l'anneau 
intérieur  C  paraissait  présenter  la  tendance  la  plus  marquée  vers  la  granu- 
lation. 

Les  observations  ont  aussi  montré,  par  l'étude  des  ombres  du  globe,  que 
la  plus  grande  épaisseur  de  chaque  anneau  se  trouve  auprès  de  son  bord  externe. 

A  ces  résultats  d'observation  on  peut  ajouter  la  considération  que  la 
portion  extérieure  de  l'anneau  est  sans  doute  occupée  par  les  particules  les 
plus  volumineuses  et  les  plus  lourdes,  et  qu'au  contraire  les  particules  les 
plus  petites  et  les  plus  légères  composent  les  régions  intérieures. 

De  cette  étude  attentive  je  crois  pouvoir  tirer  les  conclusions  suivantes  : 

Le  maximum  d'éclat  coïncide  avec  le  maximum  d'épaisseur,  près  du  bord 
extérieur  de  B. 

Le  maximum  d'obscurité  de  teinte  coïncide  avec  la  région  la  plus  mince 
qui  est  le  bord  intérieur  de  C. 

La  plus  grande  tendance  à  la  disposition  en  stries  coïncide  avec  la  position 
des  particules  les  plus  lourdes  en  A. 

La  plus  grande  tendance  à  la  granulation  coïncide  avec  la  position  qu'oc- 
cupent probablement  les  particules  les  plus  légères,  dans  l'anneau  intérieur  C. 

De  ces  remarques,  on  peut  inférer  que  la  matière  qui  compose  l'anneau  B  # 


PHOTOGRAPHIE  DIRECTE  D'UNE  TROMBE.  47 

est  moins  propre  que  celle  des  autres  anneaux  à  prendre  nettement  le  carac- 
tère de  la  granulation  ou  de  la  stratification,  et  conclure  que  les  influences 
de  la  gravité  qui  agissent  sur  le  système  des  anneaux  produisent  lentement, 
mais  continuellement,  toutes  ces  variations  d'éclat,  de  couleur  et  de  structure 

qu'il  nous  est  donné  d'observer. 

Henry  Pratt, 

Astronome  à  Brighton, 
Membre  de  la  Société  Royale  astronomique  de  Londres 


PHOTOGRAPHIE  DIRECTE  D'UNE  TROMBE. 

M.  Holden,  le  savant  Directeur  de  l'Observatoire  Washburn  (Madison, 
Wisconsin),  a  bien  voulu  nous  communiquer  la  photographie  directe  d'une 
trombe,  qui  est  passée,  le  28  août  dernier,  à  4  heures  de  Taprès-midi,  a  35''"  à 
rOuest  de  la  ville,  marchant  dans  la  direction  du  Sud-Est  avec  une  vitesse  de 

Fig.  17. 


Trombe  observée  aux  Etals-Unis,  diaprés  une  photographie. 

64^"*  à  l'heure.  Emportée  par  cette  vitesse  effroyable,  la  trombe  a  détruit  sur 
son  passage  tout  ce  qu'elle  y  a  rencontré:  arbres,  maisons  et  habitants,  sur  une 
largeur  de  90"  environ.  Nous  reproduisons  (fig.  17)  ce  document  intéressant, 
la  première  photographie  de  ce  genre  qui  existe,  certainement. 

Le  tornado  attaque  le  sol  par  son  extrémité  inférieure  ;  ses  gyrations  violentes 
y  soulèvent  des  torrents  de  poussière,  lançant  autour  de  lui  tous  les  objets 
plus  ou  moins  légers  qu'il  a  frappés  et  détachés  du  sol. 


48  L'ASTRONOMIE. 

ARCHÉOLOGIE  ASTRONOMIQUE. 

Monsieur  le  Directeur, 

Vos  recherches  sur  les  changements  de  forme  des  constellations  par  les  mou- 
vements propres  des  étoiles  et  vos  études  sur  TAstronomie  ancienne  m'engagent 
à  vous  soumettre  le  fac-similé  d*un  dessin  astronomique  fait  sur  un  polissoir  en 
ardoise  trouvé  dans  mes  terres  de  Bologoë,  près  du  lac  de  ce  nom,  dans  la  couche 
néolithique. 

Cet  antique  objet  du  temps  de  l'âge  de  pierre,  datant  d'une  époque  inconnue, 
porte,  comme  on  le  voit  sur  ce  dessin  (de  grandeur  naturelle),  les  sept  étoiles 
caractéristiques  du  Septentrion,  ainsi  que  d'autres  étoiles  qui  me  paraissent 

Fig.  18. 


( 

Étoiles  de  la  G<*?0upse. 

,      de. 

LévHers. 

W 

.       du 

Bouvier. 

\ 

M       du 

Dpa|bn. 

\ 

B 

Étoiles  du  nord  gravées  sur  un  polissoir  du  temps  de  l'âge  de  pierre,  trouvé  en  Russie. 

appartenir  d'abord  à  la  Grande  Ourse  elle-même,  ensuite  aux  Chiens  de  Chasse, 
au  Bouvier  et  au  Dragcn. 

L'étoile  Ç  de  la  Grande  Ourse  est  marquée  double,  et  il  en  est  de  même  de 
l'étoile  a  des  Chiens  de  chasse.  L'étoile  a  de  la  Grande  Ourse  est,  comme  les 
deux  dont  je  viens  de  parler,  plus  grosse  que  les  autres. 

Il  y  a,  entre  a  et  S,  entre  5  et  s,  et  près  de  Ç,  trois  étoiles  assez  grosses  que  Ton 
ne  voit  plus  au  ciel.  Les  autres  sont  plus  petites.  Ces  diverses  étoiles  ont-elles 
changé  de  grandeur  depuis  les  temps  préhistoriques  ? 

La  configuration  des  sept  étoiles  du  Chariot  est-elle  une  inexactitude  de  l'ou- 
vrier préhistorique,  ou  correspondrait-elle  à  une  figure  réelle  remontant  à  une 
époque  très  reculée  ? 

La  ligne  AB  peut  marquer  l'horizon.  La  ligne  CD  n'indiquerait-elle  pas  la  direc- 
tion du  pôle  à  l'époque  où  les  étoiles  X,  x  du  Dragon  étaient  polaires? 

Les  autres  étoiles  gravées  ont-elles  jamais  été  visibles  à  l'œil  nu  ? 

L'étude  du  Ciel  paraît  avoir  été  apportée  en  Russie  par  les  proto-Scythes.  Ces 
étoiles  ne  sont-elles  pas  mieux  visibles  en  d'autres  contrées  de  la  migration  asia- 
tique? 

Veuillez  agréer,  etc.  Prince  Paul  Pontiatinn. 

La  communication  précédente  est  du  plus  haut  intérêt,  et  nous  remercions  le 


ARCHÉOLOGIE  ASTRONOMIQUE.  49 

prince  Pontiatinn  de  nous  Tavoir  adressée.  Elle  soulève,  en  effet,  plusieurs  pro- 
blèmes. 

Et  d^abord,  la  forme  des  constellations  changeant  avec  le  temps,  on  a  pu  voir, 
dans  notre  Astronomie  populaire  (p.  794),  quelle  était  la  disposition  des  sept 
étoiles  du  Chariot  il  y  a  cinquante  mille  ans,  et  quelle  elle  sera  dans  cinquante 
mille  ans.  Si  un  dessin  de  la  Grande  Ourse  avait  été  fait  il  y  a  cinquante  mille  ans, 
quarante  mille  ou  seulement  vingt-cinq  mille,  il  différerait  assez  de  nos  dessins 
actuels  pour  que  nous  puissions  lui  assigner  une  date  approchée.  Les  mouve- 
ments propres  dont  ces  sept  étoiles  sont  animées  ont  pour  effet  principal  de 
relever  de  siècle  en  siècle  l'étoile  tj  vers  le  prolongement  de  la  ligne  presque 
droite  et  peu  variable  SsJ,  et  de  l'éloigner  des  six  autres,  auxquelles  elle  est,  du 
reste,  étrangère  par  son  origine.  Or  on  peut  remarquer  que,  sur  le  dessin  du 
polissoir,  la  position  de  l'étoile  t^  n'est  pas  très  différente  de  sa  position  actuelle, 
pas  plus  que  celle  de  a,  dont  le  mouvement  propre  est  également  contraire  à 
celui  des  cinq  autres.  Donc,  à  ce  point  de  vue,  aucune  date  ne  peut  être  donnée 
par  l'Astronomie  pour  l'époque  de  ce  dessin.  Un  berger  pourrait  encore  aujour- 
d'hui le  faire  précisément  tel  qu'il  est  là. 

Voyons  maintenant  les  deux  étoiles  marquées  doubles,  Ç  de  la  Grande  Ourse  et 
a  des  Chiens  de  chasse.  Que  la  première  le  soit,  cela  n'a  rien  de  surprenant, 
puisque  toutes  les  bonnes  vues  distinguent  Alcor  à  côté  de  Mizar  (  Alcor  n'est  pas 
à  sa  place,  mais  il  n'y  a  pas  lieu  d'être  trop  exigeant).  Quant  à  a  des  Chiens  do 
chasse,  elle  est  bien  vraiment  une  étoile  double,  mais  il  est  impossible  à  l'œil  nu 
d'effectuer  le  dédoublement.  Elle  se  compose  d'une  étoile  de  3,2  et  d'une  de  5,7. 
Celle-ci  serait  perceptible  à  l'œil  nu  si  elle  n'était  pas  éclipsée  dans  les  rayons 
de  oc;  mais  sa  distance  est  de  20^,  et  il  faudrait  que  cette  distance  fût  au  moins 
dix  fois  plus  grande  pour  permettre  la  séparation  à  l'œil  nu.  Or,  dans  l'antiquité, 
le  compagnon  a-t-il  été  plus  éloigné  que  de  nos  jours  de  l'étoile  principale?  Non. 
Depuis  plus  d'un  siècle  que  nous  avons  les  yeux  fixés  sur  ce  couple,  l'écartement 
.  de  20'  n'a  pas  varié.  Un  siècle  n'est  rien  sans  doute;  mais  ce  couple  forme  un 
système  physique  emporté  dans  le  ciel  par  un  mouvement  propre  très  rapide,  et 
les  deux  composantes  marchent  d'un  commun  accord.  Donc  le  compagnon  n'a 
jamais  été  visible  à  l'œil  nu.  Sans  doute  l'allongement  de  l'étoile  sur  le  dessia 
avait  une  autre  signification.  Nous  ne  pouvons  guère  admettre  l'existence  d'in- 
struments d'optique,  tous  les  documents  anciens  s'accordant  pour  prouver  que  le 
verre  n'a  été  appliqué  pour  la  première  fois  aux  observations  célestes  qu'au 
commencement  du  xvii«  siècle,  et  celui-ci  ne  présentant  point  les  caractères 
d'une  précision  scientifique. 

L'étoile  qui  est  marquée  sur  le  prolongement  de  Sy  Grande  Ourse  est  l'étoile  x* 
Celle  qui  est  au-dessus  de  a  est  X  du  Dragon  et  sa  voisine  de  gauche  est  x  de  la 
même  constellation.  Les  trois  voisines  de  t^,  à  gauche,  sont  8,  x  et  t  du  Bouvier. 
Au-dessous  de  t),  près  du  bord,  ce  doit  être  X  Bouvier.  Entre  a  Chiens  de  chasse 
et  X  Grande  Ourse,  la  première  est  probablement  8  des  Chiens  de  chasse.  Les 
autres  ne  peuvent  pas  être  identifiées;  il  n'y  a  même  pas  d'étoiles  de  6«  et  7«  gran- 


50  L'ASTRONOMIE. 

deur  aux  positions  gravées,  et  des  étoiles  qui  existent  au  ciel  ne  sont  pas  indi- 
quées. Le  document,  d'ailleurs,  no  présente  pas  de  caractère  scientifique  déter- 
miné. C'était  peut-être  une  amulette  des  premiers  pasteurs.  La  représentation 
des  sept  astres  du  Septentrion  n'est  pas  rare  chez  les  anciens.  En  visitant,  il  y  a 
une  dizaine  d'années,  les  solitudes  bretonnes  des  environs  de  Guérande  et  du 
bourg  de  Batz,  nous  avons  remarqué  sur  les  rochers  un  grand  nombre  de  dessins 
faits  par  trous  sur  les  rochers,  parmi  lesquels  on  reconnaît  entre  autres  la  Grande 
Ourse  et  Cassiopée.  Nous  possédons  au  musée  de  l'Observatoire  de  Juvisy  un 
ancien  sabre  d'exécuteur  japonais,  près  de  la  garde  duquel  sont  gravées,  d'un 
côté,  la  Grande  Ourse,  et  de  l'autre,  Cassiopée.  Ce  sont  là  des  représentations  pri- 
mitives, dont  ridée  toute  naturelle  est  directement  inspirée  par  le  spectacle  du 
ciel.  Que  l'artiste  qui  s'est  complu  à  représenter  ces  étoiles  sur  la  pierre  ou  sur 
le  bronze  y  ait  ajouté  des  points  qui  n'existent  pas  au  ciel,  on  ne  saurait  en  tirer 
de  conjectures  en  faveur  de  changements  arrivés  dans  l'Univers. 

L'aspect  de  la  Grande  Ourse  et  de  toute  cette  région  du  ciel  est  le  même  pour 
tous  les  pays  du  Nord,  depuis  la  France  jusqu'au  détroit  de  Behring. 

La  ligne  joignant  a  à  X,  qui  est  à  peu  près  parallèle  à  la  ligne  CD,  aboutissait 
au  pôle  nord  au  commencement  de  notre  ère,  et  la  ligne  menée  de  a  à  x  douze  siè- 
cles avant  notre  ère.  Si  donc  on  considérait  la  ligne  CD  comme  indicatrice  du  nord, 
le  document  ne  remonterait  pas  au  delà  du  commencement  de  Tère  chrétienne. 

Quoi  qu'il  en  soit,  c'est  là  un  document  rare  et  intéressant  (  unique  jusqu'à  pré- 
sent à  notre  connaissance)  et  Ton  ne  saurait  trop  remercier  ceux  qui  découvrent 
ces  vestiges  des  âges  disparus  de  les  faire  connaître,  afin  qu'étant  publiés  ils 
apportent  leur  élément  au  progrès  général  des  connaissances  humaines. 

CA&dLLE  Flammarion. 


CONSTRUCTION  DES  CADRANS  SOLAIRES. 

Nous  recevons  de  M.  âmat,  ancien  député  des  Bouches-du-Rhône,  membre 
de  la  Société  scientifique  Flammarion  de  Marseille,  auteur  du  monument  cosmo- 
graphique que  tous  les  amis  de  la  Science  admirent  au  jardin  de  la  Bourse  de 
Marseille,  un  exposé  très  concis  et  tout  à  fait  pratique  sur  la  construction  des 
cadrans  solaires.  Nous  sommes  heureux  de  lui  donner  place  dans  cette  Revue  : 
ce  travail  répond  aux  vœux  d'un  très  grand  nombre  de  lecteurs. 

Existe-t-il  un  procédé  simple  et  facile  pour  établir  des  cadrans  solaires?  Ce  qui 
est  facile  aux  uns  est  difficile  à  d'autres.  Le  travail  aplanit  les  difficultés. 

L 

Il  suffit  des  premières  notions  de  cosmographie  pour  comprendre  que  si  Ton 
prenait  comme  cadran  le  plan  de  l'équateur  terrestre  et  comme  style  l'axe  du 
monde,  le  Soleil  y  marquerait  les  vingt-quatre  heures  de  la  journée  en  divisant 
le  cercle  en  vingt-quatre  arcs  égaux,  de  15o,  ayant  leurs  sommets  au  centre, 
au  point  d'insertion  de  l'axe. 


CONSTRUCTION  DES  CADRANS  SOLAIRES.  51 

Cette  hypothèse  est  moins  difficile  à  réaliser  qu'il  ne  le  semble.  D'abord,  point 
n*est  besoin  de  donner  à  votre  cadran  usuel  un  diamètre  de  12750^  comme  celui 
de  la  Terre;  s'il  vous  suffit  d'un  mètre  ou  d'un  décimètre,  le  tracé  des  lignes 
horaires  restera  le  même. 

Il  n'est  pas  nécessaire  non  plus  que  votre  cadran  soit  précisément  à  l'équateur. 
Les  effets  et  le  tracé  ne  seront  pas  changés,  quand  même  il  en  serait  éloigné  de 
quelques  mètres,  ou  de  quelques  milliers  de  kilomètres,  cette  distance  n'étant 
qu'une  quantité  négligeable  comparativement  aux  148  millions  de  kilomètres  qui 
nous  séparent  du  Soleil. 

Vous  pouvez  opérer  en  un  point  quelconque  de  la  Terre  ;  pourvu  que  votre 
cadran  soit  parallèle  à  l'équateur  et  votre  style  parallèle  à  l'axe  du  monde,  vous 
vous  considérerez  comme  étant  à  l'équateur,  et  vous  tracerez  vos  lignes  en  con- 
séquence, angles  égaux,  de  15*  pour  les  heures,  de  7»30'  pour  les  demi-heures,  et 
ainsi  de  suite. 

II. 

Si  donc  vous  désirez  un  cadran  équatorial,  vous  n'avez  qu'à  l'incliner  sur 
votre  horizon  d'un  angle  complémentaire  de  la  latitude,  et  à  le  traverser  perpen- 
diculairement par  un  style  destiné  à  y  marquer  l'heure  sur  ses  deux  faces,  l'une 
d'hiver,  l'autre  l'été,  selon  que  le  Soleil  est  dans  l'hémisphère  austral  ou  dans 
l'hémisphère  boréal. 

Pour  qu'il  fonctionne,  il  suffit  de  le  poser,  en  en  dirigeant  le  style  vers  le  Nord. 
Une  bonne  montre,  un  chronomètre  et  une  table  de  l'équation  du  temps  vous 
indiqueront  à  midi  vrai  le  plan  du  méridien,  par  l'ombre  du  style  perpendiculaire 
au  cadran.  Vous  ajusterez  le  style  dans  ce  plan,  et  vous  lui  donnerez  l'inclinaison 
voulue  en  l'abaissant  sur  l'horizon  d'un  angle  égal  à  la  latitude  de  la  localité.  A 
Paris,  le  style  fait  avec  l'horizon  un  angle  de  J8<»50',  à  Marseille  de  43»  18',  à  Alger 
de  360  47'. 

Le  même  cadran  équatorial  est  apte  à  fonctionner  sur  tous  les  points  du  globe 
il  n'y  a  dans  chaque  localité  qu'à  incliner  le  style  sur  l'horizon  d'un  angle  égal  à 
la  latitude. 

III. 

Mais  ce  n'est  pas  un  cadran  équatorial  que  l'on  demandera  le  plus  souvent. 

La  page  ci-contre  fournit  le  moyen  d'établir,  sans  beaucoup  de  préparation 
ni  d'appareils  scientifiques,  un  cadran  solaire  sur  une  surface  quelconque,  verti- 
cale^ horizontale  ou  inclinée;  méridionale,  déclinante  ou  septentrionale;  plane, 
arrondie  ou  anfractueuse. 

Il  s'agit  uniquement  de  poser  le  style  à  la  place  où  on  le  veut,  en  bien  obser- 
vant ces  deux  conditions  :  qu'il  soit  dans  le  plan  du  méridien  et  qu'il  forme  avec 
l'horizon  un  angle  égal  à  la  latitude. 

Le  style  ainsi  définitîvement  posé,  il  n'y  a  plus  rien  à  faire  qu'à  attendre  le  pre- 
mier jour  de  soleil,  et  à  tracer,  d'après  une  bonne  montre  aux  indications  de  la- 
quelle vous  ajouterez  l'équation  du  temps  pour  convertir  le  temps  moyen  en 


52 


L'ASTRONOMIE. 


temps  vrai,  les  lignes  horaires  telles  que  le  Soleil  les  marquera  lui-même  par 
l'ombre  du  style. 

Ce  tracé  de  cadran  sera  et  restera  exact  pour  to^jours,  d'autant  plus  exact 
qu'on  aura  apporté  plus  d'attention  et  de  soin  dans  les  courtes  opérations  décrites. 
L'ombre  du  style  s'allongera  ou  s'accourcira  suivant  les  saisons,  suivant  la  décli- 
naison du  Soleil,  mais  elle  reviendra  au  même  jour,  à  la  même  heure,  recouvrir 
la  même  ligne  horaire. 

IV. 

Mais,  dites-vous,  je  voudrais  dessiner  les  lignes  horaires  dans  le  silence  et 
le  recueillement  de  mon  bureau,  sur  ma  table  de  travail,  et  non  sous  la  dictée  du 
Soleil.  Vous  le  pourrez  parfaitement;  voici  un  procédé  assezsimple.  Il  faut  tou- 
jours qu'on  vous  donne  la  latitude  et  la  déclinaison  du  cadran,  puisque  les  angles 
du  dessin  en  dépendent. 

Prenons  le  cas  le  plus  fréquent  :  un  mur  vertical,  d'un  azimut  inconnu, 


Fig.  19. 


Fig.  20 


Mur  vertical. 


Planche  horizontale. 


celui  d'une  maison  à  la  ville  ou  à  la  campagne  :  telle  est  la  place  où  d'ordi- 
naire on  songe  à  établir  un  cadran. 

Tracez-y  une  droite  verticale  PM  (fig.  19);  ce  sera  la  ligne  horaire  de  midi. 

Vers  le  milieu  de  cette  verticale,  au  point  H,  appliquez  contre  le  mur  une 
planche  horizontale. 

Âmidi  vrai,  marquez  sur  cette  planche  l'ombre  aboutissant  à  la  droite  verticale, 
à  la  lettre  H,  ombre  projetée  par  un  fil  à  plomb  tendu  entre  la  planche  et  le  Soleil. 

Cette  ombre,  cette  ligne  SH,  est  votre  méridienne  horizontale  [fig.  20). 

Plantez  le  style  sur  un  point  quelconque  P  de  l'horaire  verticale.  Il  faut  que 
le  style  aboutisse  à  la  méridienne  horizontale  HS,  et  qu'il  fasse  avec  elle  un  angle 
égal  à  la  latitude  de  la  localité.  Le  point  que  nous  avons  appelé  S  (flg.  20)  est  celui 
de  la  méridienne  où  aboutit  ainsi  le  style. 

De  ce  point  8  tirez  sur  la  planche  une  perpendiculaire  S6  à  la  méri- 
dienne SH,  et  prolongez-la  jusqu'au  mur,  où  vous  marquez  son  point  de  con- 
tact 6. 

Maintenant,  de  ce  même  point  S,  abaissez  dans  le  plan  vertical  du  méri- 


CONSTRUCTION  DES  CADRANS  SOLAIRES. 


53 


dien  (fig,2i)  une  perpendiculaire  SM  au  style  SP,  et  faites  descendre  cette  droite  SM 
jusqu'à  la  rencontre  du  mur,  jusqu'à  l'horaire  verticale,  où  vous  marquez  le  point 
d3  contact  U(fig,  19  et  21). 

Les  quatre  lignes  ainsi  obtenues  dans  le  plan  méridien,  PM,  SH,  PS  et  SM,  en 
donnent  la  coupe  dessinée  (fig,  19). 

Pour  tracer  SM,  vous  appliquez  contre  le  mur  le  triangle  PHS  (fig,  19),  en  le 
faisant  tourner  comme  sur  une  charnière  autour  de  PH. 

S'il  vous  plaît  de  vérifier  par  la  Trigonométrie  la  longueur  S  M,  tangente  du 


Fig.  21. 


/ 


.  Coupe  selon  le  plan  méridien. 

rayon  PS,  l'angle  P,  complémentaire  de  la  latitude,  c'est-à-dire  à  Paris  de  41ol0', 
vous  donne  pour  logarithme  9,94171  et  pour  nombre  0,8744;  la  longueur  de  SM  y 
sera  donc  les  874  millièmes  du  style  PS. 

Tirez  sur  le  mur  par  les  deux  points  de  contact  M  et  6  une  droite  indéfinie,  qui 
sera  l'équinoxiale  (/ig.  21). 

La  coupe  selon  MS6  (/i^f.  22)  est  parallèle  à  Téquateur  et  nous  présente  un 

Fig.  22. 

I  1'^  ' 


6.J 


Coupe  parallèle  à  Téquateur 

cadran  équatorial  desservi  par  le  même  style  PS.  Nous  connaissons  de  cet  équa- 
tonal  les  deux  lignes  horaires,  de  midi,  SM,  et  de  6»»,  S 6.  Son  style,  son  centre 
de  figure  est  en  S. 

Pour  en  compléter  le  dessin  plus  commodément,  rabattons-le  sur  le  mur,  en  le 
faisant  tourner  autour  de  l'équinoxiale  M 6  comme  sur  une  charnière. 

A  cet  effet,  de  M,  avec  un  rayon  égal  à  MS,  et  de  6  avec^un  rayon  égal  à  68, 


54 


L'ASraONOMIE. 


traçons  deux  arcs  de  cercle,  qui  se  couperont  en  G,  centre  de  figure  de  Téquato- 
rial  ainsi  rabattu  (fîg.  23). 
Ses  lignes  horaires  formeront  des  angles  égaux  ayant  leur  sommet  commun 

Fig.  23. 


Le  mur. 

en  C.  Les  deux  déjà  tracées,  CM  et  C6,  midi  et  six  heures,  font  un  angle  droit, 
puisqu'elles  sont  à  six  heures  Tune  de  l'autre 

Un  grand  cercle,  ayant  C  pour  centre  (fig.  24),  nous  sert  à  mesurer  nos  angles 
de  15o  pour  l'heure,  de  T^SO'  pour  la  demi-heure,  de  15'  pour  la  minute. 

Nous  faisons  aboutir  toutes  les  lignes  horaires  de  l'équatorial  à  la  droite  équi- 
noxiale  sur  laquelle  nous  en  marquons  tous  les  points  de  contact. 

Enfin,  du  style  P  planté  dans  le  mur,  nous  abaissons  des  droites  sur  tous  ces 

Fig.  24. 


Cadran  vertical  Sud-Ouest 

points  de  contact  de  l'équinoxiale.  Ce  sont  les  lignes  horaires  cherchées  pour  le 
Cadran  vertical. 

Notre  dessin  étant  complet,  nous  effaçons  le  cadran  équatorial ,  tracé  en  poin- 
tillé, dont  nous  n'avons  plus  besoin,  et  nous  donnons  aux  lignes  horaires  du 
vertical  les  longueurs  qui  nous  conviennent. 


LA  CONDENSATION  DE  LA  NÉBULEUSE  SOLAIRE.  55 

V. 

Souvent  on  tiendra  à  ce  que  le  cadran,  qui  marque  toujours  l'heure  temps  vrai, 
marque  aussi  l'heure  temps  moyen,  Theure  des  horloges,  celle  qui  est  en  usage 
dans  les  relations  du  monde.  Elles  ne  concordent  que  quatre  fois  l'an,  et  leur 
différence,  graduée  d'un  jour  à  l'autre  selon  Tellipse  de  l'orbite  terrestre  et  la 
vitesse  de  translation,  s'élève  à  plus  de  seize  minutes  le  3  novembre. 

On  peut  faire  marquer  au  cadran  Theure  de  midi  temps  moyen  en  traçant  le 
long  de  l'horaire  midi  une  sorte  de  8  très  allongé,  nommé  Méridienne  du  temps 
moyen.  Un  8  analogue  pourrait  de  même  s'adapter  à  toutes  les  heures.  La  des- 
cription du  procédé,  qui  comprend  le  tracé  des  hyperboles  quotidiennes,  nous 
entraînerait  un  peu  loin. 

Au  Physiorama  de  Marseille,  quoique  nous  ayons  mis  la  méridienne  du  temps 
moyen  sur  l'un  des  douze  cadrans,  nous  avons  néanmoins  gravé  un  résumé  en 
vingt-cinq  lignes  des  différences  du  temps  moyen  au  temps  vrai,  afin  qu'on  puisse 
y  régler  sa  montre  à  toute  heure,  en  ajoutant  ou  retranchant  l'équation  du 
temps. 

Une  table  de  ces  différences  est  en  effet  l'accessoire  obligé  du  cadran  solaire, 
si  l'on  n'est  pas  disposé  à  se  contenter  d'un  à  peu  près  de  quelques  minutes,  et  si 
Ton  ne  veut  pas  prendre  la  peine  d'y  tracer  le  8  rectificatif.  Cette  table  de 
l'équation  du  temps  a  été  publiée  dans  cette  Revue,  septembre  1882,  page  244^  pour 
toutes  les  années,  simples  ou  bissextiles. 

Henri  Amat. 


LA  CONDENSATION  DE  U  NÉBULEUSE  SOLAIRE 

DANS  L'HYPOTHfiSE  DE  ULPLAGE. 

Aucune  des  personnes  qui  s^intéressent  aux  travaux  des  astronomes  français, 
n'ignore  que  M.  Faye  vient  de  publier  un  livre  des  plus  intéressants,  où  il  passe 
en  revue  les  principales  théories  cosmogoniques  par  lesquelles,  aux  différentes 
époques  de  l'histoire,  on  a  cherché  à  se  rendre  compte  de  la  formation  du  monde 
qui  nous  entoure  (>).  Ce  n'est  pas  à  nous  qu'il  appartient  de  faire  l'éloge  des 
ouvrages  de  M.  Faye  et  ce  serait  faire  injure  aux  lecteurs  de  V Astronomie  que 
de  leur  rappeler  les  qualités  de  science,  de  style  et  d'érudition  qu'ils  ont  pu 
tant  de  fois  apprécier  par  eux-mêmes  dans  les  nombreux  ouvrages  de  l'éminent 

(•)  H.  Faye,  membre  de  l'Institut.  —  Sur  Vorigine  du  monde.  In-8%  1884  (Paris, 
Gauthier- Yillars).  -^  Nous  ferons  des  réserves  expresses  sur  les  théories  excessives 
émises  par  M.  Faye  à  propos  de  la  Pluralité  des  mondes  :  pour  répondre  à  plusieurs 
centaines  de  lettres,  notre  devoir  sera  de  les  réfuter  ici  même.  Mais  cette  réfutation 
est  déjà  toute  faite  dans  les  Terres  du  Ciel,  et  nous  n'avons  pas  un  mot  à  y  retrancher 
Nous  en  aurons  plusieurs  à  ajouter,  malgré  tout  le  respect  et  toute  la  sympathie  que 
nous  éprouvons  pour  le  vénéré  Président  du  Bureau  des  longitudes.  G.  F. 


56  L'ASTRONOMIE. 

astronome;  mais,  comme  ce  livre  ne  peut  manquer  d'attirer  l'attention  des  lec- 
teurs, [nous  croyons  utile  de  préciser  certaines  considérations  mécaniques  qui 
jouent  un  grand  rôle  dans  les  critiques  que  fait  M.  Fa^^e  des  théories  de  ses 
devanciers,  d'autant  plus  que  des  considérations  semblables  nous  ont  suggéré 
des  réflexions  qui  ont  été  jugées  assez  intéressantes  pour  être  présentées  à 
l'Académie  des  Sciences  dans  une  de  ses  dernières  séances. 

Il  y  a,  dans  l'Ouvrage  dont  nous  parlons,  un  théorème  de  Mécanique  dont  l'af)- 
plication  se  présente  à  chaque  instant.  C'est  le  théorème  du  Moment  des  quan- 
tités de  mouvement.  Voici  exactement  en  quoi  il  consiste  :  Prenez  à  un  instant 
quelconque  la  vitesse  de  chaque  molécule  du  système  solaire  et  projetez-la  sur 
un  plan  arbitraire,  mais  fixe  pour  tout  le  système  et  pour  toute  la  durée,  et  que 
vous  ferez  passer  par  le  centre  du  Soleil.  Multipliez  cette  projection  par  la  masse 
de  la  molécule  correspondante  et  le  produit  par  la  distance  de  cette  projection  au 
centre  du  Soleil  ;  enfin  faites  la  somme  des  produits  ainsi  obtenus  pour  toutes  les 
molécules  du  système.  La  somme  que  vous  trouverez  ainsi  doit  rester  absolu- 
ment constante  quelles  que  soient  les  modifications  que  puisse  subir  le  système. 

Ce  théorème  est  d'une  importance  capitale  :  il  tient  à  ce  que  le  Système  Solaire 
ne  subit  pas  d'autres  influences  que  les  actions  mutuelles  de  ses  parties,  de  sorte 
que  toutes  les  forces  qu'on  y  rencontre  ou  bien  passent  par  le  centre  du  Soleil, 
ou  bien  sont  deux  à  deux  égales  et  opposées  comme  actions  et  réactions  de  deux 
points  des  masses  planétaires.  La  somme  qui  doit  ainsi  rester  constante  s'appelle 
somme  des  moments  des  quantités  de  mouvement. 

On  conçoit  évidemment  que  cette  somme  ne  soit  pas  aisée  à  calculer.  On  peut 
cependant  en  avoir  assez  facilement  une  valeur  approchée,  et  en  tous  cas  une 
limite  supérieure.  Il  faut  tenir  compte  du  mouvement  des  planètes  et  de  leurs 
satellites  autour  du  Soleil,  et  du  mouvement  de  rotation  de  celui-ci.  Or,  les  pla- 
nètes circulent  à  peu  de  chose  près  dans  le  plan  dé  l'équateur  solaire;  on  peut 
supposer  qu'elles  restent  dans  ce  plan  et  prendre  alors  ce  plan  pour  plan  fixe  de 
projection.  On  peut  aussi  supposer  toute  la  [masse  de  chaque  planète  et  de  ses 
satellites  condensée  au  centre  de  gravité  commun  du  petit  système,  on  peut  enfin 
supposer  les  orbites  circulaires;  on  simplifiera  ainsi  le  calcul  sans  altérer  nota- 
blement le  résultat.  Or  les  masses  des  planètes  sont  connues  ainsi  que  leur 
vitesse  et  leur  distance  au  Soleil.  On  trouve  de  la  sorte  les  résultats  suivants,  en 
prenant  pour  unité  de  temps  le  jour  moyen,  pour  unité  de  longueur  la  longueur 
du  rayon  de  l'orbite  terrestre,  et  pour  unité  de  masse  la  masse  du  Soleil  : 

Ç  2  wx 0,000 000 000 3 

*9  2  itx  0,000  000  005  6 

Ô  2  11X0,000  000  008  4 

cf  2  11X0,000  000  0011 

^  2  ic  X  0,000  005  950  0 

ï)  2  11X0,000002  396  0 

IS^  2  11X0,000000  488  3 

«  2  1CX  0,000  000  761  9 

Dont  la  somme  est  :    2  ic  x  0,000  009  611  6 


LA  CONDENSATION  DE  LA  NÉBULEUSE  SOLAIRE.       57 

Pour  le  Soleil  le  calcul  est  bien  plus  difficile;  la  difficulté  tient  uniquement  à 
ce  que  nous  ne  savons  pas  comment  la  matière  se  trouve  répartie  dans  son  inté- 
rieur. Nous  avons  d'excellentes  raisons  pour  penser  que  les  régions  centrales 
sont  beaucoup  plus  denses  que  les  zones  superficielles,  mais  nous  ignorons  tota- 
lement suivant  quelle  loi  les  densités  s'y  succèdent  du  centre  à  la  surface.  Il  faut 
faire  une  hypothèse  pour  entreprendre  le  calcul.  Or  la  supposition  la  plus  simple 
consiste  à  considérer  le  Soleil  comme  une  sphère  homogène.  Remarquons  que 
cette  supposition  nous  fera  trouver  un  nombre  trop  grand.  En  effet,  supposer 
homogène  une  masse  qui  est  réellement  condensée  vers  son  centre,  revient  à 
transporter  des  molécules  à  une  distance  plus  grande  du  centre.  Or,  le  Soleil 
tournant  sur  lui  -même  d'un  mouvement  d'ensemble,  les  molécules  ainsi  trans- 
portées, outre  qu'elles  deviennent  plus  distantes  de  l'axe  de  rotation,  se  trouvent 
par  cela  même  animées  d'une  vitesse  plus  rapide,  ce  qui  augmente  nécessaire- 
ment le  produit  que  nous  voulons  calculer.  Dès  qu'on  suppose  le  Soleil  homogène, 
le  calcul  se  réduit  à  un  problème  très  simple  do  calcul  intégral,  et  Ton  trouve 
facilement,  puisqu'on  connaît  la  vitesse  de  rotation  du  Soleil,  le  nombre  : 

2  «x  0,000  000  353  8 

On  remarquera  que  ce  nombre  est  environ  30  fois  plus  petit  que  le  précédent. 

En  rajoutant  au  précédent,  on  a  finalement  pour  le  moment  total  des  quan- 
tités de  mouvement  du  système  solaire  tout  entier  : 

2  îix  0,000  009  965  4 

On  pourrait  objecter  que  nous  avons  négligé  les  petites  planètes  et  une  foulo 
de  masses  inconnues  qui  peuvent  circuler  autour  du  Soleil.  Mais  la  masse  totale 
des  petites  planètes  est  tout  à  fait  insignifiante,  et,  quant  aux  corps  inconnus,  il 
est  peu  vraisemblable  qu'il  en  existe  des  masses  bien  considérables.  Du  reste  le 
tableau  précédent  montre  que  les  grosses  planètes  ont  seules  quelque  importance 
dans  le  résultat  définitif,  si  bien  que  nous  aurions  pu  nous  dispenser  de  calculer 
les  nombres  relatifs  à  Mercure,  Vénus,  la  Terre  et  Mars.  Enfin  la  supposition 
d'un  Soleil  homogène  a  augmenté  le  résultat.  La  seule  objection  sérieuse  qu'on 
pourrait  élever  contre  le  nombre  précédent  résiderait  dans  la  supposition  do 
l'existence  d'une  ou  plusieurs  grosses  planètes  situées  au  delà  de  Neptune.  Mais 
on  verra  par  la  suite  que  nous  n'avons  pas  à  nous  inquiéter  pour  notre  objet  des 
planètes  extraneptuniennes  si  elles  existent,  car  dans  l'hypothèse  de  Laplace 
ces  planètes  auraient  été  formées  avant  Neptune,  et,  pour  restreindre  notre  étudo 
aux  planètes  connues,  nous  prendrons  la  nébuleuse  à  l'époque  où  elle  a  abandonné 
l'anneau  qui  devait  constituer  la  planète  Neptune  (»). 

(•)  En  réalité,  l'hypothèse  de  Texistence  des  planètes  extraneptuniennes  de  masses 
considérables  donnerait  lieu  à  une  discussion  un  peu  plus  détaillée.  Les  personnes 
auxquelles  la  Mécanique  céleste  n'est  pas  absolument  étrangère  reconnaîtront 
facilement  que  les  distances  moyennes  de  ces  planètes  n'ayant  pu  varier  sous  l'action 
des  perturbations  planétaires,  leur  moment  de  quantités  de  mouvement  est  resté  inva- 
riable, de  sorte  qu'une  pareille  hypothèse  ne  modifierait  en  rien  les  raisonnements  et 
les  conclusions  qui  suivent. 


58  L'ASTRONOMIE. 

Le  nombre 

2  ic  X  0,000  009  965  4 
OU  approximativement 

2irx0,000  0l 

doit  donc  être  considéré  comme  représentant  une  limite  supérieure  du  moment 
total  des  quantités  de  mouvement  du  Système  Solaire  limité  à  Neptune.  A  aucune 
époque  de  son  histoire  ce  système  n'a  pu  posséder  un  moment  supérieur.  Or.  si 
nous  voulons  calculer  ce  qu'était  le  moment  des  quantités  de  mouvement  de  la 
nébuleuse  solaire  quand  elle  s'étendait  jusqu'à  l'orbite  de  Neptune  et  tournait  sur 
elle-même  avec  la  vitesse  angulaire  actuelle  de  cette  dernière  planète,  il  nous 
faut  faire  une  hypothèse  sur  sa  constitution.  En  la  supposant  homogène,  le  calcul 
se  fera  facilement  car  on  en  connaît  la  masse,  qui  est  à  peine  supérieure  à  celle 
du  Soleil,  la  vitesse  de  rotation  qui  est  la  même  que  la  vitesse  angulaire  de  révo- 
lution actuelle  de  Neptune,  et  les  dimensions  puisqu'elle  s'étendait  alors  jusqu'à 
l'orbite  actuelle  de  Neptune.  On  trouve  : 

2  it  X  0,006 

résultat  600  fois  plus  grand  que  le  précédent  et  17  000  fois  plus  grand  que  celui 
qui  correspond  au  Soleil.  Si  tel  avait  été  le  moment  primitif  de  la  nébuleuse,  il 
devrait  se  retrouver  aujourd'hui  presque  entier  dans  le  Soleil  puisque  le  mouve- 
ment des  planètes  n'en  renfermerait  que  la  600«  partie,  et  le  Soleil  tournerait 
par  conséquent  aujourd'hui  17  000  fois  plus  vite  qu'il  ne  le  fait  réellement. 

Il  faut  donc  changer  les  données  du  calcul  relatif  à  la  nébuleuse  jusqu  à  ce  que 
le  résultat  devienne  600  fois  plus  petit.  Or  on  ne  peut  songer  à  diminuer  ni  la 
masse,  ni  la  vitesse  qui  sont  bien  connues.  Il  ne  reste  donc  plus  d'autre  moyen 
que  de  supposer  que  la  nébuleuse  primitive,  loin  d'être  homogène,  était  déjà  for- 
tement condensée  vers  le  centre  :  nous  avons  déjà  fait  remarquer  à  propos  du 
Soleil  qu'une  condensation  vers  le  centre  aurait  pour  effet  de  diminuer  le  moment 
total  du  mouvement. 

Si  donc  on  veut  conserver  l'hypothèse  de  Laplace,  il  faut  de  toute  nécessité 
concevoir  la  nébuleuse  primitive  comme  étant  déjà  très  fortement  condensée 
vers  son  centre  à  l'époque  de  la  formation  de  Neptune.  On  peut  même  démontrer 
à  priori,  en  s'appuyant  sur  la  troisième  loi  de  Kepler,  et  sans  aucun  calcul  mé- 
canique, que  depuis  l'époque  où  le  premier  anneau  équatorial  a  été  abandonné, 
la  constitution  de  la  nébuleuse  a  constamment  progressé  dans  le  sens  de  Thomo- 
généïté,  sans  quoi  la  nébuleuse,  au  lieu  de  se  contracter  par  le  refroidissement, 
se  serait  désagrégée.  Nous  sommes  ainsi  conduits  à  nous  représenter  la  suc- 
cession des  événements  de  la  manière  suivante.  La  nébuleuse  a  pu  être  homo- 
gène à  l'origine  première  de  notre  monde;  elle  était  animée  d'un  mouvement  de 
rotation  extrêmement  faible.  Peu  à  peu  il  s'est  produit,  en  même  temps  qu'une 
contraction  générale  de  la  masse,  une  condensation  centrale  considérable  qui  a 
accéléré  la  rotation  jusqu'au  moment  où  la  force  centrifuge  équatoriale  est  devenue 
égale  à  la  gravité.  Alors  s'est  détaché  le  premier  anneau  ;  mais,  depuis,  la  conden- 


LA  CONDENSATION  DE  LA  NÉBULEUSE  SOLAIRE.  59 

sation  centrale  a  cessé  de  faire  des  progrès  :  ce  sont  les  régions  les  plus  super- 
ficielles qui  se  sont  contractées,  de  manière  que  la  constitution  générale  de  la 
nébuleuse  devenait  de  plus  en  plus  homogène.  La  nébuleuse  a  pu  se  contracter 
ainsi  sans  abandonner  de  nouveaux  anneaux  jusqu'à  ce  que  la  condensation  eût 
atteint  des  couches  assez  profondes  pour  ralentir  cette  progression  vers  l'homo- 
généïté  et  déterminer  la  séparation  d'un  nouvel  anneau,  après  quoi  les  mêmes 
actions  se  sont  reproduites  plusieurs  fois  dans  le  même  ordre  jusqu'à  nos  jours. 
En  un  mot  il  faut  concevoir  la  nébuleuse  comme  formée  d'une  masse  centrale 
environnée  d'une  atmosphère  immense  et  très  légère  ;  c'est  la  contraction  des 
couches  superficielles  qui  produisait  la  contraction  totale  de  la  nébuleuse  et  c'est 
la  condensation  des  couches  profondes  qui  déterminait  l'abandon  des  anneaux 
équatoriaux.  En  tous  cas  les  planètes  se  sont  formées  uniquement  aux  dépens  de 
l'atmosphère,  C'est  bien  ainsi  du  reste  que  le  concevait  Laplace  quoique  le  degré 
considérable  de  la  condensation  centrale  paraisse  lui  avoir  échappé. 

Jusqu'ici  il  n'y  a  rien  qui] puisse  prêter  à  une  objection  sérieuse  contre  la 
théorie  du  grand  géomètre;  mais  voici  qui  est  plus  grave.  On  peut  se  proposer 
de  calculer,  non  pas  la  masse  totale  de  l'atmosphère  de  la  nébuleuse  primitive, 
mais  une  limite  supérieure  de  cette  masse.  Nous  connaissons  en  effet  la  masse, 
la  vitesse  et  le  moment  des  quantités  de  mouvement  de  cette  nébuleuse,  à  l'é- 
poque, choisie  pour  instant  initial,  où  s'est  détaché  l'anneau  qui  a  formé  Neptune. 
Nous  ignorons  la  loi  de  distribution  de  la  matière  à  son  intérieur.  Or  le  moyen 
d'assurer  la  plus  grande  masse  possible  à  l'atmosphère  consiste  évidemment 
à  supposer  le  noyau  central  extrêmement  petit,  parce  qu'alors,  son  moment  des 
quantités  de  mouvement  étant  négligeable,  ce  sera  le  mouvement  de  l'atmo- 
sphère seule  qui  devra  constituer  ce  moment  tout  entier,  et  l'on  pourra  ainsi 
répartir  dans  les  régions  les  plus  éloignées  de  l'axe  la  plus  grande  quantité  pos- 
sible de  matière.  Dans  cette  hypothèse  extrême,  le  problème  est  complètement 
déterminé  et  l'on  trouve  que  la  masse  totale  de  l'atmosphère  dépasse  à  peine  un 
millième  et  demi  de  la  masse  totale. 

C'est  cette  masse  qui  seule  aurait  dû  concourir  à  la  formation  des  planètes- 
Mais  la  masse  seule  de  Jupiter  est  presque  la  millième  partie  de  la  masse  totale 
du  système  solaire.  Il  faudrait  donc  admettre  que  toute  Vatmosphère  s'est  pro- 
gressivement réduite  en  planètes,  ce  qui  paraîtra  bien  invraisemblable  puisque 
les  régions  situées  à  quelque  distance  de  l'équateur  n'ont  point  concouru  à  la 
formation  des  anneaux.  Remarquons  enfin  que  l'hypothèse  de  la  présence  de 
masses  inconnues  considérables  dans  le  système  actuel  ne  modifierait  point  cette 
conclusion,  car,  si  elle  permet  d'augmenter  la  masse  de  l'atmosphère,  elle  aug- 
mente en  même  temps  la  masse  dont  il  faut  expliquer  la  formation. 

Est-ce  à  dire  que  les  résultats  précédents  soient  la  condamnation  formelle  de 
l'hypothèse  de  Laplace?  Nous  no  le  pensons  pas,  car  il  ne  serait  pas  impossible 
de  concevoir  qu'une  foule  de  circonstances  accessoires  aient  pu  modifier  la 
marche  des  phénomènes^  de  manière  à  concilier  nos  résultats  avec  une  théorie 
aussi  célèbre  et  aussi  populaire.  Ce  qui  est  certain,  c'est  que  les  choses  ne  se 


60  L^ASTRONOMTE. 

sont  pas  passées  aussi  simplement  que  paraissait  le  croire  Tillustre  auteur  de 
la  Mécanique  céleste. 

En  tous  cas,  les  réflexions  qui  précèdent  font  ressortir  une  différence  capitale 
qui,  outre  plusieurs  autres,  distingue  les  deux  théories  de  Laplace  et  de  M.  Faye. 
Dans  la  première,  on  vient  de  le  voir,  la  nébuleuse  solaire  était  formée  d'un 
noyau  entouré  d'une  vaste  atmosphère  qui  en  se  condensant  peu  à  peu  a  amené 
la  masse  dans  un  état  voisin  de  l'homogénéïté.  D'après  les  idées  de  M.  Faye,  au 
contraire,  la  nébuleuse,  primitivement  homogène,  est  restée  dans  cet  état  long- 
temps après  la  formation  de  Neptune;  ce  n'est  qu'à  l'époque  de  la  formation 
d'Uranus  que  la  condensation,  et  la  chute  vers  le  centre  des  matériaux  voisins 
de  la  surface  ont  commencé  à  produire  un  noyau  dont  la  masse  a  peu  à  peu 
absorbé  celle  de  presque  tout  le  système,  à  l'exception  des  traces  qui  peuvent 
encore  subsister  sous  la  forme  d'une  vaste  atmosphère  répartie  autour  du  Soleil. 
Ce  n'est  pas  à  nous  qu'il  appartient  de  décider  entre  les  deux  hypothèses.  Chacun 
appréciera  leur  degré  relatif  de  vraisemblance,  et,  du  reste,  il  faut  espérer  que 
l'avenir  et  les  progrès  de  la  Science  nous  apporteront  quelque  jour  une  solution 

définitive. 

Maurice  Fouché. 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE  DE  L'ESPAGNE. 

Après  les  catastrophes  lamentables  d  Ischia  et  de  Krakatoa,  voici  aujourd'hui 
les  tremblements  de  terre  de  la  péninsule  espagnole  qui  appellent  de  nouveau 
notre  attention  sur  l'état  d'instabilité  de  la  planète  où  nous  vivons.  Ce  n'est  pas 
sans  raison  que  cette  Revue  des  progrès  de  la  Science  a  compris  dans  son  cadre 
la  Météorologie  et  la  Physique  du  globe,  car  la  connaissance  de  l'atmosphère  et 
la  connaissance  delà  Terre  font  partie  intégrante  de  la  connaissance  générale  de 
rUnivers;  et  ce  qui  se  passe  sous  nos  pieds  ne  nous  intéresse  pas  moins  que  ce 
qui  se  passe  sur  les  autres  mondes.  L'étude  de  la  Terre  nous  touche  même  d'un 
peu  plus  près  que  celle  du  Ciel;  mais  elle  fait  partie  de  l'étude  du  Ciel,  et  si 
l'Astronomie  se  taisait,  les  géologues  et  les  physiciens  seraient  aussi  embarrassés 
que  les  philosophes  pour  la  solution  de  la  plupart  des  problèmes  qui  caracté- 
risent leurs  Sciences  de  prédilection.  Voilà  pourquoi  il  importe  pour  chacun  de 
nous  de  ne  rester  étranger  à  aucun  des  événements  importants  de  l'étude  de 
l'Univers;  toutes  les  Sciences  se  touchent;  dans  la  nature,  il  n'y  a  ni  Astronomie, 
ni  Météorologie,  ni  Physique,  ni  Chimie,  ni  Physiologie,  ni  espèces  minérales,  végé- 
tales ou  animales  ;  toutes  les  classifications  sont  dans  notre  esprit  ;  en  réalité,  l'étude 
de  l'univers  est  une,  et,  tout  en  la  considérant  par  ses  divers  aspects,  notre  but, 
inconscient  ou  connu,  est  de  nous  élever  d'un  degré  de  plus  dans  la  connais- 
sance de  la  réalité. 

Déjà  la  statistique  annuelle  des  tremblements  de  terre  que  nous  avons  publiée 
pour  1883  a  mis  en  évidence  l'agitation  incessante  du  sol  de  notre  planète.  Celle 
que  nous  allons  prochainement  publier  pour  l'année  1884,  et  qui,  grâce  au  zèle 


LES    TREMBLEMENTS   DE  TERRE  DE  L'ESPAGNE.  61 

scientifique  et  à  l'obligeance  de  nos  abonnés  sera  beaucoup  plus  complète  que  la 
précédente,  montrera  cette  agitation  quotidienne  sous  un  aspect  plus  frappant 
encore.  Mais  qu'est-ce  que  ces  relevés  dans  l'ensemble  du  globe?  Les  trois  quarts 
de  notre  planète  sont  couverts  d'eau  ;  les  solitudes  glacées  du  pôle  Nord  comme 
du  pôle  Sud  dorment  inconnues;  une  notable  partie  de  l'Afrique  et  de  l'Amérique 
reste  encore  sans  relations  avec  le  monde  civilisé.  Par  conséquent,  si  déjà^  grâce 
AUX  documents  recueillis  dans  les  journaux  des  divers  pays  ou  signalés  par  nos 
lecteurs,  nous  arrivons  à  constater  que  pas  un  seul  jour,  pour  ainsi  dire,  ne  se 
passe  sans  tremblement  de  terre,  comme  il  ne  s'agit  ici  que  des  mouvements  du 
sol  assez  intenses  pour  pouvoir  être  remarqués  de  tout  le  monde,  nous  devons  en 
conclure  que,  non  seulement  pas  un  seul  jour,  mais  pas  une  heure  ne  se  passe 
sans  que  notre  île  flottante  soit  plus  ou  moins  agitée  dans  sa  propre  consti- 
tution. 

Les  instruments  destinés  à  enregistrer  ces  mouvements  du  sol  ne  sont  pas 
encore  assez  nombreux,  assez  disséminés  à  la  surface  des  continents  pour  que 
la  proposition  qui  vient  d'être  posée  soit  établie  de  fait.  Mais  nous  pouvons 
la  tenir  comme  incontestable  d'après  les  bases  incomplètes  de  la  statistique 
seule. 

Les  323  volcans  actifs  qui  existent  actuellement  à  la  surface  de  la  Terre;  la  con- 
liensation  graduelle  et  la  diminution  de  volume  du  globe  terrestre  à  mesure  qu'il 
perd  sa  chaleur  primitive  originaire;  les  rides  et  les  plissements  qui  en  résultent; 
les  affaissements  de  terrains  produits  par  l'action  de  l'eau  qui  délaye  et  désagrège 
les  couches  souterraines;  les  anciennes  voûtes  qui  se  disloquent  et  s'écroulent  à 
la  base  des  montagnes;  les  décompositions  chimiques  qui  se  produisent  dans  les 
terrains  houillers  et  dans  les  mines  de  sel;  les  vapeurs  qui  se  forment  lorsque 
l'eau  atteint  les  roches  chauffées  à  une  haute  température  et  les  efforts  qu'elle 
fait  pour  s'échapper;  l'influence  attractive  delà  Lune  et  du  Soleil  sur  les  couches 
liquides  ou  pâteuses  qui  peuvent  exister  à  une  certaine  profondeur  dans  Tinté- 
rieur  du  sol;  les  variations  brusques  de  pression  barométrique  donnant  tout  à 
coup  une  plus  grande  intensité  relative  à  la  pression  des  vapeurs  et  des  gaz  inté. 
rieurs  ;  réchauffement  perpétuel  de  la  Terre  par  le  Soleil ,  pénétrant  le  sol  à  diverses 
profondeurs  et  avec  des  vitesses  de  propagation  divewses,  dépendant  de  la  lati- 
tude et  de  la  nature  des  terrains;  le  mouvement  de  rotation  de  la  Terre  sur  elle- 
même,  donnant  naissance  à  une  force  centrifuge  qui  décroît  de  l'équateur  aux 
pôles  :  ce  sont  là  des  causes  distinctes  qui  agissent  toutes  pour  modifier  constam- 
ment la  figure  de  la  Terre  et  faire  varier  sans  cesse  la  configuration  de  sa  sur- 
face. 

Nous  ne  pensons  plus  aujourd'hui  que  notre  planète  soit  une  fournaise  incan- 
descente, une  boule  de  lave  liquide  recouverte  d'une  mince  pellicule,  un  océan 
de  feu  sur  lequel  Técorce  solide  flotterait  comme  un  mince  radeau.  Plusieurs  rai- 
sons ont  modifié  les  opinions  de  la  Science  moderne  à  l'égard  de  cet  important 
problème  de  la  constitution  intérieure  de  notre  planète. 

Arago,  parlant,  en  pleine  Académie  des  Sciences,  le  16  décembre  1850,  de  la 


02  LASTRONOMIE. 

température  excessive  que  devait  avoir  le  centre  de  la  Terre  dans  l'hypothèse 
discutée  par  Fourier  et  Poisson  d'un  accroissement  d'un  degré  par  trente  mètres 
de  profondeur,  fait  remarquer  que  cette  température  «  surpasserait  deux  millions 
de  degrés  ;  »  que  les  matières  soumises  à  cette  température  seraient,  suivant 
Poisson,  à  l'état  de  gaz  incandescent  et  qu'il  en  résulterait  une  force  élastique  à 
laquelle  la  croûte  solidifiée  du  globe  ne  saurait  résister  (*)•  Arago  ne  se  décide 
pas  lui-même,  mais  il  revient  sur  le  même  chiffre  dans  son  Astronomie  populaire, 
où  l'on  peut  lire  la  déclaration  suivante  :  a  Les  matières  de  l'intérieur  du  globe, 
en  admettant  la  proportionnalité  de  l'accroissement  de  la  température  avec  la 
profondeur,  auraient,  il  est  vrai,  vers  le  centre,  une  température  qui  surpas- 
serait deux  millions  de  degrés  (*).  »  Ce  chiffre  a  été  reproduit  par  un  grand 
nombre  d'ouvrages  classiques  sans  qu'on  se  soit  aperçu  qu'il  était  le  résultat 
d'une  grave  erreur,  car  il  est  tout  simplement  dix  fois  plus  grand  que  le  nombre 
qu'il  prétend  représenter.  En  effet,  le  rayon  de  la  Terre  est  do  6371000  mètres, 
Or  ^^W"  =  212367,  et  non  pas  2000000. 

C'est,  en  nombre  rond,  à  deux  cent  mille  degrés,  et  non  pas  à  deux  millions, 
que  devrait  s'élever  la  température  du  centre  de  la  Terre  si  l'accroissement  se 
continuait  régulièrement  de  la  surface  jusqu'au  centre.  Mais  nous  ne  pouvons  pas 
plus  admettre  le  dernier  chiffre  corrigé  que  le  premier,  car,  à  ce  degré  de  chaleur, 
l'intérieur  du  globe  serait  entièrement  liquide,  et,  deux  fois  par  jour,  nous  senti- 
rions une  marée  formidable  nous  passer  sous  les  pieds;  la  stabilité  des  continents 
et  des  mers  serait  compromise,  les  mouvements  du  sol  seraient  beaucoup  plus 
intenses  qu'ils  ne  le  sont  encore,  et  le  mouvement  de  précessi(fti  et  de  nutation, 
causé  par  les  attractions  combinées  de  la  Lune  et  du  Soleil  sur  le  renflement 
équatorial  de  notre  planète,  serait  tout  différent  de  ce  qu'il  est  en  réalité. 

D'autre  part,  les  considérations  déduites  de  l'aplatissement  du  sphéroïde  ter- 
restre, de  la  densité  moyenne  du  globe  et  de  celle  de  ses  couches  extérieures,  de 
la  pression  formidable  (plusieurs  millions  d'atmosphères)  que  la  planète  subirait 
en  son  centre  si  elle  était  fluide,  conduisent  à  conclure  (')  que  la  Terre  doit  être 
ou  solide  ou  pâteuse,  mais  non  liquide. 

D'autre  part  encore,  les  observations  thermométriques  directes  ne  montrent 
pas,  comme  on  l'enseigncparfois,  un  accroissement  régulier  et  graduel  de  tem- 
pérature à  mesure  qu'on  pénètre  plus  profondément  dans  l'écorce  du  globe.  Dans 
un  exposé  comparatif  de  toutes  les  observations  faites,  que  nous  publierons  pro- 
chainement ici,  nous  avons  classé  les  résultats  dans  l'ordre  proportionnel  des 
accroissements,  et  l'on  verra  qu'en  certains  terrains^  la  proportion  n'estque  de  13, 
15  ou  20  mètres  par  degré  centigrade,  tandis  qu'en  d'autres  points,  elle  s'élève 
à  60,  70,  100  et  même  109  mètres  pour  le  môme  accroissement.  La  constitution 
des  terrains  joue  un  grand  rôle  non  seulement  dans  la  transmission,  mais  peut- 
être  surtout  dans  la  production  de  cette  chaleur  interne.  Enfin  la  proportion  de 

(')  Arago,  Notices  biographiques  :  Poisson,  p.  643. 
(')  Arago,  Astronomie  populaire,  tome  III,  p.  252. 
(•)  Roche,  Revue  mensuelle  d'Astronomie,  tome  II,  p.  200  et  248. 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE  DE  L'ESPAGNE.  63 

raccroissement  de  température  n'augmente  pas  avec  la  profondeur;  souvent 
même  elle  diminue,  ce  qui  conduit  encore  à  rejeter  dans  le  domaine  de  l'hypo- 
thèse les  hautes  élévations  de  température  adoptées. 

C'est  ce  qui  fait  que  nous  ne  pouvons  plus  aigourd'hui  considérer  notre  planèto 
comme  un  globe  liquide  incandescent  enveloppé  d'une  mince  écorce  soumise  à 
tous  les  effets  de  sa  réaction  intérieure,  et  c'est  ce  qui  rend  moins  simple  et 
moins  facile  l'explication  des  tremblements  de  terre  comme  des  volcans.  Lorsque 
les  volcans  étaient  regardés  comme  des  cheminées  ouvertes  jusqu'à  la  fournaise 
intérieure,  on  pouvait  voir  en  eux  des  soupapes  de  sûreté  contre  l'explosion  de 
la  chaudière ,  et  lorsque  ces  soupapes  étaient  fermées,  les  tremblements  de  terre 
n'étaient  autres  que  les  effets  des  efforts  accomplis  par  la  pression  intérieure 
contre  les  parois  de  l'immense  chaudière.  Désormais,  les  volcans  ne  viennent 
plus  pour  nous  des  profondeurs  incandescentes  du  globe,  mais  de  quelques  kilo- 
mètres seulement;  leurs  laves  n'ont  pas  la  haute  température  qui  leur  était  attri- 
buée^ les  tremblements  de  terre  qu'ils  occasionnent  sont  locaux  et  de  peu 
d'étendue,  et  il  y  a  des  tremblements  de  terre  étrangers  aux  volcans,  dont  les 
causes  doivent  être  cherchées  non  dans  la  constitution  intérieure  de  la  terre, 
mais  dans  les  phénomènes  géologiques  qui  sont  en  œuvre  dans  la  modification 
incessante  de  l'écorce  du  globe  et  qui  ont  agi  et  continuent  d'agir  dans  la  forma- 
tion des  montagnes  {^).Ce  sont  ces  causes  que  nous  avons  énumérées  tout  à 
l'heure. 

Quelle  est  celle  qui  est  principalement  en  œuvre  dans  les  tremblements  de 
terre  qui  agitent  l'Espagne  depuis  un  mois? 

Les  secousses  ont  commencé  dès  le  22  décembre.  La  première  notification  que 
nous  en  ayons  reçue  est  datée  des  îles  Açores  et  due  à  M.  Francisco  Chaves  e 
Mello.  «  Le  22 ,  à  2*»  15«  du  matin,  nous  écrit  notre  savant  correspondant  (  *  ) ,  j*ai 

(«)  Voy,  FoREL,  Revue  d'Astronomie,  tome  II,  p.  449  et  tome  III,  p.  13. 

(')  Nos  lecteurs  seront  toujours  bien  inspirés  chaque  fois  qu'ils  nous  enverront  l'ob- 
servation d'un  phénomène  quelconque,  tremblement  de  terre,  ras  de  marée,  trombe, 
coups  de  foudre,  bolide,  aurore  boréale,  lumière  zodiacale,  taches  solaires,  occultation, 
étoile  double,  étoile  variable,  phases  de  Vénus,  aspect  de  Jupiter,  géographie  lu- 
naire, etc.  On  croit  souvent  que  cette  notification  est  inutile  «  parce  que  les  journaux, 
scientifiques  ou  autres,  eh  parleront  »;  mais  les  journaux  peuvent  passer  inaperçus,  et 
d'ailleurs  ils  sont  loin  d'être  toujours  exacts.  C'est  là  de  la  part  de  nos  lecteurs  un  acte 
de  dévouement  à  la  Science,  car  d'une  part,  comme  nous  recevons  plus  de  six  mille 
lettres  par  an,  nous  sommes  dans  l'impossibilité  matérielle  d'y  répondre,  et  d'autre 
part,  les  documents  envoyés  peuvent  n'être  pas  immédiatement  utilisés  et  publiés. 
Aussi,  nous  le  répétons,  est-ce  là  du  dévouement.  Mais  lorsqu'on  sait  qu'il  suffit  parfois 
d'une  simple  observation  pour  compléter  l'élucidation  d'un  problème,  combien  ne  doit- 
on  pas  être  heureux  de  savoir  que  l'on  apporte  ainsi  sa  pierre  à  l'édifice  toujours 
grandissant  des  connaissances  humaines!  Dans  quelques  années,  la  seule  inspection 
des  sujets  traités  dans  cette  Revue  montrera  que  nos  correspondants  et  nos  observa- 
teurs astronomiques  auront  plus  fait  gratuitement  pour  la  Science  que  la  plupart  des 
fonctionnaires  officiels  et  les  millions  enlevés  au  budget  par  certains  établissements  de 
l'État.  ^-  F- 


64  L'ASTRONOMIE. 

ressenti  à  mon  observatoire  un  violent  tremblement  de  terre.  Il  s'est  manifesté 
par  deux  secousses  dont  la  durée  totale  a  été  d'environ  quinze  secondes.  Il  n'y  a 
pas  eu  de  désastres  ni  de  victimes.  Ce  tremblement  s'est  fait  sentir  dans  toutes 
les  îles  de  l'Archipel  des  Açores  ainsi  qu'à  Madère.  Je  me  fais  un  devoir  de  vous 
adresser  ces  documents,  pensant  que  peut-être  ils  ne  seront  pas  sans  utilité.  » 

De  Lisbonne,  M.  de  Lacerta  nous  écrit  que  la  secousse  a  été  ressentie  à  3*'29"> 
(lu  matin  et  signale  la  coïncidence  avec  les  grandes  taches  solaires  visibles  à 
l'œil  nu  et  avec  une  tache  remarquable  sur  Jupiter. 

D'autres  lettres  nous  apprenaient  que  ces  mêmes  symptômes  prémonitoires 
étaient  remarqués  à  Vigo,  à  Pontevedra  et  dans  presque  toutle  Portugal  ainsi 
qu'en  Galice.  Le  24,  de  légères  oscillations  à  Séville.  Ce  n'étaient  là  que  des 
signes  avant-coureurs  d'un  tremblement  de  terre  d'une  violente  intensité  et 
dont  les  conséquences  devaient   être  terribles.   Il  commença  le  25  décembre. 

«  La  première  secousse,  nous  écrit  M.  Félix  Vallaure,  de  Linarès,  a  eu  lieu 
à  8*'53«  du  soir,  et  la  seconde  à  ll*»44«».  La  première  a  été  d'une  violence  singu- 
lière. Sa  direction  semblait  être  de  l'Ouest  à  l'Est.  Les  vibrations  durèrent  plu- 
sieurs secondes.  Je  me  trouvais  avec  dès  amis  dans  la  salle  à  manger,  lorsque 
nous  entendîmes  un  bruit  pareil  à  celui  d'une  voiture  qui  s'approche.  Soudain 
une  forte  secousse  nous  balança,  comme  dans  un  navire,  et  mit  en  commotion 
avec  grand  tapage  le  mobilier,  verres,  etc.,  et  fit  osciller  la  lampe  à  gaz  qui 
resta  pendant  vingt  secondes  à  peu  près  dans  un  mouvement  oscillatoire  très 
marqué.  Nous  pensâmes  tout  de  suite  que  la  maison  allait  s'écrouler,  et  nous  primes 
le  temps  de  discuter  s'il  serait  mieux  de  sortir  dans  la  rue  que  de  rester 
enfermés.  Nous  nous  décidâmes  pour  l'affirmative,  et,  pendant  tout  ce  temps,  le 
tapage  et  les  vibrations  continuaient.  Pour  moi,  je  regardais  ma  montre  afin  de 
prendre  l'heure  :  j'ai  compté  six  secondes  pendant  lesquelles  tout  se  mouvait,  y 
compris  nous-mêmes,  après  le  temps  déjà  perdu  pendant  la  discussion.  Je  ne 
doute  point  que  l'onde  (ou  vague)  souterraine  n'ait  passé  instantanément,  mais 
les  vibrations  qu'elle  produisit  durèrent  assez  longtemps.  Une  fois  le  tremble- 
ment fini,  toute  la  ville  se  mit  en  mouvement,  sortant  des  maisons  pour  se 
raconter  les  impressions.  Il  y  a  eu  beaucoup  de  saisissements  et  de  pleurs  parmi 
les  femmes.  Des  oiseaux  sont  tombés  dans  leurs  cages.  On  signale  quelques  dégâts 
matériels  dans  les  balcons,  cheminées,  plafonds,  etc.,  mais  heureusement  pas  de 
victimes. 

Linarès  est  assez  éloigné  du  centre  d'ébranlement,  situé  près  d'Alhama.  Si 
l'on  examine  la  carte  de  l'Espagne,  on  remarque,  dans  le  sud  de  la  Péninsule, 
une  chaîne  de  montagnes  qui  part  des  bords  de  la  mer,  à  Cadix,  pour  se  diriger 
vers  l'est  sur  Grenade,  Murcie,  Valence  et  les  îles  Baléares.  Cette  chaîne  de 
montagnes  est  un  massif  de  l'époque  secondaire  (terrains  jurassique  et  crétacé) 
qui  comprend,  au  Nord,  Cadix,  Xérès,  Séville,  Cordoue,  Jaôn,  Linarès,  Valence,  et, 
au  Sud,  Antequera,  Malaga,  Vclez,  Periana,  Torrox,  Almunacar,  Motril,  Alhama, 
Albunuelas,  Jayeua,  Grenade  et  Capileira,  dans  la  Sierra  Nevada.  Ces  couches  sont 
plissécs,  contournées,  brisées  par  de  nombreuses  failles,  et  souvent  traversées 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE  DE  L  ESPAGNE.  65 

par  des  roches  éruptives  anciennes  et  modernes.  On  y  rencontre  un  très  grand 
nombre  de  sources  thermales.  Les  fies  Baléares  sont  dans  le  prolongement  de 
cette  zone,  et  Ton  remarque  sur  leurs  côtes  des  saillies  entre  lesquelles  il  existe, 
à  plus  de  80»  au-dessus  de  la  mer,  du  terrain  quaternaire  marin  en  couches 
horizontales.  Ces  îles  ont  donc,  depuis  la  période  quaternaire,  été  exhaussées  de 
plus  de  iOO>»,  et  cet  exhaussement  a  été  limité  au  Sud  et  au  Nord  par  des  frac- 
tures, qui  se  trouvent  précisément  dans  le  prolongement  des  zones  de  disloca- 
tions dont  nous  venons  de  parler. 

C'est  à  Alhama,  à  Albunuelas,  à  Périana,  à  Alhuquerque,  à  Arenas  del  Rey  que 
les  secousses  ont  été  les  plus  désastreuses.  La  ville  d*Alhama,  qui  était  perchée 
comme  un  nid  d'aigle  sur  le  sommet  d'une  montagne  escarpée,  est  entièrement 
renversée.  Le  village  de  Périana  a  été  écrasé  par  une  montagne  qui  s'est  éboulée 
sur  lui.  La  première  secousse,  celle  do  8^53"»,  qui  a  été  Tune  des  plus  violentes 
et  a  jeté  la  terreur  parmi  toutes  les  populations,  a  été  suivie  d'un  grand  nombre 
d'autres;  du  25  décembre  au  18  janvier,  il  ne  s'est  peut-être  pas  passé  un  seul 
jour  sans  oscillations  plus  ou  moins  fortes.  Cette  première  secousse  a  été  res- 
sentie jusqu'à  Madrid,  où  elle  n'a  guère  produit  d'autres  effets  que  de  faire  osciller 
les  objets  suspendus,  et  il  paraîtrait  même  qu'elle  s'est  propagée  jusque  sous  le 
sol  de  l'Angleterre,  car  un  correspondant  du  Journal  anglais  Nature  écrit  qu'il 
a  ressenti,  vers  10"*  20™,  un  choc  lui  rappelant  de  si  près  ce  qu'il  avait  déjà  éprouvé 
à  Naples,  que  l'idée  d'un  tremblement  de  terre  lointain  lui  vint  immédiatement  à 
l'esprit. 

MM.  FoLACHÉ,  Président  do  la  Société  scientifique  Ftammarion,  de  Jaôn,  et 
M.  Ildefonso  Gonzalez,  Secrétaire  de  la  même  Société,  ont  bien  voulu  nous 
transmettre  tous  les  documents  relatifs  à  ce  grand  événement  géologique.  Nous 
résumerons  aussi  brièvement,  aussi  complètement  que  possible,  ces  descriptions 
si  intéressantes  à  tous  les  points  de  vue,  et  parfois  si  dramatiques  au  point  de 
vue  de  l'humanité. 

A  Madrid,  l'émotion  fut  légère.  La  journée  avait  été  froide,  mais  belle  et 
ensoleillée  pour  cette  saison  de  l'année.  La  nuit  était  claire,  mais  moins  étoilée 
que  de  coutume,  et  un  vent  glacial  faisait  hâter  le  pas  aux  rares  passants.  Bien 
des  joyeuses  réunions  dans  la  capitale  furent  brusquement  interrompues  par  les 
deux  secousses  qui  se  firent  sentir,  d'une  façon  très  inégale,  dans  différents 
quartiers,  à  neuf  heures  moins  sept  minutes,  et  l'on  put  constater  ensuite  l'arrêt 
des  pendules,  dont  la  plupart  cessèrent  de  se  mouvoir  au  même  moment. 

A  Grenade,  la  secousse  fut  d'une  violence  inouïe  ;  il  y  eut,  coup  sur  coup, 
plusieurs  fortes  oscillations  suivies  de  trépidations.  L'émotion  fut  indescriptible 
et  tout  le  monde  devint  comme  affolé.  La  panique  ne  ût  qu  augmenter  dès  que  le 
gouverneur  de  la  ville  donna  l'ordre  aux  habitants  de  ne  pas  rester  la  nuit  dans 
leurs  maisons  et  de  camper  sur  les  promenades  et  les  places  publiques. 

On  alluma  de  grands  feux  et  la  ville  se  transforma  en  un  immense  campe- 
ment où  chacun  s'installa  du  mieux  qu'il  put  en  attendant  les  événements. 

De  onze  heures  du  soir  à  trois  heures  du  matin,  huit  secousses  se  produis 


66  L'ASTRONOMIB. 

sirent,  dont  deux  assez  fortes;  mais  sans  cependant  égaler  la  première  en  inten- 
sité ni  en  durée. 

Les  secousses  se  continuèrent  pendant  les  jours  suivants.  Le  30,  le  bâtiment 
de  l'Université,  qui  renferme  le  musée,  Thôpital  et  la  prison,  ainsi  que  le  palais 
du  capitaine  général  ont  été  ébranlés  par  de  nouvelles  secousses.  La  population 
continua  à  passer  les  nuits  autour  de  feux  allumés  sur  les  places  et  aux  envi- 
rons de  la  ville. 

A  Malaga,  la  panique  a  causé  de  nombreux  accidents  de  personnes  qui  ont  été 
blessées  en  se  sauvant.  Près  de  deux  cent  trente  maisons  ont  été  détruites,  entre 
autres  les  couvents  de  TAngel,  de  San  Relino^  des  Martyrs,  les  églises  del  Espiretu- 
Santo  et  de  Saint-Rome.  La  tour  de  la  cathédrale  s'est  effondrée. 

La  population  s'est  réfugiée  sur  les  places,  dans  les  bateaux  de  la  baie  et 
malgré  une  pluie  battante  et  le  froid,  loin  de  leurs  demeures,  aux  environs  de  la 
ville.  Dans  la  prison,  les  prisonniers,  terrifiés,  menacèrent  de  briser  les  portes 
de  la  geôle  et  refusèrent  de  se  rendre  dans  leurs  dortoirs;  on  les  laissa  camper 
dans  la  cour. 

A  Priego  de  Cordova,  il  y  avait  plus  de  mille  personnes  dans  le  théâtre  de  la 
ville.  A  la  première  oscillation,  les  spectateurs  épouvantés  se  levèrent  en  masse 
et  essayèrent  de  gagner  les  issues.  La  bousculade  fut  terrible  ;  plusieurs  sautèrent 
par  les  fenêtres;  des  enfants  furent  étouffés,  et  Ton  compta  trente  personnes 
grièvement  blessées. 

La  province  de  Grenade  a  été  la  plus  éprouvée;  mais  tous  ses  monuments 
hispano-arabes  ont  échappé,  avec  des  dommages  insignifiants.  Dans  le  chef-lieu, 
à  Grenade  même,  il  y  a  eu  des  dégâts  dans  les  toitures,  dans  les  maisons  de 
TAlameda,  dans  les  cercles  et  les  édifices  de  TÉtat;  les  prisonniers  du  bagne, 
les  malades  de  l'hôpital  ont  été  secoués  et  alarmés,  mais  le  vieil  Alhambra  a 
bravé  les  secousses.  A  Grenade  encore  plus  qu'à  Malaga,  la  population  effrayée 
s'est  obstinée  k  rester  dehors  et  a  été  vivement  impressionnée  par  les  secousses, 
le  26  et  le  27. 

Les  nouvelles  des  contrées  rurales  autour  de  Grenade  sont  terrifiantes.  Ainsi, 
à  Alhama  de  Grenade,  on  a  retiré  des  décombres  de  la  moitié  de  cette  petite  ville 
trois  cents  cadavres,  et  à  Albunuelas  quatre-vingt-dix-huit  cadavres  et  deux 
cents  blessés.  On  cite  plus  de  trente-cinq  villes  ou  villages  où  Ion  a  retiré  des 
maisons  à  moitié  détruites,  des  quantités  de  cadavres  et  de  blessés. 

A  Alhama,  la  population  dut  camper  sur  la  place  publique,  les  âges  et  les  sexes 
confondus,  les  religieuses  du  couvent  des  Franciscaines  mêlées  aux  forçats,  et 
adressant  ensemble  des  prières  ferventes  à  la  providence  divine.  Les  maisons  qui 
bordaient  le  Tage  se  sont  toutes  écroulées  et  leurs  ruines  sont  englouties  au  fond 
des  eaux. 

La  ville  d'Albuquerque  a  été  détruite  par  les  tremblements  de  terre  du  26  au  27, 
toutes  les  autorités  de  la  ville  ont  péri. 

Cent  quatre-vingt-douze  cadavres  ont  été  retrouvés  le  lendemain,  à  Alhama. 
Le  nombre  des  maisons  détruites  dépasse  mille. 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE  DE  L'ESPAGNE. 


67 


Un  phénomène  extraordinaire  s'est  produit  h  Grenade  le  lendemain  du  trem- 
blement de  terre;  le  ciel,  quoique  sans  nuages,  était  sillonné  de  nombreux 
éclairs. 

A  Guejar  Sierra,  il  s'est  passé  un  curieux  phénomène.  Une  demi-heure  avant 
la  première  oscillation,  on  entendit  un  bruit  formidable  qui  jeta  Talarme  parmi 
les  habitants.  Les  rochers  qui  couronnent  la  montagne,  ébranlés  par  la  secousse, 
s*entre-choquèrent  et  produisirent  un  fracas  qui  fit  trembler  les  plus  intrépides. 
Un  des  plus  gros  rochers  tomba  du  haut  de  la  montagne  dans  la  rivière,  et  au 
même  moment  les  maisons  oscillèrent  sur  leur  base. 

Les  églises,  les  casernes  d'Estepona  et  d'Antequera  tombèrent  en  ruine,  de 
même  que  celles  d'Alfaternajo,  où  deux  cents  maisons  disparurent  sous  terre. 

Le  spectacle  offert  par  les  ruines  d'Albunuelas  est  indescriptible.  Les  habitants 

FIg.  23. 


tfl  irembteniBnt  dste^'rç  %VA  tm.it  ««t**- Juiqu  tn  ftntfî*terrp  «  w^^  Dantmirk 


Extension  du  tremblement  de  terre  :  Açores,  Portugal,  Espagne,  France,  Italie,  Autriche.' 

errent  parmi  les  décombres  cherchant  à  retrouver  la  trace  de  leurs  chers  morts, 
parmi  lesquels  on  cite  le  curé,  un  journaliste,  le  maire,  la  nièce  du  curé  qui  a 
assisté  à  Tagonie  de  son  oncle.  Le  presbytère  s*étant  effondré,  celui-ci  fut  ense- 
veli, tandis  que  la  jeune  fille  était  prise  jusqu'à  la  ceinture  au  milieu  des  pierres, 
des  briques  et  des  gravats.  Pendant  une  demi-heure,  elle  entendit  le  prêtre  dire 
des  prières  à  mi-voix;  puis,  tout  bruit  cessa;  le  malheureux  avait  expiré.  Elle- 
même,  la  nièce  du  curé,  transportée  à  Saleses,  n'a  pas  tardé  à  rendre  le  dernier 
soupir,  des  suites  de  ses  blessures  et  de  son  épouvante. 

On  a  compté  trois  cents  morts  sur  1,900  habitants.  Aux  premières  secousses, 
la  femme  d'un  des  principaux  négociants  de  la  ville,  la  senora  Rodriguez,  était 
sortie  de  son  appartement  et  s'était  réfugiée  dans  la  cour  de  la  maison;  mais  au 
même  moment  la  maison  et  les  murs  de  la  cour  s'écroulèrent,  et  la  malheureuse 
femme  fut  ensevelie  jusqu'aux  épaules  sous  les  décombres.  A  demi  écrasée,  elle 
est  restée  dix-huit  heures  dans  cette  horrible  position;  et  cependant,  quand  les 


08 


L'ASTRONOMIK. 


secours  arrivèrent  dans  la  ville,  elle  eut  encore  la  force  de  crier  et  d'attirer  l'at- 
tention des  ouvriers,  qui  parvinrent  à  la  dégager. 

On  évalue  à  plus  de  150  le  nombre  des  enfants  morts  en  Andalousie  par  suite  de 
la  catastrophe. 

A  Guevejar  s*est  produit  un  phénomène  géologique  des  plus  bizarres.  Le 
village,  construit  sur  des  terrains  mouvants,  est  descendu  lentement  dans  le  fond 
de  la  vallée.  Une  crevasse  très  profonde,  de  4^"»  de  long  s'est  produite  dans  les 

Fig.  26. 


,     6?Oii0gc<ù>JhHs 


yj  fC^^^P^  *^^^zr 


1* 


^  YUtmeivilli^nitnM. 

•  Viln  «tv4l«^  éb»ul4s  cr<v>Mfc»  eu  nitiMftcn  partie. 


E  MonrEU  Se 


Zone  d'intensité  maximum  en  Espagne. 

environs.  Un  vieil  et  gros  olivier  planté  dans  Taxe  de  la  crevasse  s'est  fendu  par 
la  moitié,  de  façon  que  chacune  des  deux  parties  borde  maintenant  face  à  face  le 
précipice. 
Une  longue  crevasse  s'est  ouverte  dans  le  voisinage  de  Guevejar  (*). 

(')  Guevejar  étant  situé  à  une  petite  distance  de  Grenade  (10^»  environ)  est  devenu 
l'objet  d'une  sorte  de  pèlerinage  scientifique  de  la  part  de  tous  les  ingénieurs  et  géolo- 
ques étrangers  ou  indigènes  qui  vivent  dans  un  certain  rayon  de  la  ville  de  Grenade- 
Le  noyau  du  village  est  adossé  au  cerro  de  Gogollos  qui  lui-même  se  rattache  au 
système  de  la  Sierra  Elvira.  Or,  toute  la  surface  supérieure  du  mamelon,  à  partir 
du  faîte,  s*est  ouverte  comme  un  fruit  trop  mûr,  dans  la  direction  de  la  ligne  des  eaux. 
La  fente  a  1200-  de  longueur  et  une  profondeur  maximum  de  4".  Elle  se  bifurque,  à 
j*entrée  du  village,  et  dans  son  expansion  forme,  comme  autant  de  rameaux,  une  série 
de  crevasses  normales  à  la  branche  principale.  Le  groupe  des  maisons,  toutes  plus  ou 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  69 

Un  cratère  très  profond  s'est  ouvert  dans  la  province  de  Valence,  au  milieu  de 
la  rivière  Turia,  près  du  pont.  Il  s'en  est  échappé  d'abord  de  la  fumée,  puis  de 
l'eau  chaude;  chose  à  noter,  il  n'y  a  pas  eu  de  tremblement  de  terre  dans  cette 
province. 

Le  soleil,  qui  se  lève  pour  certains  villages  de  la  province  de  Grenade  derrière 
les  montagnes  de  la  Sierra  Nevada,  se  lève  maintenant  un  quart  d'heure  plus  tard, 
soit  que  la  montagne  se  soit  exhaussée,  soit  que  le  sol  se  soit  abaissé.  Les  pro- 
chaines mesures  de  niveau  décideront  la  question. 

En  résumé,  ce  tremblement  de  terre  a  causé  la  mort  de  plus  de  1100  victimes, 
renversé  plusieurs  villes  et  villages,  détruit  3240  maisons  dans  la  seule  province  de 
Grenade,  chassé  de  leurs  foyers  des  dizaines  de  milliers  d'êtres  humains,  plongé  des 
milliersdefamillesdanslamisère,  englouti  cinquante  ou  soixante  millions  et  modifié 
sensiblement  le  relief  orographique  de  ces  montagnes  et  de  ces  vallées.  Au  même 
moment,  de  l'autre  côté  du  globe,  à  Yeddo  (Japon),  le  27  décembre,  un  épouvan- 
table typhon  venait  fondre  sur  les  côtes  occidentales  du  Japon,  renversait  1080 
habitations  et  ensevelissait  dans  la  mort  2070  personnes.  On  a  remarqué  que  le 
baromètre  était  descendu  très  bas  en  Espagne  le  25  décembre  et  que  quelques 
jours  après  un  froid  extraordinaire  pour  la  contrée  sévit  sur  le  pays  ruiné;  à  tel 
point  qu'à  Soria  le  thermomètre  est  descendu  à  22»  au-dessous  de  zéro. 

La  place  nous  manque  aujourd'hui  pour  donner  ici  tous  les  documents  que 
nous  avons  reQus,et  d  après  lesquels  des  tremblements  de  terre  ont  été  ressentis 
pendant  la  même  période  :  au  Nord  jusqu'en  Angleterre,  au  Sud  jusqu'en  Algérie, 
à  TEst  jusqu'au  fond  du  Danemarck,  en  Autriche  et  même  en  Sibérie.  Nous  expo- 
serons dans  un  prochain  article  ces  importants  documents  ainsi  que  les  déductions 
qui  peuvent  en  être  conclues  pour  Vexplication  des  tremblements  de  terre. 

Camille  Flammarion. 


NOIYELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS. 

Encore  Téclipse  de  Lune.  —Nous  avons  reçu,  trop  tard  pour  être  insérée  dans 
notre  dernier  numéro,  une  intéressante  description  de  Téclipse  de  Lune  observée 
à  Constantinople ,  dont  nous  extrayons  les  passages  suivants  : 

Si  le  ciel  n'a  pas  été  très  favorable  en  Europe  pour  l'observation  du  phénomène, 
en  Asie,  il  a  été  d'une  pureté  et  d'une  sérénité  remarquables. 

10  L'heure  du  commencement  n'a  pas  rigoureusement  correspondu  à  celle  donnée 
par  les  calculs.  En  effet,  le  calcul  donnait,  pour  l'entrée  dans  l'ombre,  10*»  11"»  H», 
temps  moyen  Constantinople,  tandis  que  l'observation  la  plus  attentive  a  donné 
10»»  12- 15». 

moins  lézardées,  est  assis  entre  les  crevasses,  et  la  question  qui  se  pose  est  de  savoir 
si  remplacement  du  village,  qui  a  évidemment  subi  une  dépression,  a  glissé  ou  s'est 
affaissé.  C'est  là  notamment,  que  se  trouve  le  fameux  olivier  partagé  en  deux  par  la 
trombe,  avec  la  netteté  du  fil  d'un  sabre  japonais 


70 


L'ASTRONOMIE. 


2o  La  partie  do  Tombre  de  la  Terre  projetée  sur  la  Lune  était  d'un  gris  très 
sombre,  presque  noir, 

30  Cette  apparence  se  maintint,  mais  à  une  intensité  moindre,  jusqu'au  com- 
mencement de  réclipse  totale,  qui  a  eu  lieu  à  ll*»iin»4i*. 

40  Ali**  16",  la  Lune  est  visiblement  colorée  en  rouge  :  cette  couleur  rouge  est 
faible,  mais  incontestable;  j'ai  pu  distinguer  avec  une  lunette  de  50™°»  d'ouver- 
ture et  d'une  distance  focale  de  80«™  le  remarquable  cratère  de  Tycho,  qui  avait 
l'aspect  d'une  étoile  de  deuxième  grandeur. 

5»  Le  commencement  de  Téclipse  totale  devait  arriver,  d'après  le  calcul,  à 

H»»il°»4i«,  mais  l'observation  a  donné  pour  ladite  heure  li*»16«52»,  différence 

remarquable  de  5"  41*. 

JÉRÔME  Parséhian,  profosseur. 

On  voit  qu'indépendamment  de  la  coloration,  qui  a  fait  l'objet  spécial  de  notre 
article  de  janvier,  on  a  remarqué,  là  comme  ici,  la  différence  de  5™  qui  s'est 
manifestée  entre  l'heure  calculée  pour  le  commencement  de  l'éclipsé  et  l'heure 
de  l'observation. 

La  même  différence  nous  a  été  signalée  de  Copenhague.  On  peut  donc  la  consi- 
dérer comme  absolument  certaine. 

La  coloration  rouge  a  été  remarquée  par  M.  Nicol  à  Philippeville  (Algérie)  ;  elle 
a  commencé  là  deux  minutes  avant  la  totalité,  a  été  très  marquée  pendant  quatre 
minutes,  offrant  diverses  variations  d'éclat,  puis  a  disparu.  Des  nuages  se  sont 
formés  dans  le  ciel  un  quart-d'heure  avant  la  totalité;  l'observateur  se  demande 
si  leur  formation  ne  devrait  pas  être  attribuée  à  la  diminution  de  la  chaleur  lu- 
naire. Peut-être.  Les  documents  commencent  à  être  nombreux  sur  ce  point  par- 
ticulier. 

Nuages  singuliers.  —  Le  18  décembre,  à  10^  du  soir,  une  bourrasque  de  Sud- 

Fig.  27. 


Ouest  débuta  subitement  et  souffla  toute  la  nuit.  Le  19,  au  matin,  violente  tem- 
pête d'Ouest,  pluie  torrentielle;  9*» 30",  coup  de  tonnerre  {fig,  27). 

A  10**,  l'éclaircie  monte  de  l'horizon  du  Nord-Ouest,  la  pluie  diminue  et  laisse 
voir  le  pallio-cumulus  qui  s'éloigne,  tout  garni  de  globo-cumulus  (nuages  glo- 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  71 

bulaires  tempétueux  de  PoQy,  pocky-clouds  des  marins  anglais).  C^s  nuées  très 
curieuses  formaient  comme  des  poches  hémisphériques  et  contiguës,  d*égal  dia- 
mètre et  d'égal  relief,  pendant  en  grand  nombre  ati-dessous  de  la  couche  continue 
de  nuages  pluvieux  qui  constituait  le  pallio-cumulus.  Ces  poches  hémisphéri- 
ques, d'une  couleur  grise,  étaient  d'une  teinte  plus  foncée  à  leur  partie  inférieure, 
ce  qui  faisait  bien  saisir  leur  relief. 

MiLLOT, 

Secrétaire  de  la  Commission  météorologique 
de  Meurthe-et-Moselle. 

lia  comète  d'Bnoke.  —  La  petite  comète  d'Encke,  dont  la  période  est,  comme 
on  .sait,  la  plus  courte  de  toutes  les  périodes  cométaires  connues,  et  qui  revient 
tous  les  trois  ans,  a  suivi  ponctuellement  la  route  céleste  tracée  par  le  calcul  et 
a  été  retrouvée  par  M.  Tempe!  à  l'Observatoire  d'Arcetri  (Florence),  le  13  décembre 
dernier.  Depuis,  elle  a  été  observée  aux  observatoires  de  Paris  par  M.  Bigourdan, 
d'Alger  par  M.  Trépied,  de  Nice  par  M.  Perrotin,  etc. 

Elle  est  extrêmement  faible  et  se  présente  sous  Taspect  d'une  pâle  nébulosité 
sans  noyau,  d^une  minute,  et  demie  de  diamètre  environ,  très  difficile  avoir.  Mais 
son  éclat  va  augmenter,  car  elle  s'approche  à  la  fols  du  Soleil  et  de  la  Terre.  Ceux 
d*entre  nos  lecteurs  qui  ont  des  instruments  à  leur  disposition  peuvent  donc  déjà 
la  chercher  dans  le  ciel  pendant  les  nuits  où  l'atmosphère  est  très  pure  et  la  Lune 
absente,  et  dans  ce  but  nous  donnons  ci-dessous  ses  positions,  d'après  l'éphémé- 
ride  de  M.  Backlund  : 


Février 


Distance  à  la  Terre 

Distance  au  Soleil 

en  millions  de 

en  million 

Ascension  droite. 

Déclinaison. 

géométrique. 

kilomètres. 

géométrique,     kiiomètr 

2. 

23^34-3f 

-h  6* 38', 6 

1,225 

181 

0,847                125 

6. 

40  40 

7    2,1 

1,176 

174 

0,776              115 

10. 

46  49 

7  21,9 

1,119 

166 

0,704              104 

U. 

52  44 

7  33,9 

1,055 

156 

0,631                93 

18. 

57  52 

7  31,1 

0,983 

145 

0,558                83 

22. 

0    120 

7    1,4 

0,903 

133 

0,488                73 

26. 

0    1  25 

5  43,2 

0,817 

121 

0,423               63 

Nous  avons  calculé  les  distances  d'après  les  logarithmes  de  cette  éphéméride. 

On  voit  que  la  comète  marche  avec  une  grande  rapidité,  en  s'approchant  à  la 
fois  du  Soleil  et  de  la  Terre.  Elle  arrivera  à  son  périhélie  au  mois  de  mars 
prochain. 

Visibilité  de  Mercure.  —  M.  Payan,  membre  de  la  Société  scientifique  Flam- 
marion, de  Marseille,  écrit  que  suivant  les  instructions  données  par  la  Reoue,  il 
a  pu,  le  25  Janvier  à  6»>20'»  du  matin,  observer  Mercure,  qui  était  visible  au  nord 
de  Vénus  comme  une  étoile  de  3«  grandeur.  La  rapide  planète  est  restée  bien 
visible  jusqu'à  7^. 

La  lumière  ssodiacale.  —  Le  12  janvier  dernier,  de  ^^  à  7^30»  du  soir, 
MM.  Lihou,  Codde  et  Vian,  membres  de  la  Société  scientifique  Flammarion,  de 
Marseille,  ont  fait  une  observation  fort  intéressante  de  la  lumière  zodiacale.  Elle 
s'élevait  majestueusement  dans  le  ciel  sous  la  forme  d'un  cône  lumineux  incliné 


72  L'ASTRONOMIE. 

le  long  du  zodiaque  et  s'étendant  jusqu*à  environ  50«  au-dessus  de  Thorizon.  Le 
maximum  d'éclat  se  faisait  remarquer  au  centre  de  la  figure  et  non  vers  la  base. 
L'éclat  égalait  celui  de  la  Voie  lactée. 

Les  occultations  d'Aldébaran.  —  Une  nouvelle  série  d'occultations  d'Aldé- 
baran  par  la  Lune  va  commencer  pour  nos  contrées.  Voici  les  dates  de  ces  phé- 
nomènes remarquables. 


1885  Février 22 

Mars 21 

Septembre —  1 

Novembre —  22 


1886  Janvier 16 

Avril 8 

Novembre 12 


1887  Janvier 6 

Mars 2 

Juillet 16 

Octobre 6 


Ces  occultations  de  la  belle  étoile  du  Taureau  par  la  Lune  commencent  le  22 
février  de  cette  année  pour  finir  le  6  octobre  1887.  La  dernière  série  a  commencé 
le  28  septembre  1866  pour  finir  le  2  août  1869,  et  il  y  a  eu  alors  dix  occultations 
visibles  en  France. 

Les  annales  chinoises  rapportent  des  occultations  d'Aldébaran  remontant  jus- 
qu'au 29  mars  de  l'an  491  de  notre  ère.  La  plus  ancienne  observation  de  ce  genre 
faite  en  Europe  parait  être  celle  du  11  mars  de  Tan  509  de  notre  ère,  rapportée 
par  Bouillaud  d'après  un  manuscrit  grec,  l'an  225  de  Dioclétien,  le  15  Phaménoth. 

Un  intérêt  spécial  s'attache  à  ces  occultations,  outre  l'éclat  de  cette  étoile  de 
première  grandeur,  par  ce  fait  que  fréquemment  elle  paraît  entrer  dans  le  disque 
lunaire,  s'y  avancer  pendant  10,  20,  30  et  même  40  secondes,  puis  s'évanouir  tout 
d'un  coup.  La  différence  de  réfrangibité  entre  les  rayons  rouges  de  cette  étoile 
et  les  rayons  blancs  de  la  Lune  paraît  entrer  pour  une  partie  dans  la  cause  de  ce 
phénomène.  Mais  elle  n'explique  pas  tout. 

Nous  aurons  soin  de  publier  pour  toutes  ces  dates  les  données  pouvant  être 
utiles  aux  observateurs.  On  verra  plus  loin  (p.  80)  que,  ce  ^pis-ci,  l'étoile  ne  sera 
pas  tout  à  fait  cachée  par  la  Lune  pour  Paris,  mais  s'en  rapprochera  à  34'.  A 
l'observatoire  de  Paris,  MM.  Henry  se  proposent  de  fixer  par  la  photographie  ce 
curieux  moment. 

Recherches  photométriques  suv  Tannean  de  Saturne.  —  Si  l'anneau  de 
Saturne  était  un  corps  solide  ou  liquide  à  surface  continue,  il  ne  manquerait  pas 
d'offrir  des  variations  d'éclat  considérables,  tandis  qu'en  réalité  son  éclat  ne 
paraît  pas  varier  d'une  manière  sensible.  Zôllner,  dans  ses  recherches  photomé- 
triques, s'est  contenté  d'admettre  que,  en  dépit  de  la  loi  de  Lambert,  l'illumination 
de  l'anneau  est  indépendante  de  l'angle  d'incidence  des  rayons.  Mais  il  y  a  lieu 
de  chercher  s'il  n'est  pas  possible  de  rendre  compte  des  particularités  que  l'anneau 
de  Saturne  présente  sous  ce  rapport,  en  le  regardant  comme  un  essaim  de 
satellites,  hypothèse  que  les  recherches  de  Maxwell  et  de  Hirn  ont  déjà  rendue 
très  plausible  par  des  considérations  tirées  des  lois  de  la  Mécanique  céleste.  En 
adoptant  cette  hypothèse,  M.  Seeliger  trouve  que  toutes  les  circonstances  du 
phénomène  s'expliquent  d'une  manière  satisfaisante,  sans  qu'on  soit  obligé  de 
renoncer  à  la  loi  du  cosinus. 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  73 

La  constance  de  Tillumination  étant  admise,  la  quantité  de  lumière  envoyée  à 
la  Terre  sera  proportionnelle  au  sinus  de  Tangle  d'élévation  delà  Terre  au-dessus 
du  plan  de  l'anneau.  Il  faut  ensuite  supposer  que  Tanneau  se  compose  de  myriades 
de  satellites  isolés,  dont  l'ensemble  forme  une  tranche  cylindrique  d'une  très 
faible  épaisseur.  En  les  assimilant  à  des  poussières,  on  obtiendrait  l'intensité  de 
la  lumière  de  l'anneau  par  un  raisonnement  analogue  à  celui  qu'on  emploie  pour 
établir  les  lois  de  l'émission  ;  mais  le  résultat  serait  en  désaccord  avec  l'expé- 
rience. Il  faut,  d'après  M.  Seeliger,  admettre  que  l'anneau  est  formé  de  petites 
sphères  distribuées  dans  un  plan  et  dont  les  distances  sont  du  même  ordre  que 
leurs  dimensions.  La  lumière  envoyée  par  l'anneau  est  alors  émise  par  les  crois- 
sants visibles  des  disques  en  partie  superposés.  L'intensité  apparente  est 
toujours  sensiblement  proportionnelle  au  sinus  de  l'angle  d'élévation  de  la 
Terre  (qui  ne  dépasse  pas  30°),  en  supposant  que  les  intervalles  vides  sont  moins 
larges  que  les  sphères.  On  serait  bien  inspiré  de  vérifier  ces  résultats  par  des  expé- 
riences photométriques  instituées  avec  beaucoup  de  soin. 

Nos  lecteurs  rapprocheront  avec  intérêt  ces  ingénieuses  considérations  du 
remarquable  article  de  M.  Pratt  publié  en  tête  de  ce  Numéro. 

Un  nouveau  pied  d^équatorial  &  la  portée  de  toutes  les  bourses.  —  Nous 
sommes  heureux  de  signaler,  dans  la  construction  des  instruments  astronomiques, 
une  heureuse  innovation  due  à  Tun  de  nos  correspondants,  M.  l'abbé  Blain,  labo- 
rieux observateur  à  Poitiers;  elle  paraît  appelée  à  rendre  de  grands  services 
aux  astronomes  amateurs. 

Aidé  par  un  habile  mécanicien  de  Poitiers,  M.  Blain  est  parvenu  à  construire 
un  petit  pied  d'équatorial  en  fonte  qui  peut  s'adapter  à  toutes  les  lunettes, 
depuis  les  plus  petites  jusqu'à  celles  de  0™/108.  Ce  pied  est  portatif  et  peut  être 
placé  sur  une  table  ulSMSsive.  Il  est  cependant  préférable  de  l'installer  à  demeure 
sur  un  massif  en  maçonnerie  ou  en  charpente  établi  dans  une  cour  ou  un 
jardin.  De  grosses  vis  calantes  permettent  d'en  régler  la  position  et  d'en  assurer 
la  stabilité.  Les  principaux  avantages  de  cet  appareil  sont  les  suivants  : 

io  Les  arbres  de  rotation  sont  en  acier  tourné,  et  les  coussinets  en  cuivre,  ce 
qui  met  les  tourillons  à  l'abri  d'une  usure  trop  rapide.  Le  bâti  en  fonte  horizontal 
qui  supporte  le  tout  mesure  0"»,40  sur  0°>,37. 

2o  L'axe  polaire  peut  tourner  autour  d'une  charnière  spéciale;  il  est  guidé  dans 
son  mouvement  par  une  coulisse  en  arc  de  cercle  sur  laquelle  on  peut  le  fixer  en 
un  point  quelconque  à  l'aide  de  puissantes  vis  de  pression.  De  cette  manière 
l'instrument  peut  servir  pour  toutes  les  latitudes  de  la  France;  il  suffit  de  le 
régler  en  donnant  à  l'axe  polaire  une  inclinaison  égale  à  la  latitude  du  lieu  d'ob- 
servation. Une  fois  réglé,  la  puissance  des  vis  de  pression  s'oppose  à  tout 
déplacement.  Ce  mode  de  construction  le  rend  précieux  pour  les  personnes  que 
leur  profession  expose  à  de  fréquents  déplacements. 

30  Le  cercle  de  déclinaison  est  divisé  en  demi-degrés  et  le  cercle  horaire  de 
quatre  minutes  en  quatre  minutes  de  temps. 


74  L'ASTRONOMIE. 

4«  Il  y  a  un  mouvement  rapide  et  un  mouvement  lent  et  précis  au  moyen 
d'une  vis  tangente  qu'on  peut  embrayer  ou  désembrayer  à  volonté.  Une  tige 
articulée  permet  de  conduire  le  mouvement  à  distance. 

50  La  forme  des  embrasses  lui  permet  de  recevoir  des  lunettes  de  toutes 
dimensions. 

6«  On  peut  lui  adapter  un  mouvement  d'horlogerie  simplifié. 

70  Enfin,  le  tout  est  livré  à  un  prix  extrêmement  modéré  et  do  beaucoup  inférieur 
à  celui  des  constructeurs  ordinaires.  On  peut  se  procurer  l'appareil  avec  ou 
saDs  mouvement  d'horlogerie. 

Toujours  débordé  par  l'abondance  des  matières,  nous  ne  pouvons  ni  nous 
étendre  plus  longuement,  ni  revenir  plus  tard  sur  ce  sujet.  Les  personnes  qui 
désireraient  plus  de  détails  sont  donc  priées  de  s'adresser  directement  à  l'auteur, 
M.  l'abbé  Blain,  faubourg  de  la  Tranchée,  à  Poitiers  (Vienne). 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES 

A  FAIRE  DU  15  FÉVRIER  AU  15  MARS  1885. 
Principaux  objets  célestes  en  évidence  pour  Inobservation. 

1»  CIEL  ÉTOILE  : 

Pour  l'aspect  du  ciel  étoile  durant  cette  période  de  Tannée  et  les  beautés  de  la 
voûte  céleste,  se  reporter  soit  aux  cartes  publiées  dans  la  première  année  de  la 
Revue,  soit  aux  descriptions  données  dans  les  Étoiles  et  les  curiosités  du  Ciel 
(pages  594  à  G35).  Les  belles  constellations  du  ciel  d'hiver  sont  toujours  admi- 
rables à  étudier;  mais  leur  magnificence  est  encore  augmentée  par  la  présence 
des  deux  planètes  Saturne  et  Jupiter,  dont  la  première  se  trouve  dans  le  voisinage 
d'Aldébaran  et  la  seconde  auprès  de  Régulus. 

2»  SYSTÈME  SOLAIRE   : 

Soleil.  —  Le  15  février  1885,  le  Soleil  se  lève  à  7^10"»  du  matin  et  se  couche 
à  b^{^^  du  soir;  le  !«»■  mars,  Tastre  du  jour  apparaît  au-dessus  de  l'horizon  à 
6h44ra  ciu  matin,  pour  disparaître  au-dessous  à  5^42™  du  soir;  enfin,  le  lever  a 
lieu  à  G^'  15™  du  matin  le  15  mars  et  le  coucher  à  6^4™  du  soir.  La  durée  du  jour  est 
de  10^9'»  au  15  février,  de  10»>58"»  au  1««-  mars  et  de  11^49»  le  15  mars.  Les  jours 
augmentent,  dans  cet  intervalle  d'un  mois,  de  55»  le  matin  et  de  45»  le  soir,  soit 
un  accroissement  de  11*40»  au  total. 

Les  soirées  continuent  à  être  plus  longues  que  les  matinées;  mais  cette  diffé- 
rence va  sans  cesse  en  diminuant.  Le  15  février,  matinée  4^  50™,  soirée  5^19»,  diffé- 
rence 29»;  le  l»'  mars,  matinée  5'»  16™,  soirée  5*»42™,  différence  26™,  et  le  15  mars, 
matinée  5^45™,  soirée  6*»4™,  différence  19*. 

La  déclinaison  australe  du  Soleil  est  de  12o3r  au  15  février  et  de  i^bT  seule- 
ment au  15  mars,  ce  qui  donne  un  accroissement  considérable  de  10*  34'.  Le  Soleil 
se  rapproche  rapidement  de  l'équateur  céleste,  de  sorte  que  la  température 
moyenne  diurne  augmente  journellement  d'une  façon  sensible. 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  75 

Les  observateurs  attentifs  doivent  se  rappeler  que  c'est,  en  général,  durant  les 
mois  de  février  et  de  mars  que  la  lumière  zodiacale  est  la  plus  intéressante  à 
étudier.  Cette  lueur  énigmatique,  qui  va  bientôt  atteindre  son  éclat  maximum, 
attire  avec  raison  l'attention  des  observateurs. 

Lune.  —  C'est  dans  la  période  comprise  entre  le  19  et  le  25  février  qu'il  faudra 
observer  la  configuration  de  la  partie  occidentale  de  notre  satellite,  car  c'est  le 
22  que  la  Lune  présentera  la  moitié  de  son  disque  éclairé  et  le  23  qu'elle  attein- 
dra sa  plus  grande  hauteur,  59®  25',  au-dessus  de  l'horizon  de  Paris,  lors  de  son 
passage  au  méridien. 

p  J  NL  le  15  février,  à   2»'3i-  matin.  PL  le  !•'  mars,  à  4'' 10-  matin. 

l'HASES...  I  pQj^^2       »       à  10  40       »  DQleS       »       à7    3    soir. 

Le  ib  février,  jour  de  la  Nouvelle  Lune,  vers  5*>50°»  du  soir,  on  pourra  distin- 
guer, soit  à  l'œil  nu,  soit  avec  une  jumelle  marine,  le  mince  croissant  lunaire, 
environ  seize  heures  après  la  néoménie.  Dans  le  sud  de  l'Europe  et  le  nord  de 
l'Afrique,  l'observation  pourra  être  faite  aisément. 

Un  fait  assez  rare  et  qui  ne  peut  se  reproduire  que  tous  les  dix-neuf  ans  se 
passera  au  mois  de  février  1885  :  Le  mois  de  février  n'aura  pas  de  Pleine  Lune. 
En  effet,  à  Paris,  la  Pleine  Lune  de  janvier  a  lieu  le  30,  à  4*»28n»  du  soir,  février 
n'en  a  pas,  tandis  que  mars  en  a  deux.  Ce  curieux  phénomène  nous  a  été  signalé 
par  l'un  des  lecteurs  de  la  Revue,  M.  Sénéchal  de  Nouant.  En  1866,  le  mois  de 
février  (*)  n'eut  pas  de  Pleine  Lune,  pas  plus  que  le  même  mois  des  années  1847 
et  1828. 

Les  peuples  de  l'Asie,  de  l'Afrique  et  de  l'Europe  auront  un  mois  de  février 
sans  Pleine  Lune.  Mais,  dans  les  deux  Amériques,  les  pays  situés  au  delà  de  62° 30' 
à  l'ouest  du  Méridien  de  l'Observatoire  de  Paris  auront  un  mois  de  février  avec 
les  phases  ordinaires  de  la  Lune  :  États-Unis,  Mexique,  Pérou,  Chili,  etc. 

Occultalions  visibles  à  Paris. 

Trois  occultations  seront  observables,  dans  la  première  moitié  de  la  nuit,  depuis 
le  15  février  jusqu'au  15  mars  1885.  Une  des  étoiles  occultées  est  de  5«  grandeur 
et  une  autre  est  de  4«  grandeur.  Nous  en  avons  ajouté  trois  autres  qui  ont  lieu  le 
matin,  parce  que  les  étoiles  sont  de  4«  grandeur. 

{•  38  Bélier  (5*  grandeur),  le  20  février,  de  7''45-  à  8*'25-  du  soir.  Contrairement  à  ce 
qui  arrive  dans  la  plupart  des  occultations,  rétoile  disparaît  à  l'Ouest,  à  15*  au-dessous 
et  à  droite  du  point  le  plus  élevé  du  disque  lunaire  et  reparait,  toujours  à  TOuest,  à 
1*  au-dessus  du  point  le  plus  à  droite.  Cette  anomalie  dans  la  marche  apparente  de  Tétoile 
derrière  la  Lune  tient  à  la  position  très  inclinée  qu'occupe  dans  le  ciel  de  TOccident 
notre  satellite.  L'occultation  est  représentée  (fig.  28);  elle  sera  visible  dans  TËurope 
occidentale. 

2*  130  Taureau  (6*  grandeur),  le  23  février,  de  11**  16"  à  12'*  16-  du  soir.  La  disparition 

(')  Yoir,  pour  plus  de  détails,  le  tome  III  des  Études  et  Lectures  sur  V Astronomie, 
par  Camille  Flammarion,  pages  202  et  suivantes.  (Paris,  Gauthier- Yillars.) 


76 


L  ASTRONOMIE. 


se  produit  à  l'Est,  à  37*  au-dessous  et  à  gauche  du  point  le  plus  élevé  du  disque  lunaire 
et  la  réapparition  à  l'Ouest,  à  26*  au-dessous  du  point  le  plus  à  droite.  Visible  dans  la 
plus  grande  partie  de  l'Europe. 

3»  a  Cancer  (4*  grandeur),  le  27  février,  de  A»- 15"  à  S'^ô"  du  matin.  Cette  brillante 
étoile  est  occultée  pour  la  seconde  fois  cette  année.  A  Paris,  elle  disparaît  dans  la 
partie  de  gauche  du  disque  de  notre  satellite,  à  13*  au-dessus  du  point  le  plus  orien- 
tal et  reparait  à  droite,  à  41*  au  dessous  du  point  le  plus  occidental  du  limbe  de  la  Lune. 
L'occultation  sera  observable  dans  la  plus  grande  partie  de  l'Europe. 

4*  0  Lion  (4*  grandeur),  le  27  février,  de  8''33-  à  8'' 47-  du  soir.  La  disparition  de 
Tétoile  et  sa  réapparition  auront  lieu,  comme  le  montre  la  /zg.  29,  dans  la  partie  orien- 
tale du  disque  lunaire.  Cette  [autre  anomalie  tient  à  la  marche  apparente  de  l'étoile  et 


PiR.  28. 


Fig.  29. 


Occultation  de  38  Bélier  par  la  Lune» 
le  20  février,  de  7»»45«  à  S»"  25»  du  soir. 


Occultation  de  o  Lion  par  la  Lune, 
le  27  février,  de  &>Z>  à  8«'47-  du  soir. 


à  la  position  inclinée  du  limbe  de  notre  satellite  dans  le  ciel  de  l'Orient,  aux  instants 
de  l'immersion  et  de  l'émersion  de  cet  astre  de  4*  grandeur.  L'étoile  disparaît  en  un 
point  situé  à  29*  au-dessus  du  point  le  plus  à  gauche  et  reparait  à  35*'  au-dessous  et  à 
gauche  du  point  le  plus  élevé  de  la  Lune.  Dans  les  lies  Britanniques,  il  y  aura  simple 
appulse  de  l'étoile. 

5*  6  Balance  (4,5  grandeur),  le  7  mars,  de  l"*  1"  à  2"»  12"  du  matin.  L'étoile  disparaît  en 
un  point  du  disque  situé  à  26*  au-dessus  et  à  gauche  du  point  le  plus  bas,  puis  reparaît 
à  27*  au-dessus  du  point  le  plus  adroite  du  limbe  de  la  Lune.  Visible  dans  le  Sud-Ouest 
de  l'Europe. 

6*  p'  Sagittaire  (4*  grandeur),  le  11  mars,  de  5'' 28"  à  6''49"  du  matin.  L'étoile  p  est 
double  et  les. composantes  p'  et  p'  sont  éloignées  de  28',  soit  presque  le  diamètre  appa- 
rent de  la  Lune.  Durant  Toccultation  de  p',  on  ne  cessera  de  voir  p*  au  sud  du  disque 
de  notre  satellite.  A  Paris,  l'étoile  de  4*  grandeur  disparaîtra  en  un  point  du  limbe 
lunaire,  à  l'Est,  à  35*  au-dessous  du  point  le  plus  à  gauche;  elle  réapparaîtra  à  l'Ouest, 
à  5*  au-dessous  du  point  le  plus  à  droite. 


Occultations  diverses. 

Les  nombreux  lecteurs  de  la  Revue  pourront  encore  observer,  selon  les  con- 
trées de  l'Europe  et  de  l'Afrique  qu'ils  habitent,  les  occultations  suivantes 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  77 

!•  Aldébaban  (1"  grandeur),  le  22  février,  à  Greenwich,  de  5'' 26"  à  5''59"',  temps 
moyen  de  Paris.  Cette  remarquable  étoile  est  occultée  pour  la  seconde  fois  de  Tannée. 
A  Greenwich,  Tétoile  disparaîtra  dans  la  partie  sud  du  disque  de  la  Lune,  à  20**  à  gauche 
du  point  le  plus  bas,  et  réapparaîtra  à  droite  et  à  24*  au-dessus  de  ce  point.  Pour  plus 
de  détails,  nous  prions  les  observateurs  de  se  reporter  à  l'excellent  article  de  la  page  80. 

2*  Ubanus,  le  2  mars,  vers  5'' 16"  du  soir,  temps  moyen  de  Paris.  Cette  planète  est 
également  occultée  pour  la  seconde  fois  de  Tannée;  mais  le  phénomène  ne  pourra  être 
étudié  que  dans  la  Patagonie  et  les  îles  voisines. 

Le  25  février,  à  minuit,  la  distance  de  la  Lune  à  la  Terre  est  périgée  : 
365.500  kilomètres,  diamètre  lunaire  =  3-2'4i  •. 

Le  9  mars,  à  9^  du  soir,  la  distance  de  la  Lune  à  la  Terre  est  apogée  : 
403.700  kilomètres,  diamètre  lunaire  =  29' 34',  2. 

Mercure.  —  Mercure  est  entièrement  invisible. 

Vénus.  —Vénus  se  rapproche  peu  à  peu  du  Soleil,  mais  peut  encore  être  obser- 
vée, à  cause  de  son  éclat  toujours  considérable  jusqu'au  i®»*  mars.  Son  diamètre 
est  de  10*,  2  au  7  mars  et  son  mouvement  toujours  direct. 

Jours.  Lever.  Passage  Méridien .      Différence  Soleil.    Coustcllatlon. 

16  Février 6»'26-  matin.  10''58'"  matin.  0''42'-       Capricorne. 

19        »        6  25         »  il    2         )>  0  38  » 

22        »        6  23         »  11    5  «  0  34 

25        »        6  20         .'  11    8         »  0  32 

28       »        6  18         »  11  11         »  0  28 

Le  27  février,  au  matin,  Vénus  se  trouvera  en  conjonction  avec  l'étoile  de 
3«  grandeur  8  Capricorne,  à  lo30'  seulement  au  nord  de  l'étoile. 

Mars.  —  Toujours  invisible  dans  le  voisinage  du  Soleil. 

Petites  planètes.  —  Cérès  est  de  plus  en  plus  facile  à  reconnaître,  le  soir,  à 
l'œil  nu,  par  les  personnes  qui  jouissent  d'une  excellente  vue;  mais  une 
jumelle  marine  sera  toujours  utile  pour  suivre  la  marche  de  ce  petit  astre  dans  le 
ciel. 

Jours.  Loyer  de  Gérés.  Passage  Méridien.  ConsteUatlon. 

16  Février 9»'  16"  soir.  3** 50"  matin.  Vierge. 

21       »        8  55  »  3  31         »                      » 

26       »        8  32  »  3  10         »                      M 

3  Mars 8    9  »  2  49         »                      » 

8      »     7  45  )>  2  28         » 

13      »     7  20  »  2    6         »                       » 

Le  mouvement  de  Cérès  est  rétrograde  et  très  lent.  La  petite  planète  ne  cesse 
de  former  le  sommet,  tourné  vers  l'est,  d'un  triangle  dont  la  base  est  formée  par 
les  étoiles  Ç,  e  de  la  Vierge. 

Au  2  mars,  Cérès  est  éloignée  de  258  millions  de  kilomètres  de  la  Terre. 

Coordonnées  au  20  févr.  :    Ascension  droite...     13'»35".    Déclinaison...      5*56'N. 
»  5  mars  :  »  »  13  32  »  7    3  N. 

Pallas  continue  à  se  présenter  dans  des  conditions  extrêmement  favorables  pour 
l'observation.  Elle  ne  cesse  d'être  visible  soit  àFoeil  nu,  soit  à  l'aide  d'une  lunette 
astronomique. 


78  L'ASTRONOMIE. 

Jours.  Lever  de  PalUi.  Passage  Méridien.         Constellation. 

16  Février 8*46-  soir.  2»'31"  matin.            Vieroe. 

21        •  8  18  •  2  11         »                      » 

26       »        7  47  «  1  49 

3  Mars 7  17  •  1  27         » 

8      »     6  45  •  14         >» 

13      »     6  13  »  0  41         »                      » 

Pallas  continue  à  se  rapprocher  de  la  Terre  dont  elle  n'est  distante  que  de 
194  millions  de  kilomètres,  au  2  mars.  Comme  celui  de  Gérés,  le  mouvement  de 
Pallas  est  rétrograde.  Du  15  février  au  15  mars,  la  petite  planète  se  rapproche 
sans  cesse  de  l'étoile  de  3«  grandeur  t)  Vierge.  Le  1"  mars,  Pallas  se  trouvera  à 
Touest  et  à  moins  de  45'  de  cette  dernière  étoile. 

Coordonnées  au  21  févr.  :    Ascension  droite...    12'*  15".    Déclinaison...      3*  5' S. 
»  7  mars  :  »  »  12    8  »  2  20  N. 

Junon  se  trouve  également  dans  les  meilleures  conditions  de  visibilité.  Une 
simple  jumelle  suffit  pour  la  découvrir. 

Jours.  Lever  de  Junon.  Passage  Méridien.  Constellation. 

16  Février 10*52-  soir.  4»»  31-  matin.  Vierge. 

21  »        10  32         »  4  12         »  « 

26       «        10  10         M  3  52         B  » 

3  Mars 9  47         »  3  32         »  « 

8       »        9  24         »  3  12 

13  «        9    1  «  2  51         u 

Ainsi  que  les  deux  précédentes,  la  petite  planète  Junon  se  rapproche  de  la  Terre 
dont  elle  n'est  éloignée  que  de  361  millions  de  kilomètres  au  2  mars.  Le  mouve- 
ment de  Junon  est  rétrograde.  Vers  le  l^^*  mars,  cette  planète  sera  à  Touest  et  à 
moins  de  2°  de  l'étoile  i  Vierge,  et  à  une  faible  distance  des  étoiles  [jl  et  <p  de  cette 
constellation. 

Coordonnées  au  20  févr.  :    Ascension  droite...    14'*17-.    Déclinaison...      5» 53' S. 
»  8  mars  :  »  u  14  15  »  4  22  S. 

Vesta  reste  toujours  invisible. 

JupiTjsR.  —  Cette  brillante  planète  est  visible  pendant  toute  la  nuit.  Son  mou- 
vement est  rétrograde.  Le  19  février  eUe  se  trouve  en  opposition  avec  le  Soleil, 
et  le  22,  elle  passe  au  méridien  à  minuit. 

Jours.  Lever.  Passage  Méridien.         Constellation. 

18  Février 5"'  16-    soir.  0''22-  matin.  Lion. 

22  »       4  58         »  minuit  » 

26       D        4  39         u  11  42     soir.  » 

2  Mars 4  20  »  11  24  »  » 

6      »     4    2  M  11    7  »  I) 

10      »     3  43  9  10  49  »  » 

14  »     3  26  »  10  32  »  » 

Le  20  février,  le  diamètre  de  Jupiter  est  maximum,  42'.  Cette  planète  se  rap- 
proche peu  à  peu  de  Régulus  et  se  trouve  en  conjonction  avec  cette  étoile  à  50' au 
nord,  le  14  mars  au  soir.  On  pourra  distinguer  les  deux  astres  dans  le  champ 
d'une  même  lunette  pendant  plusieurs  jours. 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  79 

Il  faut  également  étudier  les  satellites  de  Jupiter.  C'est  durant  les  mois  de 
février  et  de  mars  que  les  personnes  douées  d'une  vue  exceptionnellement  bonne 
apercevront  le  3«  satellite  à  Tœil  nu,  lors  de  ses  plus  grandes  élongations,  c'est- 
à-dire  vers  les  7,  10,  14,  18,  21,  25  et  28  février,  et  4,  7,  11  et  14  mars.  Nous 
signalons  ces  dates  aux  observateurs  qui  voudront  essayer  la  puissance  de  leur 
vision. 

Éclipses  des  satellites  de  Jupiter. 


16    Fév :.   . 

7*31- 

soir. 

Emersion 

du 

3* 

satellite  éclipsé 

»      »    

11    1 

n 

Immersion 

3 

•                      n 

19      ..     

8  51 

« 

Emersion 

4 

M                                   » 

»      »    

9  42. 

« 

n 

1 

«•                             M 

21       »    

9  43 

1) 

» 

2 

U                             )) 

23      u    

11  29 

» 

3 

.. 

26      »    

11  36 

u 

" 

1 

•>                             •• 

7  Mars 

7  58 

» 

» 

1 

M 

14      »    

8  53 

» 

» 

1 

»                                     i) 

Remarque.  —  Le  19  février,  à  12^30°»  du  soir,  le  2«  satellite  est  sur  le  disque  de 
Jupiter  et  les  trois  autres  d'un  même  côté.  Le  26,  tous  les  satellites  sont  d'un 
même  côté.  A  11^30°»  du  soir,  les  6,  11  et  12  mars,  les  satellites  sont  encore  d'un 
même  côté.  Pour  bien  observer  ces  phénomènes,  une  jumelle  marine  est  indispen- 
sable. 

Saturne.  —  Saturne  et  ses  anneaux  offrent  toujours  le  plus  grand  attrait  aux 
astronomes  amateurs. 

Jours. 

16  Février 

21       »        

26       «        

3  Mars 

8      »     

13      -    


Passage  Méridien. 

Coucher. 

ConsteUation. 

7M8'- 

soir. 

3M3- 

matin. 

Taureau. 

6  58 

n 

2  54 

» 

» 

6  39 

» 

2  34 

M 

u 

6  19 

M 

2  15 

1) 

» 

6    0 

» 

1  56 

il 

<l 

5  42 

1) 

1  38 

t» 

i> 

Le  mouvement  de  Saturne  redevient  direct  à  partir  du  17  février- 

Uranus.  —  Uranus  continue  à  se  rapprocher  de  nous  et  à  être  parfaitement 

visible  à  l'œil  nu,  semblable  à  une  étoile  de  6»  grandeur,  dans  le  voisinage  et  à 

l'ouest  de  Tétoile  tj  Vierge,  de  3,  5  grandeur. 


Jours. 

Lever. 

16  Février 

8M7-    soir 

21       »        

7  57 

26       »       

7  36 

3  Mars 

7  15 

8      »     

6  55         » 

13      •     

6  34 

Passage  Méridien. 

.Constellation. 

2'' 24- matin. 

Vierge. 

2    4 

• 

1  44 

u 

1  23         » 

0 

1    3         » 

» 

0  43         . 

B 

Le  mouvement  d'Uranus  est  toujours  rétrograde  et  le  diamètre  de  la  planète 
est  de  4^2  au  1«'  mars. 

Coordonnées  au  1"  mars  :  Ascension  droite,  12''8-.    Déclinaison,  OM'  N. 

Eugène  Vimont. 


80 


L'ASTRONOMIE. 


Occultation  d'Aldébaran.  — ^  «  Chaque  pas  que  nous  faisons  sur  la  Terre 
dérange  la  Lune  dans  le  Ciel.  »  Au  point  de  vue  mécanique,  c'est  là  une  façon  de 
dire  :  Torxs  les  corps  s'attirent.  Mais,  appliquée  aux  effets  de  parallaxe  lunaire 
dus  à  la  diversité  des  lieux  d'observation,  la  même  phrase  explique  littéralement 
un  fait  dont  TAstronomie  tient  compte.  Trois  pas  sur  la  Terre  donnent  lieu  pour 
la  Lune  à  un  déplacement  parallactique  de  (T, 001  :  c'est  peu;  mais  c'est  déjà  autant 
et  plus  que  l'immense  majorité  des  parallaxes  stellaires  —  dues  pourtant,  elles, 
aune  respectable  enjambée  de  72  millions  de  lieues!  Trois  cents  pas  déplacent  le 
bord  delà  Lune  de  0*,!  par  rapport  aux  étoiles  :  c'est  assez  pour  transformer  une 
occultation  en  appulse.  On  voit  qu'une  différence  de  plusieurs  kilomètres  entre 
divers  observateurs  d'une  occultation  peut  donner  lieu  à  des  résultats  extrême- 
ment variés. 

C'est  ce  qui  arrivera  le  dimanche  22  février  1885.  A  Paris,  vers  5M4™  du  soir, 

Fig.  30. 


ao 


^^^^BiQJtJ^-w^- . 


^J 


Carte  pour  roccultation  d'Aldébaran  par  la  Lune,  le  22  février  1885. 
le  bord  Sud  de  la  Lune  passera  à  moins  de  1'  de  la  brillante  étoile  Aldébaran. 
A  Londres,  il  y  aura  occultation  complète  de  5»>17"  à  5^50"»  (heure  de  Greenwich). 
La  ligne  de  simple  contact  passe  donc  entre  les  deux  capitales  :  elle  suit  le  litto- 
ral français  de  la  Manche,  laissaParis  au  sud  et  se  dirige  presque  exactement 
vers  l'observatoire  allemand  de  Bonn  (fig.  30).  Nos  amis  de  Soissons,  Beauvais, 
Honfleur,  Caen,  Argentan,  etc.,.î^uront  là  un  sujet  d'observation  intéressant  par 
sa  diversité  d'aspect.  Nous  les  pilons  de  dessiner  le  plus  exactement  possible  les 
positions  relatives  de  l'étoile  et  des  taches  du  bord  lunaire  (en  consultant  pour 
cela  les  beaux  dessins  sélénographiques  de  M.  Gérigny)  et  de  se  communiquer 
leurs  résultats.  Pour  les  observateurs  qui  auraient  la  chance  de  se  trouver  juste 
sur  la  ligne  de  contact ,  inutile  d'insister  sur  l'attention  que  mérite  l'observation 
de  la  lumière  d'une  étoile  telle  qu'Aldébaran,  rasatit  le  sol  lunaire  pendant  plu- 
sieurs secondes.  Edouard  Blot. 


CORRESPONDANCE. 

MM.  FoLvcHK  à  Jaén,  BRuaurÈRE  à  Marseille,  Jacqcot  au  Havre,  Blain  à  Poitiers, 
signalent  la  réapparition,  au  mois  de  décembre  dernier,  des  lueurs  crépusculaires  qui 
ont  tant  attiré  l'attention,  il  y  a  un  an. 

De  son  côté,  M.  F.  de  Montesscs,  de  San-Salvador,  écrit  à  la  date  du  10  décembre 
1884  que  ces  lueurs  rouges  ont  recommencé,  dans  l'Amérique  centrale,  dès  la  fin  de  la 
saison  des  pluies,  depuis  le  mois  d'octobre. 

M.  Tédesche,  à  Aubenas  (Ardèche),  signale  à  la  date  du  16  janvier,  de  8'»  à  il'»  du 
soir,  la  présence  d'éclairs  rappelant  ceux  d'une  orageuse  nuit  d'été.  L'atmosphère  était 
chargée  de  nuages;  il  avait  neigé  toute  la  journée,  et  le  thermomètre  marquait  —  3*. 

La  même  remarque  a  été  faite  par  divers  observateurs,  dans  tout  le  midi  de  la  France, 
et  même  aux  environs  de  Paris. 

La  coïncidence  de  ces  perturbations  atmosphériques  avec  les  tremblements  de  terre 
de  l'Espagne  n'est  peut-être  pas  absolument  fortuite. 

M.  le  colonel  Delhaye.  —  Votre  idée  est  ingénieuse;  mais,  si  la  Terre  ne  tournait 
pas,  la  Lune  tournerait  autour  d^elle,  comme  le  Soleil,  en  vingt-quatre  heures  environ, 
el  les  deux  astres  se  suivant  à  peu  près,  dans  le  ciel,  on  n'observerait  pas  les  changements 
de  phase  plus  souvent  qu'on  ne  le  fait  actuellement. 

M.  David,  à  Auxerre.  —  Nos  félicitations  les  plus  sincères  pour  les  procédés  ingénieux 
à  l'aide  desquels  vous  savez  suppléer  au  défaut  d'appareils  coûteux;  vos  procédés  de 
mesure  ne  vous  permettent  guère  d'espérer  beaucoup  de  précision  dans  des  mesures 
absolues;  maisilspeuvent  vous  donner,  avec  une  approximation  satisfaisante,  des  rapports 
entre  les  dimensions  angulaires  des  objets  que  vous  observez. 

M™  Julia  Braddon,  à  San  Remo.  —  Nous  vous  remercions  de  vos  intéressantes  obser- 
vations de  trombes  qui  seront  publiées  dans  notl-e  prochain  Numéro. 

M.  Monter,  à  Passy.  —  Il  est  bien  vrai  que  l'attraction  du  Soleil  sur  la  Terre  est 
bien  plus  forte  que  celle  de  la  Lune;  mais  les  marées  ne  dépendent  pas  de  l'attraction 
totale,  mais  feulement  de  la  différence  des  attractions  exercées  par  la  Lune  ou  le  Soleil 
sur  un  point  situé  au  centre  de  la  Terre,  et  un  autre  de  même  masse  situé  à  la  surface. 
Or,  cette  différence  est  plus  petite  pour  le  Soleil  que  pour  la  Lune. 

M.  Wilfrid  Marsan,  à  Montréal.  —  Merci  de  vos  témoignages  de  sympathie. 

M.  Desaôhy.  à  Paris.  —  Veuillez  adresser  à  M.  Gérigny  le  détail  des  opérations  à 
l'aide  desquelles  vous  avez  fait  votre  calcul  ;  il  nous  semble  qu'il  y  aurait  quelques  correc- 
tions à  faire. 

M.  Barthélémy,  à  Lyon.  —  La  planète  Mars  est  la  seule  dont  le  mouvement  de  rota- 
tion puisse  se  déterminer  avec  assez  de  précision  pour  permettre  le  calcul  des  éléments 
que  vous  désirez  connaître.  On  pourrait  y  joindre  Saturne,  en  admettant  que  le  plan  des 
anneaux  coïncide  avec  le  plan  de  l'équatcur.  Les  éléments  des  anneaux  de  Saturne 
se  trouvent  dans  l'Annuaire  du  Bureau  des  Longitudes. 

M.  DoLLiNGER.  à  Sàverne.  —  La  notation  des  factorielles  ou  la  fonction  r  d'Euler 
permet  de  représenter  symboliquement  des  nombres  encore  plus  grands  que  ceux  que 
vous  indiquez.  9!  ou  r  (10)  est  déjà  plus  grand  que  300  000. 

[9!]!  ou  r  {r(10)j  a  plus  de  400000  chiffres,  et  [(9!>!]!  ou  r  [  r  ir(10)j]  représente  un 
nombre  dont  le  nombre  des  chiffres  lui-même  compterait  encore  plus  de  400  000  chiffres. 
Mais,  dans  Tarticle  auquel  vous  faites  allusion,  on  n'a  eu  en  vue  que  des  nombres  ayant 
une  signification  concrète. 

M.  ^.ARGHBR,  à  Paris.  —  Envoyez  à  M.  Gérigny  l'énoncé  précis  du  problème  que 
vous»  -.irez  résoudre.  Pour  le  moment,  on  ne  peut  faire  d'autre  réponse  à  votre  lettre 
que»         ous  conseiller  d'étudier  la  Mécanique  rationnelle. 

y  >  Adolphe  Mbrlani,  à  Bologne.  —  Le  pied  Gauchoix,  décrit  et  figuré  à  la 
p<  K\e  l'Ouvrage  Les  Etoiles  et  les  curiosités  du  Ciel,  est  très  commode,  si  l'on 

d*  'me large  place,  de  quelques  mètres  carrés,  pour  le  faire  mouvoir.  Autrement, 

pi  Jui  de  la   fîg^.   399,  page  683,  Nous   recommanderons    toujours  la  lunette 

/  Prendre  l'équatorial  de  r450''  si  l'on  veut  faire  des  observations  sérieuses. 

«iis,  à  St-Pons.  —  La  nébuleuse  que  vous  avez  remarquée  au-dessus  de  Ç 
t  C  être  celle  qui  est  signalée  à  la  page  470  des  Etoiles,  Prière  de  nous  envoyer 

u  Jiagramme  de  o  Orion. 

^rommandant  Serval,  à  Toulouse,  M.  Paul  Maisonneuve,  à  Nantes.  M.  Fugai- 
RO  'aris,  et  M.  M.,  à  Avignon.  --  Nous  avons  reçu  vos  projets  de  calendrier  qui 

ont        classés  parmi  les  mémoires  inscrits. 

M.  ÔUS8E,  à  Toulouse.  —"  La  Science  est  loin  d'avoir  dit  son  dernier  mot  dans  Texpli- 
catio*  les  queues  cométaires.  La  lumière  et  Téther  jouent  un  rôle  important  dans  ces 
appart  ces.  C'est  la  comète  de  1843  qui  a  frôlé  le  Soleil,  .et  il  ^n  a  été  de  même  des 
grande^  comètes  de  1880  et  1882. 

M.  T.  L.  et  R.  DE  G.,  à  Braïla.  —  Nous  avons  reçu  cette  étude  très  intéressante,  et 
nous  serons  heureux  de  l'offrir  prochainement  à  nos  lecteurs. 

M.  H.,  à  Vic-sur-Aisne.  —  On  pourrait  dire,  en  effet,  que  la  Terre  court  1768  fois  plus 
vite  qu'un  train  express,  si  Ton  adoptait  comme  comparaison  la  vitesse  de  60^*"  par 
minute.  Mais  on  a  pris  comme  comparaison  la  vitesse  la  plus  rapide,  soit  environ  100'^"' 
à  l'heure.  Lavitesse  de  translation  du  Soleil  n'est  pas  connue  avec  précision. 

Un  abonné  de  TlUe-et- Vilaine.  —Nous  sommes  très  heureux  de  connaître  les  résul- 
tats que  vous  avez  obtenus  avec  la  lunette  de  95'»"  de  Bardou:  mais  nous  ne  pourrions 
les  publier  qu'avec  votre  nom,  car  autrement  on  a  le  droit  de  les  supposer  apocryphes. 

M.  Joseph  M.  Serra,  à  Barcelone.  —  Notre  intention  est  de  parler  des  théories  dans 
notre  prochain  article  sur  les  tremblements  de  terre.  Il  y  a  beaucoup  d'objections  contre 
la  théorie  électrique. 

M.  Emile  Lafosse,  à  Elbeuf.  —  Veuillez  recevoir  tous  nos  regrets.  Vous  verrez  par 
ce  Numéro  que  votre  appréciation  n'est  peut-être  pas  tout  à  fait  exacte,  car  il  renferme 
précisément  entre  autres  un  article  d'Astronomie  mathématique  qui  sans  doute  vous 
intéressera. 

M.  Raphaël  François,  à  Gallipoli.  —  Nous  vous  remercions  de  vouloir  bien  propager 
la  vérité  astronomique  dans  votre  belle  langue.  Nous  serons  très  heureux  de  recevoir 
votre  Ouvrage. 


LIBRAIRIE  DE  GAUTHIER-VILLARS. 

(Bntoi  fitaaco  CObtre  mnAW  et  poflte  oo  vtlfliir  nir  Purit*) 

ANORfi  et  RAYET,  Astronomes  adjoints  C  l'Observatoire  de  Paris,  et  AHGOT,  Professeur 
(lo  Ptiysique  au  Lycée'  Fontanes.  —  L  Uironomie  pratlciae  et  les  Obsenratoirei  en 
Europe  et  en  Amériqae,  depuis  le  mili^  i  du  xvir  siècle  jusqu'à  nos  jours.  Xn-t8jêsus, 
avec  belles  figures  dans  le  texte  et  pi  a    Thés  en  couleur.  • 

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•    ^IV* Partie  '.Amérique  du  Sv  '   et  Météorologie  améri- 
caine; 1881 âfr. 

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FAJE  (H.),  Membre  de  l'Institut  et  du  Bv  oau  des  Longitudes.  -~  Sur  l'origine  du  Monde. 
Etudes  cosmogoniques  dés  anciens  cL  des  modernes.  Un  beau  volume  in-8,  avec 
figures  dans  le  texte;  1884.  5  fr. 

FATE  (H.).  —  Cours  d'Astronomie  de  l'Ecole  Polytochnique.  2  beaux  volumes  grand  in-8 
avec  nombreuses  figures  et  Cartes  dans  le  texte. 
1"  Partie  :  Astronomie  sphérique,  —  Géodésie  et  Géoqraphie  mathématique  ; 
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!!•  Partie  :  Astronomie  solaire.  —  Théorie  de  la  Lune.  —  Navigation,  1883.    14  ?r . 

FLAMMARION  (Camille),  Astronome.  —  Catalogue  des  Étoiles  doubles  et  multiples  en' 
mouvement  relatif  certain,  comprenant  toutes  tes  observations  faites  sur  chaque  couple 
depuis  sa  découverte  et  les  résultats  conclus  de  Tétude  des  mouvements.  Grand  in-8  ; 
1878.  .  8  fr. 

JENKIN  (Fleendng),  Professeur  de  Mf^'^pniaue  à  TUniversité d'Edimbourg.  —Électricité 
et  Maçrnétisme. Traduit  de  Tanfflais  sur  la  7*  édition  par  M.  H.  Berger,  Directeur- 
Ingénieur  des  lignes  télégraphiqu^^s,  ancien  Élève  de  VÉcole  Polytechnique,  et 
M.  Croullebois,  Professeur  à  la  Faculté  des  Sciences  de  Besançon,  ancien  Élève  de 
l'École  normale  supérieure.  Edition  française  augmentée  de  Notes  importantes  sur  les 
lois  de  Coulomb,  la  déperdition  élt^ctrique,  le  potentiel,  les  tubes  de  force,  Yéner- 
gie  électrique,  la  transmission  de  la  force,  etc....  Un  fort  volume  petit  in-S,  avec 
270  figures  dans  le  textej  1884.  '  12  fr. 

Avis  des  Traducteurs.  —  En  Angleterre,  le  livre  de  M.  F.  Jenkin  sur  rÉlectricité  et  IcMague* 
tisme  est  classique  :oaI'étQdie  dans  les  UtiivorsUés,  et  les  ingénieurs  électriciens  ne  manquent 
pas  de  le  placer  au  nombre  des  quelques  traités  spéciaux  qu'ils  mettent  à  la  disposition  de  leur  per- 
sonnel dans  chaque  atelier.  On  ne  s*éionno.ra  pas,  en  présence  de  ce  succès,  que  sept  éditions 
aient  été  épuisées  en  quelques  années. 

Frappcri  du  mt^rite  théorique  et  pratique  le  de  livre  et  convaincus  qu*une  traduction  française 
serait  favorablement  accueillie  de  toutes  le>  personnes,  qui,  par  goût  ou  en  raison  de  leur  profes- 
sion, s'intéressent  à  cette  branche  de  la  Phvaique,  nous  avons  entrepris  le  travail  que  nous  offrons 
au  public.  L'OËuvre  de  M.  F.  Jenkin  a  été  1:  lèiement  respectée  ;  mais  il  nous  a  paru  utile  d'ajouter 
à  la  tin  de  TOuvrage  plusieurs  Notes  qui  en  faciliteront  la  lecture. 

MAXWELL  (James  Clerk)*  Professeur  de  Physique  expérimentale  à  l'Université  de  Cam« 
bridge.  —  Traité  de  r£lectriciié  et  du  Magnétisme.  Traduit  de  langlais  sur  U  2*  édi- 
tion, par  M.  SisLiOMANN-Lui,  ancien  î^lève  de  FËcole  Polytechnique,  Ingénieur  des 
Télégraphes,  avec  Notes  et  Éclaircissements,  par  MM.  Cornu,  Potier  et  Barrau, 
Professeurs  à  l'École  Polytechnique.  Deux  forts  volumes  grand  in-8,  avec  figures  et 
20  planches  dans  le  texte. 

Prix  pour  les  souscripteurs.  ^l^?^  ^''' 

Ce  prix  de  2.ô  francs,  qui  sera  augmenté  une  fols  l'Ouvrage  complet,  se  paie,  savoir  :  l^liUiiQ)  en 

.souscrivant  et  12  fr.  50  à  la  réception  du  dernier  fascicule  du  second  Volume.                       iqq 
L'Ouvrage  sera  pnblié  en  6  fascicules  formant  2  volumes.  .■' ^ 

Le  premier  fascicule  du  Tome  I  (xX'12â)  vient  de  paraître. 

SOUGHON  (Abel),  Membre  adjoint  au  Bufeau  des  Longitudes,  attaché  à  la  rt  AldébaIo 
la  Connaissance  des  Temps.  —  Traité  d'Astrononue  pratique,  comprena  p-^^„--.:^ 
8ITI0N  DU  Calcul  des  Ëphéubrides  astronomiqubs  et  nautiqdps,  d'après  le:  ^*^®®°^*^ 
en  usage  dans  la  composition  de  la  Connaissance  des  Temps  et  du  Nautica.  ""isuît  le  11 
avec  une  Introduction  historique  et  de  nombreuses  Notes.  Grand  in-8,  avi. 
1883.  ^xacte'.'. 

TRUTATfB.),  Conservateur  du  Musée  d'Histoire  naturelle  de  Toulouse.— Trait?  Beai  b- 
taire  da  microscope.  Un  joli  volume  petit  in-8,  avec  171  figures  dans  "  le; 
1882.  Broch('?SSP,fr. 

Carton  '^  )  fr. 
yiDAL  (Léon).  —  Calcul  des  temps  de  jpose  et  Tables  pbotométriqnes,  pour  Tapi  ^lation 
des  temps  de  pose  nécessaires  à  l'impression  des  épreuves  négatives  à  la  '  .ambre 
noire,  en  raison  de  Tintensité  de  la  lumière,  de  la  distance  focale,  de  la  sensibilité 
des  produits,  du  diamètre  du  diaphragme  et  du  pouvoir  réducteur  moyen  des  objets  à 
reproduire.  2*  édition.  In-18  jésus,  avec  tables  ;  1884.  2  fr.  50  c. 

yiDAL  (Léon).  —  Photomètre  négatif,  avec  une  Instruction.  Renfermé  dans  un  étui 
cartonné.  5  fr. 

VIDAL  (Léon).  —  Mannel  dn  touriste  photographe.  2  volumes  in-18  jésus,  avec  nom- 
breuses figures,  se  vendant  séparément  : 
l'*  Partie  ;  Couches  sensibles  négatives.  —  Objectifs.  —  Appareils  portatifs.  — 
Obturateurs  rapides.  —  Pose  et  Photométrie.  —  Développement  et  fixage.  —  Ren- 
forçateurs et  réducteurs.  ^  Vernissage  et  retouche  des  négatifs;  1885.  6  fr. 
!!•  Partie.                                                                                            {Sous  presse.) 

Paris.  —  Imp.  Gauthier- Villars,  55,  quai  des  Grands-Augustina   . 


4*  Année. 


N*  3. 


Mars  1885. 


REVUE  MENSUELLE 

D'ASTRONOMIE  POPULAIRE 

DE  MÉTÉOROLOGIE  ET  DE  PHYSIQUE  DU  GLOBE, 

DONICANT    LB    TABLEAU    PERMANENT    DES    DÉC0UVBBTE8    ET    DBS    PROGRÈS    RÉALISÉ? 
DANS    LA    CONNAISSANCE    DE    L'UNIVBRS 

PUBLIÉE    PAR 

CAMILLE  FLAMMARION, 

AVEC  LE  CONCOURS  DES 

PRINCIPAUX  ASTRONOMES  FRANÇAIS  ET  ÉTRANGERS 


ABONNEMENTS  POUR  UN  AN: 

Paris  :  12  fr.  —  Départements  :  13  fr.  —  Étranger  .*  14  fr. 

Prix  du  Nuidao  :  1  fr.  20  o. 

La  Revue  parait  le  i*'  de  chaque  Mois. 


%'/^  PARIS. 

GAUTHIËR-YILLARS,  IHPRIHËUR-LIBRAIRE 

DE    l'observatoire    DE    PARIS, 
Quai  des  Au^ustins,  55. 

18«5 


SOMMAIRE  DU  N»  3  (MÂR9  1885). 

Les  tremblements  de  terre,  par  M.  C.  Flammarion  (5  figure»).  —  NouTelles  obserratlons 
sur  Jupiter,  par  M.  W.-P.  Denning,  astronome  à  Bristol  (2  figures).  —  Mouvement  propre 
d'une  étoile  de  1 1*  grandeur  (ô  figures).  —  Étude  Océanographiqiie,  par  le  colonel  H.  Ma- 
THiESEN  (1  figure).  —  Nouvelles  de  la  Science.  Variétés  :  Six  trombes  marines  observées 
dans  IVspace  d'une  demi-heure,  par  M««  Julia  Braddon  (3  figures).  Halo  et  parhélies  observés 
à  Orléans  (1  figure).  Les  lueurs  crépusculaires.  —  ObservationM  astronomiques,  par  M.  E. 
ViMONT  (2  figures). 


PRINCIPAUX  ARTICLES  PUBLIÉS  DANS  L.A  REVUE. 

A.  D*ABBADIE,  de  l'Institut.  —  Choix 'd'un  premier  méridien. 

ARAGO  (V.).  —  L.e  soleU  de  Minuit. 

BERTRAND  (J.),  de  l'Institut.  —Le  satellite  de  Vénus. 

BOË  (A.  De),  astronome  à  Anvers.  —  L'Etoile  polaire. 

DAUBRÊE«  Directeur  de  l'Ecole  des  mines.  —  Les  pierres  tombées  du  Ciel. 

DENNING  (A.),  astronome  à  Bristol.  —  Observations  télesoopiques  de  Jupiter,  de  Vénus 
de  Mercure. 

DENZA  (P.),  Directeur  de  l'Observatoire  de  Moncalieri.  —  Chute  d*un  uranolithe  en  Italie. 

DETAILLE,  astronome.  —  L*atmosphere  de  Vénus.  —  Nouvelles  mesures  des  anneaux 
de  Saturne.  —  Les  tremblements  de  terre. 

FAYE,  Président  du  Bureau  des  Lon&fitudes.  —  Nouvelle  théorie  du  Soleil.  —  Distribution 
des  taches  solaires.  —  Mouvements  lents  du  sol  en  Suisse.  --  La  formation  du  sys- 
tème solaire. 

FLAMMAlilON  —  Les  carrières  astronomiques  en  France.  —  Conditions  d'habita- 
bilité de  la  planète  Mars.  —  Constitution  physique  des  comètes.  —  Une  genèse  dans 
le  Ciel.—  Comment  on  mesure  la  distance  du  soleil.  —  Les  étoiles,  soleils  de  Tinfinl.  — 
D'où  viennent  lès  pierres  qui  tombent  du  Ciel  ?  —  Les  étoiles  doubles.  —  Chute  d'un 
corpsau  oentre  de  la  terre.  —  La  conquête  des  airs  et  1^  centenaire  de  Montgolfler.  — 
Les  grandes  marées  au  Mont  Saint- Michel.  —  Phénomènes  météorologiques  obser- 
vés en  ballon.  —  Une  excursion  météorologique  sur  la  planète  Mars.  —  Les  flam- 
mes du  Soleil-  —  Les  illuminations  crépusculaires  et  le  cataclysme  de  Krakatoa-  — 
La  planète  transneptunlenne.  —  L*é  toile  du  Berger.  —  L'histoire  de  la  Terre.  —  Les 
victimes  de  la  foudre. 

FOREL  (le  Professeur).  —  Les  tremblements  de  terre. 

GAZAN  (Colonel).  —  Les  taches  du  soleil. 

GÉRIGNY,  astronome.  —  Comment  la  lune  se  meut  dans  l'espace.  —  Ralentissement  du 
mouvement  de  la  Terre.  —  La  formation  du  système  solaire.  —  Etudes  sélénographi- 
ques.  —  L'équatorial  coudé  de  l'Observatoire  de  Paris.  —  L'héliomètre.  —  La  nais- 
sance de  la  Lune. 

HENRT,  de  l'Observatoire  de  Pari.<.  —  Découvertes  nouvelles  sur  Uranus. 

HBRSCHEL  (A.-S.).—  Chute  d'un  uranolithe  en  Angleterre. 

HIRN,  correspondant  de  l'Institut.  —  Conservation  de  l'énergie  solaire.  —  Phénomènes 
produits  sur  les  bolides  par  l'atmosphère.  —  La  température  du  Soleil. 

HOUZEAU,  Directeur  de  l'Observatoire  de  Bruxelles.  —  Le  satellite  de  Vénus. 

HUGKjrINS,  de  la  Société  royale  de  Londres.  —  Les  environs  du  Soleil. 

JAMIN,  de  rinstitut.  —Qu'est-ce  que  la  rosée? 

JANSSBN,de  l'Institut,  directeur  de  l'Observatoire  de  Meudon.  ~  La  photographie  céleste.  — 
Résultats  de  l'éclipsé  de  Soleil  du  6  Mai  1883. 

LEMAIRB'TESTB,  de  l'Observatoire  de  Rio-Janeiro.  —  Choix  d'un  premier  méridien. 

LEPAUTE.  —  Quelle  heure  est-il?  —  Le  temps  vrai,  le  temps  moyen  et  les  cadrans 
solaires.  —  La  chaleur  solaire  et  ses  applications  industrielles. 

LBSSBPS  (de).  —  Les  vagues  sous-marines. 

MOUCHEZ  (amiral),  directeur  do  l'Observatoire  de  Paris.  —  Travaux  actuels  de  l'Observa 
toire  de  Paris.—  L'Observatoire  du  Pic  du  Midi.—  Création  d'une  succursale  de  l'Ob- 
servatoire. 

MOURBAUX  (Th.),  météorologiste  au  Bureau  central.  —  Les  inond|ttions. 

PARMENTIBR  (général).  —  Distribution  des  petites  planètes  dans  l'espace. 

PBRROTIN,  directeur  de  l'Observatoire  de  Nice. —La  comète  de  Pons.  —  La  planète  Uranus 

PROCTOR,  astronome  à  Londres.  —  Le  Vésuve  et  ISGHIA. 

RICCd,  astronome  â  l'Observatoire  de  Palerme.  —  La  grande  comète  de  1882.—  La  tache 
rouge  de  Jupiter.  —  Les  taches  du  Soleil. 

ROCHE  (J.),  correspondant  de  l'Institut.  —Constitution  intérieure  du  globe  terrestre.  — 
Variations  périodiques  de  la  température  pendant  le  cours  de  l'année. 

SCHIAPARELLI,  directeur  de  l'Observatoire  de  Milan.  —  Les  canaux  de  la  planète  Mars 

TACCHINI,  directeur  do  l'Observatoire  de  Rome.  —  Statistique  des  taches  solaires. 

THOLLON,de  l'Observatoire  de  Nice. —Mouvements  sidéraux.  —  Éruptions  dans  le  Soleil 

TROUVELOT,  de  l'Observatoire  de  Meudon.  —  La  comète  de  Pons.  —  Ombres  observées 
sur  le  Soleil.  —  La  planète  Mars  en  1884. 

VIGAN,  ingénieur  en  clief  des  Ponts  et  Chaussées.  —  Les  marées  de  la  Méditerranée. 

VIMONT.  —  Observations  astronomiques  de  chaque  mois. 


Les  communicailions  reUtivea  à  la  rédaction  doivent  être  adressées  à  M.  C.  Flammarion,  Direc- 
teur de  (a  Revue.  36,  avenue  de  l'Observatoire,  à  Paris,  ou  à  l'Observatoire  de  Juvisy 
vu  bien  à  M.  Oèrigny,  Secrétaire  de  la  Rédaction^  41,  rue  du  Montparnasse ,  à  Paris. 

Le  plan  du  Journal  comporte  une  grande  variété  d'articles.  Chaque  Numéro  con' 
tient  des  descriptions  de  science  populaire  rédigées  pour  les  lecteurs  qui  ne  font  pas 
profession  de  science,  pour  les  gens  du  monde  en  général;  des  études  plus  appro- 
fondies destinées  aux  astronomes  amateurs;  et  des  recherches  intéressant  leê 
savants  curieux  de  pénétrer  de  plu^  en  plus  les  grands  problèmes  de  la  nature. 


—  £.*ASTRONOMIB.  —  81 

LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 

Notre  premier  article  (*)  a  expose  dans  son  ensemble  la  catastrophe  ter- 

Fig.  31. 


Tremblements  de  terre  de  l'Espagne  :  les  ruines  d'Alhama. 

rible  qui  vient  de  désoler  les  plus  belles  provinces  de  l'Espagne.  Certains 
détails  caractéristiques  ont  dii  être  passés  sous  silence,  au  milieu  du  monceau 
de  documents  que  nous  désirions  résumer  pour  nos  lecteurs.  Il  importe  d'y 

(*)  Voir  la  Revue  de  Février  p.  60. 

Mars  1885.  3 


82  L'ASTRONOMIE. 

revenir  nn  instant,  d'embrasser  dans  leur  étendue  les  divers  tremblements 
de  terre  qui  se  sont  produits,  pendant  cette  période  critique,  en  des  lieux  très 
éloignés  les  uns  des  autres,  de  chercher  si  ces  phénomènes  distincts  sont  rat- 
tachés entre  eux  par  des  rapports  d'origine,  et  de  profiter,  si  c'est  possible, 
de  celte  grave  circonstance  pour  obtenir  une  conclusion  scientifique  ration- 
nelle sur  l'explication  des  tremblements  de  terre,  et  par  cela  même  sur  la 
constitution  intérieure  de  notre  planète. 

Et"  d'abord,  reprenons  les  premières  impressions  directes  ressenties  parles 
témoins  oculaires. 

J'écrivais,  cette  nuit  de  Noël,  dans  mon  cabinet,  un  instant  avant  neuf  heures, 
dit  un  correspondant  de  la  Société  scientifique  Flammarion,  de  Jaén  (<)  lorsque 
les  oiseaux  qui  étaient  en  cage  pressentirent,  avec  leur  merveilleux  Instinct, 
quelque  chose  d'extraordinaire,  et  instantanément,  comme  touchés  par  une  faible 
décharge  électrique,  ils  tremblèrent,  et,  saisis  d'épouvante,  cherchèrent  à  sortir 
de  leur  cage. 

Étonné,  et  sans  me  rendre  compte  de  la  cause  d'un  tel  tumulte,  j'entendis, 
une  seconde  plus  tard,  un  retentissement  éloigné  accompagné  de  coups  de  plus 
en  plus  forts,  qui  ressemblaient  au  bruit  d'une  voiture  roulant  sur  une  route  iné- 
gale. C'est  la  première  pensée  qui  me  vint  à  l'esprit. 

Mais,  comprenant  que  le  bruit  d'une  voiture  ne  pouvait  produire  cette  impres- 
sion inconnue  chez  les  oiseaux  et  chez  moi,  je  pressentis  que  je  me  trouvais  en 
présence  d'un  phénomène  extraordinaire. 

Tandis  que  toutes  ces  idées  s'amoncelaient  confuses  dans  mon  cerveau,  il  me 
sembla  que  ma  vue  se  troublait  :  cette  sensation  était  causée  par  l'aspect  insolite 
du  mouvement  de  tous  les  objets,  mouvement  oocasionné  par  Toscillation  ter- 
restre qui  commençait.  Quelques  instants  plus  tard,  elle  fut  si  épouvantable  qu'il 
était  impossible  de  rester  debout. 

Les  lampes  se  balançaient  comme  le  pendule  d'une  horloge,  les  clochettes  son- 
naient, les  portes,  les  ïnurs  et  tous  les  objets  craquaient  comme  s'ils  eussent  été 
agités  par  un  être  vivant.  Si  mes  sens  ne- me  trompent,  Toscillation  dura  cinq 
secondes. 

M.  Félix  Vallaure,  de  Linares,  dont  les  premières  observations  ont  été 
publiées  dans  notre  précédent  article,  a  envoyé  d'autre  part  à  la  môme 
Société  (*)  les  importants  et  intéressants  documents  que  nous  allons  résumer. 

La  province  de  Grenade  est  celle  qui  a  le  plus  souffert.  Il  y  a  plus  d'un 
millier  de  morts  dans  cette  seule  province,  des  blessés  innombrables;  la  ruine 
et  la  désolation  sont  partout  répandues.  A  Grenade  même,  à  la  première 
secousse,  un  rédacteur  iVEl  Defensor  raconte  qu'il  se  trouvait  au  journal, 

(*)  Voir  le  Bulletin  mensuel  de  la  Société  scientifique  Flammarion,  d'Argentan, 
N*  de  Janvier  1885. 


LES   TREMBLEMENTS   DE  TERRE.  83 

à  8**  55°*  du  soir,  le  25,  lorsqu'il  sentit  une  rumeur  sourde  et  prolongée  qu'il 
attribua  à  la  machine  à  imprimer.  Bientôt  il  comprit  la  réalité  par  la  trépi- 
dation des  vitres  et  les  oscillations  de  la  lampe  qui  se  mouvait  comme 
un  pendule  (du  Sud  au  Nord,  en  faisant  un  arc  de  cercle  de  10^  à  12**).  Le  pre- 
mier mouvement  fut  oscillatoire  et  suivi  d'une  autre  trépidation  qui  dura  de 
14  à  15  secondes.  La  maison  frémissait  d'une  manière  terrible.  Tous  sortirent 
précipitamment.  Lorsqu'ils  arrivèrent  à  la  porte  de  la  rue,  le  mouvement 
trépidatoire  durait  toujours.  Il  y  avait  sur  la  place  beaucoup  de  monde,  et 
tous  les  habitants  avaient  abandonné  leurs  demeures.  Une  clameur  confuse, 
pareille  à  la  rumeur  des  vagues,  s'élevait  dans  toute  la  ville.  On  ne  peut  pas 
décrire  l'effroi  qui  se  produisit  alors.  Au  n**  6  de  la  rue  San-Geronimo,  habi- 
taient plus  de  trente  familles.  Lorsque  les  oscillations  commencèrent,  on 
entendit  un  bruit  capable  de  hérisser  les  cheveux  du  plus  hardi,  a  La  maison 
s'écroule  !  La  maison  s'écroule  !  »  fut  le  cri  général,  et  tous  s'élancèrent 
vers  les  corridors.  Mais  tous  s'arrêtèrent  épouvantés:  on  ne  voyait  rien.  Une 
épaisse  poussière  obscurcissait  l'air  environnant,  une  pluie  de  débris  et  de 
matériaux  tombait  dans  la  cour.  Les  personnes  les  plus  pieuses  se  mirent  à 
genoux  et  prièrent.  Le  tremblement  passé,  toutes  sortirent  dans  la  rue,  tra- 
versant la  cour  pleine  de  décombres  de  tuiles  et  de  briques. 

Avant  la  première  secousse,  on  avait  remarqué  une  grande  dépression  baro- 
métrique; des  éclairs  brillaient  au  milieu  du  ciel  couvert.  Le  lendemain,  le 
ciel,  quoique  sans  nuages,  était  encore  sillonné  de  nombreux  éclairs. 

Le  6  janvier,  à  cinq  heures  du  soir,  une  très  forte  secousse  s'est  fait  sentir 
pendant  trois  secondes  ;  des  écroulements  sont  survenus,  et  les  scènes  de 
terreur  se  sont  renouvelées  comme  auparavant. 

* 

La  ville  d'Alhama  est  située  au  centre  de  ce  qu'on  appelle  un  tajo 
(coupure).  Elle  est  formée  par  une  série  de  hauts  rochers  parallèles,  au 
milieu  desquels  court  la  rivière  Marchai.  Elle  est  divisée  en  haute  et  basse 
\ille  et  comptait  10,000  habitants. 

Lors  du  premier  tremblement  de  terre,  le  25  décembre,  toute  la  ville  haute 
glissa,  et  les  maisons  des  vingt-deux  rues  vinrent  tomber  sur  la  ville  basse 
qui  fut  entièrement  engloutie.  Il  y  avait  5  églises,  5  ermitages,  1  couvent  de 
sœurs,  l'hôpital,  la  mairie,  1  théâtre,  des  écoles  ;  il  ne  reste  qu'un  monceau 
de  ruines.  On  a  retiré  des  débris  302  morts,  dont  112  enfants,  101  femmes  et 
89  hommes,  282  blessés,  sans  compter  10,000  animaux  et  des  quantités  de 
provisions  de  tous  genres,  entre  autres  200.000  fanegars  de  céréales. 

Dans  la  place  et  les  (ilentours  campent  sept  mille  personnes,  et  l'on  voit 
beaucoup  de  femmes  moitié  nues,  ou  vêtues  de  deuil,  et  grand  nombre  d'en- 


84  L'ASTRONOMIE. 

fants,  aussi  à  demi-nus,  entourés  d'animaux  et  des  effets  que  ces  pauvres 
familles  ont  pu  sauver.  Les  prêtres  et  les  médecins  parcourent  les  groupes 
en  portant  des  secours.  Les  hommes  travaillent  sans  relâche  à  remuer  les 
décombres,  en  cherchant,  avec  les  soldats,  les  restes  de  leurs  familles.  Lors- 
qu'on trouve  un  mort  sous  les  débris,  son  père,  sa  mère,  son  mari  ou  ses  fils 
s'élancent  sur  le  corps  en  sanglotant,  réunissent  ses  membres  brisés  et  l'em- 
portent au  cimetière.  Mais  celui-ci  n'a  pas  été  épargné.  Le  tremblement  a 
rejeté  les  cercueils  hors  de  terre  et  des  restes  humains  gisent  épars  sur  le  sol. 
L'odeur  est  horrible. 

Ajoutez  à  cela  une  misère  épouvantable;  un  pain  de  deux  livres  se  partage 
entre  huit  personnes.  La  plupart  des  gens  n'ont  pu  manger  pendant  trois  jours. 

Des  quartiers  de  roches  détachés  de  la  montagne  abrupte  sur  laquelle  une 
partie  d'Alhama  était  construite  ont  été  lancés  avec  les  maisons  à  près  de 
cent  mètres  de  distances,  dans  la  direction  Nord -Sud. 

Une  des  crevasses  qui  se  sont  formées  s'est  refermée  presque  aussitôt  et 
cela  en  passant  à  travers  la  route  qui  conduit  de  Loja  à  Âlhama  ;  ce  mou- 
vement du  sol  surprit  un  muletier  avec  ses  hôtes  ;  le  dernier  mulet  tomba 
dans  la  crevasse,  qui  en  se  refermant  ne  lui  laissa  que  la  tête  hors  du  sol 
(fig.  35). 

Sur  la  pente  droite  des  Alpujarras  et  dans  le  fond  de  la  vallée  de  Segrin, 
entourée  d'épais  oliviers,  se  trouvait  le  bourg  Albunuelas,  aujourd'hui  mon- 
ceau de  ruines,  que  l'on  contemple  du  haut  de  rochers  élevés,  où  il  faut 
monter  pour  redescendre  vers  le  village.  La  vue  de  ce  désastre  est  encore 
plus  triste  et  plus  effrayante  qu'à  Alhama.' 

Le  village  où  l'on  voit  encore  quelques  tours  du  temps  des  Arabes  était 
formé  par  trois  quartiers  :  l'un  assis  dans  la  vallée,  l'autre  parcourant  le  bas 
de  la  montagne,  et  le  troisième,  où  se  trouve  l'Église,  séparant  les  deux  autres. 
Les  maisons  étaient  fort  modestes,  même  pauvres.  Il  n'en  reste  pas  une 
debout.  Il  serait  bien  difficile  qu'une  personne  n'ayant  pas  connu  le  village 
put  deviner  où  étaient  ses  rues.  On  sait  que  102  femmes,  .53  hommes  et 
24  enfants  ont  péri,  et  qu'il  y  a  eu  286  blessés.  Beaucoup  de  ceux-ci  sont  res- 
tés abandonnés  dans  les  caves  pendant  quarante-huit  heures. 

Dans  une  maison  où  l'on  veillait  le  cadavre  d'un  enfant,  vingt  et  une  per- 
sonnes furent  écrasées. 

Lors  de  la  première  secousse,  une  pauvre  femme,  qui  était  enceinte,  s'en- 
fuit, comme  beaucoup  d'autres,  et  se  réfugia  dans  une  cave  où  peu  de  temps 
après  elle  accoucha.  Cette  malheureuse  venait  de  laisser  ensevelir  une  autre 
fille  sous  les  décombres  de  sa  maison. 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


85 


La  nuit  du  25  fut,  hélas  1  des  plus  terribles.  Aux  continuelles  oscillations 
du  sol  s'ajoutait  une  épouvantable  tempête,  et  la  pluie  tombait  sans  discon- 

Fig.32. 


Les  tremblements  de  terre  de  TËspagne.'  Effets  de  la  première  secousse. 

tinuer.  L'Église  a  été  engloutie  jusqu'à  sa  flèche.  Des  maisons  avec  leurs 
habitants  et  les  animaux  ont  disparu  dans  d'autres  crevasses. 


On  a  déjà  vu  par  notre  premier  article  que  le  village  de  Périana  a  été 
englouti  sous  Péboulement  de  la  montagne  qui  le  dominait.  Depuis,  le  sol  a 


86  LASTHONOMIR. 

été  tellement  bouleversé  dans  tous  les  environs  que  les  limites  des  propriétés 
rurales  ont  disparu  et  que  les  propriétaires  ne  reconnaissent  plus  leurs  terres. 

A  Santa-Cruz  de  Alhama,  toutes  les  maisons  et  l'église  se  sont  écroulées.  On 
a  retiré  des  débris  cinquante  morts.  I^e  village  se  composait  de  708  habitants 
et  747  maisons.  Il  est  à  noter  que  l'oscillation  la  plus  violente  a  été  la  troi- 
sième ;  la  première,  c'est-à-dire  celle  du  25,  à  9**  du  soir,  a  été  à  peine  sensible. 

A  Malaga,  un  séminariste  a  été  tellement  impressionné  qu'il  est  devenu 
muet.  L'hôpital  a  été  évacué;  200  maisons  sont  en  ruines. 

A  Séville,  un  vieillard  qui  se  trouvait  à  table  mourait  quelques  minutes 
après  le  tremblement  de  terre.  La  célèbre  cathédrale  est  très  endommagée. 

A  Cordoue,  écrit  encore  notre  correspondant,  une  personne  était  occupée  à 
faire  habiller  le  cadavre  d'un  de  ses  amis,  lorsque  le  tremblement  de  terre 
arriva,  lui  fit  perdre  l'équilibre  et  la  lança  contre  le  visage  du  mort. 

A  Jayena,  une  jeune  fille  de  seize  ans,  nommée  Milesia,  causait  avec  son 
fiancé,  lorsque  la  chute  d'un  toit  vint  l'écraser;  les  débris  enfermèrent  en 
même  temps  son  ami  auprès  d'elle.  On  parvint,  après  une  heure  de  déblaie- 
ment, à  retirer  celui-ci  vivant. 

Dans  une  autre  maison,  un  père  et  sa  .fille  se  chauffaient  auprès  du  foyer 
lorsque  la  maison  s'écroula.  Quand  on  les  retira,  on  trouva  le  corps  de  la  fille 
entièrement  carbonisé. 

Près  du  village,  de  profondes  crevasses  se  sont  ouvertes  dans  le  lit  de  la 
rivière;  celle-ci  a  disparu  et  les  habitants  n'ont  plus  d'eau.  Un  détail  qui 
donne  une  idée  de  la  situation  mentale  des  témoins  de  la  catastrophe  :  l'un 
de  ceux-ci  parcourait  les  baraques  de  campement,  portant  un  Christ  à  la 
main  et  suivi  d'une  troupe  de  malheureux,  en  criant  que  l'image  versait  des 
larmes. 


Mais  il  serait  interminable  de  se  faire  l'écho  de  toutes  les  particularités 
dramatiques  qui  ont  marqué  cette  inoubliable  catastrophe.  On  a  vu  dans 
notre  premier  article  Téboulement  et  la  destruction  de  divers  villages  de  cette 
zone,  tels  que  :  Arenas  del  Rey,  Jatar,  Motril,  Zafarraya,  Nerja,  Periana, 
Torrox,  Competa,  etc.  Sans  insister  sur  ces  détails,  quelque  soit  leur  multiple 
intérêt,  abordons  maintenant  l'étude  générale  du  phénomène. 

M.  FOLACHE,  de  JaÇn,  fait  remarquer  que,  très  intense  dans  l'Andalousie,  le 
tremblement  de  terre  s'est  fait  sentir,  comme  nous  l'avons  vu,  jusqu'à  Madrid; 
mais  beaucoup  moins  fort,  et  a  passé  complètement  inaperçu  dans  les  pix)- 
vinces  de  Ciudad  Real  et  de  Tolède,  situées  entre  Grenade  et  Madrid  et  com- 
prenant les  vastes  plaines  de  la  Manche.  Ce  sont  des  terrains  sédimentaires, 
sans  élasticité,  à  travers  lesquels  les  vibrations  se  sont  éteintes. 


Fig.  33. 


Vue  générale  des  crevasses  &  Guevejar,  d'après  uae  photographie. 


88  L'ASTRONOMIE. 

Cette  remarque  est  d'autant  plus  intéressante  que  la  violente  secousse  de 
de  8*»  53"  paraît  avoir  été  ressentie  en  Angleterre,  sans  que  personne,  en  France 
ni  sur  les  bords  de  l'Océan,  Tait  observée.  On  conçoit  fort  bien,  du  reste,  que, 
si  des  roches  granitiques  dures,  composites,  sont  disposées  en  forme  de 
cuvette,  dont  les  bords  émergeraient,  par  exemple,  à  Grenade  et  à  Madrid,  et 
dont  rintérieur  serait  occupé  par  des  terrains  mous  ou  sablonneux,  une 
vibration  quelconque  communiquée  à  ce  banc  de  roches  se  transmettra  d'une 
extrémité  à  l'autre,  mais  ne  se  communiquera  que  faiblement  aux  terres  qui 
remplissent  la  cuvette  et  seulement  sur  leurs  bords  contigus  aux  roches 
vibrantes.  Le  mouvement  s'éteindra  très  vite  en  un  pareil  milieu,  et  les  villes 
bâties  sur  ces  terres  n'auront  rien  ressenti,  quoique  la  vibration  soit  passée 
sous  leurs  pieds  et  ait  été  ressentie  à  l'autre  extrémité  du  banc,  émergeant 
au-dessus  du  sol. 

M.  DoMEYKO  faisait  récemment  remarquer,  à  propos  de  ces  transmissions, 
que  c'est  une  opinion  assez  répandue  parmi  les  mineurs  du  Chili  qu'un 
tremblement  de  terre  ne  peut  jamais  produire  autant  d'effets  destructeurs 
dans  l'intérieur  d'une  mine  profonde,  qu'à  la  surface.  Un  mineur  expéri- 
menté, au  moment  ou  un  léger  mouvement  lui  fait  supposer  un  tremblement, 
ne  se  presse  pas  de  sortir  pour  gagner  le  jour  du  fond  de  la  galerie  où  il  tra- 
vaille. «  Ainsi,  dit-iJ,  un  fort  tremblement,  suivi  de  plusieurs  autres,  éclata 
le  26  mai  1884,  àCopiapo,  produisant  des  fentes  et  des  crevasses  dans  les 
murailles  de  plusieurs  maisons,  et  s'étendit  vers  les  Andes  jusqu'aux  mines 
d'argent  de  Chanarcillo.  Je  me  trouvais  alors  dans  ces  mines,  occupé  à  lever 
des  plans  de  travaux.  La  maison  que  j'habitais,  récemment  construite  en 
pierres  calcaires,  s'écroula  au  premier  choc  du  tremblement.  Au  même 
instant,  des  pierres  de  tous  côtés  roulèrent  du  haut  de  la  montagne  et  beau- 
coup d'autres  maisons  furent  endommagées;  mais  il  n'y  eût  pas  le  moindre 
accident  dans  l'intérieur  des  mines,  dont  les  galeries  descendaient  à  plus  de 
deux  cents  mètres  au-dessous  des  affleurements  des  filons  et  n'étaient  pas 
toutes  bien  solidement  établies.  » 


M.  NoGUÈs,  ingénieur  civil  des  mines  à  Séville,  a  parcouru  après  le  trem- 
blement de  terre  une  partie  de  la  province  de  Grenade,  et  a  résumé  comme 
il  suit  ses  observations  dans  une  note  présentée  à  l'Académie  des  Sciences. 

L'oscillation  du  25  décembre  dernier  embrasse  une  extension  superficielle 
considérable;  le  mouvement  oscillatoire  s'est  graduellement  accentué  en 
direction  du  Sud  du  plateau  central  espagnol;  il  a  décrit  un  arc  ellipsoïdal 
autour  de  la  Sierra-Nevada.  Les  mouvements  vibratoires  qui  ont  causé  les 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERUE.  89 

tremblements  de  terre  dans  les  provinces  de  Grenade  et  de  Malaga,  et  pro- 
vinces limitrophes,  se  sont  produits  dans  une  région  spécialement  fracturée 
et  disloquée.  Le  maximum  d'inteiisité  se  trouve  sur  une  courbe  qui  embrasse 
une  partie  de  la  Sierra-Nevada  et  suit  ensuite  rectilignement  les  lignes  de 
fracture  des  Sierras  Tejeda,  Almijara  et  de  Ronda. 

Le  sol  s'est  crevassé,  fendillé  sur  plusieurs  points.  Dans  les  environs  de 
Periana,  au  pied  de  la  Sierra-Tejeda,  des  crevasses  profondes  se  sont  pro- 
duites en  présentant  de  larges  ouvertures.  Aux  environs  de  la  Venta  de  Zaf- 
farraya,  des  crevasses  semblables  s'étendent  sur  une  longueur  considérable  ; 
elles  prennent  naissance  au  pied -de  la  montagne  et  pénètrent  dans  la  plaine; 
des  maisonnettes  ont  même  été  entraînées  dans  ces  crevasses,  dont  quelques- 
unes  ont  plusieurs  kilomètres  de  longueur. 

Une  des  plus  remarquables  est  celle  qui  commence  près  la  Sierra  de  Jatai", 
et  se  termine  au  village  de  Zafarraya,  sur  une  longueur  de  près  de  quatre 
lieues.  A  Guevejar  s'est  également  ouverte  une  crevasse  parabolique  d'envi- 
ron 3^°  de  longueur,  large  de  3"  à  15"»  et  d'une  grande  profondeur  :  le  son 
s*y  répercute  vers  l'intérieur,  et  une  bougie  allumée  à  7"*  de  la  surface  a  sa 
flamme  poussée  vers  l'extérieur  et  s'éteint.  A  3^"  de  Santa  Gruz  et  à  2**  d'Al- 
hama  le  pied  d'une  montagne  s'est  crevassé;  il  s'est  fait  une  grande  fente, 
d'où  sortent  des  gaz  fétides  à  odeur  d'acide  sulfhydrique  ;  à  un  kilomètre  de 
distance  l'odeur  est  perceptible.  De  cette  fente  jaillit  une  source  abondante 
d'eau  sulfureuse  à  une  température  de  42®  centigrades,  débitant  de  I"*  à  2"* 
par  seconde;  d'ailleurs,  tous  les  cerros  des  environs  d'Alhama  sont  actuelle- 
ment crevassés. 

La  crevasse  de  Guevejar,  ouverte  en  forme  de  fer  à  cheval,  atteint  le  som- 
met de  la  montagne;  puis  elle  descend  en  prenant  la  direction  Est  et  monte 
de  nouveau,  pour  redescendre  en  s'infléchissant  vers  le  Nord.  En  outre,  il  y 
aune  infinité  de  petites  fentes  qui  courent  les  unes  perpendiculairement,  les 
autres  parallèlement  à  la  grande  crevasse.  —  Il  est  difficile  d'examiner  ces 
curieux  effets  géologiques  sans  songer  aux  crevasses  observées  à  la  surface 
de  la  Lune  et  sans  penser  que  celles-ci  sont  dues  à  des  causes  analogues,  qui 
peut-être  sont  toujours  en  activité. 

Le  sol  est  devenu  d'une  grande  mobilité  sur  tous  les  points  où  les  oscilla- 
tions ont  été  intenses  ;  le  mouvement  des  terres  entraîne  les  maisons.  Les 
terrains  tertiaires  d'Alhama,  de  Santa  Gruz,  d'Arenas  del  Rey,  etc.,  ont  peu 
d'adhérence;  ils  glissent  et  coulent  facilement  sur  les  pentes.  Les  villages 
bâtis  sur  ce  sol  mobile  sont  tombés  aux  premières  oscillations  du  tremblement 
de  terre. 

Le  village  de  Guevejar  éprouve  un  mouvement  de  translation  au  Sud- 
Ouest,  vers  la  rivière.  Gertaines  maisons  situées  au  centre  de  la  parabole 

3- 


90 


L'ASTRONOMIli. 


décrite  par  la  crevasse,  ont  avancé  de  27",  tandis  que  d'autres  situées  aux 
extrémités  de  cette  courbe  n'ont  avancé  que  de  S", 

Les  tremblements  de  terre  de  TAndalousie,  ont  déterminé  des  dénivella- 
tions considérables  et  modifié  le  régime  des  eaux.  Des  cerros  se  sont  surélevés, 
d'autres  affaissés.  A  l'extrémité  Sud  de  la  crevasse  de  Guevejar,  à  15"  de  la 
rivière,  il  s'est  formé  un  petit  lac  d'environ  1200  mètres  carrés  de  superficie, 
qui  a  9"  de  profondeur  à  son  centre.  Le  versant  opposé  de  la  rivière  où  le  lac 

Fig.  34. 


Eruptions  à  Albunuelas. 

s'est  formé  s'est  élevé  d'environ  IS"  au-dessus  de  son  niveau  primitif.  Tous 
les  cours  d'eau  compris  dans  la  zone  de  la  crevasse  de  Guevejar  ont  disparu, 
laissant  leurs  lits  à  sec  ;  la  fontaine  qui  alimentait  d'eau  potable  le  village 
s'est  également  tarie. 

Le  régime  normal  des  eaux  minérales  de  la  contrée  a  été  généralement 
modifié;  des  sources  ont  disparu;  d'autres,  au  contraire,  ont  jailli.  Près  de 
Santa-Cruz  a  jailli  brusquement  une  source  thermo-minérale  abondante. 
Les  eaux  minérales  d'Alhama  sont  maintenant  plus  abondantes  qu'avant  la 
catastrophe,  la  composition  chimique  et  la  température  ont  changé.  Aupara- 
vant, elles  avaient  une  température  de  47°  et  le  caractère  salin  ;  depuis  le 
25  décembre  dernier,  elles  ont  acquis  un  caractère  sulfureux  très  marqué  et 
une  température  de  50**.  A  Albunal  les  sources  thermales  de  la  ramhla  de 
Aldayar  ont  aussi  beaucoup  augmenté.  Sur  quelques-unes  se  sont  ouvertes 
des  crevasses  de  plus  de  1"  de  diamètre,  par  où  sourdent  avec  violence  des 
masses  d'eaux  minérales.  Enfin,  à  environ  700"  d'Albunuelas,  par  des  cre- 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


91 


vasses  de  forme  elliptique,  sortent,  comme  en  bouillonnant,  des  matières 
visqueuses,  fig.  34 . 

Les  effets  les  plus  désastreux  du  tremblement  de  terre  ont  eu  lieu  précisé- 
ment sur  les  failles  qui  limitent  la  masse  archéenne  de  la  Sierra- Tejea  et 
Almijara,  etc.  Les  sources  thermales  nouvelles,  d'autres  sources  dont  la  na- 
ture a  été  profondément  modifiée,  les  érosions  que  ces  cours  d'eaux  souter- 
rains peuvent  opérer  à  Tintérieur,  les  dégagements  de  gaz  qui  s'échappent  de 

Fig.  35. 


Crevasse  sur  la  route  de  Loja  à  Âlhama  :  le  dernier  mulet. 

certaines  crevasses,  tout  cela  ouvre  aux  investigations  scientifiques  un  champ 
des  plus  étendus. 

Dans  les  régions  granitiques,  la  grande  profondeur  d'où  viennent  les 
sources  thermales  rend  compte  de  leur  température.  Ici,  elles  paraissent 
sortir  des  terrains  tertiaires  et  semblent  être  en  rapport  avec  une  source 
d'émanations  gazeuses  variées. 

Si  les  dislocations  qui  ont  donné  à  cette  partie  des  régions  méditerra- 
néennes leur  forme  actuelle,  en  fixant  les  contours  des  terres  et  de  la  mer. 
sont  très  anciennes  par  rapport  à  l'histoire  de  l'homme,  elles  sont  très  récentes 
au  point  de  vue  géologique,  et  les  phénomènes  actuels  nous  avertissent  que 
la  cause  en  est  toujours  présente  et  active. 


Depuis  que  la  première  émotion  est  calmée,  on  a  commencé  à  mieux 
apprécier  le  caractère  géologique  du  phénomène,  qui  prend  de  jour  en  jour 


92  L'ASTHONOMIE. 

une  plus*  grande  importance.  Près  de  Lorca,  la  chaîne  de  Murcie  s^abaisse 
insensiblement.  La  ville  de  Valence  paraît  changer  de  place  et  dévier  vers 
rOccideut;  on  croit  remarquer  entre  les  méridiens  de  Madrid  et  de  Valence 
quelques  secondes  de  moins  dans  la  longitude. 

A  Enguera,  province  de  Valence,  deux  montagnes  autrefois  séparées  se 
sont  unies.  A  Ghioa,  même  province,  le  sommet  du  mont  Pascuals  s'est  abaissé. 
A  Badalone,  près  Barcelone,  la  mer  a  reculé  d'un  mètre,  tandis  qu'au  port 
de  Mosnon  elle  a  avancé  d'autant,  etc.,  etc. 

Ce  sont  des  faits  importants,  qui  éclairent,  qui  développent  et  modifient 
les  opinions  généralement  admises  sur  la  constitution  de  la  base  de  Técorce 
terrestre.  Nous  allons  en  étudier  les  conséquences. 

Avant  d'aller  plus  loin,  plaçons  sous  les  yeux  de  nos  lecteurs  la  liste  de 
tous  les  mouvements  du  sol  qui  ont  été  observés  depuis  le  premier  jour  des 
tremblements  de  terre  de  l'Espagne  (ou  du  moins  de  tous  ceux  qui  sont  par- 
venus à  notre  connaissance).  Cette  liste  est  riche  en  documents,  et  nous 
allons  essayer  de  l'interpréter.  11  ne  sera  sans  doute  pas  désagréable  à  un 
certain  nombre  de  nos  lecteurs  d'avoir  sous  les  yeux  ce  curieux  témoignage 
de  l'instabilité  du  sol,  dont  ils  apprécieront  le  grand  intérêt  d'actualité. 

Tremblements  de  terre  observés  du  22  décembre  au  22  février, 

22  décembre.    2"  15"  matin,  secousses  légères  aux  Iles  Açores,  à  Madère,  Lisbonne, 
Vigo,  Pontevedra,  et  en  plusieurs  régions  du  Portugal  et  de  Galice. 

22  Matin.  Tremblement  de  terre  en  mer  par  36M8'  lat  Nord  et  19»25  long. 

Ouest. 
21-22  Nuit.  Tremblement  de  terre  en  mer,  par  36*34'  lat.  Nord  et  22* 26'  long. 

jBst  de  Greenwich.  Forte  secousse  (sud  de  la  Grèce). 

23  2''  matin.  Tremblement  de  terre  en  mer  par  33»  lat.  Nord  et  12«30'  long. 

Ouest  de  Cadix.  Nouvelle  secousse  17"  après.  Orage  et  tonnerre. 

24  Secousse  légère  à  Séville. 

25  8*" 53"  soir.  Très  violentes  secousses  à  Alhama,  Albunuelas,  Arenas  del 

Rey,  Malaga,  Grenade,  etc.  Secousses  assez  fortes  à  Linarès,  légères  à 
Madrid,  très  légères  à  Lisbonne,  sensibles  jusqu'en  Angleterre. 
25  11"» 44".  Secousse  assez  forte,  jusqu'à  Jaên.  —  On  a  compté  huit  secousses 

à  Malaga,  Grenade  et  dans  Taire  maximum. 

25  8''17"  (heure  de  Berne).  Secousses  à  Bernetz  (Engadine),  Id.  à  il"»  soir. 

26  2"»  et  6"*  45"  matin.  Nouvelles  secousses  à  Estepona,  Periana,  Torrox,  etc. 

27  Nouvelles  secousses  à  Alhama.  Destruction  complète  de  la  ville. 

28  Eboulement  d'une  montagne  sur  le  village  de  Periana. 

29  Après  midi,  deux  vibrations  ressenties  dans  les  forêts  de  Herlûfsholm, 

près  de  Nœstved,  en  Séeland  (Danemark). 

29  ll'»25"  et  11*45"  soir.  Oscillations  à  Malaga. 

30  9^  matin.  Légère  secousse  à  Linares. 
30  1**  soir.  id.  id.  id. 

30  5*"  et  6^  soir.  Oscillation  à  Malaga. 

30  9"  soir.  Deux  violentes  secousses  à  Archidona,  province  de  Grenade,  cre- 

vasse dans  la  montagne  de  Puerta-Sol,  renversement  de  Jayena. 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


93 


31  décembre.   Midi.  Secousses  à  Velez,  Nerja,  Torrox,  etc.  Destruction  de  Torrox. 
31  4'' 35-  à  S'^SO-  soir.  Oscillations  à  Malaga. 

1*'  janvier.     Matin.  Secousses  et  bruits  souterrains  à  Malaga,  Gordoue,  Benamagoza, 
Grenade. 

1  2^  matin.  Légère  secousse  à  Lausanne  (douteuse). 

2  Minuit.  Deux  fortes  secousses  à  Nerja  (province  de  Malaga).  Eboulement 

d'une  partie  de  la  ville. 

3  Secousses  à  Algarrobo,  Gomares,  Gasabermeja,  Ganillas.  Rien  à  Grenade 

ni  Malaga.  Formation  d'un  cratère  et  d'un  puits  d'eau  chaude  dans  la 
province  de  Valence. 

4  Nouvelle  secousse,  à  Periana.  A  Velez,  depuis  le  25,  on  a  compté  32 

secousses. 

4  Tremblement  de  terre  dans  la  Styrie  méridionale  (Autriche). 

5  3''  matin.  Secousse  à  Ghambéry  (Savoie),  et  Suse. 

5  5''50"'  du  matin.  Secousses  à  Savines  (Hautes- Alpes),  Embrun,  Marseille, 

Velletri,  Rome. 

5  6*"  soir.  Forte  secousse  à  Malaga,  accompagnée  de  bruits  souterrains. 

Grande  agitation  de  la  mer.  Secousses  à  Loja,  Motril,  Gartama. 

6  5*"  48"  soir.  Fortes  secousses  à  Grenade,  Nerja,  Torrox,  Frigliona. 

6  Légères  secousses  à  Worthing  (Angleterre). 

7  Matin.  Secousses  à  Loja,  près  Grenade. 

8  Nuit.  Trois  secousses  à  Grenade,  Alhama,  Torrox.  Bruits  souterrains. 

Secousses  à  Malaga. 

9  Matin.  Secousse  assez  forte  à  Malaga.  Oscillations  à  Friziliana.  Bruits 

souterrains. 
10  Avant  midi.  Légère  secousse  à  Loja. 

10  Faibles  secousses  à  Velez. 

10  Secousses  à  Albunecar,  (province  de  Grenade). 

12  4'*  matin.  Fortes  secousses  à  Hjorring,  en  Jutland  (Danemark).  Baro- 

mètre très  bas  le  11. 

13  2^  matin.  Secousse  à  Sebdou  (sud  Oranais),  Algérie. 
13  Secousses  assez  fortes  à  Irkoutsk,  Sibérie  orientale. 

15  G'*  soir.  Oscillations  à  Vejen,  en  Jutland,  frontière  dano-allemande. 

16  Matin.  Plusieurs  fortes  secousses  à  Grenade. 

17  Fortes  secousses  à  Motril  et  à  Frigliana,  qui  s'écroule  tout  à  fait. 

(Du  25  décembre  au  17  janvier,  les  oscillations  du  sol  ont  pour  ainsi  dire  été  continues 
dans  les  provinces  de  Grenade. et  de  Malaga.) 

Après  minuit.  Secousse  à  Leden,  près  Colchester  (Angleterre). 

Secousses  à  Torrox  et  aux  environs  de  Pegio,  où  s*est  produit  un  affais- 
sement de  cinq  mètres. 

Nuit.  Deux  secousses  à  Aarhus,  en  Jutland  (Danemark). 

Secousses  à  Malaga,  Velez,  Loja  et  Albunecar. 

Entre  minuit  et  1^.  Secousse  à  Envenda,  canton  de  Glarus  (Suisse). 
(Heure  de  Berne). 

Entre  8"^ 30"  et  9"»  soir  (heure  de  Londres).  Bruits  souterrains  et  vibra- 
tions dans  le  comté  de  Somerset  (Angleterre),  à  Bampton,  à  Tiverton, 
etc. 

Faible  secousse  à  Malaga. 

Secousses  de  plus  en  plus  faibles  sur  les  versants  de  la  Sierra-Tejea. 

9*"  soir.  Forte  secousse  à  San-Remo  (Italie)  et  sur  tout  le  littoral  jusqu'à 
Gênes,  principalement  à  Port-Maurice.  Secousse  à  Savone. 
26  Soir.  Fortes  secousses  à  San-Francisco  et  dans  l'État  de  Californie. 


18  janvier. 
20 

20 
21 
21 

n 


24 
25 
25 


94  L'ASTRONOMIE. 

27  janvier.  3*" 30-  matin.  Trois  secousses  assez  fortes  à  Flers-en-Escrebieux,  (départe- 
ment du  Nord.) 

27  Secousses  dans  la  Sierra-Tejeda,  aux  confins  des  provinces  de  Grenade 

et  de  Malaga,  ainsi  qu'à  Alhama,  Foraes  et  Arenas. 

29  Secousses  à  Motril.  Écroulement  du  clocher.  Secousses  à  Alhama. 

30  Secousses  à  Sétif  et  à  Msila  où  huit  maisons  arabes  se  sont  écroulées. 

Direction  Est-Ouest. 
1"  février.      4**  37"  soir.  Secousses  et  bruits  souterrains  dans  le  Calvados  et  la  Manche, 
notamment  à  Villers-Bocage,  Anctoville,  Landelle,   Caen,   Balleroy, 
Caumont,  Littry.  Direction  Sud-Ouest  et  Nord-Est. 

4  Secousses  en  divers  points  du  Portugal. 

5  Légères  secousses  et  bruits  souterrains  à  Banera,  province  d'Alicante. 

6  Forte  secousse  à  Mélijis,  province  de  Grenade. 

6  G"»  30-  soir.  Plusieurs  secousses  assez  fortes  dans  la  Charente-Inférieure, 

à  Saintes,  aux  Arciveaux,  à  Lormont,  à  Saint- Jean-d'Angely  d'),  Ro- 
chefort,  Angoulême,  Cognac. 
Deux  fortes  secousses  à  Tambril  (Andalousie);  trois  maisons  éboulées. 

11  Les  secousses  continuent  dans  la  chaîne  de  Tejada. 

12  Secousses  à  Torre  del  Campo  ;  écroulement  de  Téglise  et  de  l'hôpital. 
14-15                 Nuit.  Secousses  à  Grenade  et  à  Vêlez. 

15  lO**  soir.  Fortes  secousses  dans  la  vallée  de  l'Isère;  légères  à  Chambéry. 

19  Deux  fortes  secousses  à  Grenade  et  à  Malaga. 

On  n'a  peut-être  jamais  vu  autant  de  tremblements  de  terre  en  un  si  court 
espace  de  temps^  Pourtant,  cette  statistique  est  nécessairement  fort  incom- 
plète, malgré  tous  les  soins  que  nous  avons  apportés  à  coUationner  les  rela- 
tions qu'on  a  bien  voulu  nous  adresser  et  à  leur  adjoindre  celles  que  nous 
avons  pu  recueillir.  Elle  ne  donne  qu'une  idée  très  restreinte  de  ce  qui  doit 
se  passer,  nous  ne  dirons  pas  surTensembledu  globe,  mais  même  en  Europe 
seulement.  Or,  si  déjà  elle  suffit  pour  nous  montrer  que  pas  un  seul  jour, 
pour  ainsi  dire,  ne  s'est  passé  sans  être  marqué  par  un  tremblement  de  terre 
plus  ou  moins  intense,  nous  devons  en  conclure  que,  dans  la  totalité  du 
globe,  non  seulement  pas  un  seul  jour,  mais  sans  doute  pas  une  seule  heure 
ne  se  passe  sans  que  la  surface  du  sol  soit  agitée  en  un  point  ou  en  un  autre. 

Dans  l'ensemble  des  secousses  qui  viennent  d'être  notées,  quelles  sont 
celles  qui  sont  en  relation  directe  avec  le  phénomène  géologique  dont  l'Es- 
pagne vient  d'être  le  théâtre? 

La  statistique  générale  des  tremblements  de  terre  établissant  que  pas  un 
seul  jour  de  l'année  ne  se  passe  sans  qu'une  secousse  du  sol  soit  signalée  en 
un  point  ou  en  un  autre  de  la  planète,  nous  pouvons  tenir  pour  certain  que 
toutes  les  secousses  de  la  liste  précédente  ne  sont  pas  nécessairement  asso- 

(*)  Le  tremblement  de  terre  des  Charentes  a  été  observé  notamment  à  Annezay,  arr. 
de  Saint- Jean-d'Angely,  par  M.  Ch.  Riveau  :  secousse  assez  forte  pour  ébranler  les 
maisons,  soulever  le  sol,  briser  des  vitres;  bruit  semblable  à  celui  d'un  train  qui  arrive 
à  toute  vitesse.  Le  lendemain,  orage  et  violents  coups  de  foudre. 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  95 

ciées  à  la  catastrophe  de  TAndalousie.  Il  est  naturel  d'en  exclure  d'abord  les 
plus  éloignées,  —  à  moins  que  des  symptômes  de  corrélation  évidente  ne  se 
soient  manifestés.  Ainsi,  par  exemple,  le  tremblement  de  terre  ressenti,  le 
13  janvier,  dans  la  Sibérie  orientale,  doit  être  considéré  comme  étranger  à 
celui  de  l'Espagne.  Nous  pouvons  regarder  comme  hors  du  cadre  également 
celui  du  26,  en  Californie.  En  est-il  de  môme  de  celui  du  4,  en  Autriche,  et 
de  ceux  des  29  décembre,  12  et  15  janvier,  en  Danemark?  Probablement.  Mais 
déjà  l'observation  nous  invite  à  être  fort  circonspects  si  nous  voulons  voir 
quelque  chose  dans  ces  limbes  encore  mystérieuses.  En  effet,  les  violentes 
secousses  du  25  décembre,  de  8** 53  et  11*" 44  (heure  de  Madrid),  si  terribles 
pour  l'Andalousie,  ont  été  ressenties  à  Madrid  sans  l'être  par  les  pays  inter- 
médiaires, formés  de  terrains  mous  dans  lesquels  les  mouvements  se  sont 
amortis  et  éteints.  Nous  avons  vu  aussi  qu'on  les  a  ressenties  en  Angleterre, 
sans  qu'en  France  personne  ait  rien  remarqué.  Les  observations  anglaises 
étant  peu  nombreuses,  pourraient  être  mises,  sinon  sur  le  compte  de  l'illu- 
sion, du  moins  sur  celui  d'un  phénomène  local,  si  la  coïncidence  de  l'heure 
ne  plaidait  en  faveur  d'une  corrélation  avec  l'Espagne.  Mais  il  y  a  plus. 

Dans  le  département  de  l'Orne,  un  phénomène  géologique  assez  extraor- 
dinaire vient  témoigner  également  en  faveur  d'une  très  grande  extension 
des  effets  souterrains  des  tremblements  de  terre  espagnols.  On  en  doit  la 
connaissance  au  Comité  de  la  Société  scientifique  Flammarion,  d'Argentan. 
Une  filature,  située  au  fond  du  vallon  de  Saint-Pierre-Entremont,  porte  une 
haute  cheminée  qui  ne  recevait  jamais  les  rayons  du  soleil  entre  le  5  décembre 
et  le  14  janvier.  Depuis  la  fin  de  décembre  dernier,  les  habitants  du  pays 
ont  vu,  à  leur  grande  stupéfaction,  le  sommet  de  cette  cheminée  éclairé  par 
le  soleil  tous  les  jours  vers  midi.  Ou  le  terrain  sur  lequel  est  bâtie  la  filature 
s'est  exhaussé,  ou  le  mont  Cerisy,  situé  au  sud  et  dont  la  cime  lui  masquait 
le  soleil,  a  subi  un  affaissement. 

D'autre  part,  les  secousses  du  22  décembre  ont  été  ressenties  aux  îles 
Açores,  en  Portugal  et  en  Galice.  La  distance  est  la  même  que  celle  de  l'Anda- 
lousie à  l'Angleterre. 

Que  la  vibration  souterraine  ait  passé  sous  la  France  et  se  soit  révélée  en 
certains  points  en  relation  directe  avec  les  roches  vibrantes,  c'est  ce  qui  est 
également  manifeste  par  le  fait  suivant  : 

A  l'Observatoire  de  Bruxelles,  le  26  décembre  au  matin,  l'astronome  de 
service  s'aperçut  que  l'une  des  horloges  sidérales  s'était  arrêtée  dans  la  nuit, 
et,  quand  il  voulut  observer  avec  la  lunette  méridienne,  il  constata  que  l'axe 
optique  de  l'instrument  s'était  dérangé,  et  que  les  piliers  de  support 
n'étaient  plus  dirigés  suivant  la  verticale.  11  était  impossible  de  vérifier  d'une 
manière  plus  délicate  l'effet  produit  par  le  phénomène. 


96  L'ASTRONOMIE. 

A  rObservatoire  de  Greenwich,  la  secousse  a  été  enregistrée  par  les  instru- 
ments magnétiques. 

En  Allemagne,  il  en  a  été  de  même  à  Wilhelmshaven. 

La  secousse  observée  en  Suisse,  le  25  décembre,  à  8^17"  (heure  de  Berne), 
ce  qui  correspond  à  7**  34"*  de  Madrid,  ne  doit  pas  être  en  corrélation  avec 
celles  d'Espagne,  car,  dans  l'état  dans  lequel  les  esprits  ont  été  jetés  par  la 
catastrophe,  on  n'eût  pas  manqué  de  se  souvenir  des  moindres  mouvements 
du  sol  qui  l'auraient  précédée. 

Celles  du  5  janvier  au  matin,  à  Chambéry,  Savines,  Embrun,  Marseille  et 
en  Italie,  ne  paraissent  pas  non  plus  en  relation  avec  celles  d'Espagne,  car, 
d'une  part,  on  ne  signale  rien  ce  matin-là  en  Espagne,  et,  d'autre  part,  nos 
lecteurs  se  souviennent  du  tremblement  de  terre  du  27  novembre  dans  les 
Alpes-Maritimes,  qui  a  été  ressenti  également  jusqu'à  Marseille,  à  peu  près 
aux  mêmes  points  que  celui-ci,  et  auquel  l'Espagne  était  restée  étrangère.  Ces 
mouvements  étaient  probablement  une  suite  de  ceux  du  27  novembre.  Les 
secousses  du  25  janvier  à  San-Remo  appartiennent  au  même  foyer  alpestre. 

De  l'ensemble  considérable  de  témoignages  exposés  jusqu'ici  et  comparés 
entre  eux,  nous  sommes  conduits  aux  conclusions  suivantes  pour  l'explica- 
tion des  tremblements  de  terre  de  l'Espagne  : 

lo  Les  secousses  les  plus  violentes  et  les  plus  désastreuses  se  sont  produites 
sur  les  anciennes  failles  géologiques,  dans  les  dislocations  de  roches  auxquelles 
on  doit  la  configuration  de  cette  partie  deTEspagne. 

2o  Ces  dislocations  ou  fractures  constituent  une  base  instable  pour  ces  terrains. 
Les  roches  inférieures  s*appuient  obliquement  les  unes  sur  les  autres  et  laissent 
des  vides  entre  elles.  Plusieurs  causes  peuvent  amener  des  tassements,  des  ébou- 
lements,  des  changements  de  niveau. 

3»  Parmi  ces  causes,  les  eaux  de  pluie,  qui  descendent  perpétuellement  de  la  sur- 
face du  sol  vers  les  profondeurs,  constituent  Tune  des  plus  importantes.  Ces  eaux 
désagrègent  lentement  les  appuis,  les  piliers,  les  voûtes,  par  l'action  purement 
mécanique  de  leurs  courants.  De  plus,  en  se  combinant  avec  certaines  roches, 
elles  donnent  naissance  à  des  produits  chimiques  variés  dont  l'action  ne  peut  pas 
être  insensible.  D'autre  part  encore  la  chaleur  inhérente  à  ces  profondeurs  trans- 
forme l'eau  en  vapeur.  Il  y  a  donc  dans  ces  profondeurs,  par  le  fait  même  de 
Texistence  des  eaux  minérales,  des  opérations  chimiques  et  de  la  température, 
des  vapeurs  et  des  gaz  qui  remplissent  les  vides  qui  subissent  une  énorme  pres- 
sion et  qui  cherchent  à  se  faire  jour.  Les  tremblements  de  terre  de  TEspagne  ont 
été  précédés  de  fortes  pluies  (*). 

4o  Plusieurs  circonstances  peuvent  favoriser  l'ébranlement  du  sol.  Toutes  les 

^  '  )  M.  Rey  de  Morande  considère  même  cette  cause  comme  la  plus  importante. 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  97 

conditions  étant  préparées  pour  un  éboulement  intérieur,  tassement  de  roches 
désagrégées,  combinaisons  de  gaz,  une  cause  relativement  légère  suffira  pour 
amener  la  rupture. 

Des  changements  brusques  et  répétés  dans  la  pression  atmosphérique,  en  en- 
levant de  la  surface  du  sol  un  poids  de  plusieurs  millions  de  kilogrammes,  en  Ty 
ramenant  et  en  le  supprimant  encore,  peuvent  être  non  la  cause,  mais  Toccasion 
de  la  rupture  d'équilibre.  C'est  ce  qui  s'est  présenté  en  Espagne,  quoique  cela 
soit  loin  de  se  présenter  dans  tous  les  tremblements  de  terre.  Pendant  tous  les 
jours  qui  ont  précédé  la  violente  secousse  du  25  décembre,  le  baromètre  oscillait 
d'une  manière  si  folle  que  les  ingénieurs  avaient  cessé  de  prendre  leurs  mesures 
de  niveau.  La  période  du  22  décembre  au  15  janvier  a  été  marquée  par  des  intem- 
péries extraordinaires  pour  l'Espagne  :  le  thermomètre  est  descendu  jusqu'à  5»  au 
dessous  de  zéro  à  Madrid^  et  jusqu'à  22»  à  Soria;  la  neige  est  tombée  sur  des  pays 
où  on  ne  l'avait  jamais  vue. 

5»  D'immenses  crevasses  se  sont  ouvertes;  des  sources  minérales  ont  été  modi- 
fiées dans  leur  volume,  leur  composition  chimique  et  leur  température;  plusieurs 
ont  entièrement  disparu  ;  d'autres,  au  contraire,  ont  jailli  du  sol.  Nous  avons  vu  plus 
haut  que  de  certaines  crevasses  sortent  des  gaz  fétides  à  odeur  d'acide  sulfhy- 
drique,  que  l'on  sent  à  plus  d'un  kilomètre  de  distance  ;  qu'ailleurs  jaillissent  en 
bouillonnant  des  matières  visqueuses.  Ce  sont  là  autant  de  témoignages  de  l'ac- 
tivité chimique  qui  règne  sous  nos  pieds. 

&*  Les  modifications  apportées  à  la  surface  du  sol  ne  paraissent  pas  être  des 
surélévations  de  terrains,  mais  des  abaissements,  comme  on  l'a  vu  plus  haut.  Le 
changement  de  cours  de  quelques  rivières,  la  formation  d'un  petit  lac,  la  chute 
de  parties  de  montagnes  au  fond  des  vallées,  les  glissements  de  terrains,  les  modi- 
fications dans  le  dessin  des  rivages  de  la  mer,  tout  cela  est  dû  à  des  tassements, 
non  à  des  soulèvements. 

7»  Il  n'y  a  pas  eu  que  des  tassements.  On  a  ressenti  des  trépidations  et  des 
oscillations  de  bas  en  haut.  Ces  trépidations  ont  dû  être  causées  par  la  pression 
des  gaz  et  des  vapeurs  cherchant  une  issue.  Tout  le  monde  connaît  la  force  pro- 
digieuse des  vapeurs  et  des  gaz  en  tension. 

8»  Les  commotions  produites  dans  les  roches  par  ces  ruptures  d'équilibre,  ces 
éboulements,  ces  changements  de  niveau,  se  sont  transmises  au  loin  :  Angleterre, 
Belgique,  etc.  Elles  se  sont  transmises  par  les  roches  dures.  Des  terrains  mous 
encastrés  dans  ces  roches  ne  les  ont  pas  éprouvées. 

9»  Les  ruptures  d'équilibre  se  sont  communiquées  de  proche  en  proche  sous 
l'Andalousie  tout  entière,  sous  une  partie  de  l'Espagne  et  même  sous  la  France. 
Sur  le  chemin  de  l'Espagne  à  l'Angleterre,  notamment  dans  l'Orne,  le  Calvados 
et  la  Manche,  puis  dans  la  Charente-Inférieure,  divers  symptômes  ont  témoigné 
de  ce  contre-coup. 

Ainsi,  la  constitution  géologique  de  cette  région  de  FEspagne  suffit  ample- 
ment pour  rendre  compte  de  tout  ce  qui  est  arrivé.  Toute  cette  surface  repose 

3*' 


98  L  ASTRONOMIE. 

sur  des  roches  mal  équilibrées,  sur  des  couches  plissées,  inclinées,  disjointes, 
disloquées,  parsemées  de  fractures,  défailles,  de  voûtes  et  de  ponts.  Que  Tun 
des  points  d'appui,  qu'uji  pilier  cède  sous  l'influence  de  la  désagrégation 
causée  parles  eaux,  qu'un  léger  glissement  s'opère,  qu'une  voûte  s'effondre, 
et,  petit  à  petit,  toute  la  région  subira  une  légère  modification  dans  son  relief. 
Ajoutons  à  cela  les  énormes  pressions  produites  par  de  faibles  quantités  de 
vapeur  d'eau,  le  déplacement  des  courants  intérieurs  d'eaux  minérales,  elles 
divers  phénomènes  observés  s'expliquent  sans  qu'il  soit  nécessaire  d'invoquer 
l'existence  du  feu  central.  Néanmoins,  la  cause  de  ces  mouvements  du  sol 
gît  à  une  grande  profondeur,  puisque  ses  effets,  loin  de  se  borner  à  un  seul 
district,  se  sont  étendus  à  l'Ouest  jusqu'aux  Açores,  au  Nord  jusqu'en  Angle- 
terre, etc.  Le  mouvement  géologique,  préparé  depuis  longtemps  par  les 
conditions  mômes  de  l'instabilité  de  ces  bases,  peut  fort  bien  avoir  été  déter- 
miné par  les  colossales  oscillations  atmosphériques  qui  ont  précisément  eu 
lieu  pendant  toute  cette  période.  A  cette  môme  période  appartiennent  le  cyclone 
qui  ravagea  Catane,  en  Sicile,  et  la  tempête  extraordinaire  qui  lança  la  Médi- 
terranée dans  les  rues  de  Nice. 

Ce  mémorable  tremblement  de  terre  est  le  plus  terrible  que  l'on  ait  eu  à 
enregistrer  dans  la  Péninsule  ibérique  depuis  l'Inoubliable  catastrophe  de 
Lisbonne,  du  !•'  novembre  1755  (et,  bizarre  coïncidence,  dans  ce  pays  si 
catholique,  ces  deux  fléaux  sont  tombés  sur  les  populations  précisément  deux 
jours  de  grande  fôte  :  le  premier,  le  jour  de  la  Toussaint,  le  second,  le  jour 
de  Noël).  En  1755,  il  y  eut  trente  mille  morts;  cette  fois-ci,  deux  mille.  La 
secousse  la  plus  violente  arriva  à  9*'40"  du  matin,  au  moment  où  les  églises 
se  remplissaient  pour  la  messe  ;  elle  ne  dura,  dirent  les  survivants,  qu'un 
dixième  de  minute,  et  suffit  pour  faire  ébouler  tous  les  monuments,  églises, 
couvents  et  palais;  un  quart  delà  ville  disparut  instantanément  sous  les 
décombres.  L'angoisse  des  survivants  fut  telle,  en  voyant  la  terre  leur  man- 
quer sous  les  pieds,  le  sol  onduler  comme  la  mer,  des  crevasses  s'ouvrir  et  se 
fermer,  des  murs  se  fendre  et  se  recoller,  que,  malgré  les  gémissements  des 
victimes  qui  n'étaient  pas  tuées  et  appelaient  du  secours,  chacun,  emporté 
par  son  seul  instinct  de  conservation,  restait  sourd  à  tous  les  sentiments 
humains  pour  ne  songer  qu'à  son  propre  salut. 

Un  immense  raz  de  marée  arriva  et  emporta  ceux  qui  s'étaient  sauvés  sur 
le  rivage.  En  môme  temps,  le  feu  des  foyers  allumés  et  ensevelis  se  commu- 
niqua pai-tout,  le  vent  souffla,  et  la  partie  de  la  ville  qui  avait  résisté  aux 
secousses  fut  réduite  en  cendres  (»). 

(^)  Au  milieu  d'un  tel  désastre,  on  vit  unq  énorme  quantité  de  voleurs  et  d'assassins 


OBSERVATIONS  DE  JUPITER.  99 

Cette  région  est  malheureusement,  par  sa  constitution  géologique,  exposée 
à  ces  oscillations  du  sol,  insignifiantes  pour  la  planète,  graves  et  funestes 
pour  rhumanité.  Déjà,  dans  notre  siècle,  on  a  subi  là  un  grand  nombre  de 
tremblements  de  terre, 

Nous  pouvons  maintenant,  en  connaissance  de  cause  et  en  comparant 
l'expérience  géologique  dont  nous  venons  d'clre  témoins  aux  autres  grands 
tremblements  de  terre  observés,  nous  former  une  idée  judicieuse  et  ration- 
nelle de  la  constitution  du  sol  sur  lequel  nous  vivons. 

(La  fin  prochainement.  )  Camille  Flammarion. 


NOUVELLES  OBSERVATIONS  SUR  JUPITER. 

La  tache  rouge  de  Jupiter  reste  encore  facilement  visible,  quoiqu'il  n'en  existe 
plus  qu'une  légère  esquisse.  Sa  position,  par  rapport  à  la  dépression  de  la  grande 
bande  sombre  australe,  est  la  même  que  pendant  la  dernière  opposition.  La  tache 
blanche  continue  à  se  montrer  sur  le  bord  austral  de  la  zone  équatoriale.  Elle 
est  aussi  brillante  qu'à  l'époque  où  elle  attira  pour  la  première  fois  l'attention. 

J'ai  fait  les  observations  suivantes  de 'la  tache  rouge  pendant  l'apparition 
actuelle  de  Jupiter  : 

Passage  de  la  tache  rouge  par  le  méridien  central. 

Dates.  Heures. 

1884    21  Septembre 18^37" 

3  Octobre 18  28 

8         »       1735 

18  Novembre 16  25 

27  «        18  45 

20  Décembre 12  49 

21  »>  18  39 

31  »  16  52 

Temps  moyen  de  Paris. 

Pendant  un  intervalle  de  100J22*»15«n,  la  tache  a  accompli  244  révolutions,  et  sa 
période  de  rotation  s'est  trouvée  égale  à  9^  55™  36*  9,  de  sorte  que  son  mouvement 
semble  s'être  accéléré  depuis  les  deux  dernières  oppositions.  La  période  de  rota- 

enlever  tout  ce  qu'ils  pouvaient,  arracher  des  ruines  et  achever  les  victimes  qui  défen- 
daient leurs  biens  «  sur  quoi,  écrivait  un  témoin  oculaire,  le  roi  ordonna  qu'on  dressât 
des  gibets  tout  autour  de  la  ville,  et,  après  une  centaine  d'exécutions,  le  mal  fut  arrêté.  » 
Le  dernier  tremblement  de  terre  n'a  pas  atteint  heureusement  ce  degré  d'horreur,  et 
Ton  espère  que  les  progrès  introduits  dans  la  civilisation  interdiront  le  retour  de 
pareilles  scènes.  Cependant  les  passions  humaines  sont  âpres  et  tenaces.  L'autre  jour, 
nVt-on  pas  vu  à  Grenade,  des  cochers  demander  cent  francs  par  heure  pour  conduire 
des  personnes  hors  de  la  ville?  Ils  «  profitaient  »  de  l'excellente  occasion  offerte  par  un 
événement  qu'ils  qualifiaient  de  «  trop  rare  ». 


100  L'ASTRONOMIE. 

tion  s'était,  en  effet,  retrouvée  la  même  à  ces  deux  époques  avec  une  valeur  de 
9»»55°»39»,  1.  (V.  Astronomie,  t.  III,  p.  349.) 

La  tache  blanche  équatoriale  est  actuellement  aussi  distincte  et  aussi  brillante 
qu'elle  le  fut  jamais  (V.  fig,  37,  où  elle  est  bien  représentée  près  du  limbe  oriental, 
et  sur  le  bord  boréal  de  la  grande  bande  sombre  qui  s'étend  au  sud  de  Téquateur). 
Un  accroissement  très  remarquable  de  sa  vitesse  s'est  manifesté  pendant  les  trois 

Fig.  36. 


Aspect  de  Jupiter,  le  27  novembre  1884,  à  i8'»45".  (Temps  moyen  de  Paris  ) 
Réflecteur  de  10  pouces,  grossissement  =  252. 

derniers  mois.  J'ai  fait  les  observations  suivantes  des  heures  de  son  passage  par 
le  méridien  central  de  la  planète. 

Tache  blanche  sur  le  méridien  central. 

Dates.  Heures. 

1884  4  Octobre 17''52- 

7  Novembre 18  17 

21           »          16  41 

27          » 19  59 

9  Décembre 16  57 

18           »         17    7 

20           »         18  15 

24           »         20  30 

31           »         19  33 

1885  4  Janvier 12    2 

Temps  moyen  de  Paris. 


OBSERVATIONS  DE  JUPITER.  101 

L'intervalle  qu'embrassent  ces  observations  est  de  91J18**10",  pendant  les- 
quelles la  tache  blanche  a  accompli  224  révolutions  avec  une  période  de  9^  49™  51»,  6. 
Cette  période  est  de  20»,  5  plus  courte  que  celle  de  9^50"»  12»,  1  qui  résultait  des 
observations  effectués  pendant  les  oppositionsprécédentes(V.  Astronomie,  t.  III, 
p.  349). 

Les  éphémérides  que  M.  Marth  a  publiées  dans  le  volume  XLIV  des  Monthly 

Fifir.  37. 


Aspect  de  Jupiter,  le  31  décembre  1884,  à  16i>52".  (Temps  moyen  de  Paris.) 
Réflecteur  de  10  pouces,  grossissement  =  252. 

Notices,  p.  454-458,  sont  basées  sur  les  observations  que  j'ai  faites  de  cette  tache 
pendant  les  deux  dernières  années,  et  qui  conduisaient  à  un  mouvement  de  870»,  34 
par  jour,  correspondant  à  une  durée  de  rotation  de  9*»50"12»,25.  En  comparant 
les  observations  actuelles  avec  les  indications  de  ces  éphémérides,  on  voit  que, 
durant  les  trois  derniers  mois  (du  4  octobre  1884  au  4  janvier  1885),  la  tache  blanche . 
équatoriale  s*est  écartée  de  47»,  2  à  l'Est  de  sa  position  calculée.  Cela  signifie  que 
la  tache  s'est  déplacée  sur  une  longueur  de  53  000  kilomètres  à  la  surface  de  la  pla- 
nète. Ce  mouvement  correspond  à  une  vitesse  de  227»^™  par  jour  jovien  ou  de  557^» 
par  jour  terrestre.  Quelle  peut  être  la  cause  d'une  accélération  si  rapide  dans  le 
mouvement  de  cette  tache?  Il  est  bien  impossible  de  l'expliquer  actuellement; 
maison  voit  par  là  combien  il  est  nécessaire  de  continuer  les  observations  avec  le 
plus  de  soin  possible,  afin  de  poursuivre  l'étude  des  phénomènes  si  curieux  pré- 
sentés par  cette  tache. 


102  L^ASTRONOMIB. 

Les  fig.  36  et  37,  montrent  une  curieuse  entaille  sur  le  bord  boréal  de  la  grande 
bande  sombre  boréale.  Le  27  novembre  et  le  31  décembre,  j'ai  vu  dans  cette  en- 
taille une  tache  très  brillante  qui  paraît  se  déplacer  avec  une  vitesse  de  rotation 
très  légèrement  supérieure  à  celle  des  restes  de  la  tache  rouge. 

W.-F.  Denning, 
Astronome  à  Bristol. 


MOUVEMENT  PROPRE  D'UNE  ÉTOILE  DE  11^  GRANDEUR 

VOISINE  D'ALDËBARAN. 

On  sait  que  M.  Flammarion  a  découvert,  en  1877  (i),  par  ses  mesures  micro- 
métriques d*Aldébaran  et  de  son  compagnon,  que  cette  petite  étoile  télescopique 
de  11«  grandeur  est  animée  d'un  mouvement  propre  remarquable.  C'est  la  pre- 
mière fois  qu'un  mouvement  propre  était  reconnu  pour  une  étoile  aussi  faible,  et 
le  fait  paraissait  si  surprenant  que  l'observateur  recommença  plusieurs  séries  de 
mesures  dans  la  crainte  d'avoir  été  dupe  d'erreurs  accidentelles.  Les  doux  princi- 
pales séries  donnent  : 

Angle.  Distance. 

23  janvier  1877 35*32'         114',5 

29  novembre  1877 34  57         114,9 

Ces  positions  étaient  assez  inattendues,  car  Tillustre  observateur  d'étoiles 
doubles,  William  Struve,  avait  conclu  [Positiones  Mediœ  (1852),  p.  CCXXVI)  que 
les  observations  faites  par  Herschelen  1781,  par  lui-même  en  1836,  et  par  son  fils 
en  1851,  conduisaient  à  admettre  que  le  mouvement  relatif  observé  sur  le  com- 
pagnon était  causé  par  le  mouvement  propre  d'Aldébaran  lui-même. 

Or  voici  les  principales  valeurs  obtenues  pour  le  mouvement  propre  d'Aldé- 
baran, l'une  des  trois  premières  étoiles  dont  Halley  ait  signalé  le  déplacement 
en  latitude  (dès  1718)  et  l'une  de  celles  qui  ont  été  le  plus  étudiées  sous  ce 
rapport. 

DÉTERMINATIONS  PRINCIPALES  DU  MOUVEMENT  PROPRE  d'aLDÉBARAN 

Mouyement  propre. 
Auteurs.  D'après  les  observations  de  :  Ascension  droite.    Distance  polaire. 

Mayer  1760.  Rœmer  170G  et  Mayer  1756 h-  G', 06  -^  0'  36 

Piazzi  1814.  Mayer  1756  et  Piazzi  1800 -r-  0',04  -+-  0,21 

Bessel  1818.  Bradley  1755  et  Piazzi  1800 -:-  0%042  -+-  0, 104 

Argelander  1835.  Bradley  1755  etObs.  Abo  1825  (*)  Aa  ces  «.  -  -  0',059  (*)  -t-  0,147 

Main  1850.  Bradley  1755  et  Obs.  Greenwich  1845  ...  h-  0*,004  —  0,17 

W.  Struve  1852.    Bradley  1755  et  Obs.  Dorpat  1830 -t-  0",066  -f-  0,127 

W.  Struve  1852.    Lalande  1796  et  Obs.  Dorpat  1830 -f-  0',022  -t-  0,043 

W.  Struve  1852.     Piazzi  1800  et  Obs.  Dorpat  1830 -t-  0'.032  4-  0,047 

Màdler  1856.  Bradley  1755  et  Obs.  Dorpat  1850 -r  0',079  -r-  0,176 

Le  Verrier  1856.  Bradley  1755  et  Obs.  Greenwich  1845....  -  0*,0055  —  0,174 

Auwers.  Bradley  1755  et  Obs.  modernes  (*)  AacosS.  -i-  0*,050  (*;  -t-  0, 184 

(•)  Voy.  Catalogue  des  étoiles  doubles  en  mouvement,  p.  25  et  161;  Les  Étoiles  et 
les  Curiosités  du  CioJ,  p.  288. 


MOUVEMENT  PROPRE  D'UNE  ÉTOILE  DE  11«  GRANDEUR. 


i03 


Parmi  ces  déterminations  principales,  celle  de  Le  Verrier  paraît  trop  forte  en 
ascension  droite,  et  la  meilleure  paraît  être  celle  de  Main,  soit,  en  temps  -+-  0«,004, 
ou  en  arc  +  0',060,  et  c'est  en  effet  celle  que  Ton  adopte  le  plus  généralement.  Si 
nous  multiplions  ce  mouvement  par  le  cosinus  de  la  déclinaison,  nous  obtenons 
pour  le  déplacement  en  arc  de  grand  cercle  :  +  0',0576.  Nous  adoptons  n-  (^,174 

Fig.  38. 


Mouvement  propre  d'Âldôbaran.  Echelle  :  i"*»  =  1". 

pour  le  mouvement  en  distance  polaire.  Ces  deux  quantités  nous  donnent  0',183 
pour  la  marche  annuelle  sur  la  sphère  céleste,  soit,  par  siècle,  18',3.  Le  mouve- 
ment le  plus  sûr  est  donc  : 


Ascension  droite. 
A  a  ces  8  +  0',0576. 


Distance  polaire. 
H-0',174. 


Résultante. 
0M83. 


Ndtre  fig.  38  montre  ce  mouvement  à  l'échelle  de  1™»  pour  1*.  On  voit  qu*Al- 
débaran  se  déplace  vers  le  Sud-Sud-Est  de  18'  par  siècle,  dans  une  direction 
faisant  un  angle  de  iS»  E.  environ  avec  la  ligne  Nord-Sud. 

Si  donc,  comme  on  le  pensait  (et  comme  il  était  naturel  de  l'admettre),  le  chan- 


..J.W 


Mouveme&t  de  perspective  que  devrait  avoir  l'étoile  dp  11*  grandeur  si  elle  était  fixe. 

gement  de  position  de  la  petite  étoile,  relativement  à  Aldébaran,  révélé  par  les 
mesures  micrométriques  d*Herschel  et  de  Struve.  était  dû  à  ce  fait  que  cette  minus- 
cule étoile  reposerait  immobile  au  fond  de  l'infini,  et  que  la  brillante  étoile  du 
Taureau,  située  beaucoup  plus  près  de  nous,  marcherait  devant  elle,  ce  déplace- 
ment du  compagnon  devrait  être  égal  et  de  signe  contraire  au  mouvement  propre 
reconnu  à  Aldébaran,  c'est-à-dire  de  : 


Ascension  droite. 
—  0',0576. 


Distance  polaire. 
—  0',i74. 


Autrement  dit,  la  petite  étoile  devrait,  relativement  à  Aldébaran,  marcher 


104 


L'ASTRONOMIE. 


vers  le  Nord-Ouest,  exactement  dans  la  direction  18°  W  du  Nord,  comme  on  le 
roit  sur  la  fig,  39. 

Il  était  d'autant  plus  intéressant  de  faire  une  mesure  précise  que,  non  seule- 
ment Struve  en  1852  et  Dembowski  en  1863  considéraient  le  mouvement  relatif 
comme  expliqué  par  le  mouvement  propre  d'Aldébaran,  mais  encore  que  la  seule 
mesure  connue  depuis  cette  époque,  celle  de  Gledhill,  en  1876,  semblait  accroître 
encore  Tincertitude  du  mouvement  de  cette  minuscule  étoile,  en  montrant  que  la 


Fig.  40. 


N 
Oo 


Aid 


lé^i 


-270»W 


180» 
S 

Mesures  micrométriques  faites  avant  1877  sur  l'étoile  voisine  d'Aldébaran. 

distance  n'augmentait  plus.  On  avait,  en  effet,  pour  ces  diverses  mesures  rap- 
portées à  Alddbaran  : 


Augle. 

Distance. 

1781,96 

37,0 

95 

Herschel. 

1802,10 

35,1 

0 

> 

1825,04 

36,2 

90 

South. 

1836,06 

36,0 

109,0 

Struve. 

1836,98 

35,9 

107,9 

Smyth. 

1851,40 

35,5 

111.6 

Struve. 

1863,37 

34,9 

112,7 

Dembowski 

1876,07 

35,6 

110,9  ±: 

Gledhill. 

MOUVEMENT  PROPRE  D'UNE  ÉTOILE  DE  il»  GRANDEUR. 


105 


On  jugera  de  Tincertitude  de  ces  positions  en  voyant  le  diagramme  (flgAO)  sur 
lequel  elles  sont  représentées. 

Tel  était  Tétat  de  la  question,  lorsque  M.  Flammarion  fit,  au  grand  équatorial 
de  l'Observatoire  de  Paris,  ses  mesures  de  1877.  Elles  lui  démontrèrent  avec 
évidence  que  l'angle  variait  à  peine,  paraissant  diminuer  très  légèrement;  mais 
que  très  certainement  la  distance  augmentait  : 


1877,06 
1877,90 


35,5 
35,0 


114,5 
114,9 


Il  en  résultait  que,  contrairement  aux  déductions  adoptées,  le  mouvement  relatif 


Flg.  41. 


Aldêl^ar&n 


Mouvement  relatif  séculaire  de  l'étoile  voisine  d'AIdébaran. 

du  compagnon  d'Aldébaran  n'était  pas  dû  à  un  simple  effet  de  perspective  causé 
par  le  mouvement  propre  de  la  brillante  étoile  du  Taureau,  mais  aussi  à  un 
mouvement  réel  de  la  petite  étoile  elle-même. 

La  précession  des  équinoxes  fait  légèrement  tourner  autour  du  pôle  de  Téclip- 
tique  la  ligne  de  jonction  des  deux  étoiles;  mais  ce  déplacement  est  insignifiant, 
d'autant  plus  que  ce  n'est  pas  Tangle  qui  a  changé  sensiblement,  mais  la  dis- 
tance. En  fait,  ce  mouvement  de  précession  n'a  pas  d'autre  effet  que  d'aug- 
menter l'angle  de  0',31  par  an.  Dans  tous  les  cas,  c'est  une  augmentation,  et 


106  L*ASTR0N0M1E. 

comme  les  observations  montrent  plutôt  une  légère  diminution,  c'est  qu'en  réalité 
l'angle  diminue. 

Si  maintenant  nous  posons  sur  un  diagramme  les  mesures  les  plus  satisfai- 
santes (1781,  1836  (Struve),  1851, 1863  et  1877)  nous  obtenons  la  fig.  41  sur  laquelle 
nous  voyons  le  mouvement  de  la  petite  étoile  dirigé  vers  13<>,5  environ  Nord-Est, 
avec  une  vitesse  annuelle  de  0',147,  ce  qui  corrrespond  à  : 

Ascension  droite -h  0*,035;  distance  polaire  —  0',142. 

La  flèche  indique  ce  mouvement,  à  la  même  échelle  de  0™,001  pour  r,  pour 
un  demi-siècle  de  part  et  d'autre  de  1836. 
Elle  ne  devrait  pas  marcher  vers  l'Est,  au  contraire,  son  déplacement  de  per- 

Fig.  42. 
N 


-W 


1 
S 

Mouvement  propre  absolu  de  l'étoile  voisine  d'Âldébaran. 

spective,  causé  par  le  mouvement  d'Aldébaran,  tendant  à  la  rejeter  vers  l'Ouest 
(fig.  39).  Elle  est  donc  personnellement  animée  d'un  grand  mouvement  propre  en 
ascension  droite,  égal  à  0',035  -h  0',058,  c'est-à-dire  à  -+-  0',093.  Quant  à  son  mou- 
vement en  distance  polaire,  la  perspective  y  entre  pour  la  plus  grande  part, 
l'étoile  se  rapprochant  du  Nord  d'une  quantité  peu  différente  de  celle  dont  Aldé- 
baran  se  rapproche  du  Sud;  en  additionnant  h- 0*,  174  avec  —  0',  14 2,  il  reste 
H- 0*032  comme  résidu.  Nous  avons  donc  pour  le  mouvement  propre  absolu  de 
cette  petite  étoile  : 

Aa  cos  6  =  +  0',093;  distance  polaire  =  -h  0%032.    Total  =  0',098. 

Ce  mouvement  absolu,  indépendant  de  celui  d'Aldébaran  est  représenté,  fig,  42, 
à  la  même  échelle  que  les  précédents. 

Nos  lecteurs  connaissaient  déjà  ce  fait,  par  les  publications  rappelées  en  tête 
de  cet  article;  mais  il  nous  a  paru  intéressant  de  lui  consacrer  une  notice  spé- 
ciale dans  cette  JReuue,  d'autant  plus  que  ce  fait  très  remarquable  d'un  fort  mou- 
vement propre  dans  une  étoile  de  11»  grandeur,  signalé  pour  la  première  fois  par 
M.  Flammarion,  en  1878,  vient  d'être  péremptoirement  confirmé  par  M.  Otto 
Struve,  directeur  de  l'Observatoire  de  Pulkowa,  dans  un  travail  sur  la  parallaxe 
d'Aldébaran,  lu  à  l'Académie  des  Sciences  de  Saint-Pétersbourg  et  publié  par  cet 
astronome,  à  la  date  du  17  mars  1884. 


ÉTUDE  OCÉANOGRAPHIQUE. 


107 


ÉTUDE  OCÉANOGRAPHIQUE. 

LES  MARÉES  ONT-ELLES  POUR  EFFET  DE  RALENTIR 
LE  MOUVEMENT  DE  ROTATION  DE  LA  TERRE? 


Toutes  les  fois  qu'on  a  traité  des  marées  au  point  de  vue  de  leur  influence  sur 
la  rotation  de  la  Terre,  on  a  implicitement  admis ^  que  leur  mouvement  était 
identique  à  celui  d*un  courant.  Cependant,  comme,  dans  la  supposition  que  la 
terre  fût  entièrement  recouverte  par  la  mer,  les  marées  feraient  le  tour  du  globe 
de  TEst  à  l'Ouest  en  vingt-quatre  heures  ou  à  peu  près,  et  que,  par  conséquent,  la 

Fig.  43. 


^cP        ^        5o*       ^y      >o/°       BV        30**       i^       ïo"        iy  iit'>       5' 


'°tf^g^ttT^^^ 


Positions  moyennes  annueUes  des  Lignes  Isothermes  de  l'eau,  dans  la  région  équatoriale 

de  l'Océan  Atlantique. 


LÉGENDE. 


La  première  ligne,  à  partir  dn  centre,  est  la  Ligne 
Isotherme  de  37*  C,  la  seconde  est  celle  de  26»,  et  ainsi 
de  suite  Jasqu'à  20*.  Les  Lignes  Isothermes  de  37*,  35« 
et  30*  sont  marquées  par  des  traits  plus  forts. 


Les  parties  ombrées  représentent  les  enax  chaudes 
en  mouvement  vers  les  hautes  latitudes  ;  les  parties 
laissées  en  blanc,  les  eaux  froides  en  mouvement  vers 
la  région  équatoriale.  Les  lignes  sombres  dans  la  par- 
tie ombrée,  donnent  les  positions  moyennes  annuelles 
des  courants  chauds  principaux. 


propagation  de  la  haute  mer  se  ferait  avec  une  vitesse  peu  inférieure  à  celle  d'un 
boulet  de  canon,  cette  appréciation  du  phénomène  doit  être  rejetée. 

A  tout  prendre,  le  mouvement  des  marées  ne  peut  être  qu'un  balancement  ou 
une  oscillation  verticale  des  eaux  de  la  mer. 

Dans  l'état  actuel  de  la  Terre,  la  mer  est  divisée  en  plusieurs  bassins  par  les 
continents,  et  ceux-ci  sont  répartis  de  telle  manière,  que  les  marées  ne  se  propa- 
gent dans  leur  sens  normal  de  l'Est  à  l'Ouest,  que  dans  une  partie  des  mers, 
tandis  aue,  dans  les  autres,  elles  suivent  plusieurs  directions  différentes,  qui 
toutes  se  rapprochent  plus  ou  moins  de  celle  des  méridiens  (M* 


(')  Voir  dans  le  Pyhsikalischer  Atlas  de  Berghaus  :  - 
TJbersicht  der  Fluthwellen,  von  dem  Rev.  W.  Whewell.  » 


Versuch  einer  Karte  zur 


108  L'ASTRONOMIE. 

Si,  avec  ces  données,  on  voulait  maintenir  que  les  marées  sont  des  courants, 
ou  qu'elles  impriment  aux  eaux  de  la  mer  des  mouvements  de  translation  horizon- 
tale, on  ne  devrait  trouver,  dans  l'Océan  Atlantique,  par  exemple,  qu'un  seul 
courant  se  propageant  du  Sud  au  Nord  :  courant,  qui,  embrassant  toute  la  largeur 
du  bassin,  se  porterait  de  l'hémisphère  Sud  dans  l'hémisphère  Nord  avec  une 
vitesse  de  plusieurs  centaines  de  kilomètres  à  l'heure. 

Nous  savons  que  ceci  n'est  pas;  nous  sommes  donc  en  droit  d'admettre  qu'au 
large  de  la  terre  ferme,  les  marées  n'engendrent  pas  de  courants  (<). 

Mais  nous  savons  aussi  qu'à  la  rencontre  d'un  obstacle,  à  la  rencontre  de  la 
terre  ferme,  les  marées  donnent  toujours  naissance  à  des  couranis  qui  peuvent 
atteindre  des  vitesses  relativement  très  grandes.  Il  se  pourrait  donc  que  ces  cou- 
rants eussent  l'effet  voulu  sur  la  rotation  de  la  Terre.  Mais  ceci  encore  ne  peut 
pas  ôtre,  car,  si  l'on  admet  que  le  flux  a  pour  effet  de  ralentir  le  mouvement  de 
rotation  de  la  Terre,  le  reflux  l'accélérera  nécessairement  d'autant,  puisque  celui-ci 
n'est  que  le  retrait  des  eaux  que  le  flux  avait  portées  en  avant. 

Cependant,  comme  la  haute  mer,  entraînée  par  le  mouvement  de  rotation  de  la 
Terre,  est  toujours  à  l'Est  du  méridien  où  se  trouve  la  Lune,  il  se  pourrait  que 
l'attraction  de  celle-ci,  agissant  sur  la  protubérance  de  la  mer  sous  un  angle  au- 
dessous  de  90<»,  déterminât,  dans  la  région  équatoriale,  un  courant  de  l'Est  à 
l'Ouest.  Il  est  vrai  qu'en  raison  de  la  faiblesse  extrême  de  la  protubérance  sou- 
levée par  cette  attraction,  le  courant  qui  en  naîtrait  serait  à  peu  près  insensible  ; 
mais,  quand  même  on  lui  supposerait  une  vitesse  quelconque  dans  les  limites  du 
probable,  il  ne  pourrait  jamais,  d'après  nos  connaissances  actuelles,  atteindre  le 
fond  de  la  mer  et  entrer  en  contact  avec  l'écorce  solide  du  globe.  Car,  d'après  de 
nombreuses  observations  directes,  les  courants,  et  nommément  les  courants 
chauds  dont  il  est  question  ici,  sont  toujours  limités  à  des  profondeurs  plus  ou 
moins  grandes  par  des  eaux  sensiblement  plus  froides  et  partant  d'une  origine 
différente,  et  on  n'a  pas  jusqu'ici,  du  moins  à  notre  connaissance,  trouvé  de  cou- 
rant qui  de  la  surface  de  la  mer  en  atteignît  le  fond. 

Nous  sommes  donc  contraints  de  reconnaître  que,  quanci  même  les  eaux  de  la 
mer ,  entre  les  tropiques ,  seraient  entraînées  vers  l'Ouest  d'un  mouvement  coni- 
mun  et  constant,  il  ne  s'ensuivrait  aucunement  que  la  rotation  de  la  Terre  en  pût 
être  affectée. 

Si,  de  ces  considérations  théoriques,  nous  étendons  nos  recherches  aux  obser- 
vations directes,  nous  arrivons  à  un  même  résultat. 

(')  Dans  ses  Considérations  Générales  sur  l'Océan  Atlantique,  3«  édition,  Paris, 
1854,  page  99,  le  capitaine  Ph.  de  Kerhallet  dit  :  a  On  distingue  deux  sortes  de  cou- 
rants :  les  uns  occasionnés  par  les  marées  sont  alternatifs  et  sensibles  seulement  à 
une  petite  distance  des  côtes,  les  autres,  dont  les  physiciens  expliquent  diversement 
les  causes,  sont  à  peu  près  constants  dans  leur  direction  et  ne  s'en  écartent  que  près 
des  cètes  qui  leur  font  obstacle  ». 

Dans  le  N  or  th  Atlantic  M  emoir,  14*  édition,  London,  1879,  page  293,  §  147,  A.  G.  Find- 
lay  s'exprime  ainsi  :  «  Le  flot  {tidal  wave)  n'est  pas  dû  à  une  translation  horizontale 
des  eaux,  ce  qui  serait  un  courant,  mais  à  une  élévation  de  leur  surface.  » 


ÉTUDE  OCÉANOGRAPHIQUE.  109 

En  effet,  les  lignes  isothermes,  qui  sont  exclusivement  construites  sur  ces 
observations,  et  dont,  par  cette  raison,  on  peut  assimiler  le  tracé  à  une  expéri- 
mentation directe,  montrent  que,  dans  l'Océan  Atlantique,  à  quelques  degrés  au 
Nord  de  Téquateur,  les  eaux  équatoriales  forment  une  zone  d'eau  chaude  qui 
s'étend  d'un  continent  à  l'autre  à  travers  toute  la  largeur  du  bassin,  et  que,  de 
cette  zone,  les  eaux  se  déversent  également  dans  les  deux  hémisphères,  sous 
forme  de  courants,  limités  par  les  eaux  froides  qui  des  hautes  latitudes  sont  en 
mouvement  vers  la  région  équatoriale.  (Voir  la  carte  ci-dessus.) 

La  direction  des  lignes  de  même  température  donnant  naturellement  les  direc- 
tions opposées  que  suivent  les  eaux  de  températures  différentes,  il  est  clair, 
d'après  le  tracé  de  la  carte,  qu'il  n'y  a  ici  aucun  indice  du  mouvement  général 
des  eaux  vers  l'Ouest  qu'on  s'est  figuré  exister  entre  les  tropiques.  Mais  ce  n'est 
pas  tout.  Le  tracé  des  lignes  isothermes  nous  révèle  encore  un  dernier  fait  qui 
tranche  définitivement  la  question  :  c'est  que,  dans  les  limites  des  eaux  chaudes 
de  la  zone  équatoriale  et  au  milieu  de  l'océan,  il  se  trouve  une  région  ou  un  point 
de  partage  des  eaux,  de  manière  que,  dans  une  moitié  du  bassin  elles  s'écoulent 
vers  l'Est  et  dans  l'autre  moitié  vers  l'Ouest  (*). 

Or,  comme  il  est  évident  par  soi-même  que  l'attraction  de  la  Lune  ne  peut  pas 
en  même  temps  communiquer  aux  eaux  de  la  zone  équatoriale  deux  mouvements 
de  translation  diamétralement  opposés,  que,  par  conséquent,  les  courants  observés 
dans  cette  zone  ne  peuvent  pas  être  les  effets  directs  de  l'attraction  lunaire,  et 
qu'ainsi  nous  sommes  naturellement  amenés  à  admettre  qu'il  ne  se  trouve  pas 
dans  la  pleine  mer  de  courants  occasionnés  par  les  marées,  nous  arrivons  finale- 
ment à  cette  conclusion  :  que,  dans  Tétat  actuel  de  nos  connaissances,  il  n'y  a 
aucune  raison  de  croire  que  les  marées  aient  pour  effet  de  ralentir  le  mouvement 
de  rotation  de  la  Terre. 

(*)  Sous  le  nom  de  a  Guinea-Gurrent  »,  A.  G.  Findlay  {Chart  of  the  N or th  Atlantic 
Océan,  London,  1869,  et  North  Atlantic  Memoir,  14*  édition,  London,  1879,  à  la 
page  312)  a  figuré  un  courant  qui,  par  sa  position  à  quelques  degrés  au  nord  de  l'équa- 
teur  et  par  son  mouvement  de  TOuest  à  l'Est  parallèlement  à  cette  ligne,  se  reconnaît 
immédiatement  pour  le  môme  que  le  c  Courant  Ëquatorial  Oriental  »  de  la  carte  ci- 
jointe.  Dans  le  Mémoire  cité,  l'auteur  dit  page  339,  g  189,  qu'il  existe  dans  TOcéan 
Pacifique,  un  courant  qui,  par  sa  latitude  et  par  sa  direction,  correspond  exactement 
au  a  Guinea-Current  »  de  TOcéan  Atlantique,  et  il  ajoute  qu'il  y  a  vingt  ans  déjà  qu'il-a 
démontré  la  non-continuité  du  courant  qui  descend  le  long  des  côtes  du  Portugal  et  de 
l'Afrique  Septentrionale  avec  le  a  Guinea-Gurrent  »,  ainsi  que  Tanalogie  qui  existe 
entre  ce  dernier  et  un  courant  périodique  de  l'Océan  Indien  qui  porte  à  l'Est. 

Quand  au  Courant  Équatorial  Occidental  de  la  carte,  c'est  le  courant  généralement 
connu  comme  le  a  Courant  Equatorial,  »  avec  son  prolongement,  le  courant  de  la  Floride 
ou  c  Gulf-Stream.  » 

Colonel  H.  Mathiesen, 

A  Rœskilde  (Danemark). 


110 


L'ASTRONOMIE. 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  -  VARIÉTÉS. 

Six  trombes  marines  observées  dans  l^espace  d^one  demi-heure. 

Monsieur  le  Directeur, 

Jai  rhonneur  de  vous  signaler  un  fait  qui  me  parait  des  plus  extraordinaires: 
une  succession  de  six  trombes  marines  dans  Tespace  d'une  demi-heure;  trois 
d'entre  elles  sont  restées  incomplètes,  tandis  que  les  autres  se  sont  suspendues 


Fig.  44. 


N«  2. 


V  s. 


entre  les  nuages  et  la  mer,  une  dizaine  de  minutes  chacune,  comme  d'énormes 
serpents,  leur  tête  dans  les  nuages,  leur  queue  battant  les  flots. 

Ce  phénomène  a  commencé  ce  matin,  13  janvier  1885,  à  10*»45.  La  mer  était 
calme,  mais  d'un  pourpre  vert  menaçant;  tout  le  fond  de  l'horizon  était  clair  et 
serein,  tandis  que  le  reste  du  ciel  se  montrait  rempli  d'un  amas  de  gros  nuages 
noirs  où  grondait  l'orage.  Au  moment  où  j'ai  fait  ma  première  esquisse,  la  pluie 
tombait  avec  abondance  vers  Nice  et  le  vent  venait  du  Sud-Est  à  peu  près. 
Derrière  nous,  le  soleil,  de  temps  en  temps,  se  faisait  jour  à  tra^vers  les  nuages  et 
jetait  ses  rayons  sur  les  trombes,  pendant  que  du  gros  de  Torage  à  Touest  des 
éclairs  venaient  illuminer  la  scène. 

Peut-être  les  esquisses  suivantes  {fig.  44  à  46)  éclairciront  cette  suite  de  phéno- 
mènes mieux  que  ne  pourraient  le  faire  des  paroles. 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS. 


111 


Une  circonstance  bien  remarquable  :  c'était  la  forme  et  Taspect  de  la  partie  de 
la  trombe  qui  paraissait  monter  de  la  mer.  Plusieurs  personnes,  qui  n'avaient 

Fig.  45. 


N*7, 


Fig.  46. 


P.RwcM  N«  8.  NO  9. 

Dans  les  fig.  44-45-46,  les  lettres  servent  à  désigner  les  différentes  trombes. 


1*  Aspect  des  trombes  à  10^40". 

2»      >  •  10»»48«. 

a»      »  »  10^50-. 

4*      I  •  10^58"  (a  se  dissipe). 

5*      •  »  11^  (cd  commencent). 


6«  Aspect  des  trombes  à  11*»  5">   (cd    avortées.  — 

b  dissipée). 
?•       »  j»  ll^lO*  (d  avortée.  —  ea 

commencé  sur  la  mer,  s'est  élevée,  puis  dissipée 

comme  une  fumée). 
8«  Premier  aspect  de  la  6«  trombe. 
9*  Dernier  aspect  de  la  6«  trombe. 


pas  VU  les  trombes  —  qui  n'avaient  aperçu  que  ce  qui  est  représenté  au  n»  7  — 
croyaient  voir  un  navire  en  feu.  Avec  chaque  trombe  cette  partie  avait  toujours 
cette  même  forme. 

San-Hemo,  le  14  janvier  1885.  Julia  Braddon. 


112 


L'ASTllONOMIE. 


Halo  et  parhélies  observés  &  Orléans.  —  Le  17  janvier  dernier,  j'ai  été 
témoin,  à  Orléans,  d'un  phénomène  météorologique  fort  remarquable  et  assez 
rare  dans  nos  contrées.  A  midi  40",  on  pouvait  voir  autour  du  Soleil  un  cercle  de 

Fig.  47. 


JL^-^l^^^^^^^^"^^ 


Halo  et  parhéUes  observés  à  Orléans,  le  17  janvier  1885. 

22o  de  rayon,  très  brillant.  Aux  deux  extrémités  du  diamètre  horizontal  de  ce  cercle 
se  formèrent  deux  taches  blanches  qui,  pendant  un  quart  d'heure,  augmentèrent 
graduellement  d'intensité,  jusqu'à  devenir  éblouissantes  à  midi  55™.  Il  y  avait 
alors  trois  soleils,  le  vrai,  au  centre  du  halo,  et  les  deux  faux  de  chaque  côté. 
Puis  l'éclat  diminua,  et  les  deux  faux  soleils  s'irisèrent  d'une  teinte  jaunâtre  dans 
leur  moitié  opposée  au  Soleil. 

Dans  le  ciel,  pas  un  nuage,  seulement  une  brume  légère  (précisément la  brume 
glaciale  qui  donne  naissance  aux  halos  et  parhélies).  Le  thermomètre  était  à— 1^ 

Un  arc-en*ciel  non  tangent  au  halo  fut  visible  pendant  toute  la  durée  du  phé- 
nomène, et  cet  arc-en-ciel  était  à  cheval  sur  mon  méridien;  ses  extrémités  s'étei- 
gnant  dans  l'azur  du  ciel,  suivant  une  ligne  passant  par  mon  zénith.  J'ai  ainsi  vu 


NOUVELLES  DE   LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  113 

les  couleurs  de  Tarc-en-ciel,  à  midi,  au-dessus  de  ina  tête.  Dans  toute  son  étendue, 
cet  arc  semblait  limiter  la  brume,  cause  du  halo.  M.  D.  Luzet. 

Ce  dernier  arc  est  fort  rare.  C'est  Tare  circumzénithal  qui  est  tangent  au  halo 
de  46»  quand  celui-ci  est  formé.  La  vivacité  de  ses  teintes,  la  distinction  de  ses 
couleurs,  la  netteté  avec  laquelle  ses  bords  se  détachent  dans  le  ciel  en  font  un 
véritable  arc-en-ciel.  Le  rouge  est  en  dehors,  le  violet  en  dedans.  Cet  arc  ne 
peut  se  produire  que  lorsque  la  hauteur  du  Soleil  est  comprise  entre  20»  et  31».* 

Les  lueurs  crépusculaires.  — 'M.  Guillaume,  à  Péronnas  (Ain),  qui  observe 
avec  soin  ces  lueurs  depuis  leur  origine,  signale  une  diminution  considérable 
dans  leur  intensité  depuis  le  mois  de  décembre.  La  couronne  voilée  qui  entoure 
le  Soleil  reste  encore  visible,  quoique  de  plus  en  plus  faible. 

La  iumière  zodiaca/e,  au  contraire,  a  augmenté  d'éclat.  Les  9,  14  et  16  janvier, 
les  1,  4,  6,  7  et  8  février,  cet  éclat  était  supérieur  à  celui  de  la  voie  lactée. 

On  nous  écrivait  d'autre  part  de  Kustendjie  (mer  Noire)  à  la  date  du  14  décembre, 
que  les  lueurs  crépusculaires  ont  été  très  intenses,  surtout  au  lever  du  Soleil, 
pendant  l'automne  dernier,  mais  pourtant  moindres  que  l'hiver  précédent.  Un 
diagramme  colorié  montre  le  rouge,  Forangé,  le  jaune,  le  rose  et  le  pourpre  se 
succédant  graduellement  de  l'horizon  au  zénith  (18«  de  rouge,  32«  de  jaune  bril- 
lant, 10»  de  rose  lavé  et  30«  de  pourpre). 

Peut-être  doit-on  attribuer  aux  mêmes  lueurs  les  faits  suivants,  les  poussières 
lancées  dans  les  hauteurs  aériennes  par  l'éruption  de  Krakatoa  changeant  de 
place  comme  les  nuages,  tout  en  se  disséminant  insensiblement  : 

«  Le  27  janvier  dernier,  vers  minuit,  nous  écrivait  de  Caen  M.  Baôr,  j'observais 
Saturne  avec  mon  cinq  pouces,  par  un  froid  vif  et  un  ciel  admirable,  lorsque  je 
fus  surpris  de  lui  trouver  la  teinte  rougeâtre  de  Mars,  qu*il  n'avait  pas  une  heure 
auparavant,  et  cela  sans  qu'aucun  détail  de  la  planète  eût  rien  perdu  de  sa  net- 
teté. Immédiatement,  je  braquai  la  lunette  sur  Jupiter,  assez  éloigné  de  là,  il 
avait  sa  teinte  habituelle. 

«  J'ai  fait  la  même  observation  le  23  mars  1884  à  8*>  du  soir,  et  M.  Bruguière  l'a 
faite  à  Marseille,  le  2  mars  de  la  même  année,  à  7*>30°^  du  soir.  Le  ciel  était  si 
pur  que  j'ai  pu  observer  des  étoiles  de  12«  grandeur.  » 

L'hypothèse  d'un  léger  nuage  transparent  passant  devant  Saturne  est  la  plus 
probable.  Pourquoi  trois  fois  devant  la  même  planète?  On  peut  répondre  qu'il  n'y  a 
guère  que  Jupiter  et  Saturne  qui  permettent  de  faire  une  observation  de  ce  genre. 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES 

A  FAIRE  DU  15  MARS  AU  15  AVRIL  1885. 
Principaux  ol^etB  célestes  en  évidence  pour  robservation. 

lo  CIEL  ÉTOILE  : 

Pour  l'aspect  du  ciel  étoile  durant  cette  période  de  Tannée,  se  reporter  soit  aux 
cartes  publiées  dans  la  première  année  de  la  Revue,  soit  aux  descriptions  don- 


114  L'ASTRONOMIE. 

nées  dans  les  Étoiles  et  les  curiosités  du  Ciel  (pages  594  à  635).  Les  belles 
constellations  du  ciel  d'hiver  sont  encore  visibles  et  admirables  à  étudier.  Les 
deux  brillantes  planètes  Jupiter  et  Saturne ,  la  première  près  de  Régulus  et 
la  seconde  dans  le  Taureau,  contribuent  encore  à  en  augmenter  l'éclat. 

2o  SYSTÈME   SOLAIRE   : 

Soleil.  —  Le  15  mars  1885,  le  Soleil  se  lève  à  6*»  15"»  du  matin  et  se  couche  à 
6*»4°»  du  soir;  le  1«'  avril,  Tastre  du  jour  apparaît  au-dessus  de  Thorizon  à  ô^^dO" 
du  matin,  pour  disparaître  au-dessous  à6^29°'  du  soir;  enfin,  le  lever  a  lieu  à 
5^11™  du  matin,  le  15  avril,  et  le  coucher  à6*>50"  du  soir.  La  durée  du  jour  est 
de  11*»49«,  au  15  mars,  de  12^49»  au  l«f  avril  et  de  13*» 39»»  le  15  avril.  Les  jours 
augmentent,  dans  cet  intervalle  d'un  mois,  de  i^i^  le  matin  et  de  46*»  le  soir, 
soit  un  accroissement  de  l'»50"»  au  total. 

Les  soirées  sont  toujours  plus  longues  que  les  matinées  ;  mais  cette  différence 
diminue  rapidement. 

Pendant  toute  cette  période,  le  Soleil  reste  dans  le  voisinage  de  l'équateur,  qu'il 
traverse  le  20  mars  à  10*>39°»  du  matin  :  c'est  à  cet  instant  précis  que  commence 
la  saison  du  Printemps.  Ce  jour  là,  qui  est  le  jour  de  Véquinoxe,  le  Soleil  ne 
devrait  être  visible  que  douze  heures  au-dessus  de  l'horizon;  mais  ce  phénomène 
a  lieu  deux  jours  plus  tôt,  à  cause  de  la  réfraction  que  subissent  les  rayons  lumi- 
neux en  traversant  les  couches  d'air,  au  lever  et  au  coucher  du  Soleil.  Le  15  mars, 
la  déclinaison  australe  du  Soleil  est  de  i^bT;  elle  s  annule  au  moment  de  l'équi- 
noxe,  puis  devient  boréale,  s'élève  à  4o43'  au  1«' avril  et  à9o55'  le  15.  Cette  rapide 
augmentation  de  lio52'  dans  la  déclinaison  de  l'astre  du  jour  explique  pourquoi 
la  température  moyenne  s'accroît  et  les  journées  s'allongent  si  vite  pendant  le 
commencement  d'avril. 

Une  éclipse  annulaire  de  Soleil  aura  lieu  le  16  mars  à  6^24"»  du  soir.  On  sait 
que  les  distances  du  Soleil  et  de  la  Lune  à  la  Terre  ne  restent  pas  invariables  ; 
les  diamètres  apparents  de  ces  deux  astres  sont  donc  aussi  variables,  et,  comme 
ils  sont  presque  égaux  en  moyenne,  il  en  résulte  que  tantôt  c'est  l'un,  et  tantôt 
l'autre  qui  se  trouve  le  plus  grand.  Lorsque  la  Lune  vient  se  placer  entre  la 
Terre  et  le  Soleil,  juste  sur  la  même  ligne,  il  se  produit  une  éclipse  de  Soleil. 
Si  la  Lune  a  le  plus  petit  diamètre,  l'astre  du  jour  déborde  tout  autour  du  disque 
noir  de  la  Lune  et  Téclipse  est  dite  annulaire. 

Le  16  mars,  la  pénombre  de  la  Lune  vient  atteindre  la  terre  à  3^27™  du  soir^ 
temps  moyen  de  Paris,  en  un  point  situé  à  l'Ouest  du  Mexique,  en  plein  Océan  paci- 
fique, par  139059'  de  longitude  Ouest  et  13o23'  de  latitude  Nord;  c'est  en  ce  lieu 
et  à  cet  instant  que  commence  l'éclipsé  partielle.  Le  prolongement  du  cône 
d^ombre  vient  ensuite  rencontrer  la  surface  de  la  Terre  à  4*»  47»  en  un  point  qui  a 
pour  longitude  159o36'  0.  et  pour  latitude  boréale  35ol5';  ce  point  est  au  Nord 
dans  les  iles  Sandwich.  C'est  là  que  commence  l'éclipsé  annulaire.  Ensuite  l'ombre 
de  la  Lune  se  déplace  de  l'Ouest  à  l'Est,  traversant  une  partie  des  États-Unis, 
de  la  confédération  du  Canada,  du  Groenland  et  de  l'Océan  Arctique;  elle  quitte 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  115 

la  surface  de  la  Terre  à  1^ 3™  du  soir,  en  un  point  dont  la  longitude  est  de  4  5«  KX  G. 
et  la  latitude  de  70o47'N.  :  ce  point  se  trouve  dans  le  voisinage  de  l'Islande. 
L'éclipsé  annulaire  est  terminée.  Mais  le  cône  do  pénombre*  continue  sa  marche 
et  n'abandonne  notre  planète  qu'à  8^23™  du  soir,  par  34^4'  longitude  G.  et  49®  de 
latitude  boréale  :  ce  point  est  situé  en  plein  Gcéan  Atlantique. 

L'éclipsé  annulaire  sera  invisible  pour  l'Europe  continentale  ;  mais  elle  pourra 
être  observée  aux  États-Unis,  dans  la  Nouvelle-Bretagne  et  le  Groenland.  Au 
Mexique,  au  Guatemala,  dans  le  Honduras,  à  Cuba,  à  Terre-Neuve,  sur  la  côte 
orientale  des  États-Unis,  ainsi  que  dans  TGcéan  Atlantique,  on  pourra  étudier 
réclipse  partielle. 

La  lumière  zodiacale  se  présente  toujours  dans  les  conditions  les  plus  favo- 
rables pour  Tobservation. 

Lune.  —  C'est  surtout  dans  la  période  comprise  entre  le  20  et  le  28  mars  que 
le  croissant  lunaire  s'offrira  à  nous  dans  les  meilleures  conditions  pour  l'étude 
des  cratères  de  notre  satellite.  En  même  temps,  la  Lune  continue  à  se  maintenir 
très  haut  au-dessus  de  rhorizon  de  Paris  lors  de  son  passage  au  méridien. 
Le  23  mars,  jour  du  premier  quartier,  cette  hauteur  est  de  59«  17'. 

(  NL  le  16  mars,  à    SMô-  soir.  DQ  le    7  avril,  à  2'*52-  soir. 

Phases...  {  PQ  le  23      »      à   5  32       »  NL  le  15     »     à  6    1  matin. 

(  PL  le  30      »      à    4  49       » 

Rappelons  ce  fait  assez  rare  d'un  mois  de  mars  avec  deux  pleines  Lunes.  Le 
17  mars,  de  6^  à  7*»  du  soir,  on  pourra  apercevoir  dans  toute  l'Europe,  le  mince 
croissant  lunaire  vingt-quatre  heures  avant  la  néoménie. 

Une  éclipse  partielle  de  Lune,  à  peu  près  invisible  à  Paris,  aura  lieu  le  30  mars . 
La  Lune  entrera  dans  la  pénombre  projetée  par  la  terre  à  1*>59«  du  soir,  temps 
moyen  de  Paris:  elle  se  trouvera  alors  au  zénith  des  habitants  de  la  Nouvelle - 
Bretagne  (Gcéanie).  Notre  satellite  entrera  dans  Vombre  à  3^8°>  et  sera  au  zénith 
de  la  Nouvelle-Guinée.  Le  milieu  de  Téclipse  aura  lieu  à  4*»44">;  à  ce  moment 
les  I  du  disque  lunaire  seront  plongés  dans  l'ombre  de  notre  planète.  Les  habi- 
tants do  Bornéo  auront  la  Lune  au-dessus  de  leurs  têtes.  La  sortie  de  l'om&re  si 
produira  à  6^19»»  et  la  sortie  de  la  pénombre  à  7»>28"»  du  soir.  Les  peuples  de 
TAsie,  de  l'Afrique  orientale,  de  l'Australie  et  de  l'archipel  de  la  Sonde  seront 
les  mieux  situés  pour  l'observation  du  phénomène.  Comme  la  Lune  ne  se  lève 
qu'à  61"  28",  à  Paris,  Ton  ne  pourra  même  pas  apercevoir  la  sortie  de  l'ombre,  qui 
ne  pourra  être  vue  que  dans  l'Europe  orientale  et  centrale. 

Occultations  et  appulses  visibles  à  Paris. 

Sept  occultations  et  deux  appulses  seront  visibles  dans  la  première  moitié  de 
la  nuit,  depuis  le  15  mars  jusqu'au  15  avril  1885. 

!•  75  Taureau  (6*  grandeur),  le  21  mars,  de  B'-SS  à  9^46"  du  soir.  L'étoile  disparaît  à 
grauche,  à  18*  au-dessus  du  point  le  plus  oriental  et  reparait  au  Sud,  à  16*  à  droite  et 


116 


L'ASTRONOMIE. 


au-dessus  du  point  le  plus  bas.  L'occultation  sera  visible  dans  le  Nord-Ouest  de 
TEurope. 

2*  B.A.C.  1391  (5*  grandeur),  le  21  mars,  à  10'»14".  Simple appulse  à  2'3  du  bord  delà 
Lune,  dans  le  voisinage  du  point  situé  à  égale  distance  du  point  le  plus  au  Sud  et  du 
point  le  plus  à  l'Est.  A  Greenwich,  il  y  aura  également  appulse  de  l'étoile;  mais  en 
Irlande,  il  y  aura  occultation. 

3»  111  Taureau  (5,5  grandeur),  le  22  mars,  de  7"»  10"  à  8*'6-  du  soir.  La  disparition  se 
produit  à  l'Est,  à  8*  au-dessus  du  point  le  plus  à  gauche,  et  la  réapparition  au  Sud,  à 
14*  à  droite  du  point  le  plus  bas  du  disque  1-unaire.  Occultation  visible  dans  le  Nord- 
Ouest  de  l'Europe. 

4*  117  Taureau  (6*  grandeur),  le  22  mars,  à  9''27-  du  soir.  Appulse  k(y,l  du  bord,  dans 
le  voisinage  du  point  situé  à  41*  à  gauche  et  au-dessus  du  point  le  plus  bas  du  disque 
lunaire.  Cette  appulse  est  représentée  fig:  48.  A  Greenwich,  l'étoile  est  occultée  et  la 
durée  du  phénomène  est  de  21". 

5*  68  Gémeaux  (5,5  grandeur),  le  24  mars,  de  ll''53"  à  12''51"  du  soir.  L'étoile  disparaît 
FIg.  48.  Fig.  49. 


Appulse  de  117  Taureau, 
le  22  mars,  à  9*27-  du  soir. 


Occultalion  de  B.A.C.  3836  par  la  Lune, 
le  28  mars,  de  10'' Sô-  à  U'-SS-  du  soir. 


en  un  point  du  disque  situé  à  32*  au-dessus  du  point  le  plus  à  l'Est  et  réapparaît  en  un 
autre  point  situé  à  30*  au-dessous  du  point  le  plus  à  l'Ouest.  Cette  occultation  sera 
visible  dans  toute  l'Europe  occidentale. 

6*  B.A.C.  3529  (6*  grandeur),  le  27  mars,  de  10''4l-  à  11'' 36-  du  soir.  La  disparition  se 
produit  en  un  point  du  disque  situé  à  37*  au-dessus  et  à  gauche  du  point  le  plus  bas, 
puis  la  réapparition  a  lieu  à  41*  au-dessous  du  point  le  plus  à  droite  du  limbe  de  la 
fiune.  Visible  dans  le  Nord-Ouest  de  l'Europe. 

7*  43  Lion  (6,5  grandeur),  le  27  mars,  de  ll''5l"  à  12*45"  du  soir.  L'étoile  disparaît  en 
un  point  du  disque  situé  à  42*  au-dessus  du  point  le  plus  oriental  et  reparaît  à  29*  au 
dessus  du  point  1  e  plus  occidental.  Visible  dans  l'Europe  occidentale. 

8*  B.A.C.  3836  (6*  grandeur),  le  28  mars,  de  10*35-  à  11*33-  du  soir.  La  disparition  de 
l'étoile  et  sa  réapparition  ont  lieu,  comme  le  montre  la  fig.  49,  dans  la  partie  inférieure 
du  disque  lunaire.  L'étoile  disparaît  en  un  point  situé  à  23*  à  gauche  du  point  le  plus 
bas  et  reparaît  en  un  autre  situé  à  27*  au-dessus  du  point  le  plus  occidental.  Occultar 
tion  visible  dans  le  Nord-Ouest  de  l'Europe. 
.  9»  B.A.C.  4591  (6*  grandeur),  le  31  mars,  de  9*31-  à  10*36-  du  soir.  La  disparition  se 


OBSERVATIONS  ASTUONOMIQUES.  117 

produit  au  Sud,  à  12*  au-dessus  et  à  gauche  du  point  le  plus  au  Sud  du  disque  lunaire, 
et  la  réapparition  à  l'Ouest,  à  27*  au-dessus  du  point  le  plus  à  droite.  Occultation  obserr 
vable  dans  le  Nord-Ouest  de  TEurope. 

Occultations  diverses  (•). 
Les  nombreux  lecteurs  de  la  Revue  pourront  encore  étudier,  selon  les  contrées 
qu'ils  habitent,  Europe,  Asie  ou  Afrique,  les  occultations  qui  suivent  : 

!•  6.A.G.  481  (6,5  grandeur),  le  18  mars,  de  7''7-  à  8*'3-  du  soir,  temps  moyen  de  Paris, 
occultation  de  Tétoile  à  Greenwich  et  dans  l'Europe  occidentale. 

2»  B.A.G.  1351  (6,5  grandeur),  le  21  mars,  de  6»» 39-  à  7'»7-  du  soir.  Occultation  visible 
dans  le  Nord-Ouest  de  l'Europe. 

3*  Aldébaran  (l**  grandeur),  le  21  mars,  de  11»» 52"  à  12*' 41"  du  soir,  heure  de  Paris, 
temps  moyen.  Malheureusement,  la  réapparition  ne  pourra  être  observée  en  Europe, 
parce  qu'au  moment  de  la  sortie  d'Aldébaran,  la  Lune  aura  disparu  au-dessou  s  de  l'ho- 
rizon. La  première  phase  du  phénomène  sera  visible  dans  l'Ouest  de  la  France  et  dans 
les  Iles  Britanniques. 

4*  Uranus,  le  29  mars,  vers  12"»  23*  du  soir,  temps  moyen  de  Paris.  L'occultation  de 
cette  planète  ne  sera  observable  que  dans  les  Iles  de  Feu.  En  Europe,  lors  du  passage 
de  la  planète  au  méridien,  on  pourra  distinguer  Uranus,  avec  une  lunette  astrono- 
mique, au  Nord  du  disque  lunaire. 

Le  23  mars,  à  9^  du  soir,  la  distance  de  la  Luneàla  Terre  est  périgée  ;  369,300^, 
diamètre  lunaire  =  32'20'8. 

Le  6  avril,  à4'>  du  soir,  la  distance  de  laLuneà  laTerre  est  apogée  :  403,600*^", 
diamètre  lunaire  =  29' 36', 

Mejicure.  —  Mercure,  tout  à  fait  invisible  dans  la  plus  grande  partie  du  mois 
de  mars,  se  présente  dans  des  conditions  très  favorables  à  la  fin  de  ce  mois  et 
surtout  en  avril.  Le  13  mars,  la  rapide  planète  est  en  conjonction  supérieure  avec 
le  Soleil,  mais  elle  s'éloigne  très  vite  de  l'astre  du  jour,  pour  atteindre  son  maxi- 
mum d'élongation  orientale,  19^  15',  le  8  avril.  Bien  que  cette  élongation  ne  soit 
pas  très  considérable,  Mercure  se  couche  alors  près  de  deux  heures  après  le  So- 
leil, parce  que  sa  déclinaison  boréale  atteint  17o.  Comme  il  est  très  rare  que  la 
planète  soit  si  longtemps  visible  le  soir,  nous  ne  saurions  trop  engager  nos  lec- 
teurs à  profiter  de  cette  circonstance  pour  connaître  un  astre  qui  est  si  difficile  à 
apercevoir. 

Jours.  Passage  Méridien.  Coacher.  Différence  Soleil.    CoDstellation. 

23  Mars 0'»43-    soir.  7»' 10"  soir.  0*'54-  Poissons. 

25      »     0  49         »  7  25  »  16                   » 

29      »     10         »  7  53  »  1  28                    » 

!•' Avril 1    6         »  8  10  »  1  41  Bélier. 

5      »     1  11         »  8  29  «  1  54                   » 

7      »     112         »  8  35  f  1  57 

9      »     1  11         »  8  38  «  l  57 

13      »    15»  8  37  »  1  50                   1» 

(')  Nous  rappelons  aux  Observateurs  du  Ciel  que  toutes  les  occultations  d'étoiles, 
jusqu'à  la  7*  grandeur  exclusivement  sont  signalées  dans  V Astronomie,  Les  personnes 
qui  auront  noté  des  occultations  non  indiquées  ici,  peuvent  être  certaines  que  Tétoile 
qu'elles  ont  vue  occultée  est  de  7*,  8*  ou  ^  grandeur. 


118  L'ASTRONOMIE. 

Le  mouvement  de  Mercure  est  direct.  Le  22  mars  au  matin,  la  planète  se  trou- 
vera à  2o25'  au  Sud  de  Tétoile  de  5«  grandeur  S  Poissons.  Le  24  mars,  au  soir, 
Mercure  sera  visible  à  52'  au  Sud  de  l'étoile  de  4«  grandeur  e  Poissons.  Au  10 
avril  le  diamètre  de  Mercure  est  de  8' 2  et  de  9'4  le  15  avril. 

Vénus.  —  Vénus  se  rapproche  sans  cesse  du  Soleil.  Absolument  invisible. 

Mars.  —  Mars  se  lève  à  5^6™  du  matin,  le  8  avril.  Toujours  invisible. 

Petites  planètes.  —  Cérés  se  trouve  dans  les  meilleures  conditions  possibles 
pour  Tobservation,  puisqu'elle  passe  au  méridien  à  minuit,  le  8  avril.  Il  est  tout 
h  fait  facile  de  la  reconnaître  à  la  simple  vue. 

Jours.  Lever  de  Cérès.  Passage  Méridien.  Constellation. 

18  Mars 6'»56-  soir.                1*'43"  matin.  Vierge, 

23      »    6  32         »                   1  20         »»  » 

28      »    6    7         »                   0  56         M  » 

2  Avril 5  41         »»                   0  32         j»  « 

8      »     5  18         »  minuit  •» 

11      »     4  55         »  1144      soir.  » 

Le  mouvement  de  Cérès  est  toujours  rétrograde  et  très  lent.  La  petite  planète 
se  rapproche  peu  à  peu  de  e  Vierge. 

Le  !<"•  avril,  Cérès  est  éloignée  de  240  millions  de  kilomètres  de  la  Terre.  Elle 
se  trouve  en  ce  moment  à  sa  distance  minimum  de  nous. 

Coordonnées  au  21  mars  :    Ascension  droite...     13**23''.    Déclinaison...      8*29' N. 
»  7  avril  :  »  »  13    9  »  9  40  N. 

Comme  la  précédente,  la  petite  planète  Pallas  se  montre  à  nos  regards,  soit  à 
l'œil  nu,  soit  avec  une  jumelle,  dans  des  conditions  exceptionnellement  favorables. 
C'est  le  21  mars  qu'elle  passe  au  méridien  à*  minuit. 

Jours.  Lever  de  Pallas.  Passage  Méridien.  Constellation. 

17  Mars S»»  47-  soir.                0*'20-  matin.  Vierge. 

21      »    5  20  »  minuit  » 

26      »    4  45  »i  1134      soir. 

!•' Avril 4  10  •  11    9         »  » 

6     »    3  41  »  10  47         M  Lion. 

11      w     3  11  »  10  25         D  » 

Le  mouvement  de  Pallas  est  toujours  rétrograde  et,  fait  unique,  la  petite  pla- 
nète, se  dirige  sensiblement  vers  le  Nord.  Le  19  mars,  PaZZas  pourra  être  aperçue 
à  56'  à  l'Est  de  l'étoile  4,  5  grandeur  ic  Vierge.  Du  19  au  25  mars  elle  se  trouvera 
entre  les  étoiles  ii  et  o  Vierge.  Le  25  mars,  au  soir,  on  la  verra  à  50'  à  l'Ouest  de 
cette  dernière  étoile;  puis,  jusqu'au  12  avril,  elle  se  dirigera  en  ligne  droite  vers 
la  belle  étoile  p  Lion,  de  2«  grandeur.  Pendant  quatre  ou  cinq  jours,  on  la  verra 
à  TEst  de  p  Lion  dont  elle  s'approchera  d'environ  40'.  Le  22  mars,  Pallas  est  éloi- 
gnée de  195  millions  de  kilomètres  de  la  Terre. 

Coordonnées  au  15  mars  :    Ascension  droite...    12'' 3".    Déclinaison...      5»35'N. 
•  12  avril  :  »  »  11  46  »  15    7  N. 


OBSEUVATIONS  ASTUONOMIQUES.  U9 

Junon  se  rapproche  de  la  Terre  dont  elle  n'est  éloignée  que  de  329  millions 
de  kilomètres  au  11  avril.  Une  lunette  terrestre  ou  une  jumelle  marine  suffit 
pour  reconnaître  aisément  ce  petit  astre. 

Joars.  Lever  de  Junon.  Passage  Méridien.  Constellation. 

18  Mars 8^37"  soir.  2»'29-  matin.  Vierob. 

23      »    8  12         »  2    7         »  » 

28      »     7  46         »  1  44         »  » 

2  Avril 7  20         »  1  21         «  » 

7      »    6  54         »  0  58         »  M 

12      »     6  27         u  0  34         »  » 

Junon  continue  son  mouvement  rétrograde  dans  la  constellation  de  la  Vierge. 
Elle  suit  une  direction  parallèle  àlaligne  que  forment  les  étoiles  jx,  v  et  t  Vierge. 

Coordonnées  au  19  mars  :    Ascension  droite...    14*'ll-.    Déclinaison...      3*  6' S. 
»  7  avril  :  »  »  13  59  »  0  42  S. 

Vesta  demeure  entièrement  invisible. 

Jupiter.  — ^  Jupiter  brille  toujours  du  plus  vif  éclat  au  Nord  et  dans  le  voisi- 
nage immédiat  de  Régulus.  Pendant  une  longue  série  de  jours,  on  pourra  étu- 
dier les  deux  astres  dans  le  champ  d*une  même  lunette  astronomique,  munie  d'un 
faible  oculaire.  Jupiter  rétrograde  dans  le  Lion  et  a  un  diamètre  de  40'  au  30  mars. 

Jours.                               Lever.  Passage  Méridien.         Constellation. 

18  Mars 3'»  7-  soir.  10''14-  soir.  Lion. 

22      »     2  49  »  9  57  »»  » 

26      )»     2  32  »  9  40  »  » 

30      »     2  14  »  9  23  »  » 

3  Avril 1  58  »  9    7  »  » 

7      »     1  40  »  8  50  »  » 

11      »     124         »  8  34         )»  » 

Les, satellites  de  Jupiter  sont  toujours  intéressants  à  observer  avec  une  ju- 
melle marine  ou  une  lunette  astronomique.  Les  astronomes  doués  d'une  vue 
excellente  ont  parfois  distingué  le  3«  satellite,  lors  de  ses  plus  grandes  élonga- 
tions.  Voici  les  dates  favorables  :  15,  18, 19,  20,  21,  25,  26  et  29  mars,  1,  2,  5,  8, 
9,  et  12  avril.  Un  moyen  bien  simple,  et  que  j'ai  moi-même  expérimenté,  consiste 
à  se  servir  d'une  feuille  de  papier  très  épaisse  ou  d'un  carton,  que  l'on  a  percé 
avec  une  aiguille  à  tricoter. 

Éclipses  des  satellites  de  Jupiter. 

21  Mars 11''47"  soir.  Emersion     du  1*  satellite  éclipsé. 

25      »    9  26  »                    »  2          »              » 

30  »    8  10  "                     0  1           M              » 

31  »    7  24  »  Immersion  3          »              » 


u 


10  51  »  Emersion  3  »  » 


1"  Avril 10  23  >*  Immersion  4 

»      »    12    2  i>  Emersion  2 

6  .  »    10    5  »                    »  1 

7  »    11  23  »  Immersion  3 

13     M    1159  0  Emersion  1 


120  L'ASTROJNOMIE. 

Remarque.  —  Les  25  mars,  1,  4  et  7  avril,  les  satellites  sont  d'un  même  côté 
du  disque  de  Jupiter. 

Saturne.  —  La  planète  est  toujours  visible  dans  la  constellation  du  Taureau. 
Son  mouvement  est  direct. 

Jours.  PassAge  Méridien.                       Coaclicr.  Constellation. 

18  Mars 5''23-  soir.  l"- IQ"  matin.  Taureau. 

23»    55         »  11         »  » 

28      »     4  46          y»  0  43          »  » 

2  Avril 4  28         »  0  26         »  » 

1      p    4  10         »  0    8         « 

12      »    3  53         w  11  47      soir.  m 

Le  diamètre  de  Saturne  est  de  16'  au  l^-  avril. 

Uranus.  —  C'estdurant  les  mois  de  mars  et  d'avHl  qu'il  sera  surtout  extrême- 
ment intéressant  d'observer  Uranus,  qui  se  rapproche  de  la  Terre  jusqu'au  21  mars, 
jour  de  son  opposition  avec  le  Soleil.  Ce  jour-là,  cette  planète  passe  au  méridien  à 
minuit.  Uranus  est  facile  à  reconnaître,  pareil  à  une  étoile  de  6«  grandeur,  presque 
à  moitié  chemin  des  belles  étoiles  tj  et  p  Vierge. 

Jours.  Lever.  Passage  Méridien.  Gonstellatlou. 

17  Mars. 6''  17-  soir.  0''26'"  matin.  Vierge. 

22      »    5  56         »  minuit  » 

27      M    5  36         »  1141      soir.  » 

■  2  Avril 5  12         ».  11  17         »  » 

7"    » 4  50         »  10  56         »  » 

12      »     4  29         »  10  36         »  » 

Le  mouvement  d'Uranus  est  rétrograde  et  le  diamètre  de  la  planète  est  de  4',2  au 
lor  avril. 

Coordonnées  au  7  avril  :  Ascension  droite,  12'' 2".     Déclinaison,  0*39'  N. 
Étoiles  filantes.  —  Un  courant  d'étoiles  filantes,  qui  paraît  émaner  d'un 
point  situé  au  Sud  delà  Lyre,  entre  109  et  t  Hercule,  illumine  le  ciel  dans  la  nuit 
du  12  au  13  avril  de  chaque  année. 

Eugène  Vimont. 


Cadrans  solaires.  —  Une  regrettable  faute  d'impression  a  rendu  inintelligible,  dans 
notre  dernier  Numéro,  l'article  de  M.  Amat  sur  la  construction  des  cadrans  solaires. 
L'ordre  de  3  des  figures  y  a  été  renversé,  en  sorte  qu'elles  ne  s'accordent  pas  avec  le 
texte.  Pour  rétablir  cet  accord,  il  faut,  en  laissant  à  la  place  où  ils  sont  imprimés  les 
numéros  des  dessins  et  des  légendes,  placer  sous  le  numéro  19  la  figure  carrée  du  nu- 
méro 22  qui  représente  le  mur  vertical;  placer  sous  le  numéro  21  la  figure  19  qui  est 
la  coupe  selon  le  plan  méridien  ;  et  placer  enfin  sous  le  numéro  22  la  figure  21,  qui 
représente  la  coupe  parallèle  à  Téquateur.  Le  lecteur  rectifiera  Tinclinaison  de  cette 
dernière. 

11  faut,  comme  conséquence,  rectifier  au  texte  quelques-uns  des  numéros  de  renvoi,  en 
remplaçant,  à  la  page  53,  lignes  5  et  6,  le  numéro  19  par  21,  et  ligne  13,  le  numéro  21 
par  19. 

Page  52,  ligne  6,  remplacer  les  mots  au  même  jour  par  les  mots  chaque  jour. 


CORRESPONDAMCS. 

M.  RiQOT,  Président  de  la  Société  astronomique  du  Rhône,  à  Lyon.  —  Veuillez  rece- 
voir nos  vives  félicitations  pour  la  fondation  de  votre  i^u/fe/in.  L'inertie  humaine  est  lourde 
à  remuer;  tous  les  amis  au  progrès  applaudissent  aux  efforts  de  ceux  qui  persévèrent 
dans  la  voie  de  l'évangélisation  scientifique.  Il  n*en  est  pas  moins  bizarre  de  constater 
que  beaucoup  de  personnes  préfèrent  rester  dans  l'ignorance  plutôt  que  de  s'éclairer, 
sitôt  qu'il  y  a  le  moindre  travail  intellectuel  à  faire.  Ces  âmes-là  ne  sont  pas  encore 
immortelles. 

M.  José-Marie  Martel,  à  Caracas.  —  La  réfutation  des  théories  dont  vous  parlez  sera 
donnée  dans  l'un  de  nos  prochains  numéros.  Elles  ont,  en  effet,  jeté  le  désarroi  parmi 
un  certain  nombre  de  lecteurs. 


M.  A.  S.  à  Wiltz,  Luxembourg.  — 360  divisés  par  3, 1416  donnent  comme  résultat  114,59 
ou,  en  nombre  rond,  114  y»  On  a  supprimé  le  demi-centimètre  dans  l'exemple  pour  ne 
pas  faire  de  complication  inutile.  Le  rapport  de  la  circonférence  au  diamètre  est  bien 
3,1415926535897932384. 

— K —  =  57,30.  La  parallaxe  de  1*  correspond  à  une  distance  de  57,3,  celle  de  6'  à  une 

distance  de  573.  Un  objet  éloigné  à  57  fois  son  demi-diamètre  mesure  un  angle  dé  1* 

573  —  —    •  —  _-  6' 

3438  -  _  _  _  60" 

2062G5  -^  _  —  _  1" 

M.  Adolphe  d'AssiEH,  à  Tarascon.  —  Vous  avez  parfaitement  raison.  Il  ne  faudrait 
pas  juger  de  la  durée  des  époques  géologiaues  par  les  formations  sédimentaires  qui  se 
passent  de  nos  jours.  Les  premières  ont  dû  être  plus  rapides  que  les  dernières.  Mais, 
d'un  autre  côté,  les  millions  d'années,  qui  paraissent  longs  pour  notre  jugement,  ne  le 
sont  point  pour  la  nature.  Quinze  millions  d'années  seraient  peu  pour  l'àffe  du  système 
solaire. —  Nous  avons  l'ouvrage  de  Boucheporn  à  Juvisy;  merci  de  l'indication. 

M.  le  D'  MoNSERRATE,  à  Ciudad  Bolivar  (Venezuela).  —  M.  Flammarion  n'a  pas  dit 
que  la  navigation  aérienne  était  irréalisable  au  moyen  de  l'hélice  et  de  l'électricité,  avec 
la  forme  adoptée  par  les  aéronautes  de  Mcudon  ;  il  a,  au  contraire,  été  l'un  des  premiers 
à  signaler  les  succès  obtenus.  Mais  il  a  ajouté,  que.  dans  l'avenir,  la  navigation  aérienne 
sera  probablement  représentée  par  des  appareils  plus  lourds  que  Tair,  analogues  aux 
oiseaux.  (N*  d'octobre  1884.)  Il  est  impossible  à  M.  F  de  s  occuper  de  la  question. 
Mais  votre  mémoire,  adressé  à  l'Académie  des  sciences,  y  sera  certainement  examiné. 

MM.  Broune,  à  Odessa.  —  La  différence  d'heure  entre  Odessa  et  Paris  est  1*'53"'41*. 
Nous  tiendrons  compte  de  vos  observations. 

«  Un  lecteur  de  VAslronomie  »,  à  Montpellier.  M.  Raby,  horloger,  boulevard  des 
Italiens,  6,  pourra  vous  fournir  la  montre  à  trotteuse  indépendante  que  vous  désirez. 

M.  F.  Chaves  y  Mello,  aux  îles  Açores.  —  Sur  les  applications  du  spectroscope  à 
l'astronomie,  on  peut  consulter  l'opuscule  de  Huggins,  Anatuso  spectrale^  chez  Gauthier- 
Villars,  à  Paris  —  The  speciroscope,  par  Lockyer,  chez  Miicmillan,  à  Londres  —  Con- 
tributions tq  solar  phrjsics,  du  même  auteur. 

M.  Lonqepierre.  —  Le  grossissement  de  la  jumelle  de  59"""  de  Bardou  est  de  6. 

M.  L.  Merlin,  à  Boulogne-sur-Mer.  —  Les  lunettes  ont  un  grossissement  maximum 
qui  dépend  de  leur  diamètre.  —  Un  miroir  plan  no  peut  grossir  les  images,  il  ne  fait 
que  dévier  les  rayons  lumineux  ;  de  plus,  les  imagos  réfléchies  par  une  glace  ne  permet- 
tent pas  une  amplification  plus  forte  que  si  elles  étaient  vues  directement. 

M.  Adolphe  Mehlani,  à  Bologne.  —  Le  nouvel  appareil  dont  vous  parlez  n'a  pas  encore 
fait  ses  preuves.  Nous  n'avons  connu  nous-même  son  existence  qu'après  vous  avoir 
répondu.  Ne  regrettez  pas  de  posséder  l'excellent  instrument  qui  est  entre  vos  mains. 

M.  GiNiETS,  à  S'  Pons.  —  La  petite  étoile  que  vous  avez  observée  près  de  <t  Orion  est 
de  10*  gr.  j  à  237*»  IT.  Elle  sort  déjà  des  observations  «  populaires  ». 

M.  Reynaud,  à  Borrny.  —  Nous  ne  connaissons  pas  l'ouvrage  de  M.  Ferret.  l'auteur 
ni  l'éditeur  ne  nous  l'ayant  adressé.  11  lie  peut  entrer  dans  notre  programme  de  réfuter 
toutes  les  critiques  qui  apparaissent  si  fréquemment  contre  la  Science  moderne.  Nous 
ne  répondrons  qu'à  celles  qui  nous  seront  adressées  directement  ou  qui,  par  le  nom  de 
leurs  auteurs,  seraient  de  nature  à  solliciter  vivement  l'attention  publique. 

M.  Belin,  à  Alger.  —  Vous  avez  raison  de  ne  pas  désespérer  de  l'avenir  intellectuel 
et  moral  de  l'humanité;  la  lumière  finira  par  percer  les  ténèbres  —  La  science  et  le 
droit  domineront  un  jour  l'ignorance  et  la  force  orgueilleuse  et  brutale. 

M.  A.  Weill  nous  signale  une  nouvelle  théorie  des  lueurs  crépusculaires  qu'il  attribue 
à  la  dispersion  des  rayons  solaires  à  travers  une  couche  de  vapeur  vésiculaire  placée 
devant  l'observateur.  Cette  théorie  est  fort  ingénieuse  ;  el'e  nous  parait  cejpendant 
moins  probable  que  celle  qui  a  été  développée  dans  la  Revue  (T  111.  n»  1.  p.  2d  à  27). 

La  Société  de  Géographie  organise  une  série  de  Conférences  qui  seront  faites  par 
des  représentants  distingués  de  la  science  française.  Ces  Conférences,  au  nombre  de 
huit,  auront  trait  :  Au  Méridien  Universel  (M.  Jansen,  de  l'Institut)  ;  La  formation  et  le 
développement  du  Globe  terrestre  (M.  de  Lapparent);  Les  Océans  (M.  Bouquet  de  la 
Gr>'e, de  l'Institut);  L'homme  (D'  Hamy);  La  Gonauéte  du  Globe  (M.  Himly,  de 
l'Institut);  Les  richesses  du  Globe  (M.  Levasseur,  de  l  Institut);  Les  grandes  lignes  de 
navigation  (M.  Simonin)  ;  Les  chemins  de  fer  et  leurs  rapports  avec  la  Géographie 
(M.  Michel).  Cette  série  sera  continuée  l'an  prochain. 

On  trouvera  à  la  Société  de  Géographie  les  renseignements  relatifs  à  ces  Conférences 
où  le  public  pourra  être  admis. 


LIBRAIRIE  GÉOGRAPHIQUE  ET  ASTRONOMIQUE  DE  E.  BERTAUX, 
25,   rue  Serpente,  PARIS 


Globes  terestres  et  célestes 


PAR 

DEUMAHCHE  et  CH.  DIEN 

Revus  et  corrigés  par  E.  DESBUISSONS. 


N«  4. 


GLOBES  POUR  ÉCOLES 

GLOBE  DELAMARCUli: 
33  cent,  de  cliam.,  mod.  n»  4.  —  Prix  :  32  fr. 

GLOBE   DUBAIL 
38  cent,  de  diam.,  mod.  n»  4.  —  Prix  :  45  fr. 

GLOBE   en.    DIEN 
50  cent,  de  diam.,  mod.  n«  4.  —  Prix  ;  90  fr. 


N-8. 


VIENT  DE  PARAITRE 


GRAND  PLANISPHÈRE  CÉLESTE 

COIITENAIIT  T0UTE&3LES  ETOILES  VISIBLES  A  L'ŒIL  RU  ET  LES  PRfflCIPÂLES  CURIOSITÉS  DU  CIEL 

DRESSÉ,  sous  LA  DIRECTION  DE  CAMILLE  FLAMMARION,  PAR  Paul  FOUCHÉ 

Une  feuille  de  I^ÎO  sur  0",90.  Prix  :  6  fi*.  —  Collé  sur  toile,  monté  et  verni.  Prix  :  12  fr. 


PETIT  GLOBE  DE  LA  PLANÈTE  MARS 

Construit  diaprés  les  connaissances  géographiques 

que  les  aslrouomes  oiil  pu  obtenir  jusqu'ici  sur  cette  planète,  voisine  de  la  Terre 

Par  Camille  FLAMMARION 

Prix,  sur  pied  bois,  6  fr.  —  Sur  marbre  ou  bois  durci,  7  fr.  60 


OBSERVATOIRE    DES    SALONS 

OU  L'ASTRONOMIE  PAR  LBS  IMAGES 

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Monture  en  carton,  26  fr.  —  Monture  en  métal,  30  fr. 

Nota.  —  Les  familles  peuvent  passer,  avec  cet  appareil  scientitique,  une  soirée  pleine  d'attraits 
et  très  Instructive.  On  se  sert  de  cet  appareil  en  le  posant  devant  une  croisée  pendant  le  jour  ;  le  soir, 
on  place  une  bougie  derrière,  et  l'on  obtient  alors  Taspect  lumineux  que  les  astres  présentent  au 
télescope;  les  étoiles  étant  perforées  brillent  avec  l'illusion  de  la  réalité.  Une  brochure  ou  légende 
explicative  accompagne  chaque  appareil. 


ATLAS  DE  GÉOGRAPHIE  EN  RELIEF 

DRESSÉ  sous  LA  DIRECTION  DE  HeNRI  MAGER 

Un  vol.  in-4*  contenant  28  cartes  gravées  et  coloriées,  dont  25  estampées 

Cartonné,  8  fr.  —  Relié  toile,  0  fr. 

Liste  des  cartes. 


1  Planisphère. 

3  Europe  physique. 

3  Europe  politique. 

4  Les  Alpes. 

b  France  physique. 

6  France  po]iti(|ue. 

7  Bassin  de  la  Seine. 


8  Bassin  de  la  Luire. 

9  ■      de  la  Garonne. 

10  n      du  Rhône. 

11  «      du  Rhin. 

12  Colonies  françaises. 

13  Iles  Britanniques. 

14  Pays-Bas  et  Belgique. 


15  Allemagne. 

16  Autriche- Hongrie. 

17  Suisse. 

18  Espagu*  et  Portugal. 
10  Italie. 


22  Suède  et  Norvège. 

23  Danemark. 
2i  Asie. 

25  Afrique. 

26  Amérique  du  Nonl. 


20  Turquie  d'Europe  et  Grèce.     27  Amérique  du  Sud 

21  Russie.  28  Australie. 


Prix  des  cartes  estampées  :  0  fr.  40.  —  Prix  des  cartes  planes  :  0  fr.  80. 

Curies  muettes  ou  de  répétitions,  avec  ou  sans  cours  d'eau.  —  Prix  :  80  cent. 


Paris.  —  Imp.  Gauthier- Villars,  55,  quai  dos  Grands -Augustin*. 


■•::U4iO:: 


4'  Année. 


N"  4. 


J.  AvrU  1885. 


REVUE  MENSUELLE 

D'ASTRONOMIE  POPULAIRE 

DE  MÉTÉOROLOGIE  ET  DE  PHYSIQUE  DU  GLOBE, 

DONIIANT    LB    TABLEAU    PERMANENT    DES    DÉCOUVEBTES    BT    DBS    PROGRES    RiALISÉS 
DANS    LA    CONNAISSANCE    DE    L'UNIVBRS 

PUBLIÉE    PAR 

CAMILLE  FLAMMARION,  ~ 

AVEC  LB  CONCOURS  DES 

PRINCIPAUX  ASTRONOMES  FRANÇAIS  ET  ÉTRANGERS 


ABONNEMENTS  POUR  UN  AN: 

Paris  :  12  fr.  —  Départements  :  13  fr.  —  Étranger  ;  14  fr. 

Prix  du  Numéro  :  1  tr.HO  c. 

La  Revue  parait  le  l*r  de  chaque  Mois. 


PARIS. 


GAUTHIER-VILLARS,  IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DE    l'observatoire    DE    PARIS, 
Quai  des  Augustins,  55. 

1885 


SOMMAIRE  nu  N»  4  (AVRIL  1885). 

Los  tremblements  4e  terre,  explication  et  théorie,  par  M.  C.  Flammartox  (0  (Ifruros).  — 
Les  grands  Instruments  de  r Astronomie.  L'instrument  méridien  et  tesobserratlons 
méridiennes,  par  M.  P.  Oériuxy  (1  fipurpi.  —Le  tornade  de  l'Orne,  par  M.  E.  Vimont  M  li- 
priirosK  —  Nouvelles  de  la  Science.  Variétés  :  Induoncc  dcAmaréos  sur  la  dun'C  de  la  rota- 
tion de  la  terre,  par  M.  P.  GÉnir.xY.  SattlliteR  de  Jupiter  visibles  a  l'œil  nu,  par  M.  de  Lacerda. 
Passairo  du  IV»  salellite  de  Jnpitrr,  par  M.  William  Coleman.  Mapnf'tisme  terrestre.  Chute  d'u- 
ranolitlio.  l'ranolithetombc'aI!ier->('hrclde.  —Observations astronomiques, par  M.  E.  Vixum 
(.*  lif^uri's). 


PRINCIPAUX  ARTICLES  PUBLIÉS  DANS  LA  REVUS. 

A.  D'ABBADIE,  do  l'Institut.  —  Choix  d'un  premier  méridien. 

ARAGO  (V.).  —  Le  soleU  de  Minuit. 

BERTRAND  (J.),  do  l'Institut.  —Le  sateUlte  de  Vénus. 

BOË  (A.  De),  astronome  à  Anvers.  —  L'Etoile  polaire. 

DAUBRËE,  Directeur  de  l'Ecole  des  mines.  —  Les  pierres  tombées  du  Ciel. 

DENNING  (A.),  astronome  à  Bristol.  —  Observations  télescoplques  de  Jupiter,  de  Vénus 
de  Mercure. 

DENZA  (P.),  Directeur  de  l'Observatoire  de  Moncalieri.  —  Chute  d'un  uranollthe  en  Italie. 

DETAILLE,  astronome.  —  L'atmosphère  de  Vénus.  —  Nouvelles  mesures  des  anneaux 
de  Saturne.  —  Les  tremblemenrs  de  terre. 

FATE,  Préaident  du  Bureau  des  Longitudes.  —Nouvelle  théorie  du  Soleil.  —  Distribution 
des  taches  solaires.  —  Mouvements  lents  du  sol  en  Suisse.— La  formation  du  sys- 
tème solaire. 

FLAMMARION  —  Les  carrières  astronomiques  en  France.  —  Conditions  d'habita- 
bilité de  la  planète  Mars.  —  Constitution  physique  des  comètes.  —  Une  g^enèse  dans 
le  Ciel.  —  Gdmment  on  mesure  la  distance  du  soleil.  —  Les  étoiles,  soleils  de  rinflnl.— 
D'où  viennent  les  pierres  qui  tombent  du  Ciel?  —  Les  étoiles  doubles.  —  Chute  d'un 
corps  au  centre  de  la  terre  —  La  conquête  des  atrs  et  le  centenaire  de  Montg^olfler.  — 
Les  grandes  marées  au  Mont  Saint- Michel.  —  Phénomènes  météorolog^lques  obser- 
vés en  bailon.  -r-  Une  excursion  météorologique  sur  la  planète  Mars.  —  Les  11  im- 
mes  du  holeil.  —  Les  Illuminations  crépusculaires  et  le  cataclysme  de  Krakatoa.  — 
La  planète  transneptunlenne.  —  L'étoile  du  Berger.  —  L'histoire  de  la  Terre.  —  Les 
victimes  de  la  foudre. 

FOREL  (le  Professeur).  —  Les  tremblements  de  terre. 

GAZA.N  (Colonel).  —  Les  taches  du  soleil. 

GÉRIGNT,  astronome.  —  Comment  la  lune  se  meut  dans  l'espace.  —  Ralentissement  du 
mouvement  de  la  Terre.  —  La  formation  du  système  solaire.  —  Études  sélénographl- 
ques.  —  L'èquatorlal  coudé  de  l'Observatoire  de  Paris.  —  L'hèliométre.  —  La  nais- 
sance de  la  Lune. 

HENRT,  de  l'Observatoire  de  Pari^.  —  Découvertes  nouvelles  sur  Uranus. 

HERSGHEL  (A.-S.).—  Chute  d'un  uranollthe  en  Angleterre. 

HIRN,  correspondant  dn  i'In.-^titul.  —  Conservation  de  l'énergie  solaire.  —  Phénomènes 
produits  sur  les  bolides  par  l'atmosphère.  —  La  température  du  Soleil. 

HOUZEAU,  Directeur  de  l'Observatoire  de  Bruxelles.  —  Le  satellite  de  Vénus. 

HUGGINS,  de  la  Société  royale  de  Londres.  —  Les  environs  dn  Soleil. 

JAMIN,  de  rinstitul.  —Qu'est-ce  que  la  rosée? 

JANSSEN,dc  l'Institut,  directeur  de  l'Observatoire  de  Meudon.  —  La  photographie  céleste.  — 
Résultats  de  l'éclipsé  de  Soleil  du  6  Mal  1883. 

LEMAIRE-TBSTB,  <le  l'Observatoire  de  Rio-Janeiro.  —  Choix  d'un  premier  méridien. 

LF: FAUTE.  —  Quelle  heure  est-Il?  —  Le  temps  vrai,  le  temps  moyen  et  les  cadrans 
solaires.  —  La  chaleur  solaire  et  ses  applications  industrielles. 

LESSEPS  (de).  —  Les  vagues  sous-marines 

MOUGHEIZ  (amiral),  directeur  de  l'Observatoire  de  Paris.—  Travaux  actuels  de  l'Observa 
tolre  de  Paris.—  L'Observatoire  du  Pic  du  Midi.  —  Création  d'une  succursale  de  rob- 
servatoire. 

MOUREAUX  (Th.),  mc^téorologiste  au  Bureau  central.  —  Les  Inondations. 

PARMENTIER  (général).  —  Distribution  des  petites  planètes  dans  l'espace. 

PERROTIN,  directeur  de  l'Observatoire  de  .Nice.- La  comète  de  Pons.  — La  planète  Uranus 

PROCTOR,  astronome  à  Londres.  —  Le  Vésuve  et  ISCHIA. 

RICCO,  astronome  a  l'Observatoire  de  Palerme.  —  La  grande  comète  de  1882.—  La  tache 
rouge  de  Jupiter.  —  Les  taches  du  Soleil. 

ROCHE  (J.),  correspondant  de  l'Institut.  —Constitution  intérieure  du  globe  terrestre.  — 
Variations  périodiques  de  la  température  pendant  le  cours  de  Tannée. 

SCHIAPARELLI,  directeur  de  l'Observatoire  de  Milan.  —  Les  canaux  de  la  planète  Mars 

TACCHINI,  directeur  de  TObservatoire  de  Rome.  —  Statistique  des  taches  solaires. 

THOLLON,  de  l'Observatoire  de  Nice.  —  Mouvements  sidéraux.  —  Éruptions  dans  le  Soleil 

TROUVELOT,  de  l'Observatoire  de  Mcudou.  —  La  comète  de  Pons.  —  Ombres  observées 
sur  le  Soleil.  —  La  planète  Mars  en  1884. 

"VIGAN,  ingénieur  en  chef  des  Ponts  et  Clhaussées.  —  Les  marées  de  la  Méditerranée. 

"VIMONT.  —  Observations  astronomiques  de  chaque  mois. 


Le8  communications  relatives  A  la  rédaction  doivent  être  adressées  k  M.  C.  Flammarion,  Direc» 
teur  de  la  Revue,  36,  avenue  de  l'Observatoire,  à  Paris,  ou  k  l'Observatoire  de  Juvlsy 
ou  bien  k  M.  Gèrigny,  Secrétaire  de  la  Rédaction,  41,  rue  du  Montparnasse ,  &  Paris. 

Le  plan  du  Journal  comporte  une  grande  variété  d'articles.  Chaque  Numéro  con- 
tient des  descriptions  de  science  populaire  rédigées  pour  les  lecteurs  qui  ne  font  pas 
profession  de  science,  pour  les  gens  du  monde  en  général;  des  études  plus  appro- 
fondies destinées  aux  astronomes  amateurs;  et  des  recherches  intéressant  les 
savants  curieux  de  pénétrer  de  plus  en  plus  les  grands  problèmes  de  la  nature. 


'.n  141883 


—  JL'ASTRONOMIE.  —  121 

LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 

EXPLICATION  ET  THÉORIE. 

(Fin.)  (') 

Les  nombreux  documents  que  nous  avons  examinés  et  comparés  sur  les 

Fig.    50. 


Hommes  lancés  en  l'air  à  Port-Royal  de  la  Jamaïque  en  1692. 

catastrophes  espagnoles,  nous  ont  mis  entre  les  mains  des  données  impor- 

(*)  Voir  la  Revue  de  février  et  mars. 

Avril  1885.  4 


122  L'ASTAONOMIE. 

tantes  et  précieuses.  Nous  pouvons  essayer  aujourd'hui  de  dégager  de  ces 
enseignements  de  la  nature  la  théorie  qui  nous  paraîtra  la  plus  apte  à 
expliquer  tous  les  faits  observés. 

On  dit  que,  désespéré  de  ne  pouvoir  trouver  l'explication  des  volcans, 
Empédocle  se  jeta  dans  TEtna,  qui  garda  le  chercheur,  mais  renvoya  sa 
sandale,  pour  montrer  aux  mortels  Tinutilité  d'un  tel  suicide.  Notre  siècle 
est-il  destiné  à  trouver  le  mot  de  l'énigme  du  philosophe  d'Agrigente? 

Remarquons  d'abord  qu'en  général  les  auteurs  de  théories,  quelles  qu'elles 
soient,  sont  singulièrement  exclusifs.  Ils  admettent  bien  une  cause,  la  leur, 
mais  refusent  volontiers  que  plusieurs  causes  puissent  exister  à  la  fois  dans 
la  production  des  phénomènes  de  la  nature.  Sur  la  question  spéciale  des 
mouvements  du  sol,  les  uns  déclarent  que  les  volcans  et  les  tremblements 
de  terre  sont  produits  par  une  seule  et  même  cause  :  la  fluidité  du  noyau 
intérieur  liquide  et  incandescent  réagissant  contre  l'écorce  du  globe;  d'autres 
pensent  que  ces  phénomènes  sont  absolument  séparés  les  uns  des  autres,  et 
que  les  tremblements  de  terre  sont  dus  à  des  affaissements  à  la  base  des 
assises  de  terrains  causés  par  la  condensation  du  noyau  interne,  les  rides 
et  plissements  qui  en  résultent,  ou  par  le  travail  des  eaux  souterraines  désa- 
grégeant les  bases;  d'autres  les  attribuent  à  des  commotions  produites  par 
les  variations  brusques  de  la  pression  atmosphérique  et  leur  contre-coup  sur 
les  gaz  emprisonnés  dans  l'intérieur  du  sol;  d'autres  y  voient  les  effets  immé- 
diats des  pluies  ;  d'autres  encore  mettent  en  jeu  les  eaux  thermales  et  les 
vapeurs;  d'autres,  l'électricité  et  le  magnétisme  terrestre;  d'autres,  les  marées 
intérieures  produites  sur  un  noyau  liquide  par  les  attractions  du  Soleil  et 
de  la  Lune,  etc.,  etc.  Mais  est- il  bien  sûr  que  toute  théorie  doive  être  fermée 
et  exclure  toutes  les  autres?  Ne  pouvons-nous  examiner  sans  idées  précon- 
çues les  faits  observés  et  en  chercher  l'explication  indépendante?  Il  en  est 
peut-être  en  géologie  comme  en  médecine,  où  les  théories  les  plus  absolues 
et  les  plus  aftirmatives  ne  tardent  pas  h  être  irrémédiablement  condamnées 
par  les  faits,  en  raison  de  la  prétention  môme  de  leur  exclusivisme. 

L'état  actuel  de  la  Science  réclame  donc,  —  si  toutefois  les  éléments 
d'observation  sont  suflisants  —  une  théorie  générale  et  indépendante  de 
toute  idée  préconçue,  qui  explique  rationnellement  les  phénomènes  constatés. 


Le  premier  fait  qui  s'impose  à  notre  attention  est  qu'il  y  a  des  tremble- 
ments de  terre  volcaniques  et  des  tremblements  de  terre  non  volcaniques. 
On  connaît  actuellement  à  la  surface  du  globe  323  volcans  en  activité  qui. 
de  temps  à  autre,  produisent  des  commotions  de  diverses  natures;  le  cata- 


LES   TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


i23 


clysme  de  Krakatoa,  qui  répandit  naguère  le  deuil  et  la  ruine  sur  les  îles  du 
détroit  de  la  Sonde  et  causa  la  mort  de  quarante  mille  êtres  humains,  a  été 
produit,  comme  on  s'en  souvient,  par  une  éruption  volcanique  formidable 
et  par  le  terrible  raz  de  marée  qui  s'ensuivit.  Au  contraire,  les  événements 
d'Espagne  ne  sont  en  corrélation  avec  aucune  éruption  volcanique,  ni  avec 
aucun  foyer  de  ce  genre.  C'est  là  un  point  fort  important  pour  la  théorie  de 
la  Terre. 

Pour  mieux  saisir  les  causes  qui  sont  en  jeu  dans  ces  mouvements  du  sol, 


Fig.  51. 


Déplacement  des  pierres  des  obélisques  de  San  Stcfano. 

rappelons  un  instant  quelques-uns  des  eflets  les  plus  caractéristiques 
observés  dans  les  tremblements  de  terre  les  plus  mémorables. 

Quelquefois  le  sol  ondule  comme  les  vagues  de  la  mer.  Au  mois  d'avril  1871, 
à  Battang,  en  Chine,  les  bouquets  d'arbres  et  les  accidents  de  terrain  ressem- 
blaient «  à  des  vaisseaux  ballottés  par  les  vagues.  >»  En  1783,  pendant  le 
tremblement  de  terre  de  la  Calabre,  des  arbres  s'inclinaient  si  fort  pendant 
le  passage  des  ondulations  que  parfois  leur  cime  descendait  jusqu'à  toucher 
le  soif  On  fit  la  même  observation  en  1811  au  Missouri.  Le  26  mars  1812,  à 
Caracas,  le  mouvement  ondulatoire  était  si  marqué  que  le  sol  ressemblait 
à  un  liquide  en  ébullition. 

Parfois,  au  lieu  d'un  mouvement  ondulatoire,  ce  sont  des  secousses  de  bas 
en  haut  d'une  violence  extraordinaire.  Le  7  juin  1692,  à  Port-Royal  de  la 
Janoaïque,  dès  les  premières  secousses,  tout  s'effondra  pêle-mêle;  maisons, 


124  L'ASTRONOMIE. 

hommes,  femmes,  animaux,  furent  jetés  de  tous  côtés,  et  plusieurs  habitants 
furent  lancés  dans  les  airs.  «  Il  y  en  eut  même,  disent  les  relations  de 
témoins  oculaires,  qui,  se  trouvant  sur  la  place,  au  milieu  de  la  ville,  furent 
lancés  par-dessus  les  ruines  jusque  dans  le  port^  et  purent  se  sauver  à  la 
nage!  »  Ce  n'est  pas  le  seul  exemple  de  ce  genre.  Le  tremblement  de  terre  de 
Riobamba,  en  1797,  montra  une  pareille  force  de  projection  :  un  grand 
nombre  de  cadavres  d'indigènes  furent  lancés  sur  une  colline  de  plusieurs 
centaines  de  pieds  de  hauteur,  située  de  l'autre  côté  de  la  rivière. 

En  d'autres  cas,  ce  sont  des  mouvements  rotatoires  qui  frappent  l'attention 
de  l'observateur.  On  voyait  à  San  Stéphane,  après  le  tremblement  de  terre 
de  1782,  deux  obélisques  quadrangulaires,  dont  les  diverses  parties  avaient 
tourné  sur  leur  base  sans  se  renverser,  et  ne  se  maintenaient  d'aplomb  que 
par  un  prodige  d'équilibre  [fig*  51).  Quelquefois,  les  crevasses  produisent  des 
résultats  analogues.  Pendant  le  tremblement  de  terre  de  la  Calabre,  une  cre- 
vasse se  forma  sous  une  tour  de  Terra-Nuova:  les  deux  moitiés  de  la  tour  ne 
s'écroulèrent  point;  mais,  lorsque  la  crevasse  se  referma,  elles  se  recollèrent 
sans  correspondre  entre  elles  et  en  offrant  la  plus  singulière  dissymétrie. 

Ces  crevasses  sont  peut-être  ce  qu'il  y  a  de  plus  désastreux  encore  dans 
ces  étranges  mouvements  du  sol.  Le  10  décembre  1869,  les  habitants  de  la 
ville  d'Onlah,  en  Asie-Mineure,  effrayés  par  des  bruits  souterrains  et  par 
une  première  secousse  très  violente,  s'étaient  sauvés  sur  une  colline  voisine  : 
ils  virent  de  leurs  yeux  stupéfaits  plusieurs  crevasses  s'ouvrir  à  travers  la 
ville,  et  la  ville  entière  disparaître  en  quelques  minutes  sous  ce  sol  mou- 
vant. 

Le  il  avril  1871,  lors  du  tremblement  de  terre  qui  détruisit  la  ville  de 
Battang,  en  Chine,  et  engloutit  plusieurs  milliers  de  personnes,  les  affaisse- 
ments étaient  si  considérables  que  des  montagnes  s'entr'ouvrirent  et  que  plu* 
sieurs  petites  collines  disparurent  complètement. 

n  ne  serait  pas  impossible  que  les  événements  géologiques  qui  viennent 
de  s'accomplir  en  Espagne  ne  fussent  le  prélude  d'une  transformation  du  sol 
plus  formidable  ei  plus  radicale.  Le  détroit  de  Gibraltar  n'est  ni  large,  ni 
profond,  et  pourrait  très  bien  être  fermé  par  un  rapprochement  du  Maroc 
avec  l'Espagne.  Ce  n'est  qu'une  grande  crevasse  due,  elle  aussi,  à  une  dislo- 
cation du  sol.  Ce  «  détail  »  géologique  amènerait  un  singulier  changement 
dans  la  politique  des  nations. 

Les  désastres  causés  par  ces  crevasses  pendant  le  tremblement  de  terre  de 
la  Calabre,  en  1783,  sont  restés  mémorables  entre  tous.  A  Terra-Nuova  et 
dans  d'autres  villes,  des  maisons  tombées  dans  ces  abîmes  furent  broyées 
comme  du  plâtre  lorsque  ces  crevasses  se  refermèrent.  Des  hommes  et  des 
troupeaux  furent  enterrés  vifs,  en  grand  nombre.  L'une  de  ces  crevasses, 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  125 

celle  de  Plaisauo,  mesurait  7  500"  de  longueur,  35"'  de  largeur  et  75"'  de  pro- 
fondeur. Nous  avons  vu,  dans  nos  précédents  articles,  que  des  crevasses 
analogues  ont  été  produites  par  les  tremblements  de  terre  de  l'Espagne,  et 

Fig.  52. 


La  ville  d'Onlah  disparaissant  entièrement  dans  des  crevasses. 

que  Tune  d'entre  elles  se  referma  sur  un  mulet  qui  venait  d'y  tomber,  eu  lui 
laissant  la  tête  hors  du  sol.  A  Riobamba,  des  hommes  furent  sauvés  en  éten- 
dant les  bras  pour  ne  pas  être  engloutis  et  en  sautant  en  dehors,  tandis  que 


126  L'ASTRONOMIE. 

non  loin  de  là  des  troupes  de  cavaliers  et  de  mulets  chargés  disparaissaient. 
Encore  un  mot  sur  les  crevasses  de  la  Calabre,  qui  peuvent  être  considérées 
comme  types  de  ces  phénomènes  : 

Le  premier  rapport  envoyé  à  Naples  sur  les  glissements  de  terrain,  écrit  Lyell, 
qui  donnèrent  naissance  à  un  grand  lac,  près  de  Terra-Nuova,  était  conçu  en  ces 
termes  :  a  Deux  montagnes  situées  sur  les  côtés  opposés  d'une  vallée  se  dépla- 
cèrent de  leur  position  originelle  jusqu'à  ce  qu'elles  se  rencontrassent  au  milieu, 
de  la  plaine;  là,  se  réunissant,  elles  interceptèrent  le  cours  dune  rivière  etc..  » 
Non  loin  de  Soriano,  dont  les  maisons  furent  rasées  par  la  grande  secousse  de 
février,  une  petite  vallée,  renfermant  une  magnifique  plantation  d'oliviers, 
désignée  sous  le  nom  de  Fra  Ramondo,  éprouva  une  révolution  extraordinaire. 
Une  multitude  de  fissures  traversèrent  d'abord  en  tous  sens  la  plaine  dans 
laquelle  coulait  la  rivière,  et  absorbèrent  Teau  jusqu'à  ce  que  les  sous- strates 
argileuses  en  fussent  imprégnées,  de  sorte  qu'une  grande  partie  de  celles-ci  fut 
réduite  à  l'état  de  pâte  liquide,  et  qu'il  s'ensuivit  d'étranges  changements  dans 
la  configuration  du  pays,  le  sol  prenant  aisément,  jusqu'à  une  grande  profon- 
deur, toute  espèce  de  formes.  De  plus,  les  débris  des  collines  voisines  furent 
précipités  dans  les  cavités  qui  s'étaient  formées  ;  et  tandis  qu'un  grand  nombre 
d'oliviers  étaient  déracinés,  d'autres  continuaient  à  végéter  sur  les  masses 
tombées  et  inclinées  sous  divers  angles.  La  petite  rivière  Caridi  disparut  entiè- 
rement pendant  plusieurs  jours;  et  lorsque,  enfin,  on  la  revit,  elle  s'était  creusé 
un  lit  complètement  nouveau. 

Près  de  Seminara,  un  verger  et  une  vaste  plantation  d'oliviers  furent  lancés  à 
une  distance  de  60",  dans  une  vallée  de  18™  de  profondeur.  En  même  temps 
une  cavité  profonde  s'ouvrit  danâ  une  autre  partie  du  plateau  élevé  d'où  le 
verger  avait  été  détaché,  et  la  rivière  y  entra  aussitôt,  laissant  son  ancien  lit 
complètement  à  sec.  Une  petite  maison  habitée,  qui  se  trouvait  sur  la  masse  de 
terre  transportée  dans  le  fond  de  la  vallée,  fut  entraînée  avec  elle,  entière,  et 
sans  aucun  mal  pour  les  habitants.  Les  oliviers  aussi  continuèrent  à  croître  sur 
la  terre  qui  avait  glissé  dans  la  vallée,  et  rapportèrent  la  même  année  une 
récolte  abondante.  Deux  portions  de  terrain,  sur  lesquelles  reposait  une  grande 
partie  de  la  ville  de  Polistena,  consistant  en  quelques  centaines  de  maisons, 
furent  détachées  et  transportées  à  800'»  environ  de  leur  emplacement  primitif, 
dans  un  ravin  contigu,  de  manière  à  le  couper  presque  entièrement;  et  ce  qu'il 
y  a  de  plus  extraordinaire  c'est  que  plusieurs  des  habitants  furent  retirés  sains  et 
saufs  des  décombres. 

Près  de  Mileto,  deux  métairies,  désignées  sous  le  nom  de  Macini  et  de  Vati- 
cano,  et  qui  occupaient  une  étendue  de  terre  de  1600™  environ  de  longueur,  sur 
800»  de  largeur,  furent  entraînées  à  la  distance  de  1600™  dans  une  vallée.  Une 
chaumière,  ainsi  que  de  grands  oliviers  et  mûriers,  dont  la  plupart  restèrent 
debout,  furent  transportés  intacts  jusqu'à,  cette  distance  extraordinaire.  Suivant 
Hamilton,  la  surface  déplacée  avait  longtemps  été  minée  par  de  petits  ruisseaux, 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


127 


qui  se  trouvèrent  ensuite  en  pleine  vue  sur  les  terrains  laissés  à  nu  par  la  dispa- 
rition des  deux  métairies. 

Quelques-uns  des  gouffres  qui  s'ouvrirent  semblent  résulter  de  l'enfoncement 
du  sol  dans  des  cavités  souterraines.  On  en  observa  un  qui  se  produisit  sur  la 
pente  d'une  colline  voisine  d'Oppido,  et  dans  lequel  furent  précipités  des  ter- 
rains plantés  de  vignes  et  d'oliviers.  Il  n'en  resta  pas  moins,  après  la  secousse, 
une  vaste  cavité,  en  forme  d'amphithéâtre,  de  150™  de  longeur  sur  60*»  de  pro- 
fondeur (fîg.  53). 

En  1692,  à  la  Jamaïque,  on  vit  deux  ou  trois  cents  crevasses  s'ouvrir  et  se 

Fig    53. 


GoulTrc  formé  près  d'Oppido  (Calabre)  en  ITSiî. 

refermer  subitement.  Un  grand  nombre  de  personnes  furent  englouties  dans  ces 
fissures;  quelques-unes  ne  furent  ensevelies  que  jusqu'à  moitié  du  corps,  et  ne 
résistèrent  pas  aux  étreintes  du  sol,  plusieurs  autres  restèrent  la  tête  hors  de 
terre;  d'autres,  enfin,  après  avoir  été  englouties,  furent  rejetées  à  la  surface, 
avec  de  grandes  quantités  d'eau.  La  dévastation  fut  telle,  que,  même  à  Port- 
Royal,  alors  capitale  de  la  Jamaïque,  où  l'on  dit  qu'il  resta  plus  de  maisons 
<lebout  que  dans  tout  le  reste  de  l'île,  les  trois  quarts  des  constructions  s'enfon- 
cèrent entièrement  sous  Teau  avec  le  sol  qui  les  supportait  et  avec  tous  leurs 
habitants.  Elles  y  sont  restées  ;  et  dans  notre  siècle  même  plusieurs  navigateurs 
ont  assuré  les  avoir  parfaitement  distinguées,  au-dessous  du  navire,  par  la  mer 
calme. 


Et  pourtant,  plus  terribles  encore  sont  les  raz  de  marée  qui  ont  été  pro- 
duits par  certains  mouvements  du  sol.  Nos  lecteurs  se  souviennent  que,  lors 


128  L'ASTRONOMIE. 

(le  la  récente  éruption  de  Krakatoa,  la  mer  se  relira  des  ports  d'Anjer  et  de 
Tclokbetœng,  revint,  élevée  à  la  masse  formidable  de  35"  de  hauteur  au- 
dessus  de  son  niveau  moyen,se  rua  sur  ces  deux  cités  (il  étaitô  heures  du  matin 
et  les  habitants  s'éveillaient),  submergea  la  ville,  et,  en  se  retirant,  emporta 
demeures  et  habitants,  à  ce  point  que,  quelques  minutes  plus  tard,  l'œil  le 
plus  expérimenté  ne  pouvait  plus  même  retrouver  la  place  de  ces  deux  villes 
populeuses!  Des  navires  furent  jetés  par-dessus  la  ville  à  plusieurs  kilo- 
mètres du  rivage,  lequel  du  reste  changea  absolument  de  configuration 
géographique.  Cette  formidable  commotion  de  la  mer,  s'étendit  jusqu'au 
Japon,  jusqu'à  Panama  et  jusqu'en  Europe,  jusqu'en  France. 

Lors  du  tremblement  de  terre  de  Lisbonne,  en  1755,  la  mer  s'éleva  à  plus 
de  15"  au-dessus  du  niveau  moyen,  redescendit  de  la  même  quantité  au- 
dessous  de  ce  même  niveau,  remonta  encore  et  oscilla  ainsi  quatre  fois  de 
suite,  en  balayant  tout  sur  les  rivages.  La  propagation  de  ce  mouvement  se 
fit  sentir  jusqu'en  Irlande  d'une  part,  jusqu'aux  Antilles  d'autre  part. 

Aucun  signe  précurseur,  dit  Lyell,  n'avait  averti  les  habitants  du  danger  qui  les 
menaçait,  lorsqu'un  bruit  semblable  à  celui  du  tonnerre  se  fit  entendre  sous 
terre,  et  fut  immédiatement  suivi  d'une  violente  secousse  qui  renversa  la  plus 
grande  partie  de  cette  ville.  En  six  minutes  environ,  30  000  personnes  périrent. 
La  mer  se  retira  d'abord,  et  mit  la  barre  à  sec;  puis  elle  se  précipita  sur  le 
rivage,  en  s'élevant  à  plus  de  15™  au-dessus  de  son  niveau  ordinaire.  Les  mon- 
tagnes d'Arrabida,  d'Estrella,  de  Julio,  de  Marvan  et  de  Cintra,  qui  sont  au 
nombre  des  points  les  plus  élevés  du  Portugal,  furent  ébranlées  violemment,  et 
pour  ainsi  dire,  jusque  dans  leurs  fondations.  Quelques-unes  d'entre  elles  s'ou- 
vrirent à  leur  cime,  qui  fut  fendue  et  brisée  d'une  manière  vraiment  étrange  ; 
d'énormes  masses  s'en  détachèrent  et  tombèrent  dans  les  vallées  situées  à  leur 
base. 

Parmi  les  autres  évéuements  extraordinaires  du  tremblement  de  terre  de 
Lisbonne,  on  cite  l'affaissement  d'un  nouveau  quai  tout  en  marbre  et  qui  avait 
été  bâti  à  grands  frais.  Une  multitude  de  personnes  s'y  étaient  réfugiées,  pen- 
sant qu'elles  y  seraient  à  l'abri  de  la  chute  des  décombres,  lorsque  tout  à  coup 
le  quai  s'enfonça  avec  tous  ceux  qui  s'y  croyaient  en  sûreté,  et  Ton  ne  revit  pas 
un  seul  cadavre  des  victimes  flotter  à  la  surface  des  eaux.  Un  grand  nombre  de 
bateaux  et  de  petits  bâtiments  amarrés  par  là,  et  remplis  de  monde,  furent 
engouffrés  comme  dans  un  tournant,  et  jamais  aucun  débris  n'en  reparut  à  la 
surfaco.  Suivant  quelques  auteurs,  la  sonde,  dans  l'emplacement  qu'occupait 
l'ancien  quai,  n'aurait  pu  atteindre  le  fond  de  la  mer. 

Sans  doute  une  cavité  profonde  et  étroite  s'est-elle  ouverte  et  refermée  ensuite 
dans  le   lit  du  Tage,  après  avoir  englouti  tout  ce  qui  se  trouvait  au-dessus 
d'elle. 
L'espace  considérable  sur    lequel  sévit  cette    convulsion    est  extrêmement 


LES   TREMBLEMENTS   DE  TERRE. 


129 


remarquable.  On  a  estimé,  dit  Humboldt,  que  la  portion  de  la  surface  du  globe, 
qui  fut  immédiatement  ébranlée  par  le  choc  du  l^*"  novembre  1755,  est  égale  à 
quatre  fois  l'étendue  deTEurope  entière.  La  secousse  se  fit  sentir  dans  les  Alpes, 
et,  sur  la  côte  de  la  Suède,  dans  les  petits  lacs  intérieurs  qui  se  trouvent  sur  les 
bords  de  la  Baltique,  dans  la  Thuringe,  dans  la  contrée  plate  de  TAUemagne 
septentrionale  et  dans  la  Grande-Bretagne.  Les  sources  thermales  de  Toplitz 
furent  taries,  et  rejaillirent  ensuite,  en  inondant  tout  le  pays  d'une  eau  couleur 
d'ocre.  Dans  les  îles  d'Antigoa,  dans  les  Barbades  et  à  la  Martinique,  dans  les 
Antilles,  la  marée  qui  ne  monte  ordinairement  qu'à  la  hauteur  de  0",60,  s'éleva 

Fig.  54. 


Navires  jetés  sur  le  rivage  par  la  secousse  de  Krakatoa. 

subitement  à  celle  ùe  6™;  l'eau  avait  perdu  sa  couleur  naturelle  et  était  noire 
comme  de  l'encre.  Le  mouvement  fut  également  sensible  dans  les  grands  lacs 
du  Canada.  A  Alger  et  à  Fez,  au  nord  de  l'Afrique,  l'agitation  du  sol  fut  aussi 
violente  qu'en  Portugal;  des  milliers  d'habitants  furent  engloutis. 

Le  28  octobre  1724,  Lima  fut  détruite  par  un  tremblement  de  terre.  La  mer 
s'éleva  à  27'°  au-dessus  de  son  niveau  moyen,  à  Gallao,  port  de  Lima,  se  pré- 
cipita sur  la  ville  et  Tenleva  si  radicalement  qu'il  ne  resta  plus  une  seule 
maison.  On  retrouva  des  vaisseaux  couchés  sur  la  terre  ferme,  à  une  lieue 
du  rivage. 

Le  13  août  1868  commencèrent  les  tremblements  de  terre  qui  désolèrent 
les  rives  occidentales  de  l'Amérique  du  Sud.  La  violente  secousse  de  ce  jour 
s'étendit  d'Arica  jusqu'à  Gallao,  au  nord  (4875"""^,  et  jusqu'à  Cabijia,  au  sud 
(2100^"").  Le  mouvement  du  sol  communiqué  à  la  mer  produisit  une  vague 

4- 


130  L'ASTRONOMIE. 

qui  mesurait  13"  de  hauteur,  à  Iquique,  et  qui  partit  de  là  pour  s'étendre  sur 
rOcéan  tout  entier,  jusqu'aux  îles  Chatam,  jusqu'aux  îles  Sandwich,  etc., 
avec  une  vitesse  dépendant  de  la  profondeur  de  la  mer  (croissant  avec  la  pro- 
fondeur). Cette  vitesse,  mesurée  de  nouveau  lors  des  vagues  produites  par 
Téruption  du  Krakatoa,  est  de  200^'"  à  Theure  pour  une  profondeur  de  300", 
de  500'"  pour  une  profondeur  de  2000",  de  670'"  pour  une  profondeur  de 
3500",  et  elle  est  la  même  que  celle  de  la  propagation  des  marées.  Ainsi,  par 
exemple,  le  flot  lunaire  met  16  heures  pour  aller  d'Arica  aux  îles  Samoa  :  le 
flot  du  tremblement  de  terre  y  est  arrivé  en  16  heures  aussi;  le  flot  lunaii*e 
emploie  13  heures  pour  aller  d'Arica  aux  îles  Sandwich,  et  il  en  a  été  de 
même  de  la  vague  produite  par  le  tremblement  de  terre. 

On  ne  connaît  pas  exactement  le  nombre  des  victimes  des  tremble- 
ments de  terre  de  l'Espagne,  mais  on  sait  que  ce  nombre  dépasse  2000.  La 
catastrophe  d'Ischia  (28  juillet  1883)  causa  2443  morts.  Le  cataclysme  de 
Krakatoa  fit  plus  de  40  000  victimes.  On  a  évalué  au  même  chiffre  les  victimes 
des  tremblements  de  terre  qui  désolèrent  le  Pérou  au  mois  d'août  1868,  et 
également  celles  du  tremblement  de  terre  de  Riobamba,  en  1797.  Celui  de 
Lisbonne,  en  1755,  paraît  avoir  causé  30  000  morts,  et  celui  de  Sicile,  en 
1693,  environ  60000.  La  fameuse  éruption  du  Vésuve,  de  l'an  79,  qui 
engloutit  Herculanum,  Pompéï  et  Stables,  ne  paraît  pas  avoir  atteint  ces 
dernières  proportions;  mais  l'effroyable  tremblement  de  terre  de  TAsie- 
Mineure,  de  Van  526,  est  considéré  comme  ayant  causé  la  mort  de  120000 

êtres  humains. 

* 

Le  sol  sur  lequel  nous  vivons  ne  possède  pas,  comme  on  le  voit,  les  con- 
ditions de  sécurité  et  de  stabilité  que  nous  sommes  généralement  portés  à 
lui  attribuer  d'après  l'expérience  quotidienne  de  notre  vie  très  éphémère.  Il 
ne  se  passe  pas  de  jour,  pas  d'heure,  qu'il  ne  soit  plus  ou  moins  agité  sur 
un  point  ou  sur  un  autre.  La  configuration  des  côtes  et  le  l'elief  des  mon- 
tagnes se  modifient  continuellement,  soit  avec  une  lenteur  visible,  soit  à  la 
suite  de  secousses  brusques  (fig.  55).  Devons-nous  en  conclure,  comme  on 
Ta  fait  pendant  longtemps  en  géologie,  et  comme  on  le  fait  encore  quelquefois 
aujourd'hui,  que  le  globe  terrestre  n'est  pas  solide  lui-même  dans  sa  consti- 
tution intérieure,  qu'il  a  conservé  une  température  très  élevée  à  laquelle 
tous  les  minéraux  sont  en  fusion;  qu'il  est  encore  presque  entièrement 
liquide,  et  que  le  sol  sur  lequel  nous  fondons  notre  histoire  humaine  et  nos 
espérances,  n'est  qu'une  mince  écorce  de  50^"  à  60^"  d'épaisseur,  une 
pellicule  recouvrant  une  fournaise? 

Non.  Notre  planète  n'a  pas  ce  degré  d'instabilité.  Si  elle  était  liquide, 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


131 


rattraction  du  Soleil  et  de  la  Lune  produirait  des  marées  formidables  dans 
cette  sphère  mobile,  et  nous  sentirions  deux  fois  par  jour  ces  marées  nous 
passer  sous  les  pieds.  De  plus,  la  précession  des  équinoxes  serait  différente 
de  ce  qu'elle  est.  Notre  globe  n'est  pas  une  boule  liquide  entourée  d'uno 
mince  pellicule. 

Les  mesures  de  température  faites  dans  l'intérieur  des  mines  montrent 
que  la  chaleur  augmente  à  mesure  qu'on  descend;  mais  la  proportion  de  cet 
accroissement  diminue  avec  la  profondeur,  de  sorte  que  les  déductions  rela- 

Fig.  55. 


Changements  produits  à  la  surface  du  sol. 

tives  H  une  chaleur  de  «  deux  cent  mille  »  degrés  au  centre  du  globe  ne  sont 
pas  fondées.  D'ailleurs,  nos  mines  et  tunnels  ne  sont  que  de  superficielles 
piqûres  d'épingle  sur  Pépiderme  de  la  planète. 

D'autre  part,  la  pression  augmente  avec  la  profondeur  et  elle  ne  tarde  pas 
à  devenir  considérable.  Dans  ces  conditions,  il  est  probable  que  le  globe 
terrestre  n'est  ni  solide,  ni  liquide,  ni  gazeux,  mais  pâteux.  Sa  température 
interne  doit  être  encore  de  plusieurs  milliers  de  degrés. 

Mais  il  flotte  dans  l'espace,  au  sein  d'un  froid  de  270°  au-dessous  de  zéro 
et  n'est  échauffé  que  par  le  Soleil.  Il  continue  donc  toujours  à  se  refroidir. 
En  se  refroidissant  il  se  condense,  se  rapetisse,  se  rétrécit.  L'écorce  exté- 
rieure repose,  avons-nous  dit,  sur  un  noyau  pâteux  :  elle  est  obligée  de  se 
rétrécir  en  même  temps  que  ce  noyau.  Delà  des  plissements,  des  dislocations. 
Pour  la  planète,  ce  n'est  rien,  un  simple  petit  frisson,  moins  encore,  un 


132  L'ASTRONOMIE. 

clignement  isolé.  Pour  rhumanitc  qui  bâtit  ses  demeures  sur  ce  sol,  c'est 
beaucoup. 

Cette  condensation  lente,  graduelle,  séculaire,  fait  qu'il  se  produit  des 
vides,  des  affaissements,  des  voûtes,  des  variations  d'équilibre,  des  incli- 
naisons de  bancs  de  roche,  etc.  Les  eaux  des  pluies  descendent  de  la  surface, 
traversent  les  terrains  perméables,  glissent  sur  les  couches  d'argile  qu'elles 
rencontrent,  ressortcnt  lorsque  ces  couches  imperméables  viennent  affleurer 
le  sol,  et  retournent  à  la  mer  par  les  sources,  les  ruisseaux,  les  rivières  et 
les  fleuves.  Mais  ces  eaux  ne  reviennent  pas  toutes,  ne  trouvent  pas  toujours 
une  couche  de  terre  glaise  qui  les  ramène.  Elles  pénètrent  les  terrains, 
imbibent  les  roches  les  plus  dui-es,  continuent  de  descendre,  forment  des 
courants  souterrains,  arrivent  jusqu'à  des  régions  très  chaudes,  donnent 
naissance  à  des  vapeurs,  se  combinent  avec  les  minéraux,  désagrègent 
certaines  bases,  emplissent  des  cavernes,  cherchent  des  issues,  descendent 
encore.  Toute  cette  circulation  intérieure  ne  s'opère  pas  sans  donner  nais- 
sance à  des  gaz  et  à  des  vapeurs.  Ajoutons  à  cela  la  chaleur  du  Soleil,  qui 
chauffe  perpétuellement  le  côté  de  la  Terre  tournant  dans  ses  rayons.  Ajou- 
tons aussi  l'attraction  de  la  Lune,  qui  agit  quand  même  sur  les  couches 
extérieures  du  noyau  pâteux.  Nous  avons  donc  sous  nos  pieds  tout  un  monde 
en  activité.  Les  mouvements  du  sol  senties  résultats  de  cette  activité. 

L'influence  de  la  chaleur  solaire  est  manifeste  par  ce  fait  que  le  plus  grand 
nombre  des  secousses  arrive  vers  deux  ou  trois  heures  du  matin,  pendant 
le  froid  de  la  nuit,  et  le  plus  petit  nombre  vers  une  heure  et  deux  heures  de 
l'après-midi,  au  moment  du  maximum  de  la  chaleur. 

Elle  est  également  confirmée  par  ce  fait  que  le  plus  grand  nombre  des 
secousses  arrive  en  hiver,  et  le  plus  petit  nombre  en  été. 

L'influence  de  l'attraction  de  la  Lune  et  du  Soleil  est  démontrée  par  cet 
autre  fait  qu'il  y  a  un  peu  plus  de  tremblements  de  terre  aux  époques  de 
Nouvelle  et  Pleine  Lune  qu'aux  époques  de  Premier  et  Dernier  Quartier. 
De  même,  ce  nombre  est  plus  grand  quand  la  Lune  est  périgée  que  lors- 
quelle  est  apo.qé«j,  et  lorsqu'elle  est  au  méridien  que  lorsqu'elle  est  à 
l'horizon. 

L'influence  de  la  pression  atmosphérique  se  manifeste  d'une  manière  plus 
fréquente  encore.  Les  plus  violentes  secousses  de  tremblements  de  terre  de 
l'Espagne  ont  coïncidé,  comme  nous  l'avons  vu,  avec  une  période  de  pertur- 
bation insolite.  La  mémo  remarque  a  été  faite  un  très  grand  nombre  de  fois, 
ainsi  que  pour  les  explosions  du  grisou.  La  pression  des  gaz  et  des  vapeurs 
intérieures  peut  être  telle  que  la  moindre  rupture  d'équilibre  décide  des 
explosions  produisant  des  trépidations  et  des  secousses  formidables. 

Ajoutons  ici  que  tous  les  volcans  en  activité  se  trouvent  ou  dans  l'Océan  ou 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERUE.  133 

le  long  des  rivages,  et  que  Tanalyse  a  démontré  que  la  vapeur  d'eau  de  mer 
compose  à  elle  seule  presque  tout  entière  la  colonne  de  fumée  qui  jaillit  des 
éruptions.  Nous  pouvons  donc  en  conclure  que  les  volcans  ne  sont  pas  des 
cheminées  mettant  un  globe  liquide  incandescent  en  communication  avec 
l'extérieur,  mais  des  phénomènes  chimiques  produits  dans  Técorce  du  globe 
par  l'arrivée  de  Peau  des  mers,  en  contact  avec  les  roches  profondes  qu'elles 
décomposent.  Versez  de  Teau  froide  sur  de  la  chaux  froide  et  vous  créez  une 
source  de  chaleur. 


Ainsi,  selon  toutes  probabilités,  les  temWements  de  terre  sont  produits  par 
les  différentes  causes  que  nous  avons  énumérées,  en  tête  desquelles  se 
placent  les  dislocations  dues  à  la  contraction  séculaire  du  globe.  Les  régions 
montagneuses  déjà  disloquées  et  les  régions  volcaniques  sont  plus  exposées 
à  ces  commotions  du  sol.  La  France  du  Nord,  la  plaine  de  Paris,  entre  autres, 
présentent  au  géologue  de  remarquables  conditions  de  stabilité,  et  l'on  n'a 
point  à  redouter  que  la  capitale  du  monde  soit  jamais  renversée  par  des  cata- 
clysmes de  cet  ordre.  On  n'en  pourrait  pas  espérer  autant  de  l'Auvergne, 
dont  les  volcans  pourraient  peut-être  se  réveiller,  comme  le  fit  le  Vésuve  qui, 
dans  l'antiquité,  était  éteint:  les  armées  campaient  dans  son  cratère  endormi. 
Ces  volcans  ne  sont  pas  très  éloignés  de  la  mer.  Nos  ancêtres  les  ont  vus  en 
ignition  du  temps  de  l'âge  de  pierre. 

En  résumé,  la  terrible  catastrophe  qui  vient  de  fondre  sur  l'Espagne  aura 
donné  à  la  science  des  aperçus  nouveaux  sur  la  solution  de  ce  grand  pro- 
blème des  tremblements  de  terre,  et  aura  servi  à  soulever  quelques-uns  des 
voiles  qui  nous  cachent  encore  la  constitution  intérieure  de  notre  planète. 
C'est  encore  là  une  guerre,  la  guerre  des  éléments  contre  l'humanité,  et  ses 
victimes  innocentes  sont  comme  des  holocaustes  au  Progrès.  Autrefois,  ces 
cataclysmes  semaient  la  mort  et  la  ruine  sans  offrir  à  l'homme  la  moindre 
compensation.  Aujourd'hui,  leur  étude  peut  nous  donner  l'espérance  d'éviter 
dans  l'avenir  une  partie  de  ces  pertes  irréparables,  en  cessant  de  construire 
les  habitations  humaines  sur  les  points  de  plus  grande  instabilité.  Eh!  dans 
notre  douleur  même,  n'accusons  pas  trop  la  nature  d'être  une  mère  marâtre 
et  de  détruire  les  enfants  auxquels  elle  a  donné  le  jour,  quand  nous  voyons 
que  tous  les  tremblements  de  terre  réunis,  les  cyclones,  la  foudre  et  toutes 
les  causes  de  destruction  étrangères  à  l'humanité  font  incomparablement 
moins  de  mal  que  cette  humanité  ne  s'en  fait  à  elle-même,  de  propos  déli- 
béré, par  ses  guerres  perpétuelles,  lesquelles  versent  le  sang  de  quarante 
millions  d'hommes  par  siècle,  soit  plus  de  mille  par  jour,  sans  jamais 
s'arrêter.  Ainsi  l'aveugle  nature  est  beaucoup  moins  «  aveugle  »  que  nous, 


134  L'ASTRONOMIE. 

car  elle  ne  détruit  peut-être  pas  plus  de  cent  mille  hommes  par  siècle,  c'est- 
à-dire  incomparablement  moins  que  Thumanité  ne  s'en  assassine  volontai- 
rement à  elle-même. 

Le  seul  moyen  de  connaître  avec  certitude  la  composition  intérieure  du 
globe  terrestre  serait  de  creuser  un  puits  gigantesque  de  plusieurs  kilo- 
mètres de  profondeur.  Un  tel  travail  ne  serait  point  au-dessus  du  pouvoir- 
actuel  de  l'industrie.  Ce  puits  serait  une  source  de  chaleur  humainement 
inépuisable.  Si  les  divers  gouvernements  s'entendaient  pour  diriger  vers  ce 
but  tous  les  soldats  de  l'Europe,  (chacun  employé  suivant  son  corps  de 
métier,  etc.  )  ils  remporteraient  une  victoire  supérieure  à  toutes  les  extermi- 
nations passées,  présentes  et  futures,  en  mettant  au  jour  le  mystère  qui  se 
cache  sous  nos  pieds.  Et  comme,  pendant  ce  travail,  on  aurait  perdu  l'habi- 
tude de  se  battre,  l'humanité  aurait  gagné  là  un  progrès  en  partie  double, 
progrès  scientifique  et  progrès  social. 

Camille  Flammarion. 

APPENDICE 

On  a  inventa  divers  appareils  pour  mesurer  et  enregistrer  la  direction  et  Tin- 
tensité  des  secousses.  Dans  les  uns,  le  mouvement  du  sol  fait  tomber  une  boule 
suivant  une  direction  déterminée  par  ce  mouvement  même,  dans  les  autres  un 
pendule  oscille  selon  les  ondulations  du  sol;  dans  les  autres  encore  une  tige  ver- 
ticale suspendue  de  telle  sorte  qu'elle  peut  osciller  dans  toutes  les  directions, 
porte  à  son  extrémité  supérieure  une  feuille  de  papier  noirci  au  noir  de  fumée, 
sur  laquelle  le  contact  léger  d'une  pointe  dessinera  une  courbe  à  chaque  oscil- 
lation. Nous  reproduisons  ici  (/îflf.56)  le  curieux  enchevêtrement  de  courbes  tracées 
automatiquement  par  le  sismographe  de  l'Observatoire  météorologique  de  Manille, 
le  18  juillet  1880,  à  midi  40™,  pendant  les  72  secondes  de  durée  de  ce  funeste  trem- 
blement de  terre.  L'original  de  cette  figure,  que  nous  avons  réduite,  mesure 
0™33  de  diamètre.  On  voit  que  les  ondulations  de  plus  grande  intensité  se  sont 
efl'ectuées  de  l'Est  à  TOuest,  suivant  la  direction  bb'. 

Comme  nous  l'avons  vu,  il  y  a  lieu  de  partager  les  tremblements  de  terre  en 
deux  catégories  bien  différentes,  ceux  qui  sont  dus,  de  près  ou  de  loin,  à  des 
phénomènes  volcaniques,  et  ceux  qui  sont  étrangers  à  ces  phénomènes.  Dans  le 
premier  cas  les  trépidations  du  sol  sont  produites  par  les  efforts  que  fait  la  vapeur 
d'eau  contre  les  parois  intérieures  des  cratères  volcaniques,  pour  s'échapper  des 
voûtes  sous  lesquelles  elle  est  emprisonnée,  et  toutes  les  observations  s'accor- 
dent pour  montrer  que  ces  trépidations  sont  précisément  en  corrélation  intime 
avec  les  diverses  phases  des  éruptions  volcaniques.  En  général,  ces  tremblements 
de  terre  volcaniques  sont  peu  étendus.  Les  autres,  au  contraire,  comme  celui 
dont  le  foyer  vient  d'être  observé  en  Espagne,  sont  étrangers  aux  volcans,  indé- 
pendants de  toute  éruption,  et  leurs  causes  doivent  être  cherchées  dans  les  cou- 


LES   TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


135 


ditions  géologiques  mêmes  de  Técorce  du  globe,  qui  ont  été  énumérées  dès  le 
début  de  cette  étude. 

Cet  état  d'instabilité  des  couches  souterraines  se  trouve  par  sa  nature  même 
soumis  aux  influences  extérieures,  aux  effets  de  la  chaleur  solaire,  du  froid  noc- 


Fig.  56. 

N 


dUscillations  tracées  par  le  pendule  enregistreur  des  li-emblements  de  terre. 

urne  ox:^^  hibernal,  aux  oscillations  de  la  pression  atmosphérique,  aux  variations 
^attrjtci-t;i^ii  de  la  Lune  et  du  Soleil  selon  leurs  distances,  leurs  positions  et  le 
inouv&xxx^nt  de  la  Terre.  Que  ces  influences  extérieures  aient  un  effet  réel  sur  la 
production  ^^g  mouvements  du  sol,  c'est  ce  qui  est  démontré  par  les  faits  sui- 
vants. 

Par    Iç^     comparaison  de  696  secousses  observées  en  Suisse  (430  antérieures 


l:JG 


L  ASTRONOMIE. 


à  1857  et  266  de  1879  à  1881)  dont  les  heures  étaient  connues,  M.  Fore!  a  publié 
en  1884,  dans  cette  Revue,  le  curieux  résultat  suivant  : 

VARIATION   DU  NOMBRE   DES  TREMBLEMENTS  DE   TERRE   SUIVANT  LES  HEURES 

DU  JOUR. 


Heures. 

O*» (minuit) et  !*•  matin. 

2         et         3 

4         et         5 

6         et         7 

8         et         îl 

10         et       11  


1879-81.     Avant  1857. 


5Î 
61 

20 
0 
0 


49 

55 
43 
31 
31 
36 


Hoores, 

lî»*  (midi^  et  13'' 
14  et  1.") 
16  et  17 
18  et  19 
20  et  21 
22        et        23 


1879-81. 

Avant  1857. 

7 

18 

9 

27 

13 

31 

13 

24 

23 

42 

31 

48 

En  additionnant  les  nombres  des  deux  séries  d'observations,  nous  avons  con- 
struit, à  leclielle  de  1'»'"  pour  10  tremblements  de  terre,  la  courbe  suivante  qui 

Fig.  57. 


Variation  du  nombre  dos  tremblements  de  terre  suivant  les  heures  du  jour. 

permet  de  saisir  du  premier  coup  d'oeil  cette  variation  horaire,  mieux  que  par 
l'inspection  des  chiffres.  On  voit  qu'il  y  a  quatre  fois  plus  de  tremblements  de 
terre  inscrits  aux  heures  de  la  nuit  qu'aux  heures  du  jour.  Sans  doute  le  silence 
de  la  nuit  et  la  position  horizontale  du  corps  dans  un  lit  sont  deux  conditions 
subjectives  en  faveur  de  l'appréciation  des  légères  oscillations  du  sol,  qui  passent 
inaperçues  au  milieu  des  bruits  du  jour  et  pour  des  observateurs  debout,  en  voi- 
ture ou  à  cheval  ;  et  il  y  aurait  certainement  une  correction  à  faire,  qui  diminue- 
rait l'amplitude  de  la  courbe.  Mais  comme  il  ne  s'agit  pas  ici  seulement  de  légères 
secousses,  mais  aussi  de  tremblements  de  terre  plus  ou  moins  retentissants,  nous 
pouvons  admettre  qu'en  fait  ces  phénomènes  présentent  une  variation  certaine, 
le  maximum  arrivant  entre  i*»  et  4*»  du  matin,  le  minimum  vers  1^  de  l'après- 
midi.  Le  premier  correspond  aux  heures  de  froid,  le  second  aux  heures  de  cha- 
leur. 

Ce  qui  prouve  que  cette  variation  est  bien  réelle,  c'est  que  Ton  observe  égale- 
ment une  périodicité  mensuelle  qui  lui  correspond  en  principe.  Voici,  d'après  le 
même  auteur,  et  pour  la  morne  série  d'observations,  les  nombres  relatifs  aux 
saisons. 


V.\RL\TIONS  DU    NOMBRE   DES  TREMBLE.\IENTS   DE   TERRE   SUIVANT   LES   SAISONS. 

1879-81 
Saisons.  troinblemeiits. 

Hiver  (décembre  à  février) 18 

Printemps  (mars  à  mai) 10 

Été  (juin  à  août) 15 

Automne  (septembre  à  novembre)..  18 


1879-81 

Avant  1857 

secousses. 

secousses. 

80 

461 

29 

315 

43 

141 

104 

313 

LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  137 

En  additionnant  ensemble  les  secousses  des  deux  séries,  on  obtient  également 
la  courbe  (fig.  58)  qui  représente  cette  variation,  tracée  à  l'échelle  de  2«™  pour 
100  secousses.  On  voit  que  le  maximum  arrive  en  hiver  et  le  minimum  en  été. 
Comme  les  nuits  sont  plus  longues  en  hiver  qu*en  été,  Tinfluence  signalée  tout  à 
rheure  peut  encore  se  faire  sentir  ici,  mais,  répétons-le,  il  ne  s'agit  pas  seule- 
ment de  secousses  légères.  D'ailleurs,  lors  de  la  dernière  série  d'Espagne,  à 
laquelle  tous  les  spectateurs  ont  porté  jour  et  nuit  une  attention  intéressée,  on 
a  remarqué  également  que  les  secousses  ont  été  beaucoup  plus  nombreuses  la 
nuit  que  le  jour.  On  sent  qu'il  nous  est  impossible  de  faire  la  part  de  l'influence 
tout  humaine  que  nous  venons  de  signaler  (et  qu'il  nous  surprend  de  ne  pas 
encore  avoir  vue  signalée  par  personne).  Les  appareils  enregistreurs  seuls  pour- 
raient nous  édifier  complètement  à  cet  égard.  Mais  jusqu'à  présent  ils  sont  trop 
clairsemés. 

L'influence  de  l'attraction  lunaire  n'est  pas  moins  certaine  que  celle  de  la  tem- 
pérature. Mon  ami  regretté  Alexis  Perrey,  professeur  à  la  Faculté  des  sciences 

FIg.  58. 


Hiver  PrtnUinpt  Été  Automne 

Variation  du  nombre  des  tremblements  de  terre  suivant  les  saisons. 

de  Dijon,  a  eu  la  patience  de  coUationner  des  milliers  et  des  milliers  d'observa- 
tions de  tremblements  de  terre.  Dans  un  tableau  comprenant  les  faits  relevés  un 
peu  partout,  de  1851  à  1872,  il  a  classé  comme  il  suit  les  données  relatives  aux 
phases  de  la  Lune,  en  groupant  dans  la  première  colonne  les  deux  semaines  de 
Nouvelle  et  Pleine  Lune,  et  dans  la  seconde  les  deux  semaines  de  Premier  et 
Dernier  Quartier. 

VARIATIONS  DU  NOMBRE   DES  TREMBLEMENTS   DE  TERRE   SUIVANT  LES  PHASES 

DE  LA  LUNE. 

NottTelieB  Lnnes  Premier  et 

Périodes.  et  Pleines   Lnnes.    Dernier  Quartier.        Différence. 

1751  à  1800 1901  1754  147 

1801  à  1850 3434  3161  273 

1843  à  1872 8838  8411  427 

On  voit  que  dans  les  trois  séries  la  différence  est  affirmative  en  faveur  d'un 
plus  grand  nombre  aux  époques  des  Nouvelle  Lune  et  Pleine  Lune,  comme  dans  le 
cas  des  marées.  Cette  différence  est  faible,  mais  elle  est  réelle,  et  proportionnelle 
aux  nombres  examinés. 

Le  groupement  relatif  aux  distances  de  la  Lune  donne  un  résultat  analogue  : 
il  y  a  plus  de  tremblements  de  terre  lorsque  la  Lune  est  au  périgée,  c'est-à-dire 
lorsque  son  attraction  est  la  plus  forte,  que  lorsqu'elle  est  à  l'apogée.  Dans  le 

4** 


138  L'ASTRONOMIE. 

tableau  suivant,  dû  également  à  Alexis  Perrey,  les  nombres  représentant  les 
tremblements  de  terre  ont  été  obtenus  en  prenant  des  périodes  de  cinq  jours 
dont  le  périgée  et  l'apogée  forment  les  milieux. 

VARIATIONS  DU  NOMBRE   DES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE  SELON  LES  DISTANCES 

DE   LA  LUNE. 


Périodes. 
1751  à  1800 

An  périgée. 
526 

A  rapogée. 

465 

1113 

3015 

Différence. 
61 

1801  à  1850 

1223 

110 

1843à  1872 

3290 

275 

Les  différences  sont  faibles,  mais,  comme  on  le  voit,  toujours  dans  le  même 
sens. 

Avec  le  nombre  beaucoup  moins  considérable  de  tremblements  de  terre  obser- 
vés en  Suisse,  M.  Forel  est  arrivé  à  un  résultat  analogue.  Il  trouve  : 

Proportion. 

Dans  les  sept  jours  avant  et  après  la  sizygie 0,53 

Quadrature 0,47 

Lune  au  méridien 0,53 

Lune  à  rhorizon 0,47 

Faible,  mais  toujours  significatif.  Nos  lecteurs  se  souviennent  peut-être  de  ce 
que  nous  disions  récemment  à  propos  de  l'influence  de  l'attraction  de  la  Lune  sur 
le  poids  des  corps.  Un  poids  de  lOOO^c  est  diminué  de  0^,112  quand  la  Lune  est 
au  zénitb  ou  au  nadir  et  augmenté  de  Or, 056  quand  elle  esta  l'horizon.  Pour  de 
grandes  masses,  ce  n'est  pas  insignifiant.  Tous  ces  faits  démontrent,  sinon  l'in- 
stabilité absolue  de  notre  planète  errante,  du  moins  son  état  de  perpétuelle  mobi- 
lité et  d'incessante  transformation.  C.  F. 


LES  GRANDS  INSTRUMENTS  DE  L'ASTRONOME. 

L'INSTRUMENT  MÉRIDIEN  ET  LES  OBSERVATIONS  MÉRIDIENNES 

Dans  l'article  que  nous  avons  consacré  à  Téquatorial  coudé  de  l'Observatoire 
de  Paris  (Astronomie,  t.  III,  n«  6,  juin  1884,  p.  216),  nous  avons  été  amené  à  dire 
quelques  mots  des  instruments  installés  à  demeure  dans  le  plan  méridien.  Nous 
nous  proposons  aujourd'hui  d'entrer  dans  quelques  détails  sur  la  construction  de 
ce  genre  d*appareils  et  les  observations  qu'ils  permettent  d'effectuer. 

Nous  avons  déjà  fait  remarquer  que  les  observations  méridiennes  sont  actuel- 
lement le  seul  moyen  que  possède  l'Astronomie  pour  déterminer  avec  précision 
la  position  des  étoiles  fixes.  Les  astronomes  attachés  aux  grands  observatoires 
occupent  la  plus  grande  partie  de  leurs  soirées  à  des  mesures  de  cette  nature, 
et  de  temps  en  temps,  on  publie  le  catalogue  des  étoiles  observées,  résultat  du 
travail  assidu  de  plusieurs  années.  Il  importe  de  se  rendre  compte  de  l'utilité  de 


LES  GRANDS  INSTRUMENTS  DE  L'ASTRONOMIE.  139 

semblables  travaux  qui  absorbent  pendant  si  longtemps  les  forces  et  rintelli- 
gence  d*un  nombreux  personnel  aussi  instruit  que  dévoué.  Une  personne  étran  - 
gère  à  TAstronomie  qui  parcourrait  un  de  ces  volumineux  catalogues  serait  bien 
tentée  de  se  demander  si  de  pareilles  accumulations  de  documents  contribuen  t 
réellement  au  progrès  de  la  Science,  et  si  tout  Targent^  tout  le  temps,  toute  la 
peine  ainsi  dépensés  n'ont  pas  été  consommés  en  pure  perte. 

En  réalité,  les  catalogues  d'étoiles  sont  actuellement  la  base  de  toute  l'Astro- 
nomie et  le  point  de  départ  de  toutes  les  recbercbes  qui  concernent  les  mbuve  - 
ments  des  astres.  Ce  sont  eux  qui  permettent  de  découvrir  les  mouvements 
propres  des  étoiles  par  la  comparaison  des  observations  effectuées  à  de  longs 
intervalles.  Si  Bessel  n'avait  pas  eu  entre  les  mains  les  catalogues  de  ses  devan- 
ciers, il  n'aurait  pu  reconnaître,  dans  la  61«  Cygne,  lune  des  étoiles  du  ciel  dont 
le  mouvement  propre  est  le  plus  rapide;  Tidée  ne  lui  serait  pas  venue  qu'elle 
devait  être,  en  conséquence,  l'une  des  plus  rapprochées  du  Soleil,  et  ses  recher- 
ches sur  la  parallaxe  annuelle  des  étoiles  seraient  certainement  restées  infruc- 
tueuses, comme  l'avaient  été  autrefois  celles  de  Bradley.  Il  a  fallu  qu'Herschel 
compulsât  de  bien  nombreuses  observations  anciennes,  consignées  dans  les  cata- 
logues de  son  temps,  pour  reconnaître,  dans  le  mouvement  propre  de  toutes  les 
étoiles,  une  composante  commune  qui  lui  révélât  le  déplacement  du  système  solaire 
vers  la  constellation  d'Hercule.  Les  variations  d'éclat  des  étoiles,  l'apparition 
d'étoiles  nouvelles  et  la  disparition  d'astres  anciens  ne  peuvent  être  signalées 
avec  certitude  que  si  l'on  possède  d'excellents  catalogues.  On  sait  que  c'est  à  la 
suite  de  l'apparition  d'une  étoile  temporaire,  et  pour  faciliter  à  la  postérité  l'étude 
de  semblables  phénomènes,  qu'un  siècle  avant  Jésus-Christ,  l'astronome  grec 
Hipparque  résolut  de  consacrer  le  reste  de  sa  vie  à  des  observations  astrono  - 
miques  et  à  la  confection  d'un  catalogue  d'étoiles.  C'est  ce  catalogue  qui,  corrigé 
et  complété  plus  tard  par  Ptolémée,  nous  a  été  transmis  dans  VAlmageste  et 
constitue  encore  de  nos  jours  un  document  précieux. 

Outre  ces  avantages  généraux,  et  dont  il  est  facile  de  se  rendre  compte^  les 
catalogues  d'étoiles  en  présentent  un  nouveau  dont  la  portée  philosophique  est 
peut-être  encore  plus  haute.  Depuis  la  découverte  de  Newton,  l'un  des  plus  grands 
problèmes  de  l'Astronomie,  sinon  le  plus  important  de  tous,  c'est  de  savoir  si  la 
loi  de  la  gravitation  universelle  suffit  à  expliquer  les  mouvements  des  planètes 
et  de  leurs  satellites,  ou  si  les  corps  célestes  se  trouvent  soumis  à  quelque  autre 
influence.  Pour  arriver  à  la  solution  de  cette  question,  il  faut,  d'une  part,  multi- 
plier les  observations  de  position  de  planètes  et  augmenter  la  précision  des 
mesures,  et,  d'autre  part,  déterminer  avec  soin,  d'après  les  principes  de  la  Méca- 
nique, les  lieux  que  doivent  occuper  à  chaque  instant  les  planètes  supposées  sou- 
mises à  la  seule  action  de  l'attraction  newtonienne,  afin  de  comparer  les  résultats 
du  calcul  avec  les  observations  effectuées.  Tant  que  les  différences  seront  au- 
dessous  des  erreurs  inévitables  des  mesures,  la  théorie  actuelle  devra  être  con- 
servée ;  mais  si  l'on  vient  à  rencontrer  un  désaccord  plus  considérable,  il  faudra 
nécessairement  en  rechercher  la  cause,  et  Ton  pourra  se  trouver  ainsi  sur  la  voie 


140  L'ASTRONOMIE. 

d'une  grande  découverte.  Jusqu'à  présent,  la  gravitation  suffit  à  tout  expliquer, 
si  ce  n*est  pourtant  Taccélération  du  mouvement  de  certaines  comètes,  en  parti- 
culier celui  de  la  comète  d'Encke;  mais  la  méthode  qui  vient  d'être  esquissée  a 
déjà  conduit  Le  Verrier  à  la  découverte  deNeptune,  et  elle  nous  donne  actuelle- 
ment Tassurance  qu'il  existe  entre  Mercure  et  le  Soleil  un  amas  assez  important 
de  corpuscules  invisibles. 

Quoi  qu'il  en  soit,  deux  séries  de  travaux  sont  nécessaires  au  développement 
des  recherches  astronomiques  relatives  au  grand  problème  dont  nous  parlons. 
L'une,  toute  de  calcul  et  d'analyse  mathématique,  a  pour  objet  la  construction 
des  tables  de  planètes;  nous  n'en  dirons  rien,  si  ce  n'est  qu'elle  exige  une  somme 
énorme  de  fastidieux  calculs  numériques  que  les  perfectionnements  des  procédés 
de  mesure  rendent  constamment  plus  pénibles,  car  il  faut  nécessairement 
apporter  dans  les  calculs  une  approximation  au  moins  égale  à  celles  des  observa- 
tions. L'autre,  toute  d'observations  et  de  mesures,  consiste  à  relever  le  plus  sou- 
vent possible,  par  des  procédés  sans  cesse  perfectionnés,  la  position  apparente 
des  corps  du  système  solaire.  Or,  de  quelque  manière  qu'on  fasse  l'observation 
d'une  planète,  aussi  bien  avec  l'instrument  méridien  qu'avec  l'équatorial,  on  ne 
détermine  jamais  que  les  différences  entre  les  coordonnées  de  la  planète  et 
celles  de  quelques  étoiles  de  comparaison  qui  servent  de  point  de  repère.  Avec 
l'équatorial,  il  faut  prendre  une  étoile  de  comparaison  très  voisine  de  l'astre  que 
Ton  veut  observer,  tandis  qu'avec  l'instrument  méridien,  la  distance  des  points 
de  repère  est  indifTérente;  mais,  dans  les  deux  cas,  il  faut  le  remarquer,  on 
n'obser^^e  que  des  différences.  Dès  lors  chacun  saisira  l'importance  capitale  que 
l'on  attache  à  la  détermination  précise  et  certaine  de  la  position  des  étoiles  qui 
doivent  servir  de  comparaison. 

A  ce  point  de  vue  toutes  les  étoiles  observées  ont  été  classées  en  deux  groupes 
fort  inégaux.  Le  plus  nombreux,  qui  renferme  la  presque  totalité  des  étoiles 
observées,  fournit  un  nombre  considérable  de  points  de  repère  dont  la  position 
est  consignée  dans  les  divers  catalogues  actuellement  existants.  C'est  là  qu'on  va 
choisir  les  petites  étoiles  de  comparaison  destinées  aux  observations  équato- 
riales  des  comètes  ou  des  petites  planètes.  Pourtant,  quel  que  soit  le  soin  apporté 
à  la  confection  des  catalogues,  les  positions  qu'ils  indiquent  ne  seront  jamais 
considérées  que  comme  approchées,  et  toutes  les  fois  qu'une  de  ces  étoiles  aura 
servi  de  comparaison,  on  devTa  l'observer  plus  tard  à  l'instrument  méridien,  pen- 
dant deux  ou  trois  nuits  consécutives,  pour  bien  s'assurer  de  son  exacte  position. 
L'existence  des  catalogues  est  cependant  nécessaire,  afin  que  l'astronome  qui 
observe  à  l'équatorial  puisse  choisir,  parmi  tous  les  astres  qu'il  aperçoit  dans  le 
champ  de  la  lunette,  celui  qu'il  veut  prendre  comme  point  de  repère;  il  faut 
même  que  la  position  donnée  par  le  catalogue  soit  assez  précise  pour  que  cette 
étoile  puisse  être  distinguée  de  ses  voisines  lorsqu'on  voudra  plus  tard  l'observer 
à  l'instrument  méridien;  car  le  seul  moyen  de  reconnaître  les  petites  étoiles 
réside  dans  la  connaissance  préalable  de  leurs  coordonnées. 
Le  deuxième  groupe  ne  comprend  qu'un  petit  nombre  d'étoiles  choisies  avec 


LES  GRANDS  INSTRUMENTS  DE  L  ASTRONOMIE.  141 

soin  parmi  les  plus  brillantes  du  ciel  :  ce  sont  celles  qui  ont  été  observées  le  plus 
souvent  et  dont  les  observations  se  sont  montrées  assez  concordantes  pour  que 
Ton  puisse  considérer  leurs  positions  comme  définitivement  connues.  Ce  sont  elles 
qui  servent  de  points  de  repère  dans  les  observations  méridiennes  des  planètes  et 
des  autres  étoiles.  On  les  nomme  pour  cette  raison  étoiles  fondamentales. 
L'Observatoire  de  Paris  en  a  choisi  316,  dont  16,  très  voisines  du  Pôle,  servent  à 
des  usages  spéciaux  sur  lesquels  nous  aurons  à  revenir.  Les  positions  apparentes 
de  ces  étoiles  rapportées  à  Téquateur  et  à  Téquinoxe  de  chaque  jour  sont  évi- 
demment affectées  de  la  précession  et  de  la  nutation  qui  font  varier  à  chaque 
instant  le  plan  de  Téquateur  terrestre.  Aussi  leurs  coordonnées  apparentes  sont- 
elles  calculées  à  l'avance  et  données  dans  la  Connaissance  des  Temps  pour 
chaque  jour  de  Tannée.  Cette  éphéméride,  qui  occupe  139  pages  de  ce  recueil,  est 
indispensable  aux  astronomes  des  observatoires;  c'est  la  base  sur  laquelle  repo- 
sent tous  les  résultats  deleurs  travaux. 

Il  nous  resterait  maintenant  à  dire  comment  on  a  pu  déterminer  la  position  de 
ces  étoiles  fondamentales;  mais,  pour  le  bien  faire  comprendre,  il  est  nécessaire 
de  décrire  d'abord  l'instrument  et  d'en  expliquer  l'usage.  Nous  supposons  donc, 
sauf  à  revenir  plus  tard  sur  la  question,  que  cette  position  est  absolument  ceN 
tainc  et  qu'il  suffit  d'ouvrir  la  Connaissance  des  Temps  pour  la  connaître. 

Les  instruments  méridiens  se  composent  de  deux  parties  essentiellement  dis- 
tinctes quoique  pouvant  être  réunies  sur  un  même  appareil  :  la  Lunette  Méri- 
dienne, qui  sert  à  la  mesure  des  ascensions  droites,  et  le  Cercle  Méridien,  qui 
sert  à  déterminer  les  déclinaisons. 

Les  lecteurs  de  V Astronomie  sont  familiarisés  avec  les  mots  d*ascension  droite 
et  de  déclinaison.  Ils  savent  que  l'on  appelle  cercles  horaires  les  grands  cercles 
qu'on  peut  tracer  sur  la  sphère  céleste  en  les  faisant  passer  par  les  deux  pôles. 
L'un  de  ces  cercles  horaires,  celui  qui  passe  par  Téquinoxe  de  printemps,  a  été 
numéroté  0,  et  la  position  d'un  cercle  horaire  quelconque  est  parfaitement  déter- 
minée dès  qu'on  connaît  l'angle  qu'il  fait  avec  le  cercle  horaire  origine.  C'est  cet 
angle  qu'on  appelle  Vascension  droite  du  cercle  horaire,  de  sorte  que  toutes  les 
étoiles  situées  sur  un  même  cercle  horaire  ont  la  même  ascension  droite.  Par 
suite  du  mouvement  diurne  apparent  du  ciel,  tous  les  cercles  horaires  du  ciel 
viennent  successivement  coïncider,  dans  la  période  d'un  jour  sidéral,  avec  le  plan 
du  méridien.  Les  astronomes  ont  pris  l'habitude  de  compter  les  ascensions 
droites  de  0«  à  360«  dans  le  sens  inverse  du  mouvement  diurne  apparent,  de 
manière  que  les  différents  cercles  horaires  viennent  successivement  se  placer 
dans  le  plan  du  méridien,  dans  l'ordre  de  leurs  ascensions  droites.  Enûn^  si  l'on 
remarque  que  la  Terre  tourne  de  360»  en  24^,  on  verra  par  une  simple  division, 
qu'elle  tourne  de  15»  en  une  heure,  de  manière  que  toutes  les  heures,  le  cercle 
horaire  qui  se  trouve  dans  le  plan  méridien  est  à  15»  de  distance  de  celui  qui 
occupait  la  même  position  une  heure  auparavant.  De  là  vient  que  l'heure  peut 
être  prise  pour  une  unité  d'angle  15  fois  plus  grande  que  le  degré.  Les  astronomes 


142  L'ASTRONOMIE. 

ont  en  effet  Thabitude  d'exprimer  les  ascensions  droites  en  heures,  minutes  et 
secondes  de  temps  au  lieu  de  degrés,  minutes  et  secondes  d'arc,  ce  qui  revient  à 
partager  la  circonférence  de  TÉquateur  en  24  parties  égales  au  lieu  de  360. 
L'avantage  de  cette  manière  de  faire  consiste  à  unifier  pour  ainsi  dire  la  mesure 
du  temps  avec  la  mesure  des  ascensions  droites.  On  fait  commencer  le  jour  sidé- 
ral au  moment  où  le  cercle  horaire  pris  pour  origine  et  numéroté  0  vient  coïncider 
avec  le  plan  méridien,  de  manière  qu'à  i^  sidérale  c'est  le  cercle  numéroté  1^  qui 
se  trouve  dans  le  plan  méridien,  à  2*»  c'est  le  cercle  numéroté  2'»,  et  ainsi  de 
suite.  La  mesure  de  l'ascension  droite  d'un  astre  se  réduit  ainsi  à  la  détermination 
de  l'heure  exacte  de  son  passage  dans  le  plan  méridien.  Deux  instruments  seule- 
ment sont  nécessaires  pour  cette  mesure  : 

lo  Une  lunette  méridienne  munie  d'un  réticule  à  fils  verticaux  pour  apprécier 
l'instant  du  passage  de  l'étoile  dans  le  plan  méridien,  c'est-à-dire  une  lunette 
mobile  autour  d'un  axe  horizontal  perpendiculaire  au  plan  méridien;  celui-ci  est 
marqué  par  le  centre  optique  de  l'objectif  et  le  fil  moyen  du  réticule,  de  manière 
que  rétoile  se  trouve  dans  le  plan  méridien  quand  son  image  observée  dans  le 
champ  de  la  lunette  passe  derrière  ce  fil  moyen. 

2°  Une  horloge  réglée  sur  le  temps  sidéral,  afin  de  déterminer  Theure  exacte  du 
passage  observé;  c'est  la  Pendule  sidérale [^). 

On  voit  que  la  détermination  des  ascensions  droites  serait  une  chose  fort  simple 
si  la  lunette  pouvait  être  parfaitement  orientée  dans  le  plan  méridien,  et  si 
la  pendule  sidérale  pouvait  être  rigoureusement  réglée.  Malheureusement  ce 
réglage  absolu  est  une  chose  impossible  ;  il  faut  se  borner  à  mesurer  avec  le  plus 
de  précision  possible  les  petits  écarts  inévitables,  afin  d'en  tenir  compte  dans  la 
réduction  des  observations,  et  c'est  dans  cette  détermination  que  réside  la  partie 
la  plus  délicate  des  opérations. 

Les  erreurs  auxquelles  on  est  exposé  dans  la  mesure  des  ascensions  droites 
sont  donc  de  trois  catégories  : 

l»  Los  erreurs  inévitables  de  l'observation  elle-même; 

2o  Celles  qui  tiennent  à  la  position  plus  ou  moins  défectueuse  de  la  lunette; 

3*  Celles  qui  tiennent  à  la  marche  imparfaite  de  l'horloge. 

L  Pour  diminuer  autant  que  possible  les  erreurs  de  l'observation  elle-même,  il 
est  indispensable  que  l'observateur  se  soit  exercé  pendant  longtemps  avant 
d'entreprendre  des  mesures  dignes  de  figurer  dans  les  documents  scientifiques. 

(')  On  sait  que  le  jour  sidéral  est  un  peu  plus  court  que  le  jour  solaire  moyen;  la  diffé- 
rence est  d'à  peu  près  4";  il  y  dans  Tannée  un  jour  sidéral  de  plus  qu'il  n'y  a  de  jours 
solaires,  de  sorte  que  si  les  deux  horloges  solaire  et  sidérale  marquent  la  même 
heure  un  certain  jour  de  Tannée,  elles  se  retrouveront  d'accord  le  même  jour  de  Tannée 
suivante;  dans  Tintervalle,  Thorloge  sidérale  avance  constamment  sur  Thorloge  solaire 
d'environ  4"  par  jour,  soit  en  moyenne  2''  par  mois,  de  manière  que  l'avance  se  trouve 
exactement  de  24''  à  la  fin  de  Tannée.  Cet  efifet  tient  à  ce  que  le  jour  sidéral  est  unique- 
ment basé  sur  la  rotation  de  la  Terre  tandis  que  le  jour  solaire  résulte  de  la  combinaison 
des  deux  mouvements  de  la  Terre  sur  elle-même  et  autour  du  Soleil. 


LES  GRANDS  INSTRUMENTS  DE  L'ASTRONOMIE.  14a 

L'observation  d'une  étoile  à  la  lunette  méridienne  consiste  essentiellement  à 
saisir  l'instant  précis  où  l'image  de  l'étoile  disparaît  derrière  le  fil  vertical  du 
réticule,  et  à  noter  sur  un  cahier  1  heure,  la  minute,  la  seconde  et  même  la  frac- 
tion de  seconde  qui  caractérise  cet  instant.  L'horloge  est  disposée  de  manière  que 
le  pendule  exécute  une  oscillation  par  seconde,  et  chaqne  oscillation  est  marquée 
par  un  coup  sec  et  bruyant.  Après  avoir  placé  sa  lunette  à  la  hauteur  convenable 
pour  que  l'étoile  pénètre  dans  le  champ,  l'observateur  inscrira  sur  son  cahier 
l'heure  et  la  minute  indiquées  par  l'horloge;  puis  il  regardera  le  numéro  indiqué 
par  l'aiguille  des  secondes,  et,  quittant  l'horloge  pour  revenir  à  la  lunette,  il  se 
mettra  à  compter  mentalement  les  battements  du  pendule  à  partir  de  ce  numéro. 
Quand  l'étoile  arrivera  derrière  le  fil,  il  inscrira  le  dernier  numéro  qu'il  vient  de 
compter  et  y  ajoutera  la  fraction  de  seconde  écoulée  depuis  l'instant  où  il  a 
entendu  le  dernier  choc.  Il  peut  paraître  singulier  qu'on  puisse  arriver  ainsi  à 
apprécier  assez  exactement  des  fractions  de  seconde.  On  y  parvient  pourtant,  et 
plus  facilement  qu'on  ne  serait  disposé  à  le  croire.  Disons  d'abord  qu'on  se  borne 
toujours  à  apprécier  les  dixièmes  de  seconde.  Divers  procédés  ont  été  imaginés 

Fig.  59. 


ObservattoQ  du  passage  apparent  d'uae  étoile  derrière  l*uâ  des  fils  du  micromètre. 

dans  ce  but  par  les  astronomes;  l'un  des  plus  connus  et  des  plus  employés  a  été 
indiqué  par  Bradley.  Quand  l'observateur  voit  l'étoile  arriver  près  du  fil,  il 
s'eflForce  de  bien  noter  la  position  a  (fig.  59)  qu'elle  occupe  à  l'instant  du  dernier 
battement  qui  précède  le  passage.  Au  battement  suivant,  l'étoile  occupe  une  cer- 
taine position  b  (fig.  59)  de  l'autre  côté  du  fil.  En  comparant  cette  position  avec 
la  précédente  que  l'on  a  conservée  dans  la  mémoire,  on  voit  le  fil  passer  entre 
les  deux,  et  l'on  apprécie  le  rapport  des  chemins  décrits  par  l'étoile  avant  et  après 
le  passage. 

Du  reste,  quelle  que  soit  la  méthode  qu'on  ait  employée  au  début,  on  arrive, 
après  quelques  années  de  pratique,  à  apprécier  les  dixièmes  de  seconde  directe- 
ment, instinctivement  pour  ainsi  dire,  et  sans  faire  usage  d'aucun  artifice.  Quoi 
qu'il  en  soit,. on  comprend  que  ce  genre  d'observations  soit  difficile  et  exige  une 
longue  préparation.  Ajoutons  qu'au  lieu  d'un  seul  fil,  la  lunette  en  porte  cinq  ou 
six  et  qu'il  faut  observer  le  passage  de  l'étoile  derrière  chacun  d'eux.  Les  erreurs 
accidentelles  de  chaque  observation  se  balancent  ainsi  en  partie,  et  le  résultat 
est  beaucoup  plus  précis  que  si  l'on  n'avait  observé  qu'à  un  seul  fil;  mais  la  tâche 
de  l'observateur  est  rendue  bien  plus  pénible,  car  il  a  six  instants  à  relever  au 
lieu  d'un  seul,  et  comme  il  n'a  pas  le  temps  de  revenir  consulter  l'horloge  entre 
les  passages  de  l'étoile  à  deux  fils  successifs,  il  doit  continuer  à  compter  les  bat- 


444  L'ASTRONOMIE. 

tements  du  pendule  pendant  qu*il  estime  des  fractions  de  seconde,  et  qu'il  écrit 
des  nombres  sur  son  cahier.  Il  ne  cessera  de  compter  que  lorsque,  ayant  terminé 
toute  l'observation,  il  reviendra  au  cadran  pour  constater  qu'il  est  resté  d*accord 
avec  l'aiguille  des  secondes,  et  inscrire  la  minute  finale  qui  doit  servir  de  véri- 
fication avec  celle  du  début  de  l'observation.  Un  astronome  exercé  peut  compter 
machinalement  les  battements  du  pendule  tout  en  accomplissant  les  opérations 
les  plus  variées,  et  même,  chose  plus  singulière,  en  parlant. 

II.  Nous  venons  de  dire  que  l'on  observe  les  passages  des  étoiles  derrière  plu- 
sieurs fils  verticaux  et  que  Ton  fait  la  moyenne  des  temps  observés.  C'est  comme 
si  l'on  observait  le  passage  derrière  un  fil  fictif  placé  dans  une  certaine  position 
moyenne  par  rapport  aux  fils  réels.  C'est  ce  fil  fictif  moyen  qui  détermine,  avec  le 
centre  optique  de  l'objectif,  la  ligne  de  visée  de  Tinstrument.  Si  la  lunette  était 
parfaitement  réglée,  cette  ligne  de  visée  serait  exactement  perpendiculaire  à 
l'axe  de  rotation  de  l'instrument,  et  celui-ci  serait  parfaitement  horizontal  et 
perpendiculaire  au  plan  méridier».  Comme  ces  conditions  ne  peuvent  être  réa- 
lisées rigoureusement,  on  voit  que  les  erreurs  dues  à  l'installation  défectueuse 
de  l'instrument  sont  de  trois  espèces  : 

i»  L'erreur  ù! inclinaison,  due  à  ce  que  l'axe  de  rotation  n'est  pas  parfaitement 
horizontal,  ce  qui  fait  que  la  ligne  de  visée  décrit  un  plan  oblique  au  lieu  du  plan 
vertical  méridien. 

2o  L'erreur  à'azimut,  due  à  ce  que  l'axe  de  rotation  n'est  pas  exactement  dirigé 
de  l'Est  à  l'Ouest.  Elle  a  pour  effet  de  faire  décrire  à  la  ligne  de  visée  un  plan  ver- 
tical différant  quelque  peu  du  plan  méridien. 

3°  L'erreur  de  collimationy  tenant  à  ce  que  l'axe  optique  n'est  pas  rigoureuse- 
ment perpendiculaire  à  l'axe  de  rotation,  de  sorte  qu'il  décrit  dans  l'espace  un 
cône  au  lieu  du  plan  méridien. 

Il  est  bien  évident  qu'on  s'attache  à  réduire  le  plus  possible  ces  trois  causes 
.d'erreurs;  mais  il  faut  pouvoir  mesurer  les  imperfections  qui  restent  après  le 
réglage,  afin  de  corriger  convenablement  les  observations. 

i»  L'inclinaison  de  l'axe  de  rotation  se  détermine  à  l'aide  d'un  niveau  à  bulle 
d'air  porté  sur  deux  jambes  de  cuivre  qui  se  terminent  en  forme  de  V  renversé, 
de  manière  à  venir  s'emboîter  sur  les  tourillons  qui  terminent  l'axe  de  rotation. 

2»  L'erreur  d'azimut,  c'est-à-dire  le  petit  angle  que  fait  l'axe  de  rotation  de  la 
lunette  avec  la  ligne  Est-Ouest,  se  détermine  k  l'aide  d'observations  délicates 
effectuées  sur  des  étoiles  voisines  du  Pôle.  Nous  ne  pouvons  entrer  dans  aucun 
détail  sur  ce  genre  d'observations.  Disons  seulement  que  c'est  en  vue  de  ces 
déterminations  que  la  Connaissance  des  Temps  publie  les  éphémérides  de  15 
étoiles  voisines  du  Pôle.  Du  reste  les  opérations  sont  quelque  peu  simplifiées 
dans  la  pratique  par  l'usage  d'une  mire  éloignée  que  l'on  place  k  une  grande  dis- 
tance de  l'instrument,  dans  le  plan  méridien.  Outre  les  fils  verticaux  qui  servent 
à  l'observation  des  étoiles  ordinaires,  le  réticule  de  la  lunette  contient  un  fil  ver- 
tical placé  dans  un  cadre  que  peut  faire  mouvoir  une  vis  micrométrique.  Le  tam- 


LES  GRANDS  INSTRUMENTS  DE  L'ASTRONOMIE.  145 

bour  de  cette  vis  est  divisé  en  100  parties  égales,  et  peut  tourner  devant  un  index 
fixe,  de  manière  qu'une  position  quelconque  du  fil  mobile  peut  toujours  être 
retrouvée  quand  on  sait  le  nombre  de  tours  et  la  fraction  du  tour  de  la  vis  qui 
lui  correspondent.  En  particulier,  on  peut  amener  le  fil  mobile  en  coïncidence 
successivement  avec  tous  les  fils  fixes  et  noter  les  indications  correspondantes 
du  tambour.  La  moyenne  de  toutes  ces  indications  fait  connaître  la  position  du 
fil  mobile  qui  correspond  au  fil  fictif  moyen.  Cela  posé,  les  observations  des 
étoiles  circumpolaires  et  de  la  mire  se  font  à  l'aide  du  fil  mobile,  et  l'on  en  déduit 
la  position  du  fil  mobile  qui  marquerait  exactement  le  plan  méridien  quand  la 
lunette  est  horizontale.  On  aura  donc,  par  différence,  la  distance  du  fil  fictif  moyen 
au  plan  méridien,  exprimée  en  tours  et  fractions  de  tour  de  la  vis  micrométrique. 
Comme  on  a  déterminé  une  fois  pour  toutes  à  combien  de  secondes  correspond 
chaque  tour  de  cette  vis,  on  voit  qu'on  pourra  calculer  la  distance  angulaire  du 
fil  moyen  au  plan  méridien,  c'est-à-dire  l'azimut  de  l'instrument. 

3°  L'erreur  de  collimation  se  détermine  par  une  méthode  fort  ingénieuse  et 
très  générale  qui  est  due  à  l'abbé  Picard,  le  premier  astronome  qui  ait  songé  à 
employer  les  observations  de  passage  des  astres  dans  le  plan  méridien  pour  la 
détermination  de  leur  ascension  droite.  Picard  était  un  savant  dont  le  nom  n'est 
jamais  devenu  populaire  :  il  doit  cependant  compter  parmi  ceux  qui  font  le  plus 
d'honneur  à  la  France  :  c'était  un  astronome  du  plus  haut  mérite,  et,  chose  plus 
rare,  d'une  extrême  modestie.  Peut-être  même  est-ce  à  son  désintéressement  de 
toute  préoccupation  ambitieuse  qu'il  faut  attribuer  l'oubli  relatif  dans  lequel  est 
tombé  son  souvenir,  tandis  que  la  gloire  et  la  renommée  s'attachaient  à  la  mé- 
moire de  son  directeur  Cassini,  quoique,  à  beaucoup  d'égards.  Picard  fût  réel- 
lement supérieur  à  l'Italien  fameux  qui  dirigea  le  premier  l'Observatoire  de 
Paris. 

La  méthode  de  Picard  est  celle  du  retournement;  quand  nous  l'aurons  décrite, 
on  comprendra  que  les  Astronomes  et  les  Physiciens  aient  pu  l'appliquer  à  une 
foule  d'opérations  et  d'appareils  différente.  Voici  comment  on  la  fait  servir 
actuellement  à  la  mesure  de  la  collimation  des  lunettes  méridiennes  : 

Les  tourillons  en  acier  tourné  qui  terminent  Taxe  de  rotation  de  la  lunette 
reposent  simplement  sur  deux  coussinets  de  cuivre  en  forme  de  V,  installés  à 
demeure  sur  des  piliers  en  maçonnerie,  de  manière  qu'on  puisse  soulever  la 
lunette  en  retirant  les  tourillons  de  leurs  coussinets.  On  peut  alors  retourner 
tout  le  système  de  la  lunette  et  de  son  axe  de  rotation  et  replacer  celui-ci  dans 
ses  coussinets  en  mettant  à  l'Ouest  le  tourillon  qui  était  primitivement  à  l'Est  et 
inversement.  Imaginons  alors  qu'on  ait  placé  à  une  assez  grande  distance  de 
rappareil,du  côté  Sud,  et  le  plus  près  possible  du  plan  méridien,  une  mire  formée 
de  deux  fils  de  métal  croisés  éclairés  par  une  lampe  ou  un  bec  de  gaz.  Pour  fixer 
les  idées,  nous  supposerons  que  cette  mire  se  trouve  un  tant  soit  peu  à  l'Est  de 
la  perpendiculaire  abaissée  du  centre  optique  de  l'objectif  sur  l'axe  de  rotation 
de  la  lunette.  L'observateur  visera  la  mire  avec  la  lunette,  et  il  amènera  le  fil 
mobile  sur  l'image  même  de  cette  mire,  puis  il  notera  l'indication  du  tambour. 


14C  L'ASTRONOMIE. 

D'après  la  position  supposée  de  la  mire,  la  ligne  qui  joint  le  fil  mobile  au  centre 
optique  de  la  lunette  se  prolongea  en  déviant  quelque  peu  à  TEst,  et  le  fil  mobile 
sera  par  conséquent  à  l'Ouest  de  la  perpendiculaire.  Supposons  actuellement 
qu'on  retourne  la  lunette  comme  il  a  été  expliqué  tout  à  l'heure.  A  la  suite  de  ce 
retournement  le  fil  mobile  passera  à  TEst  de  la  perpendiculaire  et  la  ligne  qui 
le  joint  au  centre  optique  de  lobjectif  déviera  vers  l'Ouest.  Pour  le  replacer  sur 
rimage  de  la  mire,  il  faudra  donc  le  déplacer  vers  l'Ouest  d'une  quantité  double 
de  celle  dont  il  s'écarte  de  la  perpendiculaire.  Si  donc  on  lit  l'indication  du  tam- 
bour après  ce  second  pointé  et  qu'on  fasse  la  moyenne  entre  les  deux  indications. 
on  obtiendra  le  nombre  qui  correspond  à  la  position  du  fil  mobile  pour  laquelle 
la  ligne  de  visée  serait  exactement  perpendiculaire  à  Taxe  de  rotation  de  la  lu- 
nette, c'est-à-dire  la  position  de  coUimation  nulle.  La  différence  entre  ce  nombre 
et  celui  qui  correspond  au  fil  fictif  moyen  (voir  plus  haut  n°  î)  donnera  la  coUi- 
mation exprimée  en  fractions  de  tour  de  la  vis  micrométrique.  Il  ne  restera  plus 
qu'à  la  transformer  en  secondes  d'après  la  connaissance  que  l'on  a  de  la  valeur 
du  tour  de  la  vis  micrométrique. 

Telle  est  la  méthode  couramment  employée  dans  les  observatoires  pour  cette 
détermination  délicate.  On  voit  qu'elle  nécessite  une  opération  matérielle,  le 
retournement,  qui  ne  laisse  pas  que  d'être  peu  commode  quand  il  s'agit  d'une 
lunette  de  grandes  dimensions.  La  difficulté  deviendrait  beaucoup  plus  considé- 
rable si  la  lunette  était  ûxée  à  un  grand  cercle  divisé  qui  devrait  être  retourné 
avec  elle.  Telle  est  la  raison  pour  laquelle  on  a  longtemps  construit  les  lunettes 
méridiennes  sans  cercle  divisé.  Le  cercle  destiné  à  la  mesure  des  déclinaisons 
portait  alors  une  lunette  spéciale,  et  comme  ici  le  retournement  n'était  pas  néces- 
saire, on  pouvait  fixer  ce  cercle  le  long  d'un  vaste  pilier  en  maçonnerie,  d'où  le 
nom  de  cercle  mural  donné  à  cet  appareil.  Les  instruments  classiques  de  Gambey 
qui  sont  encore  employés  journellement  à  rObser>atoire,  et  dont  on  trouve  la 
description  dans  la  plupart  des  ouvrages  classiques  d'Astronomie,  'ont  été  con- 
struits d'après  ces  principes.  Depuis  lors,  frappé  des  inconvénients  de  ce  dédou- 
blement.qui  exige  absolument  la  présence  simultanée  de  deux  observateurs  pour 
l'observation  des  deux  coordonnées  d'une  mémo  étoile.  Le  Verrier  a  fait  construire 
un  grand  instrument  méridien  plus  puissant  que  ceux  de  Gambey,  et  formé  d'une 
seule  lunette  fixée  à  un  cercle  divisé;  cet  instrument  fonctionne  régulièrement 
depuis  de  longues  années;  mais  il  n'est  pas  retoumable.  On  peut  suppléer  en 
partie  à  ce  défaut  d'installation  par  des  observations  méthodiques  d'étoiles  voi- 
sines du  pôle;  mais  il  est  pourtant  certaines  déterminations  qu'il  ne  peut  donner 
avec  exactitude.  Fort  heureusement,  M.  Eichens  est  parvenu,  il  y  a  une  diiaine 
d'années,  à  construire  des  instruments  méridiens  munis  de  cercles  divisés  et 
pouvant  subir  le  retournement.  Le  premier  appareil  construit  sur  ce  modèle  était 
destiné  à  l'Obser^'atoirc  de  Lima  ;  il  a  été  expédié  au  Pérou  ;  mais  j'ignore  s'il  a 
jamais  fonctionné.  Les  événements  politiques  qui  ont  récemment  désolé  cette 
partie  de  l'Amérique  du  Sud  ont  empêché  les  Péruviens  de  donner  suite  aux  pro- 
jets de  travaux  scientifiques  qu'ils  avaient  entrepris. 


LE  TORNADO  DE  L'ORNE.  147 

Depuis  1877  TObservatoire  de  Paris  possède  un  instrumeat  méridien  du  même 
type, qu'il  doit  à  la  générosité  de  M.  Bischoffsheim.  Nous  en  donnerons  le  dessin 
et  la  description  détaillée  dans  un  prochain  article. 

Philippe  Gérigny. 
(A  suivre.) 


LE  TORNADO  DE  L'ORNE. 

Le  lundi  16  février  1885,  vers  les  trois  heures  de  l'après-midi,  les  habitants  de 
Joué-du-Bois,  commune  qui  occupe  le  point  culminant  des  collines  de  Normandie, 
entendirent  quelques  coups  de  tonnerre  dans  la  direction  du  S.-O.  Les  coups  de 
foudre  partaient  d'un  nuage  épais,  noirâtre,  qui  s'élevait  avec  vitesse  au-dessus 
de  l'horizon.  En  même  temps,  deux  appendices  inégaux  et  en  mouvement  rapide, 
partaient  de  ce  nuage  et  semblaient  menacer  le  sol.  Le  mont  Thiébert,  dont  l'al- 
titude est  de  333™,  sépara  ce  nuage  en  deux  parties  qui  ne  se  rejoignirent  qu'à 
l'entrée  du  village  de  Bois-Morel,  G"'"»  plus  loin. 

Tout  à  coup,  l'on  vit  l'appendice  occidental  s'allonger,  toucher  terre,  à  500™  du 
bourg,  et  renverser  quatre  pommiers  :  deux  disposés  au  Nord,  un  vers  l'Est  et 
le  troisième  au  Sud;  les  deux  plus  rapprochés  ont  été  renversés  en  sens  con- 
traire, parallèlement,  l'un  au  Nord,  l'autre  au  Sud*  Après  avoir  brisé  ces  quatre 
arbres,  le  tourbillon  se  maintint  au  même  niveau,  et  comme  le  terrain  est  en 
pente,  il  ne  porta  ses  ravages  que  700™  ou  800™  plus  bas,  dans  le  village  du  Theil. 
Mais  là,  il  s'attaqua  d'abord  aux  maisons  les  plus  élevées,  enleva  les  toits  de 
chaume,  et  détruisit  plusieurs  milliers  de  tuiles  qu'il  brisa  les  unes  contre  les 
autres  et  dont  il  transporta  les  débris  dans  les  champs  d'alentour.  Dans  ces  der- 
niers, les  effets  de  la  trombe  sont  encore  bien  plus  sensibles  :  les  arbres  ren- 
versés ont  leurs  pieds  disposés  circulairement,  tandis  que  leur  cime  est  jetée  de 
la  façon  la  plus  bizarre.  C'est  ainsi  que  l'on  voit  deux  chênes  voisins  dont  les 
troncs  forment  un  angle  droit. 

Du  Theil  au  village  du  Vieil-Etre,  le  sol  est  en  pente  douce  et  l'on  ne  con- 
state aucun  dégât.  Mais,  au  Vieil-Etre,  cinq  cents  tuiles  sont  déplacées  sur  l'habi- 
tation du  sieur  Manson,  un  pan  de  mur  d'un  bâtiment  rural  est  arraché,  rejeté  en 
avant,  tandis  qu'une  partie  de  la  couverture  en  chaume  est  enlevée.  Deux  arbres 
sont  brisés  près  du  village. 

Du  village  du  Vieil-Etre  à  l'étang  de  la  Fendrie,  près  du  bourg  du  Champ-de- 
la-Pierre,  existe  une  profonde  vallée  que  le  tourbillon  n'a  pas  atteinte. 

Sur  le  versant  septentrional  de  la  vallée,  se  trouve  le  château  du  Champ-de-la- 
Pierre  appartenant  à  M.  le  comte  d'Andigné.  De  magnifiques  étangs  ornent  le  parc 
où  l'on  admire  de  be«iux  arbres  plantés  il  y  a  deux  siècles.  La  tourmente  a  passé 
sur  l'étang  en  faisant  entendre  un  bruit  strident  si  effrayant  que  ceux  qui  l'ont 
entendu  se  sont  enfuis.  Plus  de  soixante-dix  pieds  d'arbres  ont  été  brisés  et  un 
mur  de  35™  a  été  renversé.  Des  chênes  robustes  ont  été  tordus  et  leur  cime  trans- 


148 


L'ASTRONOMIE. 


portée  à  une  grande  distance.  Des  peupliers  énormes  ont  été  rompus  par  le 
milieu,  ainsi  que  plusieurs  pommiers  et  poiriers. 

Nous  voici  au  Bois-Morel  {voir  la  carte,  fig,  60)  sur  Saint-Martin-r Aiguillon. 
C'est  dans  ce  village  que  la  trombe  a  exercé  ses  plus  effroyables  ravages.  Tous 
les  habitants  racontent  qu'ils  ont  vu  deux  colonnes  blanchâtres  se  précipiter 


Fig.  60. 


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EcheUo  de  12"î"3  pour  l  Kilomètre. 
Carte  de  la  Région  ravagée  par  l'ouragan  du  16  février  1885. 


Tune  sur  Tautre,  enlevant  tout,  brisant  tout  sur  leur  passage.  Partout  Ton  recon- 
naissait le  bruit  de  la  foudre  accompagnant  Torage,  éclatant  par  terre  avec  un 
bruit  sourd  et  mat.  Des  grêlons  mesurant  0«,03  et  0"»,04  de  circonférence  ne 
cessaient  de  tomber,  pendant  qu'une  pluie  diluvienne  inondait  la  vallée  de  h 
Meuse.  La  nuit  était  à  peu  près  complète  et  les  villageois  si  épouvantés  qu'ils  se 
réfugiaient  dans  les  recoins  de  leurs  appartements,  croyant  leur  dernier  jour 
arrivé.  Pendant  ce  temps,  les  toits  étaient  enlevés,  le  chaume  disparaissait,  les 
tuiles  étaient  brisées  en  menus  fragments  après  avoir  tourbillonné  et  voltige? 
dans  les  airs,  semblables  aux  feuilles  desséchées  que  disperse  le  vent  d'automne. 
Quant  aux  portes  et  aux  fenêtres,  elles  étaient  courbées  par  la  tourmente  et 


LE  TORNADO  DE  L'ORNE. 


149 


rentraient  de  plus  de  deux  pouces  dans  les  appartements.  Tout  cela  eut  une 
durée  maximum  de  deux  ndnutes. 

Aux  alentours  du  Bois-Morel,  des  centaines  de  pommiers  et  de  poiriers  sont 
renversés,  voir  les  fig.  Gi,  62  et  63.  La  trombe  a  produit  des  effets  extraordi- 

Fig.  61. 


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Village  du  Bois-Morel 


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EtTets  du  tornado  sur  les  arbres. 


naires  :  c'est  ainsi  que  des  arbres  ont  été  déchaussés  et  que  leurs  mottes  ont 
formé  des  élévations  assez  fortes  attenantes  au  sol.  Parfois  les  troncs  ont  été 
renversés  dans  la  direction  de  la  marche  do  la  trombe;  ailleurs,  ils  sont  jetés  de 
toutes  les  façons,  quelquefois  les  uns  sur  les  autres  et  si  bien  retournés  que  leur 
cime  regarde  le  Sud-Ouest,  point  de  départ  du  Tornado.  Plusieurs  chênes  ont 
été  brisés,  tordus  à  moins  de  quatre  pieds  de  hauteur,  tandis  que  les  deux  parties 


150 


L'ASTRONOMIE. 


du  tronc  étaient  déjetées  l'une  au  Sud  et  Tautre  au  Nord,  à  4U«  de  distance.  Au- 
dessous  de  la  partie  brisée,  le  tronc  était  desséché  et  divisé  en  lattes  minces, 
allongées,  dont  les  morceaux  les  plus  gros  n'avaient  pas  Fépaisseur  d'un  cra^'on 
à  dessin.  Un  gros  chêne  voisin  a  été  arraché  et  reporté  à  3™  en  arrière. 
Un  hangar  appartenant  à  M.  Deshayes  a  été  soulevé,  ramené  vers  le  Sud- 

Fig.  62. 


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EfTcts  du  tornado  sur  les  arbres. 


Ouest,  renversé  en  écrasant  les  voitures  qu'il  abritait.  Tout  autour,  des  chênes 
énormes  ont  été  abattus,  des  pommiers  et  poiriers  ont  été  brisés  à  1°>  de  hauteur 
et  leur  cime  rejetée  à  12™  vers  le  Nord.  Le  tourbillon  a  contourné  un  cerisier 
qu'il  a  dépouillé  de  toutes  ses  branches  :  le  tronc  est  demeuré  absolument  nu. 
Au  Bois-Morel,  quatre-vingt-un  pommiers  ont  été  renversés  et  vingt-quatre 
éclatés,  vingt-trois  poiriers  ont  été  renversés  et  quatorze  éclatés.  C'est  là  une 
perte  irréparable. 


LE  TORNADO   DE  L'ORNE. 


151 


Entre  le  Boîs-Morel  et  les  Ecorches,  sur  le  plateau  qui  domine  la  vallée  de  la 
Meuse,  la  trombe  a  continué  ses  ravages  sur  une  largeur  de  200"  à  350*».  Dans  le 
champ  de  la  Gaze,  le  centre  est  seul  resté  intact.  La  plupart  des  arbres  ont  été 
simplement  renversés  (fig,  62). 

Au  village  des  Ecorches,  la  foudre  et  la  grêle  ont  fait  rage.  Les  habitants  de  ce 
lieu  ont  nettement  vu  une  fumée  blanchâtre,  de  forme  conique,  toucher  le  sol,  les 


Fig.  63. 


Effets  du  tornado  sur  les  arbres. 


toits,  les  murs,  en  démollissant  tout  sur  son  passage.  Comme  au  Bois-Morel, 
ils  ont  remarqué  que  la  nuit  a  été  complète  pendant  deitoc  minutes,  que  les 
éclairs  semblaient  partir  de  nuages  à  terre  et  que  le  tonnerre,  qui  ne  disconti- 
nuait pas,  avait  un  son  étouffé.  Plusieurs  bâtiments  ont  été  eflFondrés,  un  pan  de 
mur  a  été  arraché  de  ses  fondements,  des  couvertures  de  tuiles  et  de  paille  ont 
entièrement  disparu,  ainsi  qu'une  partie  des  charpentes. 

Le  Tornado  a  continué  sa  route  vers  le  Nord-Est  en  suivant  la  vallée  de  la 
Meuse.  Un  peuplier  a  été  rompu  net  à  5™  du  sol,  quatorze  arbres  dont  huit 
chênes,  cinq  poiriers  et  un  pommier  ont  été  frappés  de  la  foudre  et  leur  tronc 
éclaté  en  menus  fragments.  Plusieurs  cimes  ont  été  portées  à  30°"  de  distance. 

Après  avoir  parcouru  une  distance  de  2800°»  la  trombe  s'est  de  nouveau  séparée 


152  L'ASTRONOMIE. 

en  deux  tronçons  qui  ont  perdu  leur  force  et  leur  violence  et  qui  n'ont  plus 
exercé  leurs  ravages  que  sur  une  longueur  de  450°^  au  plus,  en  passant  l'un 
auprès  du  village  de  la  Couillardière  et  l'autre  au-dessus  du  Perron. 

La  trombe  de  gauche  a  traversé  l'étang  du  moulin  de  la  Couillardière  en  fouet- 
tant  les  eaux  avec  une  telle  puissance  que,  durant  quelques  instants,  Ton  n  a  vu 
qu'une  ligne  écumeuse  peu  élevée,  il  est  vrai,  mais  qui  bruissait  d'une  façon  si 
étrange,  si  effrayante  que  plusieurs  des  spectateurs  se  sont  enfuis,  croyant  que 
leur  dernière  heure  était  venue. 

Pour  parcourir  une  trajectoire  de  8200"  environ,  c'est-à-dire  de  Joué-du-Bois  à 
la  Ck)uillardière,  le  Tornado  n'a  guère  employé  plus  de  dix  minutes.  Partout  la 
foudre  a  accompagné  l'ouragan,  et  c'est  aux  derniers  coups  de  tonnerre  que  la 
trombe  est  passée  très  rapidement.  Un  déluge  d'eau  a  tout  inondé  dans  la  région 
ravagée. 

Il  résulte  d'une  enquête  minutieuse  faite  sur  place  par  deux  instituteurs, 
MM.  Chauveau  et  Gauquelin,  que  près  de  cinq  cents  arbres  ont  été  détruits  ou 
endommagés.  Dans  ce  nombre,  il  y  a  deux  cent  vingt-trois  pommiers  renversés, 
trente-trois  éclatés;  soixante-neuf  poiriers  détruits  et  trente-deux  éclatés;  trente- 
neuf  chênes  renversés  et  seize  éclatés  et  vingt-trois  sapins  brisés  ou  renversés. 
Les  dégâts  matériels  se  montent  à  plus  de  10  000  francs. 

KUGÈNE    VlMONT. 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS. 

Inflaence   des    marées   sur   la   durée   de   la    rotation   de    la    terre.   — 

M.  le  colonel  H.  Mathicsen  a  publié  dans  le  dernier  numéro  de  la  Revue  un  article 
fort  intéressant  sur  les  marées  et  les  courants  océaniques.  L'auteur  a  cru  pou- 
voir conclure  de  cette  étude  que  les  marées  n'ont  aucune  influence  sur  la 
vitesse  de  rotation  de  la  Terre.  Comme  il  nous  est  impossible  de  partager  cette 
manière  de  voir,  nous  demandons  à  nos  lecteurs  la  permission  de  revenir  un 
instant  sur  ce  sujet. 

<c  Toutes  les  fois,  dit  le  colonel  H.  Mathiésen,  qu'on  a  traité  des  marées  au  point 
«  de  vue  de  leur  influence  sur  la  rotation  de  la  Terre,  on  a  implicitement  admis 
n  que  leur  mouvement  était  identique  à  celui  d'un  courant.  » 

Nous  devons  à  la  vérité  de  déclarer  que  personne  n'a  jamais  posé  une  pareille 
hypothèse.  Il  n'est  pas  un  seul  astronome  ou  géomètre  qui  n'approuverait  pres- 
que sans  réserves  les  paroles  suivantes  du  colonel  H.  Mathiésen  : 

«  A  tout  prendre,  le  mouvement  des  marées  ne  peut  être  qu'un  balancement 
«  ou  oscillation  vertical  des  eaux  de  la  mer.  Au  large  de  la  terre  ferme,  les 
«  marées  n'engendrent  pas  de  courants.  » 

Peut-être  nous  sommes-nous  assez  mal  expliqué  dans  les  deux  articles  consa- 


NOUVELLES  DE   LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  153 

crés  aux  théories  de  M.  G.  Darwin  sur  cette  question  {>)  pour  qu'on  ait  pu  nous 
attribuer  une  aussi  grossière  erreur;  mais  nous  pouvons  affirmer  que  l'idée  d'un 
courant  maritime  qui  ferait  le  tour  du  globe  avec  la  marée  a  toujours  été  fort 
loin  de  notre  pensée.  Nous  avons  dit  que  la  propagation  du  flux  agissait  à  la 
façon  d'un  frein,  pour  ralentir  le  mouvement  de  rotation  de  la  Terre.  (V.  Astro- 
nomie, T.  I,  p.  134-135.)  C'est  peut-être  ce  mot  de  frein  qui  a  prêté  à  la  fâcheuse 
interprétation  que  nous  sommes  obligé  de  relever.  Voici  exactement  ce  que 
nous  avons  voulu  dire  :  Quoique  la  marée  ne  soit,  qu'une  oscillation  verticale  des 
eaux  de  la  mer,  il  est  incontestable  que  le  flux  se  propage  de  l'Est  à  l'Ouest. 
Sans  doute  les  molécules  liquides  ne  voyagent  pas  le  long  d'un  parallèle  à  tra- 
vers. l'Océan;  mais  quand  la  vague  de  la  marée  commence  à  s'abaisser  en  un 
point,  la  mer  se  gonfle  à  l'Ouest  de  ce  point,  et  la  propagation  du  flux  est  en  tout 
semblable  à  celle  des  vagues  sur  les  fleuves  ou  les  océans.  On  admettra  bien 
que  de  pareils  mouvements  ne  peuvent  pas  s'eflfèctuer  sans  avoir  à  vaincre  des 
frottements  de  toute  nature  qui  finiraient  par  faire  disparaître  complètement  les 
oscillations  si  la  cause  qui  leur  donne  naissance  n'était  toujours  présente,  de 
même  que  les  vagues  produites  par  le  vent  s'affaissent  peu  à  peu  lorsque  l'atmos- 
phère est  redevenue  calme.  Mais  ces  frottements  absorbent  du  travail,  et  d'après 
la  grande  loi  de  la  conservation  de  l'énergie  il  faut,  de  toute  nécessité,  qu'une 
somme  équivalente  d'énergie  disparaisse  quelque  part.  L'analyse  du  phénomène, 
montre  que  l'énergie  ainsi  dépensée  dans  les  résistances  de  toutes  sortes  qui 
s'opposent  au  mouvement  du  flux  aussi  bien  au  large  qu'au  voisinage  des  côtes, 
ne  peut  être  empruntée  qu'aux  mouvements  de  la  Terre  et  de  la  Lune.  Les  cou- 
rants maritimes  n'ont  rien  à  voir  dans  la  question  qui  se  réduit  à  ces  simples 
termes  :  les  marées  sont  incontestablement  une  source  d'énergie;  d'où  leur  vient 
cette  énergie?  Tant  qu'on  ne  nous  aura  pas  prouvé  que  cette  énergie  ne  peut 
PAS  être  empruntée  au  mouvement  de  rotation  de  la  Terre,  nous  persisterons  à 
croire  et  à  enseigner  avec  Kant,  Delaunay,  M.  G.  Darwin,  et  l'immense  majorité 
des  astronomes  et  géomètres  que  les  marées  ont  pour  effet  de  ralentir  la  rotation 
de  la  Terre. 

Si  l'on  en  veut  une  autre  preuve,  qu'on  jette  un  coup  d'œil  sur  la  figure  4G 
du  T.  I,  p.  135,  et  l'on  reconnaîtra  facilement  que  les  attractions  de  la  Lune  sur 
les  deux  protubérances  m  et  m' tendent  nécessairement  à  ralentir  le  mouvement 
de  rotation  de  la  Terre  parce  que  l'attraction  qui  s'exerce  sur  m  est  plus  grande 
et  plus  inclinée  que  celle  qui  s'exerce  sur  m'  :  qu'on  décompose  ces  deux  forces 
suivant  la  direction  mm'  et  suivant  une  direction  perpendiculaire,  et  Tefifet  annoncé 
deviendra  évident.  Il  sera  d'autant  plus  prononcé  que  la  marée  sera  plus  loin  du 
point  qui  a  la  Lune  à  son  zénith,  c'est-à-dire  qu'elle  éprouvera  plus  de  résistance 
à  se  propager. 

(•)  Ralenlissement  du  mouvement  de  rolalion  de  la  terre  sous  l'influence  des 
marées  (rAstronomie  T.  I  N*  de  Juin,  p.  ISn.  —  La  Naissance  de  la  Lune  (l'Astro- 
nomie  T.  III  N*  de  Novembre,  p.  421), 


154  L'ASTRONOMIE. 

Il  se  peut  que  d'autres  causes  viennent  agir  en  sens  inverse  et  balancer  l'in- 
fluence des  marées;  il  se  pourrait  même,  quoique  cela  nous  paraisse  improbable, 
que  ces  dernières  causes  fussent  prépondérantes,  de  sorte  qu'en  fait  le  jour 
sidéral  se  raccourcit  au  lieu  de  s'allonger;  mais  l'influence  des  marées  sur  la 
rotation  de  la  Terre  n'^en  reste  pas  moins  Tune  des  vérités  les  mieux  démontrées 
de  la  science  moderne.  Philippe  Gérigny. 

Satellites  de  Jupiter  visibles  à  Tœll  nu.  —  Le  7  février  dernier,  à  8^30'" 
du  soir,  en  compagnie  d'une  autre  personne  déjà  signalée  dans  la  Revue  de 
décembre  1884  à  propos  de  la  planète  Vénus,  j'ai  essayé  de  distinguer  à  l'œil 
nu  le  III«  satellite  de  Jupiter.  Je  n'y  suis  pas  parvenu;  mais  cette  personne  a 
exactement  constaté  la  position,  ainsi  que  le  27  février  etlel«'  mars.  Il  y  a  avan- 
tage à  diminuer  le  rayonnement  de  la  planète  en  regardant  à  travers  la  main 
fermée  comme  un  cornet.  M.  de  Lacerda. 

Passage  du  IV«  satellite  de  Jupiter.  —  Le  27  février  dernier,  j'ai  observé  le 
passage  du  IV^^  satellite  de  Jupiter  sur  le  disque  de  la  planète.  Il  offrait  l'aspect 
d'un  petit  disque  noi7\  comme  déjà  je  l'avais  observé  le  12  marsde  l'année  dernière, 
un  peu  moins  foncé  toutefois  que  son  ombre  qui  était  aussi  noire  que  de  l'encre. 

William  Coleman. 

Magnétisme  terrestre.  —  Valeur  actuelle  des  éléments  magnétiques  à  Paris. 
—  Le  Bureau  central  météorologique  a  fait  construire  à  l'Observatoire  du  parc 
Saint-Maur,  un  pavillon  destiné  spécialement  aux  observations  magnétiques.  Ce 
pavillon,  situé  au  milieu  d'un  terrain  boisé,  d'une  contenance  de  trois  hectares, 
est  élevé  sur  des  caves  voûtées  où  sont  installées  deux  séries  d'appareils  de 
variations  pour  la  déclinaison  et  pour  les  deux  composantes  de  la  force  terrestre. 
Dans  Tune  des  caves,  les  appareils  sont  disposés  pour  l'observation  directe;  on  y 
fait  des  lectures  toutes  les  trois  heures.  L'autre  contient  un  enregistreur  magné- 
tique construit  sur  les  indications  de  M.  Mascart,  et  dans  lequel  les  variations 
des  trois  éléments  magnétiques  s'inscrivent  simultanément  sur  la  même  feuille 
de  papier  photographique. 

L'appareil  qui  sert  à  déterminer  la  déclinaison  en  valeur  absolue  est  un  théo- 
dolite-boussole de  MM,  Bruuner.  Les  pointes  des  barreaux  sont  rapportés  à  une 
double  visée  sur  le  paratonnerre  de  la  mairie  de  Nogent-sur- Marne,  distante  de 
3700  mètres,  et  dont  l'azimut,  vérifié  un  grand  nombre  de  fois  et  par  différentes 
méthodes,  est  connu  très  exactement. 

Les  coordonnées  géographiques  de  l'observatoire  du  Parc  Saint-Maur  sont  : 

Longitude 0*9' 15"  E.      Latitude 48*48'34'. 

Les  valeurs  des  éléments  magnétiques,  au  !•''  Janvier  1885,  déduites  de  la 
moyenne  des  observations  horaires  du  31  décembre  1884  et  du  1«»"  Janvier  1885, 
qui  n'ont  pas  eu  de  perturbation,  sont  les  suivantes  : 


OBSEKVAÏIONS  ASTRONOMIQUES.  155 

Déclinaison 16*  \0\  2 

Inclinaison 65»  16' ,  8 

Composante  horizontale 0  194  40 

Composante  verticale 0  422  25 

Force  totale 0  464  85 

La  Revue  a  publié  l'année  dernière  (mai  1884,  p.  174)  l'état  de  la  déclinaison  de 
Taiguille  aimantée,  à  Paris,  depuis  trois  cents  ans.  Nos  lecteurs  peuvent  ajouter 
à  ce  tableau,  pour  le  1«^  janvier  1885,  la  valeur  qui  vient  d'être  transcrite,  en 
remarquant  toutefois  que  l'observatoire  du  parc  de  Saint-Maur  est  un  peu  à  l'est 
de  Paris,  ce  qui  diminue  un  peu  sa  déclinaison.  La  valeur,  à  Paris,  peut  être 
considérée  comme  étant  de  IG*»  14'.  Th.  Moureaux. 

Ghate  d'uranolithe,  près  d'Amiens.  —  Un  ouvrier  de  l'imprimerie  Rousseau- 
Leroy,  à  Amiens,  se  trouvant  le  10  septembre  au  soir  sur  les  bords  de  la  Somme, 
avec  un  de  ses  amis,  a  tout  à  coup  aperçu  un  caillou  enflammé  qui  semblait  venir 
de  très  loin  et  qui  est  tombé  dans  la  Somme  non  loin  d'eux  en  produisant  un 
grésillement  semblable  à  celui  d'un  fer  rouge  que  l'on  plonge  dans  l'eau.  La  route 
parcourue  par  ce  caillou  leur  parut  verticale. 

Uranolithe  tombé  &  Hierschfelde,  en  Saxe.  —  Le  dimanche  soir,  22  février, 
un  météore  est  tombé  sur  une  maison  de  la  ville  avec  une  telle  violence  que  la 
couverture  du  toit  en  a  été  en  partie  démolie.  Le  lendemain,  dans  le  jardin 
attenant  à  la  maison,  on  a  trouvé  plusieurs  fragments  de  ce  bolide,  pesant 
jusqu'à  une  demi-livre.  Leur  couleur  est  d'un  vert  foncé,  leurs  formes  sont  irré- 
gulières; leur  aspect  est  celui  d'une  substance  cristallisée,  présentant  des  aspé- 
rités et  des  enfoncements.  La  pierre  offre  une  saveur  rappelant  celle  du  salpêtre. 
Le  plus  curieux  est  que,  dans  certains  de  ces  fragments  on  trouve  encore  des 
parties  molles.  J.  Mayer. 

OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES 

A  FAIRE  DU  15  AVRIL  AU  15  MAI  1885. 
Principaux  objets  célestes  en  évidence  pour  Tobservation. 

1o  CIEL  ÉTOILE  : 

Pour  l'aspect  du  ciel  étoile  durant  cette  période  de  l'année,  se  reporter  soit  aux 
cartes  publiées  dans  la  première  année  de  la  Revue,  soit  aux  descriptions  données 
dans  Les  Etoiles  et  les  Curiosités  du  Ciel  (pages  594  à  635).  Les  brillantes  con- 
stellations du  ciel  d'hiver  disparaissent  peu  à  peu  pour  faire  place  aux  riches 
constellations  zodiacales.  Jupiter  auprès  de  Régulus,  Saturne  non  loin  d'Aldé- 
baran,  viennent  encore  augmenter  l'éclat  des  belles  soirées  de  printemps. 

2°  SYSTÈME   SOLAIRE   : 

Soleil.  —  Le  15  avril  1885,  le  Soleil  se  lève  à  5'»  11»»  du  matin  et  se  couche  à 
6*» 50"  du  soir;  le  l»*"  mai,  l'astre  du  jour  apparaît  au-dessus  de  l'horizon  à  i^Ai^ 
du  matin,  pour  disparaître  au-dessous  à  T'^IS»"  du  soir;  enfin,  le  lèvera  lieu  à 


i:)6 


I/ASTRONOMIK. 


4*»  20"  du  matin,  le  15  mai,  et  lo  couchera  7»»  33'»  du  soir.  La  durée  du  jour  est  de 
13*>39n»  au  15  avril,  de  14*»32«  au  l'^''  mai  et  de  15*»13">  le  15  mai.  Les  jours  aug- 
mentent, dans  cet  intervalle  d'un  mois,  de  51™  le  matin  et  de  43™  le  soir,  soit  un 
accroissement  total  de  i*»34'». 

Le  15  avril,  le  Soleil  passe  au  méridien  de  chaque  lieu  k  midi  moyen.  Avec  un 
cadran  solaire,  on  peut  donc  régler  facilement  une  montre  ou  une  pendule. 

Le  Soleil  continue  à  s'élever  rapidement  au-dessus  de  l'horizon  :  sa  déclinaison 
boréale  est  de  9<>55'  au  15  avril  et  de  18o58'  au  15  mai,  soit  une  augmentation  im- 
portante de  9°  3'. 

Il  faut  se  hâter  d'étudier  la  lumière  zodiacale  dans  le  courant  d'avril,  avant 
son  entière  disparition. 

Lune.  —  Notre  satellite  se  trouve  toujours  dans  d'excellentes  conditions  pour 
l'observation.  Sa  hauteur  au-dessus  de  l'horizon  de  Paris,  lors  de  son  passage  au 
méridien,  est  toujours  considérable,  surtout  dans  le  voisinage  du  Premier  Quar- 
tier. Le  19  avril,  au  soir,  la  hauteur  de  la  Lune  sera  de  59»  24'. 

Le  mince  croissant  lunaire  pourra  être  aperçu  le  15  mai  au  soir,  moins  de 
28*>  après  la  Nouvelle  Lune. 

^  PQ  le  21  avril,  à  11^30-  soir.  DQ  le    7  mai,  à  8''52-  matin. 


Phases... 


(  PL  le  29 


à    6  24       »  NL  le  14      »     à3  27    soir. 

Occultations  visibles  à  Paris. 
Trois  occultations  seulement  pourront  être  étudiées  dans  la  première  moitié  de 
la  nuit,  depuis  le  15  avril  jusqu'au  15  mai. 

X*  \  Gémeaux  (4*  grandeur),  le  20  avril,  de  il''iO-  à  11"» 36-  du  soir.  A  l'inverse  de  ce 
Fig.  64.  Fig.  65. 


Occultation  do  k  Gémeaux  par  la  Lune, 
le  20  avril  1885,  de  11»»  10-  à  11>»36'». 


Occultation  de  d  Lion  par  la  Lune, 
le  24  avril  1885,  de  11»» 21-  à  12»»  15-. 


qui  se  passe  dans  la  plupart  des  occultations,  cette  remarquable  étoile  de  4»  grandeur 
disparaîtra  à  l'Ouest,  à  3*  au-dessous  et  à  droite  du  point  le  plus  élevé  du  limbe  de  la 
Lune,  et  reparaîtra,  toujours  à  l'Ouest,  à  29*  au-dessus  du  point  le  plus  occidental.  Cette 


OBSERVATIONS  ASTUONOMIQUES.  157 

curieuse  anomalie  dans  la  marche  apparente  de  Tétoile  derrière  le  disque  de  notre  satel- 
lite tient  à  la  position  très  inclinée  qu'occupe  dans  le  ciel  de  TOucst  Tastre  des  nuits, 
qui  se  couche  ce  soir-là  à  12'» 40".  L'occultation  est  représentée  (/îg.  64);  elle  sera  visible 
dans  la  France,  la  Belgique,  la  Suisse,  Tltalie  et  la  péninsule  Ibérique. 

2*  7z  Lion  (5»  grandeur),  le  23  avril,  de  T^'S"  à  7''54  du  soir.  La  disparition  se  produit 
au  Sud,  à  9"  à  gauche  du  point  le  plus  bas,  et  la  réapparition  à  l'Ouest,  à  29*  au-dessous 
du  point  le  plus  à  droite  du  limbe  de  la  Lune.  Le  phénomène  sera  observable  en  France 
et  dans  le  Nord-Ouest  de  TEurope. 

3*  d  Lion  (5*  grandeur),  le  2i  avril,  de  11'» 21"  à  12''  15"  du  soir.  La  disparition  de  l'étoile 
a  lieu,  comme  le  montre  la  pg.  65,  à  44*  à  gauche  et  au-dessous  du  point  le  plus  élevé 
et  la  réapparition  à  l'Ouest,  à  25*  au-dessus  du  point  le  plus  à  droite.  Cette  occultation 
sera  visible  dans  la  plus  grande  partie  de  l'Europe  occidentale. 

Occultations  diverses. 

Les  nombreux  lecteurs  de  la  Revue  pourront  encore  observer,  selon  les  con- 
trées de  la  Terre  qu'ils  habitent,  les  occultations  suivantes  : 

1*  y  Taureau  (4*  grandeur),  le  17  avril,  vers  il*' 27"  du  soir.  L'occultation  sera  visible 
pour  les  habitants  du  Nord  de  TEurope. 

2*  Aldêbaran  (!'•  grandeur),  le  18  avril,  vers  6'' 54"  du  matin.  C'est  la  quatrième  fois 
de  Tannée  que  cette  étoile  si  brillante  est  occultée.  Le  phénomène  ne  pourra  être 
étudié  que  dans  la  partie  occidentale  de  l'Amérique  du  Nord. 

3*  a  Cancer  (4*  grandeur),  le  22  avril,  à  4*'  14™  du  soir,  heure  de  Paris,  temps  moyen. 
L'occultation  sera  observable  dans  le  Nord  de  la  Russie  et  dans  la  Scandinavie. 

4*  B.A.C.  4255  (6-5  grandeur),  le  26  avril,  de  8''37"  à  9'' 48"  du  soir,  occultation  de  cette 
étoile.  Le  phénomène  sera  visible  dans  le  Nord-Ouest  de  l'Europe. 

5*  p'  Sagittaire  (4*  grandeur),  le  4  mai,  à  10'' 40"  du  soir.  Cette  belle  étoile  sera  occultée 
par  le  disque  de  la  Luné  et  l'observation  pourra  être  faite  dans  la  partie  orientale  de 
l'Europe. 

Le  18  avril,  à  3*»  du  soir,  la  distance  de  la  Lune  à  la  Terre  est  périgée  :  365.900''»»  ; 
diamètre  lunaire  =  32'38',8. 

Le  4  mai,  à  10^  du  matin,  la  distance  de  la  Lune  àla  Terre  est  apogée  ;  404.200''™; 
diamètre  lunaire  =  29' 33',  2. 

Mercure.  —  La  planète  Mercure  est  encore  visible  pendant  quelques  jours,  le 
soir,  à  l'occident.  Son  éclat  est  celui  d'une  étoile  de  première  grandeur,  ce  qui 
permettra  de  trouver  facilement  cet  astre. 

Jours.  Passage  Méridien .            Coucher.  Différence  Soleil.  Constellation. 

15  Avril 0»'59"    soir.  8''32"    soir.               l''42"  Bélier. 

17      »     0  53         »>  8  26         »                  1  33  » 

19  »'    0  44         »  8  15         »                  1  19  0 

20  »     0  40         »  8  10         »»                  1  13  » 

22      »     0  29         »  7  56         »                  0  56  » 

Le  mouvement  de  Mercure  est  direct  jusqu'au  17  avril.  A  partir  de  ce  moment, 
il  devient  rétrograde.  Le  diamètre  de  la  planète  est  de  10',  8  au  2i  avril,  sa  dis- 
tance à  la  Terre,  ce  même  jour,  est  de  91  millions  de  kilomètres,  et  sa  distance 
au  Soleil  est  de  56  millions  de  kilomètres  au  J5  avril. 


158  L'ASTRONOMIE. 

Vénus.  —  Vénus  ne  cesse  de  se  rapprocher  du  Soleil  jusqu'au  -4  mai,  jour  où 
elle  passe  derrière  lui  pour  devenir  étoile  du  soir. 

Mars.  —  Mars  se  lève  à  3*^59"  du  matin,  le  5  mai,  précédant  le  Soleil  de  36™. 
Toujours  invisible. 

Petites  planètes.  —  Cérès  continue  à  se  présenter  dans  d'excellentes  condi- 
tions pour  l'observation.  Elle  est  facilement  reconnaissable  à  l'œil  nu. 

Jours.  Lever  de  Cérès.  Passage  Méridien.  Constellation. 

16  Avril 4»'31'"  Soir.  11''20'"  soir.  Vierge, 

21      »     4    7         »  10  57  »                       » 

26      »     3  44         »  10  33  »                       » 

l-'Mai 3  22         »  10  11  »                       « 

6      »     3    1  »  9  49  » 

-11      »     2  40         »  9  27  u                       » 

Le  mouvement  de  Cérès  est  toujours  rétrograde  et  très  lent.  Cette  petite  pla- 
nète séjourne  dans  le  voisinage  de  l'étoile  de  3,5«  grandeur  s  Vierge,  au  Sud  de 
laquelle  on  pourra  la  voir,  le  22  avril,  à  la  faible  distance  de  l^So'. 

Le  \"  mai,  Gérés  est  éloignée  de  257  millions  de  kilomètres  de  la  Terre  et  de 
388  millions  de  kilomètres  du  Soleil. 

Coordonnées  au  21  avril  :    Ascension  droite...     12''57".    Déclinaison...     10*  O'N. 
»  7  mai    :  «  »  12  48  »  9  33  N. 

Pallas  est  toujours  dans  les  meilleures  conditions  pour  l'observation,  puisqu'elle 
est  visible  toute  la  nuit.  Les  astronomes  doués  d'une  excellente  vue  pourront 
aisément  la  reconnaître  à  l'œil  nu  dans  la  constellation  du  Lion,  surtout  à  cause 
de  son  voisinage  de  p,  belle  étoile  de  2»  grandeur. 

Jours.  Lever  de  Pallas.  Passage  Méridien.  Constellation. 

16  Avril 2''44'"  soir.  10''  4"  soir.  Lion. 

21      •     2  17         »                   9  43         »  » 

26      »     1  51          »                    9  23          »  i> 

1"  Mai 1  26          »                   9    3         »  » 

6      »     1  05         »                    8  44         «  » 

11      »     0  43         »                    8  26         »  i> 

Pallas  continue  sa  marche  rétrograde  dans  la  direction  du  Nord  jusqu'au  28  avril. 
A  partir  de  ce  moment,  la  petite  planète  reprend  sa  marche  directe,  vers  le  Nord- 
Est.  Le  21  avril,  Pallas  sera  en  conjonction  avec  p  Lion,  au  Nord  de  l'étoile  et  à 
ladistancede  1»52'.  Le  5  mai,  nouvelle  conjonction,  distance  des  deux  astres  2«  38'. 

Le  1*"^  mai,  Pallas  est  éloignée  de  247  millions  de  kilomètres  de  la  Terre  et  de 
355  millions  de  kilomètres  du  Soleil. 

Coordonnées  au  21  avril  :    Ascension  droite...    11*'43"'.    Déclinaison...     17*  5'N. 
•  7  mai    :  »  »  11  44  »  19  14  N. 

Junon  passe  au  méridien,  à  minuit,  le  18  avril.  C*est  la  meilleure  époque  pour 
rétude  de  ce  petit  astre,  qui  devra  être  suivi  autant  que  possible  avec  une  jumelle 
marine  ou  une  lunette  astronomique. 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  159 

Jours.  Lever  de  Janon.  Passage  Méridien.  Constellation. 

18  Avril 5' 57"  soir.  minuit  Vierge. 

21  »     5  39         »  IIMT-    soir.  » 

26  »     5  14         »  Il  24  »>  » 

!•'  Mai 4  48         «  11    0         »  » 

6      »     4  23  »  10  37         »  » 

11      »     3  59         »  10  14  »  » 

Le  10  avril,  Junon  se  trouvera  en  conjonction  avec  l'étoile  de  4«  grandeur, 
T  Vierge,  au  Sud  et  à  la  distance  de  2o2o .  Dans  son  mouvement  rétrograde,  la 
petite  planète  se  rapproche  peu  à  peu  de  Ç  Vierge,  de  3«  grandeur;  le  10  mai 
elle  en  sera  éloignée  de  moins  de  3°. 

La  distance  de  Junon  à  la  Terre  est  de  337  millions  de  kilomètres  au  l*»^  mai 
et  de  479  millions  de  kilomètres  du  Soleil. 

Coordonnées  au  21  avril:    Ascension  droite...     13'' 48".    Déclinaison...      0*57' N. 
»  7  mai    :  »  »  13  36  »  2  23  N. 

V'es^a  est  toujours  invisible. 

Jupiter.  —  Cette  admirable  planète  brille  toujours  du  plus  vif  éclat  dans  le 
Lion,  au  Nord-Ouest  de  Régulus.  Sa  marche  est  rétrogade  jusqu'au  21  avril  au 
soir,  moment  où  elle  atteint  sa  plus  grande  distance  de  Régulus. 

Jours.  Passage  Méridien.  Coacher.  Constellation. 

15  Avril 8M8-    soir.  3*'28"     soir.  Lion. 

19  »     ,...  8    2         »  3  12         »  » 

23       »     7  46         »  2  56         M 

27  »     7  31  »  2  41  » 

l"  Mai 7  15         »  2  29         »  » 

5  »     7    0         »  2  13         »  » 

9      »     6  45         »  1  58         i>  » 

13      » 0  30         »  1  43         »  » 

Le  diamètre  de  Jupiter  est  de  36',6  au  l©*"  mai,  sa  distance  à  la  Terre  est  de 
748  millions  de  kilomètres  et  sa  distance  au  Soleil  de  800  millions  de  kilomètres. 

Continuer  Tétude  des  satellites  de  Jupiter,  avec  une  lunette  astronomique.  Les 
personnes  douées  d'une  très  bonne  vue  pourront  distinguer  à  l'œil  nu,  le  3«  satel- 
lite, lors  de  ses  plus  grandes  élongations.  Voici  les  dates  favorables  :  16,  19,  23, 
26,  27  et  30  avril,  3,  4,  7,  8,  11  et  14  mai. 

Éclipses  des  satellites  de  Jupiter. 

20  Avril 10'' 28"      soir.        Immersion  du  1«  satellite    occulté. 

22  »    8  23  »  Emersion  1  »         éclipsé.' 

26  »    9    8  »  »  2  »  i, 

27  »    8  45  »  »  4  »  » 

29      »    10  18  i>  »  1  »  » 

3  Mai 11  44  >j  »  2  »  » 

6  ï)    8  41  »  Immersion       1  »         occulté. 

»     »    12  13  »  Emersion  1  »         éclipsé. 

10  »  8  55  »  Immersion  2  »  occulté. 

13  »  10    7  »                     »  4  »              » 

»  »  10  34  »                     »  1  «              » 

»  *  10  45  »  Emersio  »  éclipsé. 


160  L'ASTRONOMIE. 

Remarque.  —  Les  18,  21,  25  avril,  l^-"  et  1  i  mai,  les  satellites  sont  d'un  même 
côté  du  disque  de  Jupiter. 

Une  observation  très  rare  pourra  être  faite  le  i3  mal,  de  10^34™  à  10^45»  du 
soir  :un  seul  satellile,  le  2^,  sera  visible,  à  l'Ouest,  dans  une  lunette  astronomique. 
C'est  là  un  phénomène  très  rare  et  dont  nos  lecteurs  devront  profiter. 

Jupiter  passant  au  méridien  avant  minuit,  les  satellites  qui  doivent  entrer  dans 
Tombre  pénètrent  à  TOrient  du  disque. 

Saturne.  —  Cette  planète  continue  son  mouvement  direct  dans  la  constellation 
du  Taureau. 

Jours.  Passage  Méridien.                     Coacher.  Constellation. 

17  Avril 3''35"'    soir.  li>'29-  soir.  Taureau. 

22      »     3  17         »  11  12  »  » 

27      w     3    0         »  10  55  »  » 

2   Mai 2  43         »  10  38  »  « 

7      »     2  25         »  10  21  » 

12      .     2    8         «  10    4  »  i> 

Le  diamètre  de  Saturne  est  de  15',  4  au  !«••  mai,  sa  distance  à  la  Terre  1.177  mil 
lions  de  kilomètres  et  au  Soleil  1,33G  millions  de  kilomètres. 

Uranus.  —  Uranus  rétrograde  dans  la  constellation  de  la  Vierge  où  il  est  aisé 
de  le  découvrir  à  la  simple  vue,  à  peu  près  à  égale  distance  des  étoiles  r^  et?;  son 
aspect  est  celui  d'une  étoile  de  6«  grandeur. 

Jours.  Lever.  Passage  Méridien.  Constellation. 

17  Avril 4'"  9"  soir.  lO*"  16-  soir.  Vierge. 

22      »    3  48         »  9  55         »  » 

27      »     3  28  o  9  35         »  » 

2   Mai  3    7         »  9  15         »  » 

7      »     2  47  »  8  55  »  ■ 

12      »     2  27         »  8  35         »  u 

Le  diamètre  d'Uranus  est  de  4',  2  au  l**'"  mai,  sa  distance  à  la  Terre  2.597  mil- 
lions de  kilomètres  et  au  Soleil  2.710  millions  de  kilomètres. 

Coordonnées  au  !•'  mai  :  Ascension  droite  :  11^59-.       Déclinaison  :  0*58'  N. 

Étoiles  filantes.  —  Tous  les  ans,  du  19  au  23  avril,  on  remarque  un  flux  con- 
sidérable d'étoiles  filantes  qui  a  provoqué  plusieurs  fois  de  nombreuses  chutes  de 
météores.  On  trouve  dans  les  annales  chinoises,  plusieurs  siècles  avant  notre 
ère,  des  renseignements  intéressants  sur  ce  phénomène.  Les  points  radiants  qui 
se  manifestent  simultanément  sont  au  nombre  de  douze  à  quinze,  parmi  lesquels 
on  en  distingue  quatre  principaux.  Le  premier  est  situé  au  Sud  de  0  Hercule, 
dans  le  voisinage  de  Véga  ;  il  paraît  se  rattacher  à  la  cdmète  I,  1861.  Le  second 
est  près  de  |x  du  Serpent;  le  troisième  un  peu  au  nord  de  p  Bouvier  et  le  qua- 
trième au  Sud-Est  de  l'Épi  de  la  Vierge.  Eugènb  Vjmont. 

Erratum  :  page  115,  ligne  23,  lire  après  au  lieu  de  avant. 


CORRESPONDANCE. 

Halo  at  parhéliofi  obsey^j^és  à  ^fa72e  (Basses- Alpes).  —  Extrait  d'une  lettre  adres?5(^e 
par  M.  N.  Michel  au  Président  de  la  Société  scientifique  Flammarion,  de  Marseille. 

*  Le  8  mars  1885,  à  4'''23"'  du  soir,  par  une  brume  assez  élevée,  l'atmosphère  supérieure 
♦•tant  transparente  avec  quelques  Cirrus  au  zénith,  le  disque  solaire  otTrant  un  très  vif 
éclat,  on  vit  un  arc  de  cercle  de  20*  de  rayon  et  de  50*  de  longueur,  se  former  dans  la 
partie  Sud-Ouest  du  Soleil,  avec  les  couleurs  de  Tarc-cn-ciel,  mais  moins  nettes.  L'ex- 
térieur de  l'arc  était  jaunâtre,  et  l'intérieur  rougeâtre  assez  intense.  Cet  arc  s'est  ensuite 
étendu  graduellement  jusqu'au  cercle  entier;  les  parties  latérales  situées  aux  extrémi- 
tés d'un  diamètre  horizontal  passant  par  le  Soleil  gagnent  en  intensité  et  en  netteté  de 
couleur. 

«  A  V'SO*"  une  tache  jaunâtre  mal  définie  se  forma  symétriquement  de  chaque  côté 
du  Soleil,  dans  la  partie  la  plus  lumineuse  de  l'arc.  Peu  à  neu,  ces  deux  taches  tour- 
nent au  blanc  brillant,  celle  de  l'Est  moins  intense  que  celle  de  J'Ouest  qui  atteint  à 
4'' 30"*  une  splendeur  égale  à  celle  du  véritable  Soled,  et  lançaAt  à  l'opposé  de  celui- 
oi.  une  gerbe  de  rayon*^  ressemblant  à  une  queue  de  comète. 

a  Le  phénomène  a  persisté  dans  cet  état  environ  pendant  dix  minutes;  après  quoi  le<* 
taches  se  sont  effacées.  Tare  s'est  affaibli  no  laissant  de  visible  qu'un  grand  croissant 
de  chaque  côté  du  Soleil.  Ces  croissants  diminuaient  de  longueur,  et  à  4'' 50"'  on  ne  voyait 
plus  de  traces  de  ce  magnifique  spectacle.  » 

C'est  le  n\éme  phénomène  que  M.  Luzet  a  observé  à  Orléans  et  décrit  dans  la 
Revue  de  Mars. 

M.  Ghapellier,  au  Raincy.  —  Nous  avons  reçu  votre  projet  pour  la  réforme  du  Calen- 
drier, qui  a  été  réuni  aux  autres  pièces  relatives  au  concours. 

M.  B.  Bellot.  à  Cognac.  — Merci  de  votre  intéressante  communication,  votre  obser- 
vation sera  utilisée  dans  notre  statistique  annuelle  des  tremblements  de  terre. 

M.  Vèze,  à  Verteuil.  —  La  durée  de  l'année  tropique,  365 jours  2  422  166, donnée  dans 
l'Annuaire  du  Bureau  des  Longitudes,  a  été  calculée  par  Le  Verrier  pour  le  l"'  janvier 
1850.  Vous  n'avez  qu'à  appliquer  la  correction  —  0  jour  0  000  000  688  par  an  fd'après 
M.  Faye)  pour  obtenir  cette  durée  pour  une  époque  quelconque.  Je  dois  cependant  vous 
faire  remarquer  que  les  deux  dernières  décimales  du  nombre  de  Le  Verrier  ne  sont  pas 
absolument  certaines,  et  que,  en  prenant  une  valeur  moyenne  de  365  jours  24  222,  sans 
rorrection  proportionnelle  au  temps,  l'erreur  totale  n'atteindrait  pas  un  seul  jour  au 
bon  t  de  5000  ans. 

W,  Charles  Rive  au,  à  La  Groie.  —  M'  Gay  et  M'  Cuau,  dont  vous  nous  citez  le  zèle 
pou  r  la  science  astronomique  sont  deux  exemples  remarquables  de  ce  que  peuvent  le 
travail  et  la  persévérance  unis  à  Tamour  de  la  science.  Puissent-ils  avoir  de  nombreux 
imitateurs!  Nous  vous  prions  de  leur  transmettre  toutes  nos  félicitations. 

L'article  que  vous  demandez  nous  parait  intéressant  et  utile:  il  sera  tait. 

M.  Lamoulinette,  à  Soulignonne.  —  Merci  de  votre  intéressante  communication.  Elle 
sera  utilisée  dans  notre  statistique  générale. 

M.  André  Ganel,  à  Saint-Étienne.  —  Votre  idée  est  ingénieuse;  mais  l'agitation  qui 
favorise  le  refroidissement  doit  être  une  agitation  interne  qui  amène  à  la  surface  des 
particules  tirées  de  l'intérieur.  Une  pareille  agitation  existe  sur  toute  la  surface  du 
Soleil,  comme  le  prouvent  les  protubérances.  Votre  expérience  n'apprendrait  rien  rela- 
tivement au  Soleil,  parce  que  les  effets  dus  au  mouvement  seraient  entièrement  masqués 
par  J'action  des  couches  d'air  voisines  du  globe  en  mouvement. 

M-  M.  .los.  et  Jan  Fric,  à  Prague.  —  Le  Directeurde  la  Revue,  actuellement  à  Nice, 
n'a  pu  encore  examiner  les  photographies  astronomiques  envoyées  à  Paris.  Il  s'om- 
pressera  de  le  faire  dès  son  retour  et  vous  remercie  de  votre  proposition,  au  nom  de 
tous   les  lecteurs  de  C Astronomie. 

MM.  Francisco  Ch.wes  et  Mello,  aux  îles  Açores.  •—  La  manière  de  compter  les  taches 
solaires  est,  en  effet,  très  irrégulière.  Aussi  ne  peut-on  guère  comparer  entre  elles  que 
les  observations  faites  par  un  même  astronome  et  par  un  même  instrument.  Dans 
l'exemple  que  vous  signalez,  c'est  dix  taches  qu'il  faudrait  compter.  Voilà  pourquoi 
il  importe  d'indiquer  l'instrument  et  le  grossissement  employés.  La  seule  méthode 
d'apïjréciation  sérieuse  est  celle  que  nous  avons  adoptée  dans  la  Revue  de  Tannée 
dernière  dans  l'exposé  des  mesures  de  surface  tachées  prises  à  l'Observatoire  de 
Greenwich.  —  Le  Directeur  de  la  Revue,  absent  de  Paris,  n'a  pu  vérifier  l'étoile 
P.  XU.  230  du  planisphère.  11  le  fera  dès  son  retour. 

M.  GuiOT,  à  Soissons.  —  Recevez  nos  félicitations  pour  vos  importantes  observations. 
Dès  Sun  retour  à  Paris,  M.  F.  s'empressera  de  véritiei*  les  deux  étoiles  rouge  et  bleue 
signalées  dans  le  Grand  Chien. 

M.  de  Lacerda,  à  Lisbonne.  —  On  peut  certainement  se  servir  d'un  héliostat  pour  l'usage 
d'un  astre  dans  le  champs  d'une  lunette  horizontale;  mais  s'il  s'agissait  de  mesures  pré- 
cises à  prendre,  il  serait  difficile  d'obtenir  un  mouvement  régulier.  Pour  étudier  les 
raies  du  spectre  solaire,  c'est  la  disposition  la  meilleure,  et  c'est  celle  qui  a  été  adoptée 
par  M.  Tnollon  à  i'Observatoir.e  ae  Nice.  —  Recevez  nos  remerciements  pour  vos 
notifications  relatives  aux  nouveaux  tremblements  de  terre. 

M.  Wilfrid  Marsan,  à  Montréal.  —  Nous  vous  remercions  bien  sincèrement  de  vos 
nombreux  témoignages  de  sympathie  ainsi  que  des  belles  photographies  et  publications 
illustrées  que  vous  nous  avez  adressées. 

M.  Théodore  Larcher,  à  Villars-los-Dombes. -^  Les  calculs  que  vous  nous  avez 
adressés  constituent  umexercice intéressant  et  utile  pour  l'Astronomie;  ils  nous  ont  paru 
exacts;  nous  vous  en  félicitons.  Mais  où  avez  vous  trouvé  les  données  que  vous  em- 
ployez relativement  à  Sirius  ? 

MM.  Bruodière  et  Lthou,  à  Marseille,  ont  observé  l'appulse  d'Aldébaran,  du  22  février, 
ainsi  que  l'occultation  de  38  Béher,  le  20  février.  Cette  dernière  occultation  a  duré,  19*"  de 
plus  à  Marseille  qu'à  Paris:  59"'  au  lieu  de  40."* 

Madame  de  Nevil,  à  Bordeaux.  —  Tous  les  penseurs  partagent  vos  sentiments.  La 
réponse  à  ces  dénégations  est  déjà  à  l'impression  et  sera  publiée  prochainement  dans 
la  Revue. 

M.  GriOT,  à  Soissons.  —  La  plaine  basse  que  vous  avez  observée  le  !•'  mars  sur  le 
bord  Ouest  de  la  Lune,  au  Sud-Ouest  de  la  mer  des  Crises,  est  la  mer  de  Smyth.  Le 
Cin:|ue  esc  celui  de  Neper.  La  carte  générale  de  la  Lune,  qui  sera  prochainement  publiée 
par  MM.  Flammarion  et  Gaudibert,  contient  tous  ces  détails. 


A.   BARDOU 

CONSTRUGTEUI  D1NSTIUIENTS  rOPTHlUE 

FOURNISSEUR  DO   MINISTÈRE  DE  LA  GLERBE 

(Circulaire  ministérielle  du  29  Juillet  ix:j 
55,  me  de  Chabrol,  &  Paris. 


Lunettes  astronomlqnes,  corps  cuivre  avec  ehen^heur.  tubt 
tJ'ocMlairt'  à  cnjmaillere  pour  la  mise  an  foyer.  Mouture  .quat', 
riale  a  latitiùk-  variable  de  O  a  IMh»,  cercle"  horaire  ei<\ivi,  ,k 
dèctinaiâan  rloriiiaiît  la  minute  par  les  verniers;  pince  [»oui  li\rr 
la  luneite  eu  'iicliuaisoD.  Pied  en  fonte  de  ferreposaut  paiiru.? 
vl»  cali^nteii  8ur  trois  crapaudincs  (fig.  1  >. 

L'oculairË  Itî  plus  faible  est  muni  duo  réticule. 


lllAMETRE 
l.'s  cercles. 


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OCULAIRES. 

Ci'lestCii. 


Grossisscmeutiv. 


100,  IGO  et  '2:u 
100,  150,  -200  et  4J0 


Lunettes  astronomiques  et  terrestres,  corps  cui\Tc  nvr 
chercheur,  pii' J  fer  et  soutien  de  stabilité  senant  a  din>er  li 
luneito  |tîir  mouvement  vertical  lent  au  moven  d'une  cnniail- 
*(^reî  Lube  «ïoculaire  à  crémaillère  pour  la  mise  au  foyer.  I.iQ- 
^umeI^tîAî^  2i  eî  ses  accessoires  sont  calés  dans  unebcite<  i 
saplQ  rouge. 


V  é 

II 

O-'.iJël 

OCULAIRES. 

S 

27:. 

360 
465 

6:>u 

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Terres- 
tres. 

Célestes. 

2 
S 

1 
1 
1 
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II 
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50 
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(iO 
80 

s 
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vu 

'2 
3 
3 
3 

Grossissements. 

i-,<o 

1-,GU 

80  et  150 
75,  120  et  200 
85,  130  et  240 
100,  100  et  270 

i 

Lunettes  astronomiques  et  terrestres,  corps  c-ulvrt.iii 
fer,  mouvetnents  prompts,  tube  d'oculaire  à  cremaillir»-  pur' 
mise  au  foyer.  Linstrument  et  ses  accessoires  sontcaKsdat- 
une  boite  en  sapin  rouge. 


H    ^ 

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Terres- 

tres. 

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35 

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Au 

1 

50 

Grossis- 
seineuts. 


90 

100 

80  et  150 


On  peut  ajouter  et  Ton  ajoute  généralement  à  ces  Jiv. 
modèles  : 

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Paris.  —  Imp.  Gauthier- Villars»  55,  quai  des  Grands-Augustins 


MAYlilfîR'^ 


4°  Année. 


N"  5. 


Mai  1885. 


REVUE'  MENSUELLE 

D'ASTRONOMIE  POPULAIRE 

DE  MÉTÉOROLOGIE  ET  DE  PHYSIQUE  DU  GLOBE, 

DONNANT    LB    TABLEAU    PERMANENT    DES    DÉCOUVERTES    ET    DBS    PROORBS    RÉALISÉS 
DANS    LA    GONNAISSANCB    DE    L'UNIVBRS 

PUBLIÉE    PAR 

CAMILLE  FLAMMARION, 

AVEC  LE  CONCOURS  DES 

PRINCIPAUX  ASTRONOMES  FRANÇAIS  ET  ÉTRANGERS 


ABONNEMENTS  POUR  UN  AN: 

Paris  :  12  fr.  —  Départements  :  13  fr.  —  Étranger  :  14  fr. 

Prix  du  Numéro  :  1  tr,  20  c. 

La  Revue  parait  le  !•''  de  Chaque  Mois. 


PARIS. 


6AUTH1ER-V1LLARS,  IHPRIHËUR-LIBRAIRË 

DE    l'observatoire    DE    PARIS, 
Quai  des  Augustins,  55. 

1885 


SOMMAIRE  DU  N»  5  (MAI  1885). 

1«8  oondltlons  de  la  vie  dans  rUnlTere.  Réponse  à,  M.  Faye,  par  M.  C.  Flamm/irio!! 
(1  figure).  ~  1«8  grands  Instromenta  de  1* Astronomie.  L'Instrument  méridien  et  les 
observations  méridiennes  (suite)^  par  M.  P.  Gérignt  (1  figure).-- Statistique  destremble- 
ments de  terre,  par  M.  C.  Détaille  (1  figure).  —  NouToUes  de  la  Science.  Variétés  :  Chute 
d'un  uranolithc  en  Turquie,  par  M,  F.  A.  Mavrooordato  (1  figure).  L'appulse  d*Aldébaran,  photo- 
graphiée à  Prague,  par  MM*  Jos  et  JA.of  Fric  (L  figure).  Sociôtù  scientifique  Flammarion,  de  Har- 
Reille  (1  figure).  —  Obseryatlons  astronomiques,  par  M.  E.  Vimont  (2  figures). 


PRINCIPAUX  ARTICXBS  PUBUÉS  DANS  LA  RBVUB. 

A.  D'ABBADIB,  de  l'Institut.  —  GhoU  d*nn  premier  méridien. 

ARAGO  (V.).  —  Le  soleil  de  Minuit. 

BERTRAND  (J.),  de  l'Institut.  ^tA  satellite  de  Vénus. 

BOfi  (A.  De),  astronome  à  Anvers.  —  Li'IBtolle  polaire. 

DAUBRÈB,  Directeur  de  l'Ecole  des  mines.  —  tios  pierres  tombées  du  Ciel. 

DENNIN6  (A.),  astronome  à  Bristol.  —Observations  télescoplques  de  Jupiter,- de  Vénus 
de  Mercure. 

DBNZA  (P.),  Directeur  de  l'Observatoire  de  Moncalieri.  —  Gbute  d'un  uraaoUtlie  en  Italie. 

DETAILLE,  astronome.  —  L'atmosphère  de  Vénus.  —  Nouvelles  mesures  des  anneaux 
de  Saturne.  —  Les  tremblements  de  terre. 

FAYE,  Président  du  Bureau  des  Longitudes.  ^  Nouvelle  théorie  du  SolelL  —  Distribution 
des  taches  solaires.  —  Mourements  lents  du  sol  en  Suisse.  —Xa  formation  du  sys- 
tème solaire. 

FLAMMARION.  —  Les  carrières  astronomiques  en  France.  —  Conditions  d'habita- 
bilité de  la  planète  Mars.  —  Constitution  physique  des  comètes.  —  Une  flrûnése  dans 
le  Clei.  —  Comment  on  mesuré  la  distance  du  soleil.  —  Les  étoiles,  soleils  de  l'infini.  -- 
D'où  viennent  les  pierres  qui  tombent  du  Ciel?  —  Les  étoiles  doubles.  —  Chute  d*un 
corps  au  centre  de  la  terre.  —  La  conquête  des  airs  et  le  centenaire  de  Montirotf  er.  — 
Les  srandes  marées  au  Mont  Saint-Michel.  —  Phénomènes  mètèoroloflrlques^bser- 
vès  en  ballon.  —  Une  excursion  mètèoiçoloclaiie  sur  la  planète  Mars.  —  Les  flam- 
mes du  Soleil.  —  Les  illuminations  créplisoulalres  et  le  cataclysme  de  Krakatoa.  — 
Lk  planète  transneptunlenne.  —  L'étoile  du  Berger.  —  L'histoire  de  la  Terre.  —  Les 
vlcâmes  de  la  foudre.  ^ 

FORBL  (le  Professeur).  —  Les  tremblements  de  terre. 

6AZAN  (Colonel).  —  Les  taches  du  solea 

6ËRIONY,  antronome.  --  Gomment  la  lune  se  meut  dans  l'espace,  r-  Ralentissement  du 
mouvement  de  la  Terre.  —  La  formation  du  système  solaire.  —  Etudes  sèlènographi- 
ques.  —  L'èquatorlal  coudé  de  l'Observatoire  de  Paris.  —  L'héllomètre.  —  La  nais- 
sance de  la  Lune. 

HENRT,  de  l'Observatoire  de  Paria.  —  Découvertes  nouvelles  sur  Uranus. 

HERSCHEL  (A.-S.).—  Chute  d'un  uranollthe  en  An^rleterre. 

HIRN,  correspondant  de  l'Institut.  —  Conservation  de  l'ènersie  solaire.  —  Phénomènes 
produits  sur  les  bolides  par  Tatmosphère.  —  La  température  du  Soleil. 

HOUZEAU,  Directeur  de  l'Observatoire  de  Bruxelles.  —  Le  satellite  de  Vénus. 

HUGOINS,  de  la  Société  royale  de  Londres.  ^  Les  environs  du  Soleil. 

J AMIN,  de  l'Institut  —  Qu'est-ce  que  la  rosée  7 

JANSSEN.de  l'Institut,  directeur  de  l'Observatoire  de  Meudon.  —  La  photo|tràpliie  céleste.  — 
Résultat»  de  l'éclipsé  de  SoleU  du  6  Mal  ISSd. 

LEMAIRE-TESTE,  de  l'Observatoire  de  RioiJaQeiro.  —  Choix  d'un  premier  méridien. 

LEPAUTE.  —  Quelle  heure  est-il?  -^  Le  temps  vrai,  le  temps  moyen  et  les  cadrans 
solaires.  —  La  chaleur  solaire  et  ses  applications  Industrielles. 

LESSEPS  (de).  — Les  vagues  sous-marin^ii. 

MOUCHEZ  (amiral),  directeur  de  l'Observatoire  de  Paris.—  Travaux  actuels  de  l'Observa 
toire  de  Paris.  —  L'Observatoire  du  Pic  du  Midi.—  Création  d'une  succursale  de  l'Ob- 
servatoire. 

MOUREAUX  (Th.),  météorologiste  au  Bureau  eentrai.  —  Les  Inondations. 

PARMENTIER  (général).  —  Distribution  des  petites  planètes  dans  l'espace. 

PERROTIN,  directeur  de  l'Observatoire  de  Nice. — La  comète  de  Pons.  —  La  planète  Uranus 

PROCTOR,  astronome  à  Londres.  —  Le  Vésuve  et  ISGHIA. 

RICCd,  astronome  à  l'Observatoire  de  Palermo.  —  La  grande  comète  de  1SS2.—  La  tache 
rouge  de  Jupiter.  —  Les  taches  du  Soleil^ 

Les  communications  relatives  à  la  rédaction  doivent  être  adressées  à  M.  C.  Flammarion,  Direc* 
teur  de  la  Revue,  86,  avenue  de  l'Observatol^,  à  Paris,  ou  à  l'Observatoire  de  Juvtsy 
ou  bien  à  M.  Gèrlgny,  Secrétotre  de  la  Rédaction,  41,  rue  du  Montparnasse,  A  Paris. 

Le  pl&n  du  Journal  comporte  une  grande  variété  d'articles.  Chaque  Numéro  con- 
tient des  descriptions  de  science  populaire  rédigées  pour  les  lecteurs  qui  ne  font  pat 
profession  de  science,  pour  les  gens  du  monde  en  général;  des  études  plus  appro- 
fondies destinées  aux  astronomes  amateurs;  et  des  recherches  intéressant  les 
savants  curieux  de  pénétrer  de  plus  on  plus  le^  grands  problèmes  de  la  nature. 


Maison  avec  OBSERVATOIRE  à  vendre  ou  à  louer. 

Maison  de  campagne,  rue  des  Jardies,  n*  9,  dite  Observatoire  de  Bellevue,  donnant 
sur  le  cliemin  de  fer,  avec  jardin  d'agrément  devant  et  derrière,  élevée  sur  cave  et 
citerne,  d'un  rez-de-chaussée  et  de  deux  étages,  surmontée  d'une  terrasse  d'où  i'on  jouit 
d'une  vue  admirable  sur  toute  la  partie  noni  du  département  de  Seine-et-Oise. 

Sur  la  terrasse,  Observatoire  astronomique  en  forme  de  belvédère,  surmonté  d'une 
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Dans  le  sous-sol,  labçratoire  de  chimie.  —  Gaz,  eau  et  électricité  à  tous  les  étages. 
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S'adresser  :  Pour  visiter,  à  I'Aoenge  des  locations  de  Bellevue.  Grande- Rue,  n*  22. 
Et  pour  traiter,  à  M*  Pierre,  notaire  à  Meudon. 


MAYllT^'^ 


—  L'ASTRONOMIE. 


IGl 


LES  CONDITIONS  DE  L4  VIE  DANS  LTNIYERS. 

RÉPONSE  A  M.  FATE. 

M.  Faye  a  publié,  depuis  uue  dizaine  d'années,  dans  ses  ouvrages,  dans 
YAnnuaire  du  Bureau  des  Longitudes,  dans  les  conférences  de  VAssociation 

Fijç.  66. 


Les  principaux  mondes  du  système  solaire. 

scientifique,  etc.,  diverses  objections  contre  la  doctrine  scientifique  et  philo- 
sophique de  la  Pluralité  des  Mondes,  qui  ont  ému  un  certain  nombre  de 
lecteurs,  et  auxquelles  nous  sommes  depuis  longtemps  sollicité  de  répondre. 
Nou8h  ésitionsy  d'une  part,  à  cause  du  sympathique  respect  qui  nous  a  tou- 
IfAi  1885.  5 


162  L'ASTRONOMIE. 

jours  personnellement  attaché  à  Téminent  astronome  français,  —  à*autre 
part,  parce  qu^il  nous  semblait  que  ces  objections  n'ébranleraient  pas  des 
convictions  établies  sur  l'étude  directe  de  renseignement  universel  de  la 
nature.  Mais  aujourd'hui,  après  plusieurs  centaines  de  lettres  reçues  de  toutes 
les  parties  du  monde  à  ce  sujet,  notre  devoir  le  plus  strict  est  d'obéir  à  un 
mandat  devenu  presque  impératif. 

Sans  rappeler  ici,  comme  excuse,  que  notre  ouvrage  La  Pluralité  des 
Mondes  habités  est,  depuis  un  quart  de  siècle,  traduit  dans  presque  toutes  les 
langues  de  la  planète  et  a  compté  plus  de  cent  mille  lecteurs,  que  les  idées 
répandues  dans  le  monde  par  notre  Astroîiomie  populaire  et  par  nos  Terres  du 
Ciel  sont  connues  d'un  nombre  plus  considérable  encore,  et  que,  par  les 
journaux,  les  revues  et  les  conférences,  nous  avons  depuis  vingt-cinq  ans 
parlé  à  plusieurs  millions^ d'auditeurs,  nous  devons  reconnaître  sans  fausse 
modestie  qu'à  tort  ou  a  raison,  on  nous  considère  comme  le  représentant 
actuel  de  la  doctrine  de  la  Pluralité  des  Mondes,  comme  le  défenseur  de  la 
vie  ultra-terrestre.  Certes,  les  habitants  de  Mars  ou  du  système  de  Sirius  ne 
s'en  portent  pas  plus  mal,  que  nous  croyions  ou  non  à  leur  existence,  et 
très  certainement  l'opinion  des  homoncules  terrestres  à  leur  égai-d  leur  est 
de  la  dernière  indifférence.  Mais  nous  sommes  sur  la  Terre;  nos  amis  com- 
mencent à  nous  blâmer  de  notre  silence  et  à  nous  accuser  de  n'avoir  rien  à 
répondre  aux  éloquentes  accusations  portées  coptre  les  habitants  des  autres 
Mondes  par  le  savant  académicien  français;  et  il  serait  de  mauvais  goût  de 
paraître  vaincu,  lorsqu'on  reste  vainqueur  par  la  force  même  de  la  vérité. 

Nous  nous  bornerons  à  reproduire  textuellement  les  arguments  de  notre 
antagoniste,  et  à  établir  qu'ils  ne  possèdent  pas  du  tout  l'importance  que  leur 
auteur  leur  attribue. 

Ceux  qui  chercheraient  ici  des  sujets  de  personnalité  perdraient  leur 
temps  :  il  s'agit  uniquement  d'une  question  d'intérêt  scientifique  général. 
S'il  nous  arrivait  parfois  d'être  un  peu  vif  dans  ce  combat  à  armes  loyales, 
notre  savant  maître  sera  le  premier  à  nous  pardonner  (  *  )^  et  cela  du  reste 
sans  grand  mérite  :  nous  savons  d'avance  que  nos  démonstrations  ne  modi- 
fieront en  rien  sa  manière  de  voir,  et  nous  avons  la  conviction  intime 
qu'après  cette  réplique  comme  avant,  M.  Paye  continuera  de  déclarer  que  la 
Terre  est  le  meilleur  des  Mondes,  et  le  seul  digne  d'être  illustré  par  des  Aca- 
démies et  des  Observatoires.  Cependant,  ne  restons  pas  sans  espérance. 

v')  L'éditeur  aussi,  qui  est  en  môme  temps  l'éditeur  de  M.  Faye,  d'autant  mieux  que 
la  première  édition  de  l'Origine  du  Monde  étant  épuisée,  notre  réponse  va  tout  de 
suite  servir  à  faire  demander  la  seconde  à  ceux  qui  n'ont  pas  lu  la  première.  Notre 
bataille  est,  comme  on  le  voit,  à  tous  les  égards,  aussi  courtoise  que  celle  de  Fontenoy. 
Et  elle  aura  de  plus  Tavantage  de  ne  laisser  ni  morts  ni  blessés. 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIE  DANS  L  UNIVEUS.  163 

Notre  éminent  contradicteur  appartient  à  cette  nature  d*esprits  d'élite  qui 
reconnaissent  volontiers  qu*ils  se  sont  trompés.  Ainsi,  par  exemple, 
entre  autres,  depuis  longtemps  déjà  nous  regrettions,  quelquefois  avec  une 
certaine  impatience,  de  le  voir  nier  la  connexion  qui  existe  entre  le  magné- 
tisme terrestre  et  les  fluctuations  de  l'activité  solaire  :  à  Tune  des  dernières 
séances  de  Tlnstitut,  il  a  enfin  déclaré  qu'il  changeait  d'opinion  et  se  rendait 
à  la  vérité.  Espérons  qu'il  en  sera  de  même  un  jour  pour  le  sujet  qui  fait 
aujourd'hui  Tobjet  de  notre  discussion. 

I. 

Kepler,  Galilée.  Newton  ont  laissé  dans  la  Science  l'idée  que  la  Terre  n'a 
pas  l'importance  que  l'antiquité  lui  attribuait  à  l'époque  où  on  la  croyait 
immobile  au  centre  de  l'Univers.  «  On  s'est  dit,  écrit  M.  Faye  (*),  que 
l'Univers  doit  se  composer  d'une  infinité  de  Mondes  ayant  chacun,  comme 
le  nôtre,  un  Soleil  pour  centre,  et  que  ce  vaste  ensemble  ne  peut  avoir  été 
créé  pour  rien:  que  la  Terre,  insignifiante  sous  tous  les  rapports,  ne  saurait 
avoir  seule  le  privilège  de  porter  des  êtres  vivants  et  intelligents.  Vous  avez 
vu  cette  idée  poindre  sous  la  plume  de  Newton.  Les  Mondes  habités,  la  vie 
répandue  à  profusion  dans  F  Univers,  sous  les  formes  les  plus  variées  :  quel 
vaste  chîimp  pour  l'imagination  ! 

«  Pour  l'imagination,  soit;  mais  pour  la  science,  non.  Sur  le  point  de  fait 
la  Science  est  et  restera  muette.  Même,  dans  notre  propre  Monde,  les  planètes 
sont  trop  éloignées  de  nous  pour  que  nos  plus  puissants  télescopes  nous  y 
fassent  distinguer  des  êtres  vivants,  ou  même  des  traces  indirectes  de  leur 
existence.  Quant  aux  planètes  qu'on  se  plait  à  attribuer  à  ces  millions  de 
soleils,  on  ne  les  voit  pas,  on  ne  les  verra  jamais. 

«  Voici  à  peu  près  tout  ce  qu'un  astronome  peut  affirmer  à  ce  sujet. 
Regardez  le  Ciel,  et  dites-vous  bien  que,  de  ces  myriades  d'astres,  que  les 
lunettes  vous  y  font  voir,  aucun  n'est  habité,  puisqu'ils  sont  tous  en  état  de 
pleine  incandescence;  aucua  ne  le  sera  jamais,  parce  qu'à  l'époque  de  leur 
extinction,  alors  qu'un  être  vivant  pourrait  mettre  le  pied  sur  leur  écorce 
refroidie  et  solidifiée,  il  n'y  aura  pas  pour  eux,  à  cause  de  leur  immense 
éloigncment  mutuel,  de  soleil  voisin  pour  leur  départir  la  chaleur  et  la 
lumière.  » 

Telle  est  l'argumentation  de  M.  Faye,  et  c'est  dans  ces  paroles  qu'il  résume 
sa  pensée.  Cette  argumentation,  que  nous  prions  nos  lecteurs  de  vouloir  bien 
relire  mot  h  mot  et  peser  comme  le  mérite  la  haute  situation  scientifique  de 

(»)  Sur  VOrigine  du  Monde,  p.  243. 


iG4  LASTRONOMIË. 

son  auteur,  pourrait  être  écrite  sous  une  forme  plus  concise,  sans  rien  perdre 
de  sa  signification,  dans  les  termes  suivants  : 

Il  n'y  a  dans  TUnivers  que  ce  que  nous  voyons.  Nous  ne  voyons  ni  les 
planètes  qui  pourraient  exister  autour  des  autres  soleils,  ni  les  habitants 
qui  pourraient  exister  sur  les  planètes  de  notre  système.  Donc  la  Terre  est 
le  seul  Monde  habité. 

Une  telle  argumentation  est-elle  bien  sérieuse?  Oui,  si  Fauteur  veut  dire 
que,  d'une  part,  les  millions  de  soleils  qui  brillent  dans  l'espace  infini  ne 
sont  entourés  d'aucun  système  planétaire,  et  que,  d'autre  part,  les  planètes 
de  notre  système  sont  inhabitables.  Occupons-nous  d'abord  du  premier 
point;  nous  réserverons  le  second  pour  la  fin.  Donc,  sur  le  premier  point» 
l'auteur  propose  d'admettre  que  notre  soleil  seul  a  donné  naissance  à  une 
famille  de  mondes  :  nous  sommes  justement  ici  pour  le  savoir.  Mais  les 
millions  d'autres  brillent  sans  rien  éclairer,  brûlent  sans  rien  échauffer, 
parcourent  leurs  cycles  sans  avoir  rien  produit.  Si  telle  est  bien  la  pensée  de 
l'auteur  —  et  comment  en  douter,  puisque  dans  le  cas  contraire  son  argu- 
ment n'aurait  aucune  signification?  —  nous  nous  bornons  à  l'enregistrer,  et 
nous  pensons  que  cela  suffit. 

Imaginer  ce  néant  universel  et  le  proclamer  comme  supérieur  à  la  grande 
doctrine  de  Kepler,  Galilée,  Newton,  Laplace,  Herschel,  c'est  assurément  là 
une  idée  originale;  seulement,  nous  nous  permettrons  de  dire  à  notre  tour 
que  c  est  cette  idée-là  qui  est  sans  fondement  scientifique.  De  plus,  elle  a 
contre  elle  l'analogie,  puisqu'elle  tend  à  poser  la  nature  que  nous  con- 
naissons, le  système  du  Monde  où  nous  sommes,  comme  une  exception.  L'idée 
est  en  elle-même  anti-scientifique,  puisque  depuis  l'invention  du  télescope 
et  du  microscope  tous  les  progrès  de  la  Science  sont  venus  graduellement 
démontrer  que  nos  yeux  ne  connaissent,  au  contraire,  presque  rien  de  ce  qui 
existe  en  réalité. 

Prétendre  qu'il  n'y  a  pas  de  planètes  autour  des  autres  soleils,  parce  que 
nous  ne  les  voyons  pas,  c'est  laisser  debout  tout  entier  l'édifice  que  Ton  croit 
renverser  par  cette  dénégation.  M.  Faye  a  voulu  dire,  sans  doute,  qu'il  y  en 
a  tout  de  même,  mais  que  nous  n'en  savons  rien.  Dans  ce  cas,  ce  n'est  que 
très  vaguement  contredire  ce  qu'ont  dit  Kepler,  Kant,  Lambert,  Laplace,  etc., 
dont  l'opinion  estjudicieusementfondée  sur  l'aspect  de 'notre  système  solaire 
et  sur  la  probabilité  que  les  autres  soleils  ont  pu  produire  ce  que  le  nôtre 
a  produit.  C'est  cette  probabilité  qu'il  faudrait  renverser.  Or,  malgré  l'impos- 
sibilité matérielle  dans  laquelle  nous  sommes  de  voir  les  planètes  apparte- 
nant à  d'autres  systèmes,  cependant  les  derniers  progrès  de  l'Astronomie 
confirment  les  pressentiments  de  Kepler  et  de  ses  émules,  comme  ils  l'ont 
fait  pour  les  planètes  situées  entre  Mai-s  et  Jupiter;  et  il  est  difficile  de 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIE  DANS  L^UNIVERS.  165 

concevoir  que  Fauteur  de  l'ouvrage  sur  V Origine  du  Monde,  auquel  sont  fami- 
lières toutes  les  indications  de  la  Cosmogonie,  n'ait  pas  songé  que  les  planètes 
sont  lumineuses  avant  d'être  éteintes,  et  que  nous  ne  pourrions  voir  dans  le 
Ciel  que  des  planètes  encore  lumineuses.  Mais  s'il  y  avait  songé,  il  aurait 
vu  son  échafaudage  d'arguments  tomber  tout  d'une  pièce,  et  c'eût  été  là 
un  moment  désagréable.  En  effet,  l'illustre  président  du  Bureau  des  Longi- 
tudes n'avait  qu'à  prendre  un  télescope  et  à  le  diriger  sur  Sirius.  Il  aurait 
vu  là  une  planète  encore  lumineuse,  tournant  autour  de  son  étincelant  soleil 
en  une  période,  de  49  ans  et  demi.  Quand  cette  planète  ne  brillera  plus  par 
elle-même  (peut-être  déjà  brille-t-elle  en  partie  d'une  lumière  réfléchie),  ne 
sera-l-elle  pas  un  Monde  analogue  à  Jupiter,  Saturne  ou  la  Terre? 

M.  Faye  soutiendrait-il  que  le  refroidissement  n'ira  pas  plus  vite  dans  ce 
satellite  de  Sirius  que  dans  son  colossal  soleil?  Non,  certainement.  Eh  bien, 
on  peut  faire  la  même  réflexion.,  malgré  les  différences  d'excentricité,  pour 
tous  les  systèmes  d'étoiles  doubles  dans  lesquels  l'une  des  composantes  est 
beaucoup  plus  petite  que  l'étoile  principale.  Quant  aux  corps  célestes  qui  sont 
déjà  obscurs,  comme  la  Terre,  nous  ne  les  voyons  pas  et  voilà  tout. 

Mais  de  là  à  dire  qu'ils  n'existent  pas  il  y  a  un  abîme,  la  faiblesse  de  nos 
yeiuL  n'empêchant  pas  du  tout  la  probabilité  de  rester  en  faveur  de  leur 
existence. 

Nous  conclurons  donc  de  ce  premier  point  que  M.  Faye  n  a  pas  voulu  dire 
qu'il  n'y  a  pas  d'autres  systèmes  de  planètes  habitables  que  le  nôtre,  car 
cette  opinion  serait  trop  en  désaccord  avec  l'enseignement  de  l'Astronomie. 
Il  a  seulement  voulu  dire  qu'en  fait,  nous  ne  voyons  ni  ces  planètes  ni  leurs 
habitants  :  ce  que  nous  savions  déjà,  et  ce  que  nous  admettons  sans  restric- 
tion. Mais  la  probabilité  de  l'existence  de  systèmes  solaires  difi'érents  du 
nôtre  n'est  pas  diminuée  d'un  iota  par  ce  fait  que  nous  ne  les  voyons  pas. 


II. 


Cette  probabilité  reste  si  grande,  si  voisine  de  la  certitude,  que  M.  Faye 
a  écrit  lui-même  les  déclarations  suivantes,  qu'il  n'est  pas  sans  intérêt  de 
placer  en  regard  des  précédentes  : 

«  La  vie  ne  peut  se  rencontrer  que  sur  un  corps  déjà  froid  associé  à  un 
autre  corps  chaud,  plus  ou  moins  voisin,  qui  lui  fournit,  à  dose  modérée, 
la  chaleur  indispensable.  Les  soleils  jouent  précisément  ce  rôle-là  par  rapport  à 
leurs  planètes.  Tant  qu'ils  brillent,  tant  qu'ils  possèdent  l'enveloppe  photo- 
sphérique  dont  nous  avons  décrit  l'an  dernier  les  fonctions,  ils  sont  merveil- 
leusement organisés  pour  distribuer  autour  d'eux  une  lumière  et  une  cha- 


166  L'ASTRONOMIE. 

leur  constantes  pendant  une  longue  suite  de  siècles.  Leur  grande  masse, 
la  fluidité  de  cette  masse,  la  formation  et  l'entretien  d'une  photosphère 
durable  sont  des  conditions  fréquemment  réalisées  dans  TUnivers  (*).  » 

On  le  voit,  le  savant  astronome  s'est  chargé  lui-même  de  nous  faire  en- 
tendre que  sa  phrase  citée  plus  haut  :  «  Quant  aux  planètes  qu'on  se  jplait  ù 
attribuer  à  ces  millions  de  soleils,  on  ne  les  voit  pas,  on  ne  les  verra  jamais,  » 
ne  dit  pas  du  tout  ce  qu'elle  a  Tair  de  dire,  car  Tauteur,  étant  lui-même  un 
de  ceux  qui  «  se  plaisent  »  à  admettre  l'existence  de  planètes  autour  d'autres 
soleils  «  merveilleusement  organisés  »  pour  entretenir  la  vie  à  leur  surface, 
serait  mal  inspiré  de  traiter  d'esprits  superficiels  ceux  qui  se  plaisent  égale- 
ment à  admettre  cette  existence.  Au  fond,  il  est  donc  entièrement  de  leur 
avis.  Nos  lecteurs  auraient  donc  le  plus  grand  tort  de  croire  que  M.  Faye 
porte  un  coup  mortel  aux  doctrines  qui  leur  sont  chères.  C'est  le  contraire 
qui  reste  après  examen.  Pour  lui  aussi,  les  soleils  de  l'infini  illuminent  des 
planètes  inconnues.  Pour  lui  aussi,  la  lumière  et  la  chaleur  de  ces  lointains 
foyers  se  répandent  en  flots  de  vie  sur  les  séjours  qui  sont  propres  à  les 
recevoir.  A  moins  de  supposer  que,  pour  M.  Faye,  il  n'y  ait  que  «  de  l'imagi- 
nation »  dans  le  passage  textuel  que  nous  venons  de  citer,  nous  penserons 
qu'il  y  a  aussi  un  peu  de  «  science  ».  Nous  ne  comprenons  donc  plus  du 
tout  ce  qu'il  a  voulu  dire  à  la  page  réfutée  au  §  I.  Notre  réfutation  même 
devient  superflue,  puisque  l'auteur  a  bien  voulu  se  réfuter  lui-même. 

III. 

Oui,  en  principe  (et  le  moyen  de  faire  autrement?)  M.  Faye,  permet  à  la 
nature  d'avoir  créé  des  planètes  autour  des  soleils  de  l'espace,  et  il  ne  s'op- 
pose pas  à  ce  que  la  vie  ait  pu  y  apparaître.  Mais,  procédant  aussitôt  par 
voie  d'élimination,  il  s'efforce  d'exclure  tous  les  systèmes  qui  ne  seraient 
pas  absolument  identiques  au  nôtre.  Et  d'abord  il  condamne  toutes  les  étoiles 
doubles  et  multiples. 

Or,  examinons  un  instant  cette  élimination  des  étoiles  doubles.  Prétendre 
qu'une  planète  circulant  autour  d'un  soleil  appartenant  à  un  système  d'étoiles 
doubles  serait  inhabitable,  revient  à  déclarer  que  toute  la  population  de  la 
Terre  disparaîtrait  demain  si  Neptune  brillait  de  sa  propre  lumière  I 

Que  disons-nous  là?  C'est  encore  pis.  C'est  déclarer  que  dans  ce  cas  la  ne 
elle-même,  végétale,  animale,  humaine,  ne  serait  pas  née  sur  la  Terre,  si 
Neptune  brillait  de  sa  propre  lumière. 

Or,  —  nous  regrettons  de  l'affirmer  aussi  franchement  —  si  Neptune  bril- 

(•)  Annuaire  du  Bureau  des  Longitudes,  1874,  p.  481. 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIE  DANS  L'UNIVERS.  167 

lait  de  sa  propre  lumière,  la  vie  serait  exactement  ce  qu'elle  est  sur  la  Terre, 
Thumanité  elle-même  ne  s'en  porterait  pas  plus  mal,  le  Bureau  des  Longi- 
tudes tiendrait  ses  importantes  séances  comme  il  le  fait,  et  la  seule  diffé- 
rence serait  un  intérêt  de  plus  ajouté  aux  colonnes  de  chiffres,  déjà^si  élo- 
quentes en  elles-mêmes,  de  la  Connaissance  des  Temps. 

En  effet,  admettons  pour  Neptune-soleil,  non  pas  un  éclat  minimum  (nous 
aurions  trop  beau  jeu,  et  nous  ne  voulons  pas  triompher  sans  gloire),  mais 
une  valeur  calorifique  et  lumineuse  relativement  importante.  Admettons  que 
ce  soit  là  un  soleil  dont  le  diamètre  égale  le  quart  de  celui  du  Soleil  et  dont 
la  masse  égale  aussi  le  quart  de  la  masse  totale  de  notre  soleil.  Les  diffé- 
rences sont  parfois  beaucoup  plus  grandes  dans  certains  systèmes  d'étoiles 
doubles. 

Eh  bien  \  dans  ce  cas  même,  le  soleil  neptunien  serait  égal  au  quart  du 
nôtre  à  la  distance  1,  au  quart,  en  diamètre,  ce  qui  donne  comme  sur- 
face Y^.  Il  vogue  à  la  distance.  30.  Son  disque  serait  donc  égal  à  îyô,  en  dia- 
mètre, de  celui  du  Soleil,  ou  à  74700  ^^  surface.  Nous  en  recevrions  donc,  en 
le  douant  d'une  valeur  lumineuse  et  calorifique  intrinsèquement  égale  à 
celle  du  Soleil,  14  000  à  15  000  fois  moins  de  lumière  et  de  chaleur  que 
nous  n'en  recevons  du  Soleil.  Il  n'y  aurait  là  qu'une  seconde  lune,  moins 
grosse  mais  plus  brillante  que  la  nôtre,  qui,  pendant  quelques  mois  chaque 
année,  viendrait  trôner  au  milieu  des  constellations  zodiacales.  Le  chiffre  de 
la  population  n'en  diminuerait  sans  doute  pas  d'une  manière  bien  sensible. 
Et  qui  sait?  ce  serait  peut-être  là  au  contraire  un  élément  favorable  à  son 
accroissement. 

Soit  !  répondra  l'éminent  critique,  mais  la  masse  de  ce  Soleil  va  bien  nous 
embarrasser.  Impossible  de  s'en  accommoder  ! 

En  effet,  ce  serait  nouveau  pour' nous.  L'influence  attractive  de  ce  soleil  en 
opposition  étant  le  quart  de  celle  du  Soleil  à  la  distance  1,  serait  par  consé- 
quent gfj-  de  ce  quart  à  la  distance  29,  ou  -^j^.  Or,  le  Soleil  fait  tourner  la 
Terre  autour  de  lui  en  l'abaissant  vers  lui  de  38'"  par  heui-e,  pendant  qu'elle 
décrit  une  ligne  de  106  000^™.  Le  soleil  neptunien  l'attirant  3364  fois  moins, 
dans  sa  position  la  plus  favorable,  la  dévierait  donc  de  11  "29  dans  ce  même 
temps.  Déjà,  dans  l'état  actuel  des  choses,  Jupiter,  dont  la  masse  est  égale 
à  ytjij  de  celle  du  Soleil,  et  qui  arrive  à  la  distance  4,2  de  la  Terre,  agit  sm- 
nous  dans  la  proportion  de  iotoxi7.64  ^^  ^^  tïtôô  ^*  dévie  notre  planète 
de  2"  10  au  maximum.  Personne  ne  s'en  aperçoit,  assurément.  Personne  ne 
s'apercevrait  davantage  de  l'influence  causée  par  Neptune,  si  sa  masse  était 
même,  comme  nous  l'avons  posé,  81  000  fois  plus  considérable  que  celle  de 
la  Terre,  ou  cinq  mille  fois  plus  grande  qu'elle  n'est  en  réalité. 


168  L'ASTRONOMIE. 

Ce  raisonnement  est  établi  pour  le  mouvement  circulaire  ou  faiblement 
elliptique.  Dans  Thypothèse  d'une  grande  excentricité,  lors  même  que  les 
perturbations  seraient  dix  fois,  cinquante  fois,  cent  fois  plus  fortes,  l'exis- 
tence vitale  de  la  Terre  ne  serait  pas  mise  en  péril  pour  cela.  Celle  de  Vénus 
et  celle  de  Mercure  le  seraient  encore  moins.  Nos  saisons  seraient  un  peu 
différentes.  Nous  aurions  parfois  un  petit  soleil  venant  éclairer  certaines 
nuits  ou  ajouter  sa  lumière  à  certains  jours.  Les  choses  différeraient  plus  ou 
moins  de  ce  qu'elles  sont  actuellement.  Mais,  avec  la  meilleure  volonté  du 
monde,  il  est  impossible  de  trouver  aucune  raison  suffisante  pour  déclarer 
que,  dans  ces  conditions,  le  protoplasma,  origine  delà  vie  végétale,  animale 
et  humaine,  n'aurait  pu  se  former  comme  il  l'a  fait  dans  les  eaux  tièdes  des 
mers  de  Tépoque  primordiale. 

Il  est  vrai  que  les  systèmes  d'étoiles  doubles  présentent,  en  général,  des 
excentricités  considérables,  comparativement  même  à  nos  planètes  les  plus 
excentriques,  comme  on  peut  se  le  rappeler  par  le  petit  tableau  suivant  : 

Planètes.  Excentricités 

Mercure 0,21 

Atalante 0,30 

Polymnic 0,24 

iEthra 0,38 

.  Étoiles  doubles. 

Yj  Couronne  boréale  . . .  0,26 

7  Couronne  australe...  0,35 

Ç  Grande-Ourse 0,42 

<i)  Lion 0,54 

r,  Cassiopéc 0,62 

Ç  Bouvier 0,71 

r  Vierge 0,87 

Celte  dernière  est  la  plus  grande  de  toutes  celles  connues,  et  en  terminant 
la  série,  montre  que  tous  les  degrés  d'excentricité  sont  représentés  dans  les 
orbites  d'étoiles  doubles.  Sir  John  Herschel  en  concluait,  précisément  à  pro- 
pos du  beau  système  de  y  Vierge,  qui  a  fait  l'objet  spécial  de  ses  éludes,  que 
s'il  y  a  des  planètes  autour  de  chacun  de  ces  deux  soleils  «  elles  doivent  êti-e 
serrées  sous  l'aile  protectrice  de  leur  berceau.  »  Et  c'est  là,  en  effet,  ce  que 
l'on  peut  et  ce  que  l'on  doit  penser.  N'oublions  pas  que  la  distance  qui  sépare 
ces  deux  soleils  l'un  de  l'autre  est  bien  autrement  vaste  que  celle  qui  sépare 
Neptune  du  Soleil.  Cette  situation  crée,  sans  contredit,  des  conditions  toutes 
différentes  de  celles  qui  sont  réalisées  dans  notre  système  solaire;  mais 
pourquoi  prétendre  qu'il  faut  que  les  choses  soient  précisément  telles  qu'elles 
sont  ici,  ou  qu'elles  ne  soient  pas  du  tout?  L'enseignement  universel  de  la 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIE  DANS  L'UNIVERS.  169 

nature  nous  montre  au  contraire  une  tendance  à  une  diversité  presque  infi- 
nie. C'est  du  reste  là  un  point  de  controverse  fort  important,  sur  lequel  nous 
reviendrons  tout  à  l'heure. 

Et  quels  merveilleux  séjours  que  ceux  des  Mondes  éclairés  par  deux  soleils 
d'inégal  éclat  ou  de  différentes  couleurs  !  De  ce  que  nous  nous  chauffons 
aux  rayons  d'un  pâle  soleil,  M.  Faye  déclare  que,  partout  où  existent  deux 
brillants  soleils  de  diverses  nuances,  la  nature  est  restée  stérile  et  inanimée. 
C'est  l'histoire  de  l'Esquimau  transporté  dans  les  bosquets  d'or  du  rivage 
napolitain,  ébloui  des  ardeurs  d'une  trop  vive  lumière,  se  retournant  vers  le 
Nord  et  regrettant  la  patrie. 

lY. 

Après  avoir  exclu  les  étoiles  doubles,  M.  Faye  élimine  les  étoiles  variables, 
les  étoiles  rouges  et  les  étoiles  refroidies.  Dans  le  cas  précédent,  l'élimination 
était  fondée,  comme  nous  venons  de  le  voir,  sur  ce  que  nous  nous  permet- 
trons d'appeler  une  erreur  d'appréciation.  Dans  celui-ci,  elle  est  fondée  sur 
une  conception  partielle  et  incomplète  de  l'un  des  plus  grands  facteurs  de 
l'œuvre  cosmique,  le  Temps.  Prouvons-le. 

Les  étoiles  variables,  les  étoiles  rouges  et  les  étoiles  oxydées  sont  les  soleils 
d'hier,  comme  les  nébuleuses  sont  les  soleils  de  demain.  Mais  c'est  nous, 
homoncules  de  l'atome  terrestre,  qui  disons  hier  et  demain.  Ce  sont  là  des 
mots  dénués  de  sens  absolu.  Si  notre  conception  de  l'Univers  a  la  prétention 
de  s'élever  à  la  réalité,  il  faut  que,  quoi  qu'il  lui  en  coûte,  elle  comprenne 
que  notre  époque  actuelle  n'est  pas  plus  importante  que  celles  qui  l'ont 
précédée  et  que  celles  qui  la  suivront;  il  faut  qu'elle  embrasse  la  durée  des 
âges,  qu'elle  suive  les  soleils  et  les  systèmes  de  mondes  depuis  leur  nais- 
sance jusqu'à  leur  mort.  Lors  donc  que  nous  parlons  d'un  soleil  ou  d'une 
planète,  et  que  nous  voulons  apprécier  son  rôle  dans  la  création,  nous  devons 
considérer  l'astre  dans  sa  durée  totale,  et  non  dans  le  moment  isolé  et  insi- 
gnifiant où  nous  parlons  de  lui. 

Eh  bien!  dans  la  théorie  de  l'Univers  généralement  reçue  et  admise  par 
M.  Faye  (*)  comme  par  les  autres  astronomes,  les  étoiles  rouges,  les  étoiles 
variables,  les  étoiles  oxydées  chez  lesquelles  l'hydrogène  est  devenu  rare, 
sont  des  soleils  refroidis,  des  soleils  arrivés  à  leur  dernière  période.  Objecter 
à  la  doctrine  générale  de  la  pluralité  des  mondes  que  ces  soleils  ne  sont 
plus  propres  à  entretenir  la  vie  autour  d'eux,  c'est  simplement  dire  qu'il  n'y 
a  plus  personne  à  Thèbes,  à  Memphis  ou  à  Babylone.  Que  les  lecteurs  de 
l'habile  écrivain  ne  s'y  laissent  donc  pas  prendre.  Personne  n'a  jamais  exigé 

(*)  Annuaire  du  Bureau  des  Longitudes,  187 i,  p.  482,  note. 

5* 


170  L'ASTRONOMIE. 

que  les  momies  se  lèvent  de  leurs  sarcophages  pour  venir  prêter  serment 
qu'elles  ont  réellement  vécu.  Les  soleils  oxydés  sont  de  vieux  soleils.  Ils  ont 
été  jeunes;  et  tout  ce  que  M.  Faye  a  accordé  tout  à  l'heure  à  ceux  qui  sont 
actuellement  jeunes,  il  faut  qu'il  l'accorde  pour  le  passé  à  ceux  qui  Tont  été 
autrefois.  Cette  nouvelle  objection  s'évanouit  donc  d'elle-même^  puisque  la 
doctrine  de  la  vie  universelle  ne  tient  pas  notre  époque  actuelle  pour  unique 
et  embrasse  le  temps  comme  Tespace. 

V. 

Descendant  des  régions  sidérales  aux  régions  planétaires,  Tauteur  rétrécit 
encore  davantage,  s'il  est  possible,  son  mode  d'argumentation,  en  avouant 
qu'il  ne  comprend  et  n'admet  aucune  sorte  d'êtres  vivants,  à  moins  qu'ils  ne 
soient  absolument  identiques  à  ceux  que  nous  avons  sous  les  yeux  sur 
la  Terre.  Et  il  qualifie  de  vulgaire  le  raisonnement  suivant,  dont,  pour  notre 
part,  nous  acceptons  pleinement  la  responsabilité  : 

«  On  avoue  que,  d'un  monde  à  l'autre,  les  milieux  varient,  probablement 
du  tout  au  tout;  mais,  s'il  s'agit  de  la  vie,  il  ne  serait  pas  rationnel,  dit-on, 
d'en  juger  par  ce  qui  se  passe  sous  nos  yeux,  sur  notre  propre  globe.  Nous  ris- 
quons fort  de  raisonner,  dit-on,  comme  un  individu  qui  n'aurait  jamais  vu  de 
fleuves,  de  lacs  ou  de  mers  :  celui-là  soutiendrait  que  la  vie  ne  peut  s'établir 
hors  d'une  atmosphère  respirable;  pour  lui,  tout  être  pénétrant  dans  les 
eaux  devrait  y  être  asphyxié.  Et  pourtant  les  eaux  sont  abondamment 
peuplées.  De  même,  ajoute-t-on^  la  vie,  avec  sa  flexibilité  indéfinie,  s'accom- 
mode des  circonstances  les  plus  diverses;  il  n'est  donc  pas  permis  de 
prononcer  qu'elle  est  absente  dans  des  régions  éloignées  de  l'Univers,  pai* 
cela  seul  que  les  milieux  ou  les  conditions  seraient  différents  des  nôtres. 

«  S'il  en  était  ainsi,  nous  n'aurions  qu'à  clore  ici  ce  chapitre  (').  » 

M.  Faye  a  merveilleusement  et  très  clairement  posé  là  sa  pétition  de  prin- 
cipe. Psychologiquement,  au  surplus,  c'est  la  même  idée  que  celle  dont  il  a 
été  question  au  début  de  cette  discussion  :  «  Il  n'y  a  dans  l'Univers  que  ce 
que  nous  voyons,  que  ce  que  nous  connaissons,  que  ce  que  nous  compre- 
nons, w  II  serait  facile  de  retrouver  dans  la  longue  et  belle  carrière  scienti- 
liquc  de  M.  Faye  des  afiirmations  analogues  qui  ont  été  contredites,  de  son 
vivant  même,  par  les  progrès  si  rapides  de  la  Science  moderne.  Mais  nous 
SLTiou-s  désolé  de  lui  faire  aucune  peine,  et,  au  lieu  de  citer  ses  propositions 
anciennes  personnelles,  du  même  ordre  que  les  précédentes,  que  la  Science 
a  complètement  renversées  depuis,  nous  en  emprunterons  d'analogues  à  ses 
collègues  de  l'Institut  —  et  à  ses  collègues  morts,  pour  éviter  aussi  là  les 

(V,i  Sur  VOrigine  du  Monde,  p.  245. 


f 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIE  DANS  L'UNIVERS.  171 

moindres  blessures  d'amour-propre  et  laisser  notre  dissertation  planer  dans 
les  hauteurs  impersonnelles  où  elle  doit  se  tenir. 

L'éminent  astronome  français  nous  paraît  appartenir  à  la  môme  école  que 
les  illustres  naturalistes  qui  ont  justement  fait  en  ce  siècle  l'orgueil  de 
l'Académie,  Cuvier  et  Flourexs.  Ces  deux  grands  hommes  auraient  pu  dii*e 
également  : 

«  Nous  ne  voyons  pas  les  espèces  végétales  et  animales  changer  autour  de 
nous  :  donc  elles  ne  changent  pas;  donc  elles  sont  immuables;  donc  elles 
ont  été  créées  tout  d'une  pièce,  telles  que  nous  les  voyons.  » 

Ils  n'auraient  pas  seulement  pu  tenir  ce  langage,  ils  l'ont  tenu  en  réalité. 
Écoutons-les  un  instant  ; 

«  Les  espèces  sont  constantes  et  immuables.  De  quelque  côté  que  Ton 
envisage  la  question,  l'immutabilité  des  espèces  est  le  grand  fait,  le  fait  qui 
ressort  de  tout  et  que  tout  démontre  {*).  » 

«  Pour  concevoir  la  transformation  d'une  espèce  en  une  autre,  on  serait 
forcé  d'admettre  des  modifications  lentes  et  graduées,  et  par  conséquent  des 
événements  ou  des  causes  qui  aient  agi  graduellement  aussi.  Or,  de  telles 
causes  n'ont  point  existé.  Les  catastrophes  qui  sont  venues  détruire  les  espèces 
ont  été  subites,  instantanées  (').  » 

«  Lors  donc  qu'on  irait  jusqu'à  accorder  que  les  espèces  anciennes  au- 
raient pu,  en  se  modifiant,  se  transformer  en  celles  qui  existent  aujourd'hui, 
cela  ne  servirait  à  rien,  car,  comme  le  dit  M.  Cuvier,  elles  n'auraient  pas  eu 
le  temps  de  se  livrer  à  leurs  variations  (').  » 

«  Les  espèces  perdues  ne  sont  pas  des  variétés  des  espèces  vivantes.  Pour- 
quoi les  races  actuelles,  me  dira-t-on,  ne  seraient-elles  pas  des  modifications 
de  ces  races  anciennes  que  l'on  trouve  parmi  les  fossiles,  modifications  qui 
auraient  été  produites  par  les  .circonstances  locales  et  le  changement  de 
climat,  et  portées  à  cette  extrême  différence  par  la  longue  succession  des 
années?  On  peut  répondre  que,  si  les  espèces  ont  changé  par  degré,  on  devrait 
trouver  des  traces  de  ces  modifications  graduelles,  et  que  cela  n'est  point 
arrivé.  Donc,  etc.  (*)•  » 

Sans  multiplier  ces  citations,  qu'il  nous  suffise  de  dire  que  toutes  ces 
affirmations  officielles  de  Cuvier  et  Flourens  sont  aujourd'hui  renversées  de 
fond  en  comble  par  les  progrès  de  la  Science.  Les  révolutions  du  globe  n'ont 
pas  été  a  subites,  instantanées  ».  Les  espèces  n'ont  pas  été  l'objet  d'une 
création  directe  du  Pouvoir  créateur  :  elles  se  tiennent  toutes  comme  les 

{*)  Flourens.  Histoire  des  travaux  de  Cuvier, 

(«)        id.  id.  id.  id. 

(•)        id.  id.  id.  id. 

{*)  Cuvier.  Discours  sur  les  révolutions  du  globe. 


i72  L'ASTRONOMIE. 

anneaux  d'une  chaîne.  On  a  retrouvé  des  espèces  intermédiaires.  Les  causes 
ont  agit  graduellement  et  lentement.  L'espèce  n'est  pas  immuable,  et  même, 
en  fait,  elle  n'existe  pas.  Or,  Guvier,  Flourens  et  leurs  émules  se  sont  obstinés 
à  ne  pas  voir  plus  loin  que  leur  horizon  immédiat.  Pour  quelles  raisons? 
Nous  ne  le  rechercherons  pas.  Mais  la  théorie  naturelle  de  la  transformation 
des  espèces  avait  été  magistralement  posée,  dès  le  commencement  du  siècle, 
par  Lamarck,  et  elle  a  été  éloquemment  défendue  contre  Cuvier  même, 
en  1830,  par  Geoffroy  Saint-Hilaire.  Mais  ces  esprits  sont  restés  volon- 
tairement fermés  à  tout  ce  qui  était  en  dehors  du  cadre  de  leurs  idées  quo- 
tidiennes; ils  se  sont  tenus  surtout  à  la  tête  des  honneurs  et  des  places 
officielles;  Lamarck  est  mort  méconnu  et  abandonné  comme  une  nullité  au 
Muséum  d'histoire  naturelle;  tous  les  partisans  de  la  doctrine  du  transfor- 
misme ont  été  traités  de  rêveurs,  jusqu'au  jour  où  le  naturaliste  indépendant 
Darwin,  reprenant  l'œuvre  de  Lamarck,  la  répandit  sur  le  monde  et  l'imposa. 
Ne  semble-t-il  pas  que,  pour  leur  gloire,  les  négateurs  de  cette  grande  doctrine 
eussent  été  mieux  inspirés  de  voir  un  peu  plus  loin?  S'appeler  Cuvier  et 
fermer  les  yeux,  n'est-ce  pas  là  un  exemple  regrettable? 

Il  y  a  moins  loin  qu'on  ne  le  supposerait  du  raisonnement  de  Cuvier  à 
celui  de  M.  Faye  :  c'est  le  même  principe.  (Il  serait  superflu  de  déclarer  que 
nous  n'établissons  aucun  parallèle  entre  les  caractères  scientifiques  de  notre 
contemporain  et  celui  de  ses  aînés  :  nous  sommes  aux  antipodes  d'une 
pareille  intention).  Mais,  en  principe,  M.  Faye  raisonne  comme  eux  :  il  ne 
veut  rien  admettre  en  dehors  de  l'observation  immédiate,  et  pour  lui  la 
faculté  d'abstraire  et  de  généraliser  semble  lettre  morte. 

Le  pouvoir  amplificateur  des  télescopes  n'ira  jamais  plus  loin  qu'au- 
jourd'hui. On  n'inventera  pas  de  nouvelles  méthodes  d'observation.  On  ne 
verra  «  jamais  »  les  planètes  des  autres  systèmes. 

Huygens,  célèbre  astronome  aussi,  avait  déjà  dit,  en  1655,  après  avoir 
découvert  le  principal  satellite  de  Saturne  :  «  Ce  satellite  est  le  seul,  car, 
comme  il  n'y  a  que  six  planètes  il  ne  doit  exister  que  six  satellites.  »  Depuis, 
on  en  a  découvert  sept  autres  à  Saturne  seul ,  quatre  à  Uranus,  deux  à 
Mars,  etc. 

En  1828,  MM.  Thiers  et  Dupin  ne  déclaraient-ils  pas  que  les  chemins  de 
\  ter  n'avaient  aucun  avenir  et  que  les  locomotives  ne  remplaceraient  jamais 

i  les  diligences,  les  roues  devant  tourner  sur  place  ?»  —  Depuis,  les  chemins 

f  de  fer  ont  transformé  la  face  du  monde. 

(Nous  ne  parlerons  pas  de  la  manière  dont  Napoléon  a  traité  l'invention  de 
Fulton,  Napoléon  n'étant  pas  un  homme  de  sciences.) 

Les  naturalistes  disaient,  il  y  a  vingt  ans  :  «  La  pression  et  l'obscurité  sont 
deux  obstacles  insurmontables  à  l'existence  d'êtres  vivants  à  partir  de  trois 


ir 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIE  DANS  L'UNIVERS.  173 

cents  mètres.  L'Océaa  est  un  désert.  »  —  Depuis,  on  a  trouvé  les  êtres  les 
plus  ravissants  et  les  plus  délicats  à  sept  et  huit  mille  mètres  de  profondeur. 

M.  Faye  écrit  aujourd'hui  :  «  La  Science  de  nos  jours  se  sait  en  possession 
de  méthodes  qui  la  font  pénétrer  à  la  fois  jusqu'aux  derniers  atomes  des 
corps  et  jusqu'aux  dernières  étoiles  du  Ciel.  »  —  Quelle  illusion! 

Il  dit  encore  :  «  On  ne  saurait  croire  que  la  vie  puisse  être  jamais  transmise 
d'un  globe  à  un  autre  par  les  météorites,  qui,  en  entrant  dans  notre  atmos- 
phère, passent  bi'usquement  du  froid  de  l'espace  à  la  plus  vive  incan- 
descence. »  —  Or,  sans  même  prendre  parti  pour  ou  contre  une  telle  hypo- 
thèse, on  peut  répondre  que  cette  incandescence  ne  serait  pas  un  obstacle  à 
la  conservation  de  germes  quelconques,  puisqu'il  n'y  a  que  la  surface  des 
uranolithes  qui  s'échauffe  et  que  l'intérieur  reste  glacé  à  un  tel  point,  qu'on 
s'est  plus  d'une  fois  brûlé  les  doigts  en  touchant  cet  intérieur  mis  à  jour. 

Et  encore  :  «  L'azote,  l'oxygène  et  la  vapeur  d'eau  sont  par  eux-mêmes 
absolument  insuffisants  pour  entretenir  la  vie.  Si  notre  atmosphère  et  nos 
eaux  venaient  à  être  privées  des  faibles  traces  d'acide  carbonique  qu'elles 
contiennent,  la  vie  ne  tarderait  pas  à  disparaître  de  la  surface  de  ce  globe. 
Il  en  serait  encore  de  même  si  la  proportion  de  ce  gaz  dépassait  certaines 
limites  (*).  »  —  Eh  bien,  quoique  notre  atmosphère,  constituée  telle  qu'elle 
est,  soit  le  milieu  normal  des  êtres  qui  y  respirent,  il  y  a,  sur  la  terre  même, 
des  êtres  qui  peuvent  vivre  sans  air,  sans  oxygène  :  ceux-là,  l'oxygène  les 
tue  !  Exemple  le  bacillns  amylobacter. 

«  Il  faut  aussi  un  peu  de  chaux  »  (*).  —  Et  les  êtres  qui  n'en  ont  pas  du 
tout  et  qui  la  remplacent  par  la  silice  ? 

Il  faut  encore  que  tout  soit  juste  dans  les  proportions  terrestres  :  «  L'ana- 
lyse spectrale  montre  que  les  éléments  premiers  des  corps  sont  partout  les 
mêmes;  partout  on  rencontre  les  mômes  affinités,  les  mômes  combinai- 
sons. Mais  ces  éléments  ne  se  retrouvent  pas  partout  dans  les  mêmes  propor- 
tions (').  » 

Il  faut  encore  «  exclure  les  globes  qui,  comme  Saturne,  sont  entourés 
d'anneaux  opaques  dont  l'ombre,  portée  sur  les  régions  les  plus  favorables 
au  développement  de  la  vie,  y  produit  çà  et  là,  périodiquement,  des  éclipses 
continuelles  (*).  » 

Etc.,  etc.  Nous  ne  voulons  pas  fatiguer  le  lecteur  de  citations  trop  multi- 
pliées. Celles  qui  précèdent  sufiisent  amplement  pour  montrer  que,  dans  la 
pensée  de  M.  Faye  le  seul  mode  d'existence  qu'il  accepte  et  qu'il  permette  à 

(')  Annuaire,  1874,  p.  489. 
(*)  Sur  VOrigine  du  Monde,  p.  247. 
(•)  id.      .        id.  p.  248. 

*)  Annuaire,  p.  485 


174  L'ASTRONOMIE. 

la  nature  de  réaliser  est  celui  qui  se  rencontre  actuellement  sur  notre  planète, 
dans  les  conditions  actuellement  connues  de  l'auteur.  Tout  séjour  qui  ne 
ressemble  pas  au  nôtre,  ou,  pour  mieux  dire  encore,  qui  n'est  pas  identique 
au  nôtre,  est  fatalement  condamné  à  la  stérilité  éternelle. 

Dans  cette  opinion,  il  n'y  a,  par  pétition  de  principe  même,  que  la  Terre 
d'habitable.  Ainsi,  dans  notre  système  solaire,  Mars,  avec  ses  saisons,  ses 
eaux,  son  atmosphère,  ses  météores,  ses  continents,  ses  mers,  ressemble 
tant  à  notre  patrie,  que  notre  sévère  juge  ne  peut  guère  s'empocher  de  lui 
permettre  d'être  habité  comme  notre  globe,  mais  ce  n'est  encore  qu'avec  un 
regret  bien  senti  :  «  Encore  faut-il  avouer  que  l'aspect  invariable  de  ses 
continents  rouges,  contrastant  avec  ses  mers  légèrement  verdâtres,  n'est 
guère  favorable  à  l'idée  d'une  vie  organique  largement  développée  à  sa 
surface.  »  On  le  voit,  pour  un  rien,  l'auteur  rejetterait  aussi  ce  petit  Monde 
voisin  dans  le  néant  des  solitudes  infinies,  et  la  Terre  resterait  seule,  comme 
au  temps  de  Ptolémée,  au  milieu  de  l'immensité  déserte  et  vide. 

Eh  bien,  nous  osons  dire  que  la  nature  proteste  tout  entière  contre  cette 
étroite  interprétation  de  ses  forces  et  de  sa  grandeur.  Toutes  les  sciences  or- 
ganiques, la  physiologie,  la  chimie  organique,  la  paléontologie,  la  microgra- 
phie s'unissent  pour  affirmer  que  l'on  est  mal  fondé  à  enfermer  les  puissances 
vitales  dans  le  cadre  minuscule  de  l'observation  immédiate.  Déjà  nous  avons 
rappelé  tout  à  l'heure  l'éloquent  démenti  donné  parles  explorations  sous-ma- 
rines aux  négations  des  naturalistes  à  courte  vue  qui  refusaient  doctorale- 
ment  toute  possibilité  d'existences  dans  les  profondeurs  océaniques.  Nous 
allons  juger  de  la  diversité  de  la  vie  et  de  ses  variations  prodigieuses  dans  le 
cadre  mome  de  la  nature  terrestre. 

{La  suite  prochainement.)  Camille  Flammarion. 


LES  GRANDS  INSTRUMENTS  DE  L'ASTRONOMIE. 

L'INSTRUMENT  MÉRIDIEN  ET  LES  OBSERVATIONS  MÉRIDIENNES 

(Suite.)  (') 

III.  —  Il  nous  reste  à  expliquer  comment  on  peut  se  mettre  à  Tabri  des  erreurs 
qui  tiennent  à  la  marche  imparfaite  de  l'horloge  sidérale.  Remarquons  d'abord 
qu'il  ne  faut  pas  s'exagérer  le  rôle  de  l'horloge  dans  les  observations  méridiennes; 
ce  serait  une  grave  illusion  que  de  voir  dans  l'horloge  un  instrument  pouvant  se 
suffire  à  lui  seul,  et  capable  de  donner  en  tout  temps  l'heure  sidérale  dès  qu'il 
aurait  été  bien  réglé  une  fois  pour  toutes. 

Sans  aborder  ici  les  difficiles  questions  philosophiques  que  soulèvent  la  mesure 

(')  Voir  l'Astronomie,  T.  IV,  N-  4  (Avril  1885),  p.  138  et  seq. 


LES  GRANDS  INSTRUMENTS  DE  L'ASTRONOMIE.  175 

du  temps  et  le  choix  de  Tunité,  nous  nous  bornerons  à  rappeler  que,  d'un  accord 
unanime,  les  astronomes  ont  adopté  pour  unité  de  temps  le  jour  sidéral,  c'est- 
à-dire  le  temps  que  met  la  Terre  à  faire  une  rotation  complète  autour  de  son  axe. 
Au  point  de  vue  de  Tobseryation,  c'est  le  temps  qui  s'écoule  entre  deux  retours 
consécutifs  d'une  même  étoile  dans  le  plan  méridien.  On  voit  déjà  que  l'horloge 
devra  être  réglée  d'après  les  observations,  de  sorte  qu'en  dernière  analyse,  c'est 
dans  le  Ciel,  et  non  sur  le  cadran  qu'il  faut  aller  chercher  les  indications  fonda- 
mentales propres  à  la  mesure  du  temps.  L'horloge  ne  sert  que  d'intermédiaire; 
elle  joue  simplement  le  rôle  d'un  garde-temps.  Si  du  moins  on  en  pouvait  réaliser 
une  assez  parfaite  pour  que  les  battements  du  pendule  fussent  rigoureusement 
isochrones  pendant  seulement  un  jour  sidéral,  les  observations  méridiennes 
seraient  singulièrement  simplifiées,  et  les  indications  du  cadran  suffiraient  à  la 
mesure  des  ascensions  droites  des  astres,  saujs  qu'il  soit  nécessaire  de  connaître 
au  préalable  les  ascensions  droites  d'un  certain  nombre  d'étoiles  fondamentales. 
On  pourrait,  en  effet,  observer  à  la  lunette  méridienne,  à  24*»  d'intervalle,  deux 
passages  successifs  d'une  même  étoile  dans  le  plan  méridien,  et  noter  les  heures 
correspondantes  indiquées  par  la  pendule.  On  devrait  retrouver  exactement  la 
même  minute  et  la  même  seconde;  mais  comme  un  réglage  rigoureux  est  impos- 
sible, il  y  aura  toujours  une  petite  différence;  supposons  que,  lors  de  la  seconde 
observation,  on  trouve  ls3  en  plus  que  lors  de  la  première.  On  en  conclura  que 
le  mouvement  de  la  pendule  est  un  peu  trop  rapide  et  qu'en  une  période  de  24»>  le 
mouvement  des  aiguilles  indique  24^0'»  1*,  3.  Dès  lors,  une  simple  règle  de  trois 
permettrait  de  déterminer  avec  exactitude  le  temps  qui  s'est  écoulé  entre  deux 
époques  relevées  avec  soin  sur  l'horloge,  et  par  suite  entre  les  passages  au  méri- 
dien de  deux  étoiles  quelconques.  On  pourrait  ainsi  connaître  les  différences 
d'ascensions  droites  de  toutes  les  étoiles  observées,  et  il  ne  resterait  plus  qu'à 
déterminer  l'heure  indiquée  par  l'horloge  au  moment  où  le  cercle  horaire  choisi 
pour  origine  viendrait  à  coïncider  avec  le  plan  méridien,  pour  en  déduire  les 
ascensions  droites  de  toutes  les  étoiles  observées. 

Malheureusement,  trop  de  causes  diverses  influent  sur  la  marche  des  meilleures 
pendules  pour  qu'il  soit  possible  de  compter  sur  la  régularité  absolue  de  leur  mou- 
vement, même  pendant  une  courte  période  de  24»».  Il  est  bien  évident  qu'on  s'at- 
tachera à  atténuer  autant  que  possible  l'effet  de  ces  causes  d'erreurs,  parmi  les- 
quelles il  faut  citer  en  première  ligne  les  variations  de  la  température  et  de  la 
pression  atmosphérique.  Les  variations  de  la  température  produisent  des  dilata- 
tions et  des  contractions  qui  modifient  la  longueur  du  pendule  et  par  suite  la 
durée  de  ses  oscillations  ;  les  variations  de  la  pression  et  de  l'état  hygrométrique 
ont  pour  effet  de  modifier  la  poussée  de  l'air  et,  par  conséquent,  le  poids  appa- 
rent du  pendule,  d'où  résultent  encore  des  inégalités  dans  la  durée  des  oscil- 
lations. On  remédie  à  ces  inconvénients  en  compensant  le  mieux  qu'on  peut  la 
tige  du  balancier,  à  Taide  de  tringles  en  métaux  inégalement  dilatables,  disposées 
de  manière  que  le  pendule  conserve  la  même  longueur  malgré  les  variations  de 
la  température.  De  plus,  on  place  l'horloge  dans  une  cave  assez  profonde  pour 


170  1/ASTKONOMIE. 

que  la  température  y  reste  constante  pendant  toute  la  durée  de  Tannée,  et  on 
renferme  dans  une  caisse  de  tôle  épaisse  hermétiquement  fermée,  afin  de  la  sous- 
traire aux  variations  de  pression.  Enfin  on  introduit  dans  cette  caisse  une  sub- 
stance hygrométrique  qui  absorbe  de  la  vapeur  d'eau  quand  celle-ci  est  en  excès 
et  qui  en  abandonne  quand  l'atmosphère  environnante  est  trop  sèche.  On  avait 
d'abord  songé  à  employer  une  substance  desséchante,  comme  le  chlorure  de  cal- 
cium, l'acide  phosphorique  anhydre  ou  la  pierre  ponce  imbibée  d'acide  sulfurique, 
qui  absorbent  complètement  la  vapeur  d'eau  contenue  dans  une  enceinte  fermée; 
mais  on  a  reconnu  que,  soit  à  cause  d'unépaississement  trop  rapide  des  huiles, 
soit  pour  toute  autre  raison,  les  rouages  ne  pouvaient  fonctionner  et  s'arrêtaient 
fatalement  dans  un  air  absolument  sec.  Par  des  communications  électriques  l'hor- 
loge ainsi  renfermée  commande  tous  les  compteurs  de  l'Observatoire. 

Malgré  toutes  ces  précautions,  le  mouvement  de  l'horloge  ne  présente  pas  encore 
une  régularité  suffisante  pour  que  l'on  puisse  compter  sur  ses  seules  indications 
pendant  la  période  de  24^  qui  serait  nécessaire  à  Tapplication  de  la  méthode  qui 
vient  d'être  décrite.  Il  n'y  a  pas  lieu  de  s'en  étonner,  dès  que  l'on  songe  que  les 
observations  doivent  être  faites  avec  une  précision  d'au  moins  un  dixième  de 
seconde.  On  est  alors  obligé  de  contrôler  la  marche  de  la  pendule  pendant  la 
durée  même  des  observations,  et  c'est  ici  qu'intervient  le  rôle  des  étoiles  fonda- 
mentales qui  servent  précisément  à  ce  contrôle.  On  observe  un  certain  nombre 
de  ces  étoiles  en  même  temps  que  celles  dont  on  veut  déterminer  la  position,  et 
c'est  l'observation  de  ces  étoiles  fondamentales  qui  fait  connaître  la  correction  et 
la  marche  de  l'horloge,  de  sorte  qu'en  définitive  on  ne  peut  déterminer  autre 
chose  que  les  différences  entre  les  ascensions  droites  des  étoiles  inconnues  et 
celles  des  étoiles  fondamentales.  On  ne  fait  donc  que  des  observations  différen- 
tielles, comme  nous  l'avons  annoncé  dans  notre  précédent  article.  Voici  du  reste 
le  procédé  généralement  suivi  ;  une  série  d'observations  dure  de  trois  à  quatre 
heures,  pendant  lesquelles  on  peut  compter  sur  la  marche  régulière  de  l'horloge. 
On  observera  au  début  et  à  la  fin  de  la  série  quatre  ou  cinq  étoiles  fondamentales 
dont  l'ascension  droite  bien  connue  est  donnée  dans  la  Connaissance  des  Temps 
pour  tous  les  jours  de  l'année.  La  différence  entre  l'ascension  droite  d'une  de  ces 
étoiles  et  l'heure  indiquée  par  l'horloge  au  moment  de  l'observation  fait  connaître 
la  correction  qu'il  faut  appliquer  à  ce  moment  aux  indications  de  la  pendule. 
On  fera  la  moyenne  de  ces  différences  pour  les  quatre  étoiles  du  début,  et  la 
moyenne  pour  les  quatre  étoiles  de  la  fin.  Le  plus  souvent,  ces  deux  moyennes  ne 
seront  pas  identiques  et  leur  différence  montrera  si  la  pendule  marche  trop  vite 
ou  trop  lentement.  Il  ne  restera  plus  qu'à  répartir  cette  différence  proportionnel- 
lement au  temps  pour  trouver  la  correction  qu'il  faut  appliquer  à  chacune  des 
observations  de  la  série.  8i  la  série  d'observations  se  prolongeait  plus  longtemps, 
il  faudrait  la  fractionner  en  plusieurs  parties  de  trois  à  quatre  heures  comportant 
chacune  les  observations  de  quatre  ou  cinq  étoiles  fondamentales  au  début  et  à 
la  fin,  et  que  l'on  réduirait  séparément  ensuite. 

On  voit  d'après  ce  qui  précède  que  les  calculs  multiples  que  nécessite  la  cor- 


LES  GRANDS  INSTRUMENTS  DE  L'ASTRONOMIE.  177 

rection,  ou,  pour  employer  le  mot  consacré,  la  réduction  des  observations,  ne  lais- 
sent pas  que  d'être  assez  pénibles  :  ils  exigent  un  temps  qui  dépasse  de  beaucoup 
celui  des  observations.  Cependant  les  réductions  des  observations  d'ascension 
droite  sont  rapides  et  commodes  quand  on  les  compare  à  celles  des  observations 
de  déclinaison  dont  il  nous  reste  à  parler. 

La  détermination  de  la  déclinaison  d'une  étoile  se  fait  au  moyen  d'un  cercle 
divisé,  installé  dans  le  plan  méridien  et  fixé  à  une  lunette  dont  le  réticule  porte 
un  fil  horizontal.  Le  tout  forme  un  système  mobile  autour  d'un  axe  horizontal 
perpendiculaire  au  plan  du  méridien.  En  face  du  cercle  divisé  se  trouve  un  index 
immobile  fixé  au  pilier  de  pierre  qui  supporte  tout  l'appareil.  Une  pince  avec  vis 
de  pression  permet  de  fixer  le  cercle  dans  une  position  invariable,  et  une  vis  de 
rappel  peut  lui  imprimer  un  mouvement  très  lent.  Pour  observer  une  étoile,  on 
cale  le  cercle  à  l'aide  de  la  pince  dès  que  l'on  voit  l'étoile  arriver  dans  le  champ 
de  la  lunette,  puis,  en  agissant  sur  la  vis  de  rappel,  on  amène  l'étoile  à  être  bis- 
sectée  par  le  fil  horizontal  au  moment  où  elle  se  trouve  au  milieu  du  champ.  La 
lecture  de  la  division  du  cercle  qui  se  trouve  en  face  de  Tindex  fixe  définit  com- 
plètement la  direction  du  rayon  visuel  de  l'étoile.  Si  le  pôle  du  ciel  était  visible 
dans  le  ciel  et  pouvait  être  observé  comme  une  étoile  ordinaire,  on  pourrait  de 
la  même  manière  déterminer  la  division  du  cercle  qui  se  trouve  sous  Tindex 
quand  l'axe  optique  est  dirigé  vers  le  pôle,  et  la  différence  des  deux  lectures 
ferait  immédiatement  connaître  la  distance  angulaire  de  l'étoile  au  pôle;  d'où  Ton 
déduirait  facilement  la  déclinaison,  c'est-à-dire,  la  distance  à  Téquateur.  On 
comprend  que  l'observation  ne  puisse  pas  être  aussi  simple  puisque  le  pôle  du 
ciel  est  naturellement  invisible.  La  véritable  difficulté  du  problème  consiste  à 
déterminer  avec  le  plus  de  précision  possible  la  division  du  cercle  qui  corres- 
pond au  pôle.  L'observation  d'une  étoile  fondamentale  en  donnera  immédiatement 
la  solution  :  puisque  la  déclinaison  de  cette  étoile  est  connue,  sa  distance  au  pôle 
l'est  également;  il  suffira  de  pointer  cette  étoile  et  de  lire  la  division  qui  se 
trouve  en  face  de  l'index.  Comme  les  divisions  du  cercle  vont  en  croissant  quand 
on  le  fait  tourner  du  pôle  vers  l'équateur,  on  comprend  qu'en  retranchant  de 
cette  lecture  la  distance  polaire  de  l'étoile  on  pourra  calculer  la  lecture  qu'où 
aurait  obtenue  si  l'instrument  avait  pu  être  directement  dirigé  vers  le  pôle.  Pour 
augmenter  la  précision,  on  observera  plusieurs  étoiles  fondamentales  au  lieu 
d'une  seule,  et  l'on  prendra  la  moyenne  des  résultats  qu'elles  fournissent  isolé- 
ment. On  pourra  juger  de  la  qualité  des  observations  de  la  série  par  Taccord 
plus  ou  moins  grand  de  tous  ces  résultats.  Maïs  on  voit  clairement  que,  par  ce 
procédé,  on  ne  détermine,  en  fait,  que  les  différences  entre  les  déclinaisons  des 
étoiles  observées  et  celles  des  étoiles  fondamentales. 

Les  erreurs  auxquelles  on  est  exposé  dans  ce  genre  d'observations  sont  de 
quatre  espèces  : 

1®  Celles  qui  tiennent  à  l'imperfection  du  pointé.  Il  n'est  pas  aussi  facile  qu'on 
peut  le  croire  d'amener  une  étoile  à  être  bissectée  par  un  fil,  surtout  lorsque, 


178  L'ASTRONOMIE. 

Tatmosphère  n'étant  pas  très  calme,  l'image  de  l'étoile  parait  animée  de  petits 
mouvements  irréguliers  dus  à  la  marche  irrégulière  et  changeante  des  rayons 
lumineux  à  travers  des  couches  d'air  d'inégale  densité,  dont  la  disposition  varie 
incessamment.  Deux  observateurs  différents  n'effectuent  pas  le  pointé  de  la  même 
manière,  de  sorte  qu'il  est  indispensable  de  ne  jamais  réunir  en  une  seule  série 
les  observations  de  plusieurs  observateurs. 

2»  Les  erreurs  tenant  à  ce  que  le  pointé  aurait  été  foit  un  peu  avant  ou  après 
le  passage  de  l'étoile  au  méridien;  on  trouverait  alors  une  distance  polaire  trop 
grande.  L'observateur  doit  donc  connaître  quelle  est  la  position  du  champ  de  la 
lunette  qui  correspond  bien  au  plan  méridien  :  ce  n'est  pas  toujours  le  milieu. 
Lorsque  le  cercle  divisé  est  fixé  à  la  lunette  méridienne  elle-même,  c'est  le  même 
observateur  qui  fait  les  deux  genres  d'observations.  Dans  la  lunette  méridienne, 
toujours  réglée  avec  soin,  la  position  du  méridien  est  facile  à  connaître.  Lorsque 
les  deux  instruments  sont  séparés,  il  y  a  toujours  un  observateur  à  chacun  d'eux, 
et  la  lunette  du  cercle  mural  est  toujours  beaucoup  moins  bien  réglée  que  celle 
qui  ne  sert  qu'aux  observations  de  passage.  Aussi,  l'observateur  d'ascension  droite 
indique  à  son  aide  le  passage  de  l'étoile  dans  la  région  qui  correspond  au  méri- 
dien, en  comptant  à  ce  moment  la  seconde  à  haute  voix.  Du  reste,  les  observations 
faites  en  dehors  du  méridien  ne  sont  pas  nécessairement  perdues;  elles 
peuvent  être  utilisées  moyennant  correction,  si  l'on  a  noté  l'instant  du  pointé,  car 
on  connaîtra  d'après  cette  indication  combien  de  secondes  en  avance  ou  en 
retard  le  pointé  aura  été  fait,  ce  qui  permettra  de  calculer  l'erreur  commise,  à 
l'aide  de  procédés  qu'il  ne  nous  est  pas  possible  de  décrire. 

3^  Les  erreurs  dues  à  la  réfraction  des  rayons  de  lumière  dans  son  passage  à 
travers  l'atmosphère.  Cette  question  de  la  réfraction  est  d'une  importance  consi- 
dérable. Au  point  de  vue  théorique,  elle  présente  des  difficultés  insurmontables, 
car  il  faudrait  connaître  la  loi  suivant  laquelle  varie  la  densité  de  l'air  avec  1  alti- 
tude pour  pouvoir  calculer  la  déviation  des  rayons  lumineux.  Heureusement, 
toutes  les  lois  que  Ton  peut  raisonnablement  imaginer  conduisent  à  des  conclu- 
sions à  peu  près  identiques  tant  que  les  astres  observés  sont  à  plus  de  20  à25ode 
hauteur  au-dessus  de  Thorizon.  On  a  pu  construire  des  tables  qui  font  connaître  la 
déviation  des  rayons  de  lumière  quand  on  connaît  la  hauteur  de  l'étoile,  ainsi  que  la 
température  et  la  pression  barométrique  dans  le  voisinage  du  sol.  Ces  tables  per- 
mettent de  corriger  les  observations  des  effets  de  la  réfraction,  mais  il  faut  noter  la 
température  et  la  hauteur  du  baromètre  tous  les  quarts  d'heure  environ  pendant  la 
durée  des  observations.  Il  importe  aussi  que  la  température  de  la  salle  d'observation 
soit  la  même  qu'à  l'extérieur,  afin  que  les  rayons  ne  subissent  pas  une  réfraction 
particulière  dans  le  tube  même  de  la  lunette.  Il  faudra  donc  ouvrir  largement  les 
trappes  et  les  fenêtres  quelque  temps  avant  de  commencer  les  observations.  Enfin, 
il  faudra  s'abstenir  d'observer  des  astres  trop  près  de  l'horizon.  On  admet  que  les 
couches  d'air  d'égale  densité  sont  disposées  horizontalement  les  unes  au-dessus 
des  autres,  de  manière  que  la  réfraction  ne  peut  dévier  les  rayons  que  dans  le 
plan  vertical.  Mais  cette  hypothèse,  très  légitime  pendant  les  temps  calmes,  ne 


LES  GRANDS  INSTRUMENTS  DE  L'ASTRONOMIE. 

Fig.  07. 


179 


Instrument  méridien  donné  par  M.  BischoCTsheim  à  TObservatoire  de  Paris 


180  L'ASTRONOMIE. 

peut  plus  guère  être  acceptée  pendant  les  nuits  de  grand  vent;  alors  il  peut  se 
produire  des  réfractions  latérales  qui  dévient  les  images  à  droite,  et  à  gauche  et 
affectent  par  conséquent  les  observations  d'ascension  droite,  ce  que  ne  peut  faire 
en  aucune  façon  la  réfraction  normale.  Il  est  impossible,  faute  de  données,  de 
tenir  compte  de  ces  réfractions  anormales.  On  ne  peut  que  se  borner  à 
suspecter  les  observations  effectuées  pendant  une  grande  agitation  de  Tatmo- 
sphère. 

40  Les  erreurs  qui  tiennent  à  l'installation  même  de  Finstrument.  On  s'attache 
évidemment  à  les  diminuer  le  plus  possible,  et  le  détail  des  dispositions  adoptées 
à  cet  eflfet  nous  conduit  naturellement  à  la  description  de  l'instrument.  Nous 
allons  décrire  celui  qui  a  été  donné  à  l'Observatoire  de  Paris  par  M.  Bischoffsheim, 
dont  nous  avons  déjà  parlé  dans  notre  précédent  article,  et  qui  est  représenté 
(fig,  67).  Mais  auparavant,  il  importe  de  dire  quelques  mots  des  microscopes  qui 
servent  d'index  fixes  pour  relever  la  position  du  cercle. 

Nous  avons  raisonné  dans  ce  qui  précède  comme  si  l'instrument  était  muni 
d'un  simple  index  en  face  duquel  viendraient  successivement  se  placer,  dans  le 
mouvement  de  rotation  de  l'instrument,  toutes  les  divisions  du  cercle.  Il  est  bieu 
évident  qu'une  pareille  disposition  serait  tout  à  fait  insuffisante.  Le  cercle  eu 
cuivre  est  divisé  sur  sa  face  plate  de  cinq  minutes  en  cinq  minutes.  Un  micro- 
scope fixé  au  pilier  de  marbre  que  l'on  voit  sur  la  gauche  du  dessin  porte  un  fil 
horizontal  dans  son  plan  focal,  et  représente  un  premier  index  ûxe.  Il  permet  de 
lire  la  dernière  division  du  cercle  qui  a  passé  derrière  ce  fil,  et  donne  par  consé- 
quent le  degré  et  les  cinq  minutes.  Pour  apprécier  les  minutes  elles-mêmes  et 
les  secondes,  on  emploie  un  autre  microscope  d'un  pouvoir  grossissant  plus  con- 
sidérable et  dont  le  réticule  est  formé  de  deux  fils  horizontaux  parallèles  fixés  à 
un  cadre  mobile  à  l'aide  d'une  vis  micrométrique.  Deux  traits  du  cercle  sont  tou- 
jours visibles  à  la  fois  dans  le  champ  du  microscope,  et  Ton  peut,  en  faisant  tour- 
ner la  vis,  amener  les  deux  fils  parallèles  dans  une  position  telle  que  l'un  de  ces 
traits  paraisse  entre  les  deux  fils  à  égale  distance  :  c'est  ce  qu'on  appelle  faire  le 
pointé  d'un  trait.  Le  pas  de  la  vis  est  calculé  de  telle  sorte  qu'il  faut  lui  faire  faire 
cinq  tours  complets  pour  amener  les  fils  d'un  trait  sur  le  suivant.  Il  s'ensuit 
que  chaque  tour  de  la  vis  correspond  à  une  minute.  Un  tambour  Û-Lé  à  cette  vis 
et  divisé  en  60  parties  égales  tourne  devant  un  index  ûxe.  Chaque  division  du 
tambour  correspond  donc  à  une  seconde,  et  comme  on  peut  apprécier  à  l'oeil  les 
dixièmes  d'une  division,  on  voit  que  les  observations  peuvent  se  faire  au  dixième 
de  seconde.  Un  peigne  en  cuivre  placé  sur  le  côté,  dans  le  plan  focal  du  micro- 
scope, et  découpé  de  manière  que  l'écartement  de  deux  dents  consécutives  corres- 
ponde à  un  tour  de  la  vis,  permet  de  compter  les  tours.  Il  suffira  donc  de  pointer 
le  trait  du  cercle  et  de  noter  le  nombre  de  tours  et  la  fraction  de  tour  de  la  vis 
micrométrique,  comptés  à  partir  de  sa  position  normale,  pour  obtenir  le  terme 
complémentaire  à  ajouter  à  la  lecture  de  l'index.  Au  lieu  d'un  seul  microscope,  on 
en  dispose  six  symétriquement  tout  autour  du  cercle  divisé;  on  augmente  ainsi 
la  précision  des  lectures  et  surtout  on  fait  disparaître,  ou  tout  au  moins  on  atté- 


LES  GRANDS  INSTRUMENTS  DE  L'ASTRONOMIE.  181 

nue  considérablement,  les  erreurs  tenant  à  un  défaut  de  centrage,  à  la  flexion  et 
aux  déformations  du  cercle.  Ces  six  microscopes  doivent  être  lus  à  chaque  obser- 
vation, et  c'est  la  moyenne  de  leurs  indications  qu'il  faut  ajouter  au  numéro  de  la 
division  notée  derrière  l'index  fixe. 

Il  y  a  ainsi  sept  microscopes  disposés  en  rond,  tout  autour  du  cercle  divisé  et 
fixés  à  une  pièce  circulaire  de  fonte;  ils  sont  visibles  sur  la  gauche  de  notre  gra- 
vure, en  dehors  du  pilier  de  marbre  qui  supporte  instrument.  Le  cercle  divisé 
est  à  rintérieur  de  ce  pilier,  et  le  marbre  est  percé  de  trous  qui  permettent 
d'apercevoir  les  divisions  à  l'aide  des  microscopes  inférieurs.  Le  tourillon  de  la 
lunette  est  percé  pour  recevoir  la  lumière  d'un  bec  de  gaz  qui  pénètre  ainsi 
dans  l'intérieur  de  la  lunette^  se  réfléchit  sur  un  appareil  spécial  placé  dans 
le  cube  et  vient  éclairer  les  fils  du  réticule,  Tout  autour  de  ce  tourillon,  de  petits 
prismes  à  réflexion  totale  renvoient  la  lunoière  du  même  bec  de  gaz  sur  les  régions 
visées  par  les  microscopes. 

L'instrument  étant  retournable,  le  cercle  divisé  peut  se  trouver  tantôt  à  l'Ouest, 
tantôt  à  l'Est  de  la  lunette.  Il  aurait  donc  fallu  installer  sur  le  pilier  occidental 
des  microscopes  et  un  appareil  d'éclairage  semblables  à  ceux  du  pilier  oriental. 
On  a  préféré  construire  deux  cercles  divisés,  un  de  chaque  côté  de  la  lunette, 
de  manière  que,  dans  chaque  position,  il  y  en  a  toujours  un  en  face  des 
microscopes.  Deux  autres  cercles  se  trouvent  encore  à.  l'intérieur  des  deux  pre- 
miers. Ils  sont  divisés  plus  grossièrement  sur  la  tranche  convexe  et  servent  à 
l'observateur  d'ascension  droite  à  placer  d'avance  la  lunette  à  la  hauteur  conve- 
nable pour  que  l'étoile  apparaisse  dans  le  champ.  Il  y  eu  a  deux,  pour  que,  dans 
chaque  position,  il  s'en  trouve  toujours  un  en  face  du  microscope  spécial  servant 
d'index  et  placé  à  portée  de  l'observateur,  sur  sa  gauche.  C'est  ce  cercle  qui  se 
trouve  serré  par  la  vis  de  pression  quand  on  veut  caler  l'instrument.  Cinq  ou  six 
manettes  en  bois  qui  servent  à  manœuvrer  les  vis  de  pression  ou  de  rappel  pen- 
dent entre  les  piliers,  de  manière  que  l'observateur  en  ait  toujours  une  à  sa  por- 
tée, quelle  que  soit  sa  position.  Une  autre  manette  lui  sert  à  ouvrir  plus  ou  moins 
l'orifice  qui  donne  accès  à  la  lumière  dans  l'intérieur  de  la  lunette,  afin  de  modi- 
fier à  son  gré  l'éclairage  du  champ.  Enfin  de  nombreuses  poignées  rendent  très 
commode  la  manœuvre  de  l'instrument  quand  on  veut  lui  imprimer  de  grands 
mouvements. 

On  peut  encore  voir  sur  notre  gravure  le  niveau  placé  au-dessus  de  la  lunette 
et  qu'on  manœuvre  à  l'aide  d'un  petit  treuil  visible  sur  la  droite,  et  l'appareil  qui 
sert  au  retournement.  Ce  dernier  se  compose  d'un  plateau  qu'on  peut  soulever  à 
l'aide  d'une  vis  actionnée  par  une  manivelle,  et  qui  peut  tourner  autour  d'un  axe 
vertical.  Pour  faire  l'opération,  on  fait  glisser  cet  appareil  sur  ses  rails,  de  manière 
à  l'amener  au-dessous  du  cube  de  la  lunette  placée  horizontalement;  puis,  les 
coussinets  ayant  été  débarrassés  de  leurs  couvercles,  on  soulève  le  plateau,  qui 
bientôt  rencontre  la  lunette  et  la  soulève  également.  Lorsque  les  tourillons  sont 
dégagés,  on  fait  glisser  de  nouveau  le  tout  sur  les  rails  de  manière  à  faire  sortir 
l'instrument  d'entre  les  piliers;  puis  on  lui  fait  faire  un  demi-tour  autour  de  Taxe 


182  L^ASTRONOMIE. 

vertical  ;  après  quoi  on  ramène  tout  le  système  entre  les  piliers  ;  on  fait  descendre 
lentement  la  lunette  dont  les  tourillons  viennent  se  replacer  dans  les  coussinets; 
le  plateau  continue  à  descendre  seul,  et  quand  il  est  suffisamment  éloigné  de  la 
lunette,  on  fait  reculer  l'appareil  et  l'on  recouvre  les  tourillons.  11  faut  opérer 
avec  beaucoup  de  soin  et  de  délicatesse  pour  éviter  les  chocs. 

Grâce  aux  dispositions  adoptées,  un  seul  observateur  peut  suffire  à  toutes  les 
déterminations;  mais  le  plus  souvent,  pour  la  commodité  et  la  rapidité  des 
mesures,  l'astronome  qui  observe  les  ascensions  droites  et  effectue  les  pointés  en 
déclinaison  est  aidé  par  un  assistant  qui  lit  les  microscopes.  Afin  de  lui  laisser 
plus  de  temps  pour  cette  lecture,  on  immobilise  l'instrument  dès  le  début  de 
l'observation  et  l'on  effectue  le  pointé  en  déclinaison  à  l'aide  d'un  fil  horizontal 
fixé  dans  yn  cadre  mobile  à  l'aide  d'une  vis  microméf rique  ;  la  valeur  du  tour  de 
cette  vis  a  été  déterminée  une  fois  pour  toutes  ;  elle  est  à  très  peu  près  d'une 
minute  et  le  tambour  est  divisé  en  60  parties  égales  qui  donnent  les  secondes  et 
les  fractions  de  secondes.  La  lecture  de  cette  vis  micrométrique,  corrigée  d'après 
la  valeur  du  tour,  doit  être  ajoutée  à  la  moyenne  des  lectures  des  microscopes. 
L'observation  de  passage  se  fait  généralement  à  six  fils  disposés  symétriquement 
par  rapport  au  plan  méridien.  Pendant  que  l'étoile  traverse  l'intervalle  compris 
entre  les  deux  fils  du  milieu,  un  observateur  exercé  a  le  temps  d'effectuer  deux 
ou  trois  pointés  avec  le  fil  mobile  horizontal  et  d'inscrire  les  indications  corres- 
pondantes du  tambour. 

En  résumé,  on  voit  que  les  observations  méridiennes  comportent  un  grand 
nombre  d'opérations  diverses  et  délicates,  sans  compter  les  calculs  de  réductions 
qui  doivent  les  suivre.  Pour  en  finir  avec  les  déterminations  des  déclinaisons, 
disons  que  les  tours  de  vis  des  microscopes  ne  valent  pas  exactement  une  minute, 
comme  nous  l'avions  supposé  pour  simplifier  l'explication;  leur  valeur  est  même 
essentiellement  variable,  car  les  moindres  influences  modifient  la  distance  du 
cercle  aux  microscopes  et  par  suite  la  grandeur  des  images  fournies  par  ceux-ci. 
Aussi  doit-on  déterminer  la  valeur  de  ces  tours  de  vis  au  commencement  et  à  la 
fin  de  chaque  série  d'observations,  ce  qui  se  fait  en  pointant  deux  traits  successifs, 
car  on  obtient  ainsi  le  nombre  de  tours  et  la  fraction  de  tour  correspondant  à 
cinq  minutes.  Enfin  la  division  du  cercle  n'est  pas  parfaite.  L'étude  de  ce  cercle 
a  été  faite  avec  le  plus  grand  soin,  par  des  procédés  qu'il  nous  est  impossible  de 
détailler,  et  qui  ont  exigé  plusieurs  mois  de  travail.  On  a  pu  dresser  de  la  sorte 
une  table  contenant  la  correction  qu'il  faut  appliquer  à  l'observation  d'après  le 
trait  qui  a  été  lu  sous  l'index.  On  comprendra  facilement  combien  sont  longues 
les  réductions  d'observations  de  distance  polaire,  quand  on  se  rappellera  le 
nombre  de  moyennes  et  de  corrections  qu'il  faut  calculer  pour  éliminer  l'infiuence 
de  toutes  les  causes  d'erreur  que  nous  venons  de  passer  en  revue. 

Il  ne  nous  resterait  plus  maintenant  qu'à  expliquer  comment  on  a  pu  déterminer 
avec  précision  la  position  des  étoiles  fondamentales.  Ce  sera  le  sujet  d'un  prochain 
article.  Philippe  Gérigny. 


STATISTIQUE  DES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 

STATISTIQUE  DES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


183 


Nous  publions  ici  notre  liste  annuelle  des  tremblements  de  terre.  L'appel  que 
nous  avions  fait  Tannée  dernière  à  nos  lecteurs  a  été  entendu,  et  c'est  grâce  à 
leur  concours  effectif  que  nous  avons  pu  avoir  des  renseignements  de  toutes  les 
parties  du  globe.  Nous  remercions  donc  tous  ces  zélés  collaborateurs,  notamment 
MM.  Trouvelot,  à  Meudon,  Belly,  à  Valparaiso,  Mavrogordato,  à  Constantinople, 
Towne,  à  Sens,  Mayer,  à  Mulhouse,  général  de  Nansouty,  Créoncides  de  Castro, 
Bruguière  et  Lihou,  à  Marseille,  Belmonte,  à  Carthagène,  Vallaure,  à  Linarès, 
Leyba,  à  Coro,  Stoel,  à  IJarlem,  dont  nous  avons  utilisé  les  documents  fort  utiles 
et  même  indispensables  dans  une  œuvre  de  statistique  comme  celle-ci. 

Tous  les  lecteurs  sentiront  qu'il  s'agit  ici  d'une  question  d'intérêt  général  et 
savent  d'avance  qu'ils  nous  rendront  le  plus  grand  service  en  nous  faisant  part  de 
toutes  les  observations  de  ce  genre  qui  arriveraient  à  leur  connaissance. 

TREMBLEMENTS  DE  TERRE  RESSENTIS.  EN  1884 


Dates. 

Heures. 

LocaUtés. 

Observations. 

1884 

t  Janv. 

e'^lS-  matin. 

Bucharest. 

l  chocs  N.-S.  précédés  de  bruits  souterrains. 

2     » 

3^10-  matin. 

Valparaiso. 

Une  forte  secousse  avec  bruit  souterrain. 

4      » 

Sadickli  (Anatolie). 

Un  choc  occasionnant  divers  dégâts. 

5      )) 

3"»  soir. 

Valparaiso. 

Longue  secousse. 

7      » 

3^8""  matin. 

id. 

3  secousses  distinctes,  durant  chacune 
quelques  secondes;  mer  tranquille. 

7      » 

8^18-  soir. 

id. 

Secousse  assez  forte  mais  de  courte  durée. 

12          D 

Fjinguaglossa  et  Gastiglionc. 

Forte  secousse.  —  Chocs  du  10  au  14. 

14      » 

7'» 30"  matin. 

• 

Montevideo. 

Bruit  sourd.  —  La  mer  se  retire  et  revient 
en  engloutissant  50  personnes  sur  la  plage. 

16      » 

3^50-  matin. 

Archena  (Espagne). 

11  chocs  jusqu'à  6^  du  matin. 

16      » 

Murcie. 

Secousses  à  Alcantarilla  et  Bemsgan. 

23      » 

Constantinople.  • 

Chocs  dans  le  district  de  Kalah-Jik  (prov. 

de  Gostamboul),  de  nombreux  chocs  ont  été 

ressentis  dans  cette  quinzaine,  quelques 

minarets  ont  été  renversés. 

25      » 

7»»24-  soir. 

San-Francisco. 

Ondulations  de  3'  d'amplitude  notées  à 
l'Observatoire  et  durant  20  minutes. 

27      » 

Grenade. 

Léger  tremblement  de  terre. 

5  Fév. 

3^  matin. 

Valparaiso. 

Une  forte  secousse. 

7      » 

O^SO-  matin. 

id. 

Assez  forte  secousse. 

9      » 

0»'3O-  matin. 

id. 

Forte  secousse. 

10      1) 

Boivari  (Billis,  Turquie). 

Choc  violent  —  maisons  détruites. 

14      » 

3'' 30-  matin. 

Valparaiso. 

Une  forte  secousse. 

18      )> 

Angora. 

Une  secousse,  aucun  dégât. 

18         9 

Alger. 

Tremblement  de  terre  dans  le  département. 

19      » 

Angora. 

Une  secousse. 

29      » 

4^  matin. 

Ghio,  Tschesmé,  Voula. 

Choc  violent. 

3  Mars. 

a^'Sô-  matin. 

1                  Valparaiso. 

Une  forte  secousse. 

184 


L'ASTRONOMIE. 


Dates. 

Heares. 

Localités. 

Observations. 

3  Mars. 

soir. 

Potenza. 

Une  forte  secousse. 

13      » 

10''30-  matin. 

Carthagène,  Alicante,  Murcie. 

Secousse,  direction  S.-E.  —  N.-O. 

13      » 

11''25-  soir. 

Valparaiso. 

Une  forte  secousse. 
La  secousse  a  été  forte  à  Alicante. 

14      » 

4"»  matin. 

Constantinople. 

Forte  secousse,  bruit  souterrain. 

14      » 

11"»  soir. 

Valparaiso. 

Forte  secousse. 

18      » 

matin. 

En  mer. 

Navire  «  Stella  »,  capitaine  Horner,  une 
secousse.  Long.  Ouest  23«5r.  La  t.  Nord  J7»21 . 

22      » 

matin. 

Cambridge  (Angleterre). 

Très  légère  oscillation. 

22      » 

5'' 15"  soir. 

Valparaiso. 

Forte  secousse. 

23      » 

4*"  matin. 

id. 

Deux  secousses;  une  autre  à  5^  soir. 

24      .. 

4**  matin. 

id. 

Faible  secousse. 

25      • 

5"»  matin. 

id. 

Secousse  assez  forte. 

25      « 

soir. 

San-Francisco. 

Une  secousse. 

25      » 

Sud-Hongrie. 

Tremblement  de  terre  senti  à  Essegg,  Wiu- 
kowze  et  Fûnfkirchen,  légère  à  Djakovar 

27      » 

Il*»  soir. 

Vukovar. 

Plusieurs  chocs. 

28      « 

4**  soir. 

Valparaiso. 

Très  forte  secousse. 

28      » 

Ischia. 

Léger  tremblement  de  terre. 

29      » 

soir. 

Sinope  (Turquie). 

Forte  secousse  au  soleil  couchant. 
Édifices  détruits  à  Gostamboul. 

y  Avril. 

3''45«. 

Valparaiso. 

Deux  fortes  secousses. 

9      » 

8"»  matin. 

Urbino. 

Forte  secousse  durant  5  secondes. 

y     » 

soir. 

Ghio. 

4  secousses  entre  2*30-  et  11*  soir- 

10      » 

10"»  matin. 

Belpasso  (près  Catane). 

Secousse. 

Il      » 

2'' 15"  matin. 

Valparaiso. 

Roulement  et  forte  secousse. 

14      » 

7M5"  matin. 

id. 

Faible  secousse. 

15      » 

3*30-  matin. 

id. 

Une  forte  secousse  suivie  de  2  moins  fortes. 

18      » 

10''50»  soir. 

id. 

Secousse  forte  et  prolongée  avec  tonnerre, 
durée  30  secondes. 

19      )> 

soir. 

Palamos  et  frontière  française. 

Tremblement  de  terre  de  quelques  secondes. 

20      » 

3''22-  matin. 

Bagnères-de-Bigorre. 

Tremblement  de  terre  —  barom.  709—, 
therm.  H- 2»,8.  —  Trépidation  des  meubles. 

22      » 

9''20-  matin. 

Est- Angleterre. 

Forte  secousse  de  30  secondes  à  Ipswich. 
La  tour  de  Téglise  de  Golchester,  de  150  pied> 
de  haut,  s'écroule.  —  Grand  bruit  souterrain. 
—  Gette  secousse  a  été  ressentie  dans  tout 
l'Est  de  l'Angleterre.  Elle  a  été  remarquée 
à  Londres. 

25      » 

7*15-  matin. 

Valparaiso. 

Forte  secousse  venant  du  Sud,  précédée 
d'un  bruit  souterrain. 

29      » 

4"»  15-  matin. 

id. 

Trois  secousses  très  légères. 

3  Mai. 

3*40-  soir. 

id. 

Très  longue  et  forte  secousse. 

5      » 

5*15-  soir. 

id. 

Légère  secousse. 

8      » 

6*10-  soir. 

id. 

Faible  secousse.  —  A  7*44-  secousse  trè> 
forte  et  verticale. 

9      » 

Ghio. 

4  secousses  entre  2*30-  et  11*  soir. 

10      » 

9*50-. 

Gosenza. 

Léger  choc  N.-O.  —  S.-E;  plus  fort  à Paola. 

STATISTIQUE  DES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


185 


Dates. 


12  Mai. 

13 

» 

13 

» 

H 

» 

19 

» 

23 

» 

2G 

u 

6  J 

uin. 

23 

» 

24 


4  Juiil. 
5-G     » 


8-9 

» 

13 

» 

15 

» 

15 

» 

18 

» 

18 


19 

» 

19 

» 

20 

» 

23 

» 

24 

u 

3  Août. 

7  » 

8  M 


Heures. 

Localités. 

Presqu'île  Cyzique,  Erdek- 

Constantinople. 

Panderma. 

3'' 45"  matin. 

Valparaiso. 

6"» 30-  matin. 

id. 
Kishm  (Golfe  Persique). 

Il»'  soir. 

Palamos  (Esp.)  et  frontière  franc. 
Monte  Alegre  (Para). 

9^55-  matin. 
OMO-  matin. 

Alep. 

Tùbingen  (Wurtemberg) 

et  Hechingen  (Hohenzollern). 

7^30-  soir. 

Markolsheim  (Alsace) 
et  Kenzingen  (duché  de  Bade). 

4'' 20-  matin, 
nuit. 

Pouso  Alegre  (Brésil). 
Oberderdingen  (Wurtemberg). 

S"»  15-  matin. 

Valparaiso. 

nuit. 

id. 
Massouah  (Abyssinie). 

10»"  soir. 
5^  matin. 

Almeria. 
Valparaiso. 
Nicaragua. 

lO'-SO-  soir. 

Valparaiso. 

7**  matin, 
nuit. 

Nicaragua. 
Agram  (Autriche). 

6^  matin. 

midi  40-, 

nuit. 

Nicaragua. 
Forio  d'Ischia. 
Ems  (Nassau). 

Massouah. 
Foca  (Bosnie). 

minuit, 
matin. 

Réunion. 
Frascati  Albano  Rocca  di  Papa. 

• 

Observations. 


Tremblement  de  terre  accompagné  de  bruits. 

Forte  secousse,  sentie  légèrement  à 

Gonstantinople. 

Secousse  très  forte  et  très  prolongée;  durôe 

30  secondes. 

Très  long  tremblement  sans  grande  secousse . 

12  villages  détruits  ;  200  tués  et  grand 

nombre  de  blessés. 

Léger  tremblement  de  terre. 

Tremblement  de  terre  durant  3  à  5  secondes. 

Direction  :  N.-0.-8.-E. 

Forte  secousse  de  6  secondes. 

3  secousses  se  succèdent  rapidement. 
Direction  N.-O.-N.-E. 

Tremblement   de   terre  et  secousses  vio- 
lentes. A 10**  soir  nouvelles  secousses  moins 

fortes. 
Une  secousse  N.-S.  de  quelques  secondes. 
Tremblement  de  terre  à  12'' 30-.  —  Choc 
assez  fort  durant  quelques  secondes;  bruit 

souterrain. 
Forte  secousse  courte  précédée  d'un  roule- 
ment sinistre. 
Très  longue  secousse,  pas  très  forte,  à  12^15-. 
Tremblement  de  terre  qui  détruit  ou  lézarde 
toutes  les  maisons. 
Deux  secousses. 
Deux  secousses  courtes,  mais  assez  fortes. 
Forte  secousse.  Aussi  à  8^.  du  matin.  — 

Bruit  souterrain. 
Une  secousse  très  longue  et  très  continue 

durant  environ  une  minute. 

Une  secousse  à7^matin^  uneautreàS^  matin. 

Choc  de  tremblement  de  terre  de  4  secondes. 

Direction  O.-E. 

Une  secousse  &"  matin. 

Bruit  violent  et  forte  secousse.  —  Mer  agitée. 

Faible  secousse  de  quelques  secondes  au  8.*E . 

Maisons  détruites.  Navires  du  port  secoués. 

Plusieurs  chocs  forts  durant  chacun  plus 

de  2  secondes. 

Une  secousse. 

Quelques  secousses  entre  2"»  et  4"»  matin. 

Grondement  souterrain  prolongé  le  long  de 

la  chaîne  des  Colli.  Sens  S.-O.  à  £.-N. 


186 


L'ASTRONOMIE. 


Dates. 

Heures. 

Localités. 

Observations. 

8  Août. 

Ô'-SO-. 

Alacheïr  (Turquie  d'Asie). 

Violente  secousse. 

9-10   » 

nuit. 

Smyrne. 

Assez  forte  secousse. 

10      » 

4''7-  soir. 

Nice. 

Légère  trépidation. 

10      » 

Maine,  Maryland  M**  Alleghanx . 

Tremblement  de  terre  durant  10  secondes  à 
Gonnecticut,  6  secondes  à  Boston.  Baltimore 
.   et  Brattleborough  (Vermont)  semblent 
marquer  la  limite. 

10      » 

2''8»  soir. 

New  Haven,  Cambrigde. 

Secousse  durant 2  à  3 secondes, S-.O.àN-.E., 

12      » 

accompagnée  de  grondements  souterrains. 

12.    » 

Librilla(près  Murcie). 

Fort  tremblement  de  terre  de  5  à6  secondes. 
Pas  de  dégâts. 

14      «> 

6''28-  soir. 

Ghio. 

Assez  forte  secousse.  A  Kerkouk  (Mossou!) 
une  maison  écroulée. 

15      0 

En  mer. 

75»  long.  Ouest,  17  lat.  Nord.  Une  secousse 
sentie  à  bord  du  Charles-Dennis. 

17-18 

nuit. 

Rhodes. 

Légères  secousses.  Oscillations  N-.S. 

19      » 

Gosenza. 

Une  secousse  de  plusieurs  secondes;  plus 
forte  à  Rossano. 

20      » 

2^54-  soir. 

Ghio. 

Légère  secousse. 

20      .> 

3'»30-  soir. 

Smyrne. 

Secousse  assez  forte. 

26      >i 

matin. 

Jersey. 

Plusieurs  fortes  secousses. 

26      » 

après-midi. 

Nantes. 

Légère  secousse. 

27      » 

Smendon  (près  Gonstantine). 

Secousse  de  5  secondes  O-.E.;  légère. 

31      1, 

après-midi. 

Nantes. 

Légère  secousse. 

Tschesmé  (Turquie). 

Nombreux  tremblements  de  terre  pendant 
le  mois  d'Août. 

3  Sept. 

2»' 30  matin. 

Athènes. 

Secousse  renouvelée  le  môme  jour  à  midi. 

4      » 

l''30-  matin. 

Ghio. 

4  légères  secousses. 

6      » 

Autriche  basse  et  méridionnale. 

Violente  secousse.  —  A  Voslau  la  tempe- 
rature  des  sources  thermales  augmente. 

17      » 

Détroit  de  la  Sonde. 

On  constate  la  disparition  de  deux  îles 
formées  pendant  l'éruption  du  Krakatoa 
d'Août  188i. 

19      )) 

Windsor  (Ontario),  Grass  Lakc 

(Michigan),  Toledo  (Ohio). 

Une  forte  secousse  de  15  secondes  s'est 

fait  sentir  en  Indiana,  Ohio,  Michigan, 

Sowa,  Ontario,  Kentucky.  La  secousse  a 

été  légèrement  perceptible  à  Cincinnati  et 

à  Fortuvagne.  Oscillations  des  édifices. 

24      .> 

Jaen. 

Léger  tremblement  de  terre. 

2.-)      .) 

4^6-  soir. 

Iquique  (Pérou). 

Tremblement  de  terre  fort  et  prolongé 
S.-N.  durée  35  à  40  secondes.  Les  cloches 
de  la  cathédrale  ont  sonné  et  la  croix  a  tn 
un  mouvement  marqué. 

27      » 

2"»  5-  matin. 

Jaen. 

Tremblement  précédé  d'un  bruit  prolonge. 

29      » 

midi  30-. 

Blidah  (Algérie). 

Deux  secousses  N.-S. 

1  Cet. 

7^20-  matin. 

Smyrne. 

Légère  mais  longue  secousse. 

STATISTIQUE  DES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


187 


Dates. 

Heares. 

LocAlités. 

Observations. 

1  Oct. 

nuit. 

Tschesmô. 

Forte  secousse. 

3       » 

Massouah. 

Léger  choc. 

(>       »> 

0**45-  matin. 

Valparaiso. 

Très  longue  et  très  forte  secousse,  peu 
dangereuse. 

a     » 

soir. 

Tschesmô. 

Secousse. 

15       » 

Kerkouk  (Mossoul). 

Forte  secousse. 

15       » 

Tucuman  (Répub.  Argentine). 

Fort  tremblement  de  terre.  Panique. 

20      » 

!»•  matin. 

Linarès  (Espagne). 

Assez  fort  tremblement  de  terre  durant 
4  secondes,  direction  E.-O. 

22      « 

lO**  ipatin. 

Ghio 

Faible  secousse  suivie  dans  4  minutes 
d'une  très  forte  secousse. 

24      .) 

2»' 55-  matin. 

id. 

Forte  secousse. 

25      « 

2"» 45-  matin. 

Guelma. 

Plusieurs  légères  secousses. 

28      » 

id. 

Léger  tremblement  de  terre. 

Valparaiso. 

Plusieurs  chocs  fin  Octobre. 

2  Nov. 

6*24-  matin 

Chio. 

Deux  secousses. 

\      » 

Smyrne. 

Légère  secousse  suivie  de  près  d'une  forte. 

Oscillations  précédées  de  bruits  souterrains 

pendant  5  minutes  —  direction  S.-N.  sentie 

à  Menemen,  Eudemich,  Aïdin,  Baïndir, 

légèrement  à  Tschesme  et  Voula. 

4      » 

3''25»  matin. 

Guelma  (Algérie). 

Une  secousse. 

5      » 

id. 

Léger  tremblement  de  terre. 

7      » 

6"»  10-  matin. 

Chio. 

Forte  secousse. 

12          D 

9"»  30-  soir. 

id. 

Légère  secousse. 

13      » 

3*45-  matin. 

id. 

id. 

13      « 

9*  matin. 

Janina. 

Forte  secousse  de  4  secondes. 

13      » 

2»' 30-  matin. 

Crète. 

Une  secousse. 

14      » 

6*30-  matin. 

Smyrne. 

Forte  secousse. 

14      » 

5*10-  soir. 

Clitheroe  et  Lowmoor 

(Angleterre). 

Bruit  suivi  d'une  forte  trépidation.  — 
Panique. 

18      » 

Valence. 

Léger  tremblement  de  terre  E.-O.  précédé 
d'un  grondement;  trépidation  des  meubles. 

21       » 

7*35-. 

Eu. 

Léger  tremblement  de  terre. 

23      .1 

4*  soir. 

Nice. 

Légère  secousse. 

24      » 

Gratz  (Styrie). 

Plusieurs  secousses 

24      » 

Hautes-Alpes. 

Secousses  à  4*  15  matin,  10*  soir  et  11*45  soir. 

24      0 

10*30-  soir. 

Valparaiso. 

Grand  roulement  suivi  d'une  secousse. 

27      » 

10*30-  soir. 

Lélen  (Aisne) 

Deux  secousses  à  2  minutes  d'intervalle. 
La  dernière  plus  forte. 

27      » 

11*  soir. 

Nice,  Menton,  Cannes,  Antibes, 

Grenoble,  Draguignan,  Voiron, 

Chambéry,  Marseille,  Vienne, 

Saint-Étienne,  Lausanne,  Turin. 

Secousse  de  tremblement  de  terre  à  11*5". 
(Temps  moyen  Nice)  durant  15  secondes. 

28      » 

Turin. 

Tremblement  de  terre    senti    légèrement 
dans  le  S.-E.  de  la  France. 

188 


L'ASTRONOMIE. 


Dates. 

28  Nov. 

29  » 

30  » 


3  Dec. 

4  » 
18      0 

22  » 

23  » 


Heures. 


S*"  matin. 
Il"»  30-. 


24 
25 


25 
2(> 
27 
28 
29 

30 
30 
30 

31 


W^  soir. 

2''15"'  matin. 
2''  matin. 

8''53'"  soir. 


Localités. 


Obsenrations. 


Ghambéry,  AP  Genis,  H*"  Marne. 

Nice. 

Inebort  (Aïdin) 

Valparaiso 

Scio  (Archipel  Grec). 
Smyrne. 
En  mer. 

Iles  Açores,  Madère,  Lisbonne. 

En  mer. 


Séville. 
Sud  de  l'Espagne. 


11''44-. 

Jaen. 

8M7-  soir. 

Zernez  (Grisons). 

Malaga,  Grenade. 

2^  matin. 

Estepona,  Périana,  Torrox 

Alhama. 

Périana. 

après-midi. 

Herlûfsholm, 

(  Seeland,  Danemark  ; . 

9''  matin. 

Linarès. 

1"*  soir. 

id. 

9''  soir. 

Archidona  (Grenade) 

midi. 

Vêlez,  Torrox. 

Secousse. 
Tremblement. 
4  secousses  assez  fortes.  —  Sol  secoué 

toute  la  nuit  à  Dermendjik. 
Nombreuses  secousses  tout  le  mois  de 
Novembre. 
Forte  secousse. 
Forte  secousse. 
Brick  a  Isabel  »  29*55  lat.  Nord  28^51  long. 
Ouest  de  San  Fernando. 
Secousses  légères  senties  aussi  à  Vigo. 
Ponte  vedra  et  plusieurs  régions  du  Portuf:.iI. 
33*  lat.  Nord  12*  30»  long.  Ouest  de 
San  Franando.  NouvelJe  secousse  17 
minutes  après;  orage  et  tonnerre. 

Secousse  légère. 
Très  violente  secousse  à  Alhama. 
Albunuelas,  Arenas  del  Rey,  Malaga, 
Grenade.  Secousses  assez  fortes  à  Littarè>. 
légères  à  Madrid,  très  légères  à  Lisbonne, 
sensibles  jusqu'en  Angleterre. 
Secousse  assez  forte 
Secousses  ( heure  de  Berne)  à  lissoir. 
Huit  secousses. 
Secousse,  et  à  6M5  matin. 
Destruction  complète  de  la  yiUe. 
Éboulement  d'une  montagne  sur  ce  village. 

Deux  vibrations  ressenties  dans  les  foréi 
Légère  secousse, 
id. 
Grevasse  dans  la  montagne  de  Puerta-SL'I. 
renversement  de  la  ville  de  Jaeyna. 
Secousses.  Destruction  de  Torroi. 


ADDENDUM  A  L  ANNÉE  1883. 


17  Mars. 

5M0-  matin. 

Harlem,  Amsterdam,  Leyde. 

6  Oct. 

Guelma. 

8      1) 

Alaska. 

11      >. 

1**  matin. 

San-Francisco. 

18      !> 

Ghio  et  environs. 

22      .. 

2^  matin. 

Malte. 

22      .. 

3»» 35"  matin. 

Trieste. 

y 

Oasis  de  Ghadamès. 

Secousse  assez  forte. 
Forte  secousse. 
Grande  éruption  du  mont  S^- Augustin; 
pluies  de  ponce,  raz  de  marée,  formation lii 
deux  lies,  etc. 
Deux  secousses  violentes. 
Continuation  des  secousses  (faibles) 
Légèra  secousse. 
Léger  tremblement  de  terre. 
Violent  tremblement  de  terre. 


il- 


STATISTIQUE  DES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


189 


Dates. 

Heares. 

Localité». 

Observations. 

2  Nov. 

2»' 50-  matin. 

Vienne  (Isère). 

Quelques  secousses  durant  4  secondes  S.-N. 

13       » 

Baza  (Grenade). 

Tremblement  de  terre.  —  Quelques 
maisons  effrondrées. 

15       » 

Patras. 

Une  secousse.  —  Pas  de  dégâts. 

23       i> 

Maracaïbo,  Curaçao, 

Churuguara. 

Tremblement  de  terre  avec  bruit  souterrain. 
Aussi  le  26. 

25      » 

Coro  (Venezuela). 

Fort  tremblement  de  terre  de  7  à  ,8  secondes. 

30      >i 

nuit. 

Forio,  Panza  (Ischia). 

Bruits  souterrains.  La  température  des 
eaux  minérales  augmente. 

22  Dec. 

3^29-  matin. 

Lisbonne. 

Une  secousse. 

Nous  ne  nous  croyons  pas  encore  autorisé,  par  cette  trop  courte  statistique  de  deux 
années,  à  tirer  aucune  déduction  relative  aux  régions,  aux  dates  et  aux  heures. 

Nos  lecteurs  remarqueront  cependant  certaines  contrées  qui  semblent  particuliè- 
rement éprouvées,  notamment  l'Asie  Mineure,  et  surtout  la  presqu'île  Erythrée  avec 
les  îles  de  la  côte.  Notre  colonie  algérienne  ressent  souvent  des  mouvements  du  sol  qui 
sont  parfois  accompagnés  de  dégâts  considérables. 

L'Australie,  le  Japon,  la  Chine  et  l'Inde  ne  figurent  pas  dans  notre  liste,  ni  dans  celle 
de  Tannée  dernière;  cependant  nous  ne  manquons  pas  de  communications  avec  ces  pays. 

Distribution  des  volcans.  —  Il  ne  sera  sans  doute  pas  sans  intérêt  de  mettre 
sous  les  yeux  de  nos  lecteurs  une  carte  générale  de  la  distribution  des  volcans 
sur  notre  globe;  ils  pourront  ainsi  comparer  les  régions  atteintes  par  les  trem- 
blements de  terre  et  les  régions  volcaniques. 

On  compte  323  volcans  actifs.  L'Europe  en  possède  une  quinzaine.  Le  Vésuve 
(hauteur  1190"),  qui  domine  la  baie  de  Naples,  TEtna  (3315"),  en  Sicile,  le 
Stromboli  et  le  Volcano  dans  les  îles  Lipari.  En  Islande,  outre  les  nombreux 
geysers  qui  lancent  de  l'eau  bouillante  jusqu'à  r»0  mètres  de  hauteur,  nous  trou- 
vons huit  volcans  en  activité,  dont  le  principal  est  l'Hécla  (  1690").  Dans  l'Archipel 
Grec  l'île  Santorin  et  ses  voisines,  la  petite  et  la  nouvelle  Kameni.  Ces  deux  der- 
nières ont  surgi  à  la  surface  de  la  Méditerranée  respectivement  en  1573  et  1707. 
Il  arrive  souvent  que  ces  îles  volcaniques  ne  font  qu'une  très  courte  apparition. 
Tel  est  le  cas  de  l'île  Julia,  qui  s'éleva  en  juilUet  1831  au  Nord-Ouest  de  la  Sicile 
et  qui  disparut  vers  le  mois  d'octobre  de  la  môme  année. 

En  France,  on  ne  rencontre  que  des  volcans  éteints  ;  la  chaîne  des  Puys,  en 
Auvergne. 

11  y  a  peu  de  volcans  sur  le  Continent  africain.  Par  contre  les  Açores,  les 
Canaries,  les  îles  du  Cap  Vert  sont  volcaniques.  Le  Pic  de  Ténérifife  (3710"), 
montagne  des  plus  redoutées  dans  le  passé  à  cause  de  ses  formidables  éruptions, 
est  en  repos  depuis  un  siècle. 

Les  deux  côtés  sud  de  la  mer  Rouge  nous  offrent  quelques  volcans. 

Le  Continent  asiatique  est  également  pauvre  en  volcans,  mais  il  n'en  est  pas 
de  même  des  îles  côtières  et  de  TOcéanie'. 


NOUVELLES  DE   LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  191 

Les  archipels  océaniens  sont  fort  riches  en  pics  éruptifs.  Il  faut  citer  notam- 
ment le  Mauna  Loa  (Iles  Hawaï),  qui  s'élève  à  4800™,  avec  le  cratère  Kilaueaqui 
présente  un  véritable  lac  incandescent  de  plus  d'une  lieue  en  diamètre. 

Le  cataclysme  de  Java  est  encore  trop  récent  pour  qu'il  soit  nécessaire 
d'insister  sur  le  caractère  volcanique  des  îles  de  la  Sonde.  L'île  de  Java  possède 
à  elle  seule  quarante-cinq  volcans. 

En  Amérique  on  remarque  les  chaînes  de  la  côte  Ouest  que  Ton  a  quelquefois 
appelées  «  Téchine  du  Nouveau-Monde  » .  Cette  longue  suite  de  montagnes  comprend 
de  nombreux  volcans,  en  descendant  du  Nord  au  Sud  ;  nous  rencontrons  le  mont 
Saint- Augustin  (Alaska),  le  mont  S'-Elie  (5800");  au  Mexique,  le  Popocatepelt 
(5100").  Suivant  M.  Vélain,  (*)  l'Amérique  centrale  compte  à  elle  seule  plus 
de  quatre-vingt-deux  volcans,  dont  vingt-cinq  en  activité. 

Les  cordillières  équatoriales  sont  fort  remarquables  au  point  de  vue  volcanique. 
C'est  là  qui  se  trouve  le  Pichincha  (4780"),  le  Cotopaxi  (5940").  Plus  au  Sud, 
près  Valparaiso,  l'Aconcagua  élève  sa  cime  imposante  à  une  hauteur  de  7150". 

La  plupart  des  volcans  en  série  et  des  chaînes  volcaniques  peuvent  se  relier 

par  une  ligne  continue  remarquable  que  nous  pourrons  tracer  ainsi:  île  de 

Sumatra,  Java.  Sumbawa,  Timor,  îles  Philippines,  île  Formose,   Japon,   îles 

Kouriles,  presqu'île  de  Kamtchatka,  îles  Aléou tiennes,  presqu'île  d'Alaska,  chaînes 

côtières  Ouest  des  deux  Amériques,  cap  Horn,  monts  Erèbe  et  Terrer  (Continent 

Antarctique). 

C.  Détaille. 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS. 

Ghnte  d'un  uranolithe  en  Turquie.  —  a  Le  i 3  zilcadé  (4  septembre  1884)^  par 
un  Ciel  très  pur  et  sans  aucune  trace  de  nuages,  à  11*»40"  du  soir  (heure  turque) 
(5*» 45"  p.  m.)  et  à  une  demi-heure  de  distance  de  Kara-Denik,  près  d'Aïntab,  il 
est  tombé  sur  une  petite  éminence  un  uranolithe  qui  produisit  un  bruit  semblable 
à  un  coup  de  canon.  La  détonation  fut  d'une  telle  violence,  qu'à  Kara-Denik  et 
dans  les  bourgs  environnants,  hommes  et  bêtes,  dans  leur  frayeur,  se  sont  mis  à 
courir  pour  s'abriter  du  danger  mystérieux  qui  les  menaçait. 

Pendant  dix  minutes  après  la  chute  on  entendit  dans  l'atmosphère  un  bruit 
semblable  au  bourdonnement  des  abeilles. 

Trois  paysans  qui  se  trouvaient  non  loin  du  point  où  le  météore  est  tombé 
ont  osé  s'approcher  et  ont  constaté  que  Vobjet  tombé  était  noir  et  ressemblait 
à  une  tortue.  L'uranolithe  était  tellement  chaud  qu'ils  ont  dû  attendre  quelque 
temps  avant  de  pouvoir  le  toucher;  et  lorsque,  à  la  fin,  un  des  trois  paysans  l'eut 
pris  dans  ses  mains  pour  le  transporter,  il  était  encore  si  chaud  qu'il  fut  obligé  de 
le  porter  dans  son  habit,  lequel,  à  son  grand  étonnement  fut  brûlé. 

L'uranolithe  a  été  transporté  en  entier  au  village,  où,  par  suite  d'une  super- 

(•)  Le«  Volcans  (Paris,  Gauthier-Villars). 


192  L'ASTRONOMIE. 

stition  qu'une  pierre  tombée  du  Ciel  a  la  propriété  de  guérir  la  fièvre,  tous  les 
paysans  présents  la  brisèrent  pour  en  garder  des  fragments. 

Un  trou  circulaire  de  0°>,25  de  profondeur  et  de  0°>,80  de  diamètre,  avait  été 
fait  dans  le  sol  pour  la  chute  de  cette  pierre  céleste.  » 

Grâce  à  l'amabilité  de  S.  E.  Hamdi  Bey,  le  Directeur  du  Musée  Impérial 
Ottoman,  il  m'a  été  permis  de  le  voir,  de  le  peser  et  d'en  prendre  le  dessin. 

Fig.  69. 


l 


Uranolithe  tombé  à  Aïntab  (Turquie). 

Aucune  analyse  n'en  a  été  faite;  mais  je  crois  pouvoir  affirmer  que  l'urano- 
lithe  d'Aïntab  appartient  à  la  classe  des  météorites  pierreux. 

Sa  forme  est  plutôt  arrondie  et  ressemble  à  un  boulet  de  canon  de  grandeur 
moyenne,  la  croûte  est  d'un  noir  mat. 

Poids  2  >^g.  560. 

Masse  dure.  Il  y  a  des  traces  de  nickel,  manifestées  parles  particules  argentées 
qui  se  voient  dans  les  veines  de  la  pierre.  F.  A.  Mavrogordato. 

L'appulse  d'Aldôbaran  photographiée  à  Prague.  —  L'appulse  d'Aldébaran 
a  eu  lieu  chez  nous  dans  des  conditions  généralement  favorables.  En  nous  aidant 
d'un  de  nos  petits  modèles  de  télescopes  d'amateurs  (0",  12  d'ouverture,  1°»,50  de 
distance  focale)  sans  mouvement  d'horlogerie  —  une  série  die  20  photographies 
de  ce  beau  phénomène  a  pu  être  parfaitement  réussie. 

La  fig  (70)  est  la  reproduction  (imparfaite)  de  l'excellente  épreuve  obtenue  au 
moment  du  plus  grand  rapprochement  de  l'étoile  avec  notre  satellite. 

A  la  suite  de  nombreux  essais,  nous  avons  observé  que  la  photographie  céleste 
si  pénible  et  infructueuse,  tant  qu'on  se  sert  de  lunettes  ou  d'un  réflecteur  com- 
biné avec  lentilles  quelconques,  devient  incomparablement  plus  facile  si  l'on  pose 
la  jilaque  sensible  directement  dans  le  plan  focal  d'un  miroir  parabolique.  L'image, 
r]uoique  petite,  est  tout  à  fait  nette;  la  mise  au  point  à  cause  de  l'identité  focale 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  193 

des  rayons  chimiques  et  optiques  est^  facile  et  exacte;  les  plaques  au  gélatino- 
bromure d'argent  permettent  une  très  courte  exposition.  Voilà  les  conditions 
dans  lesquelles  nous  sommes  parvenus  à  des  résultats  très  satisfaisants. 

Pour  nos  épreuves  nous  avons  choisi  avec  dessein  un  instrument  de  petite 
taille  avec  miroir,  de  0™,12  de  diamètre  sur  l"*-,50  de  distance  focale  et  sans 
mouvement  d'horlogerie.  Les  phases  de  la  Lune,  depuis  6  jusqu'à  23  jours,  les 


Fig.  70. 


L'appulse  d'Aldébaraa  photographiée  à  Prague. 

grandes  planètes,  les  étoiles,  au  moins  de  première  grandeur,  laissent  une  trace 
sur  la  plaque  sensible  en  une  fraction  de  seconde,  ce  qui  suffit,  pour  reproduire 
fidèlement  tous  les  détails  de  10*  à  20'  de  dimension  angulaire. 

A  cause  de  la  faible  impression  produite  sur  la  plaque  par  l'étoile,  il  est  néces- 
saire de  prolonger  l'exposition  jusqu'à  0%75  ou  1*,  puis  de  renforcer  le  cliché 
ultérieurement,  ce  qui  est  la  cause  d'une  certaine  incertitude  de  contours  sur  la 
Lune  même  et  d'un  petit  allongement  de  l'étoile. 

Jos.  et  Jan  Fric, 

à  Prague. 

Société  scientifique  Flammarion,  &  Marseille.  —  A  son  retour  de  Nice,  le  Di- 
recteur de  la  Revue  a  été  reçu  à  la  gare  de  Marseille  par  les  membres  du  comité  de 
la  Société  scientifique  de  Marseille.  Le  16  mars,  répondant  à  de  pressantes  sollicita- 
tions, M.  Flammarion  a  donné,  pour  les  sociétaires  seuls,  une  conférence  intime  sur  les 
origines  de  la  vie  à  la  surface  de  notre  planète.  Le  lendemain,  un  splendide  banquet 
de  soixante  couverts  lui  a  été  offert  au  Grand-Hôtel  Noailles.  Par  une  délicate  atten- 
tion du  comité,  chaque  menu  portait  en  tête  un  délicieux  portrait  de  l'astronome,  dû  au 
burin  de  M.  Bérengier.  Sur  la  table,  on  admirait,  parmi  les  corbeilles  de  fleurs   des 


194  L'ASTRONOMIE. 

pièces  montées  auxquelles  on  avait  donné  la  forme  de  Saturne,  de  Jupiter  et  de  diverses 
constellations. 

Parmi  les  toasts  qui  ont  été  portés,  on  a  beaucoup  applaudi  celui  du  Président  de  la 
Société,  M.  Bruguière,  à  l'infatigable  propagateur  de  la  plus  belle  des  Sciences  et  de  sa 
haute  philosophie,  et  celui  du  vice-président,  M.  Dubois,  à  son  secrétaire  dévoué 
M"»  Camille  Flammarion,  récemment  décorée  des  palmes  d'officier  d'académie. 

M.  Flammarion  s'est  alors  levé  et  a  prononcé  l'allocution  suivante  : 

En  me  faisant  le  grand  honneur  de  donner  mon  nom  à  votre  Société  naissante, 
ce  n'est  point,  comme  vous  le  pensez,  un  sentiment  d'admiration  personnelle 
pour  mes  travaux  ou  de  reconnaissance  pour  les  services  que  j'ai  pu  rendre  à 
l'instruction'  publique  qui  vous  a  inspin'S. 

Non.  Comme  vos  sœurs  aînées  les  Sociétés  Flammarion  d'Argentan,  de  Belgique, 
d'Espagne  et  d'Amérique,  vousavezéto  inspirésparun  sentiment  général  plus  grand 
et  plus  noble.  Vous  avez  voulu  prendre  pour  drapeau  celui  de  l'apostolat  scienti- 
fique, celui  de  l'indépendance  et  du  progrès.  Mes  travaux  n'ont  jamais  eu  d'autre  but. 

Les  hommes  passent,  nous  ne  vivons  que  quelques  jours.  Mais  les  idées  restent, 
et  vous  avez  compris  que  la  grandeur  de  l'homme  ne  consiste  ni  dans  les  titres 
retentissants,  ni  dans  les  dons  plus  ou  moins  aveugles  de  la  fortune,  mais  seule- 
ment dans  la  valeur  intollectuello  ot  morale.  Pour  nous  tous,  le  premier  bien 
est  de  savoir  penser. 

Si  les  âmes  qui  vivent  de  l'idéal  sont  reconnaissantes  envers  l'Astronomie,  c'est 
parce  que  cette  science  sublime  a  ouvert  devant  elles  des  horizons  nouveaux 
sur  l'infini  et  sur  l'éternité. 

Aimant  la  science  comme  vous  l'aimez,  soucieux  de  voir  l'instruction  positive 
se  répandre  partout,  vous  êtes  tous  des  apôtres  du  progrès,  de  la  lumière  et  de 
la  vraie  liberté.  Laissez-moi  vous  féliciter  du  magnifique  résultat  accompli  en 
moins  d'une  année.  Au  milieu  de  la  plus  ancienne  cité  de  notre  beau  pays  de 
France,  vous  avez  fondé  un  cercle  scientifique,  un  cercle  intellectuel,  qui  n'aura 
pour  se  soutenir  ni  les  odieuses  ressources  fournies  dans  les  autres  cercles  par 
la  passion  du  jeu,  ni  même  les  attractions  mondaines,  qui  sont  les  fleurs  de  la 
vie,  mais  seulement  la  générosité  des  esprits  d'élite,  qui  aiment  la  science  pour 
elle-même  et  apprécient  à  leur  valeur  les  plaisirs  intellectuels.  Vous  possédez 
en  vous  la  vie,  vous  êtes  nés  humblement,  comme  tout  ce  qui  doit  grandir; 
vous  vivrez. 

Déjà,  par  vos  conférences,  vous  savez  merveilleusement  vous  tenir  au  courant 
des  progrès  si  rapides  accomplis  dans  les  diverses  branches  du  savoir  humain. 
Bientôt,  nous  pouvons  l'espérer,  vous  posséderez  une  bibliothèque  scientifique 
populaire,  qui  rendra  les  plus  grands  services.  Plus  tard,  le  magnifique  empla- 
cement de  votre  siège  social  vous  permettra  d'installer  un  observatoire  domi- 
nant la  ville  et  la  mer.  Vous  avez  donc  entre  les  mains  tout  ce  qu'il  faut  pour 
réussir  et,  heureusement,  vous  ne  portez  dans  votre  sein  aucun  germe  de  rivalité 
ou  de  discorde,  comme  en  sont  trop  souvent  affligés  certains  établissements 
officiels. 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  195 

Il  n'est  point  nécessaire,  Messieurs,  d'être  astrologue  pour  tirer  dès  aujourd'hui 
l'horoscope  de  votre  bonheur  et  pour  porter  un  toast  convaincu  à  la  prospérité 
assurée  de  la  Société  scientifique  Flammarion,  de  Marseille.  Vous  êtes  aujourd'hui 
phalange  ;  demain  vous  serez  légion. 


Fig.  71. 


Siège  de  la  Société  scientifique  Flammarion,  de  Marseille. 

La  Société  vient  d'entrer  dans  sa  seconde  année  d'existence.  Elle  possède  déjà  un 
local  à  elle  (dont  nous  reproduisons  l'aspect,  fîg.  71).  C'est  un  excellent  emplacement 
pour  servir  un  jour  d'observatoire  populaire. 


OBSERVATIONS   ASTRONOMIQUES 

A  FAIRE  DU  15  MAI  AU  15  JUIN  1885. 
Principaux  olDjets  célestes  en  évidence  ponr  robservation, 

1o  CIEL  ÉTOILE  : 

Pour  Taspect  du  Ciel  étoile  durant  cette  période  de  Tannée,  il  faut  se  reporter 
soit  aux  cartes  publiées  dans  la  première  année  de  la  Revue,  soit  aux  descriptions 
données  dans  les  Étoiles  et  les  Curiosités  du  CteZ  (pages  594  à  635).  La  longueur 
des  jours  qui  précèdent  l'époque  du  solstice  d'été  ainsi  que  la  durée  du  cré- 
puscule retardent  l'heure  des  observations  astronomiques  à  faire  au  commence- 
ment de  chaque  soirée. 


196 


L'ASTRONOMIE. 


2«  SYSTÈME  SOLAIRE   : 

Soleil.  —  Le  15  mai  1885,  le  Soleil  se  lève  à  4*»20™  du  matin  et  se  couche 
à  7"»  33»  du  soir;  le  l»»"  juin,  l'astre  du  jour  apparaît  au-dessus  de  l'horizon  à  4*» 3"» 
pour  disparaître  au-dessous  à  7*»53™;  enfin,  le  lever  a  lieu  à  3*»58™,  le  15  juin, 
et  le  coucher  à  8*»  3™  du  soir.  La  durée  du  jour  est  de  15*»  13»  au  15  mai,  de  15*» 50"» 
au  l»»"  juin  et  de  16*»5°>  le  15  juin.  Les  jours  augmentent,  dans  ces  trente  jours,  de 
22«»  le  matin  et  de  30™  le  soir,  soit  un  accroissement  total  de  52». 

Le  14  juin,  le  Soleil  passe  au  méridien  de  chaque  lieu  à  midi  précis.  Avec  une 
lunette  méridienne  ou  un  cadran  solaire,  on  peut  donc  régler  facilement  UDe 
montre  ou  une  pendule. 

Le  Soleil  continue  à  s'éloigner  de  l'équateur  céleste  :  sa  déclinaison  boréale 
est  de  18«58',  au  15  mai,  et  de  23**20'  au  15  juin,  soit  une  augmentation  de  k^'2'2'. 

Le  9  juin,  le  diamètre  solaire  est  de  3i'34',26. 

Lune.  —  La  Lune  continue  à  se  présenter  dans  de  bonnes  conditions  pour 
l'observation,  principalement  dans  le  voisinage  de  la  nouvelle  Lune,  au  moment 
où  notre  satellite  nous  montre  le  soir  ou  le  matin  son  mince  croissant.  Les  16 
et  17  mai,  sa  hauteur,  lors  du  passage  au  méridien  sera  d'environ  59<»30'. 


fHASEs...  I  pi^  igog     j>     à  8  40    soir. 


DQ  le    6  juin,  à   0^  14*  matin. 
NL  le  12      »     à  10  51    soir. 


Occultations  visibles  à  Paris, 

Deux  occultations  seulement  seront  visibles  à  Paris  dans  la  première  moitié  de 
la  nuit,  depuis  le  15  mai  jusqu'au  15  juin.  Une  autre  sera  visible  dans  la  seconde 
moitié  de  la  nuit.  Nous  la  signalons  parce  que  l'étoile  occultée  est  de  4,5  grandeur. 

1*  a  Écrevisse  (4*  grandeur),  le  19  mai,  de  11''9'  à  ll''24"  du  soir.  L'étoile  disparait 

Fig.  72.  Fig.  73. 


Occultation  ilc  a  Ecrevissea  par  la  Lune,  Occultation  de  •  Balance  par  L 

le  19  mai  1885,  de  ll»'^»  a  11»»24  du  soir.  le  28  mai  1885,  de  2»'22"  à  S"!»  du  matin. 


Occultation  de  •  Balance  par  la  Lune, 


dans  la  partie  inférieure  du  disque   unaire,  à  43*  au-dessus  et  à  gauche  du  point  le  plus 
bas  et  reparaît  du  môme  côté,  à  9*  au-dessus  du  même  point.  Cette  anomalie,  qui  est 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  19 


représeatée  {fig.  72),  tient  à  ce  que  la  Lune  est  près  de  l'horizon  occidental,  sur  le  point 
de  se  coucher. 

Ce  curieux  phénomène  pourra  être  également  étudié  dans  le  Nord-Ouest  de  TËurope. 
Dans  le  Sud  de  la  France,  dans  les  péninsules  ibérique  et  italique,  il  y  aura  simple 
appulse  ou  occultation  d'une  très  faible  durée,  suivant  la  position  du  lieu  d'observation. 

2*  35  Sextant  (6«  grandeur),  le  21  mai,  de  Q'-S-  à  9''29"du  soir.  La  disparition  se  pro- 
duit dans  la  partie  méridionale  du  limbe  de  la  Lune,  à  24*  à  gauche  du  point  le  plus 
bas  et  la  réapparition  à  9*  à  droite  de  ce  même  point.  Gomme  la  précédente,  cette  occul- 
tation ne  pourra  être  aperçue  que  dans  le  Nord-Ouest  de  l'Europe. 

3'  6  Balance  (4-5«  grandeur),  le  28  mai,  de  2'»22-  à  3»*l»  du  matin.  Cette  brillante 
étoile  disparaîtra,  ainsi  que  l'indique  la  fig,  73,  dans  la  partie  septentrionale  du  limbe 
de  la  Lune,  à  32*  à  gauche  du  point  le  plus  élevé  et  réapparaîtra  à  10*  au-dessus  du 
point  le  plus  occidental.  Cette  occultation  sera  visible  dans  la  plus  grande  partie  de 
l'Europe. 

Occultations  diverses. 

Les  nombreux  lecteurs  de  VAstronomie  pourront  encore  voir,  suivant  les 
contrées  de  la  Terre  qu^ils  habitent,  les  occultations  suivantes  : 

1*  130  Taureau  (G-  grandeur),  le  16  mai,  de  6** 40"  à  7»'36"  du  soir,  heure  de  Paris, 
temps  moyen.  Cette  occultation  pourra  être  étudiée  dans  la  plus  grande  partie  de 
l'Europe. 

2*  Uranus,  le  23  mai,  vers  10^  du  matin,  temps  moyen  de  Paris.  Cette  planète  sera  de 
nouveau  occultée  et  l'observation  pourra  être  faite,  en  Océanie,  dans  le  voisinage  des 
lies  de  la  Nouvelle-Zélande. 

Le  16  mai,  à  10^  du  matin,  la  distance  de  la  Lune  à  la  Terre  est  périgée  : 
360.900»^'^;  diamètre  lunaire  =  33'6',2. 

Le  31  mai,  à  minuit,  la  distance  de  la  Lune  à  la  Terre  est  apogée  :  405.100>"»; 
diamètre  lunaire  =  29'35',4. 

Le  13  juin,  à  4*»  du  soir,  la  distance  de  la  Lune  à  la  Terre  est  périgée  :  357.400^™; 
diamètre  lunaire  =  33'25',2. 

Mercure.  —  Du  16  mai  au  14  juin.  Mercure  se  présentera  le  matin,  avant  le 
lever  du  Soleil,  dans  le  ciel  de  l'Orient.  Pour  les  habitants  de  l'hémisphère 
boréal,  la  rapide  planète  sera  difficilement  observable,  bien  que  sa  distance  au 
Soleil,  le  25  mai,  vers  1*»  de  l'après-midi,  lors  de  sa  plus  grande  élongation  occi- 
dentale, soit  de  24''45'.  Cela  tient  à  la  lueur  crépusculaire  alors  très  intense  et  à 
la  différence  si  considérable  des  déclinaisons  des  ileux  astres  :  à  ce  moment,  la 
déclinaison  boréale  du  Soleil  est  de  2l«2'  et  celle  de  Mercure  de  11*23'  seulement. 
Mais  les  lecteurs  de  la  Revue,  qui  observent  dans  l'hémisphère  Sud  de  notre 
globe,  auront  là  une  excellente  occasion  pour  distinguer  à  loisir,  la  brillante 
planète. 

Jours.                             Lever.  Pasamge  Méridien .  Différence  Soleil.  CoDStellatioa. 

16  Mai 3^44»  matin.      10"'32-  matin.             0'»35-  Bélier. 

20    »     3  35         »            10  25          »                  0  39  •. 

24    »     3  26         »           10  21         »                 0  44  » 

28    »     3  19         »»           10  21          ».                  0  47  u 

!•'  Juin 3  12         »           10  23         »                 0  51  » 


198  L'ASTRONOMIE. 

Jouri.  Lever.  PMsage  Méridien.        Différence  Soleil.    Conitellation. 

5  Juin   3^  9*  matin,      10^30-  matin.  0^52-  Taureau. 

9        ).     3    7         »  10  39         »  0  52  » 

12  »     3    8  M  10  49  «  0  50 

14        »)     3    9         «  10  56         .)  0  40  « 

Le  mouvement  de  Mercure  est  direct,  pendant  cette  période  d'un  mois.  Le  13  juin, 
la  planète  se  trouve  en  conjonction  avec  e  Taureau,  de  3,5  grandeur;  Mercure  est 
au  sud  de  l'étoile  et  à  une  distance  de  l<>2r.  Le  diamètre  de  Mercure  est  de  8','2 
au  25  mai,  sa  distance  à  la  Terre  au  !«''  juin  est  de  140  millions  de  kilomètres,  et 
sa  distance  au  Soleil,  le  même  jour,  est  de  60  millions  de  kilomètres. 

Vénus.  —  Cette  belle  planète  commence  à  se  présenter  le  soir,  dans  les  brumes 
de  l'Occident,  peu  après  le  coucber  du  Soleil.  Malgré  le  crépuscule,  il  sera  facile 
de  reconnaître  l'éclatante  Vesper. 

Jours.  Passage  Méridien.              Coucber.              Différence  Soleil.     Constellation. 

24  Mai O»»  19-    soir.  8^  12-  soir.  0*28-  Taureau. 

26     »    0  22  »  8  17  »>  0  31  » 

28     »    0  24  ->  8  22  «  0  33  » 

30     »    0  27  u  8  27  »  0  36  « 

1«'Juin 0  30  »  8  32  »  0  39  >» 

4        »     0  34  «  8  39  «  0  44  •> 

7        »     0  38  »  8  44  »  0  46  » 

10       »     0  42  .•  8  49  «  0  i9  Gémeaux. 

13  j>     0  47  »  8  55  w  0  53  » 

VÉtoile  du  Berger  a  un  mouvement  direct.  Son  diamètre  est  de  9',6  au  !«' juin, 
sa  distance  à  la  Terre,  ce  même  jour,  est  de  254  millions  de  kilomètres,  et  sa 
distance  au  Soleil  est  de  106  millions  de  kilomètres.  • 

Mars.  —  Le  5  juin,  cette  planète  se  lève  à  2*»47«  du  matin,  précédant  le  soleil 
de  1*'14".  Toujours  très  difficile  à  observer  à  cause  de  la  lueur  crépusculaire. 

Petites  planètes.  —  Cèrès  est  toujours  facilement  observable  le  soir,  soit  à 
l'œil  nu,  soit  à  l'aide  d'une  jumelle  marine. 

Jours.  Passage  Méridien.  Oouclier  de  Gérés.  ConsteUation. 

16  Mai 9*6-  soir.  S*» 51- matin.  Vierge. 

21      »     8  45  »  3  28          »»                        » 

26      »     8  25  »  3    5          »                        » 

31      «     8    6  «  2  44          » 

5  Juin 7  47  »  2  21         »                      « 

10      »     7  29  »  2     1          »                       V 

Du  15  au  26  mai,  le  mouvement  de  Cérès  est  rétrograde,  dans  la  direction  de 
TEst  à  rOuest  ;  mais  à  partir  du  26  mai,  le  mouvement  devient  direct  et  la  petite 
planète  se  dirige  sensiblement  vers  le  Sud-Sud-Est,  vers  l'étoile  de  3«  grandeur, 
0  Vierge. 

Le  1®''  juin,  Cérès  oet  éloignée  de  302  millions  de  kilomètres  de  la  Terre  et 
de  391  millions  de  kilomètres  du  Soleil. 

Coordonnées  au  26  mai  :     Ascension  droite...    12*43-.    Déclinaison...      7*59' X. 
»  11  juin  :  »  »  12  46  »  5  53  N. 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  199 

Pallas  continue  à  se  présenter  dans  de  bonnes  conditions  et  est  visible  pendant 
une  partie  de  la  nuit.  Cette  petite  planète  sera  très  facile  à  reconnaître  dans  le 
Lion  et  la  chevelure  de  Bérénice,  à  cause  de  son  voisinage  des  étoiles  P  Lion 
de  2«  grandeur  et  98  Lion  de  6"  grandeur.  Pallas  ne  cessera  de  former  le  sommet 
d'un  triangle  dont  la  base  sera  la  droite  qui  unit  ^  à  98  Lion. 

Jours.  Passage  Méridien.  Coucher  de  Pallas.  CoDsteUation. 

16  Mai S**  S"  soir.  S^SS"  matin.  Lion. 

21      »     7  51  »  3  36  »  » 

26      »     7  34  »  3  19  »  »> 

31      .)     7  17  .'  3    2  M  ^ 

5  Juin 7    1  »)  2  45  »       Ghev.  de  Bérénice. 

10      »     6  46  »  2  29  »  » 

15  .i     6  31  »  2  14  «  » 

Pallas  continue  sa  marche  dans  le  sens  direct,  de  l'Ouest  à  l'Est,  en  dehors 
du  chemin  que  suivent  les  autres  planètes. 

Le  i«'  juin,  Pallas  est  éloignée  de  312  millions  de  kilomètres  de  la  Terre  et 
de  367  millions  de  kilomètres  du  Soleil. 

Coordonnées  au  25  mai  :      Ascension  droite...    11''51'".    Déclinaison...    19*58' N. 
»  11  juin  :  »  »  12    4  »  19  31  N. 

Junon  est  toujours  facile  à  trouver,  le  soir,  dans  la  constellation  de  la  Vierge, 
à  cause  de  sa  grande  proximité  de  l'étoile  (  de  3«  grandeur.  Le  20  mai,  ces  deux 
astres  seront  en  conjonction  et  la  petite  planète  se  trouvera  au  Nord  de  l'étoile, 
à  moins  de  S^B'.  Une  jumelle  marine  ou  une  lunette  astronomique  sera  nécessaire 
pour  distinguer  Junon. 

Jours.  Passage  Méridien.  Cooclier  de  Janon.  Constellation. 

16  Mai 9''52-    soir.  4'*  8"  matin.  Vibrqe. 

21      »     9  30         »  3  47         »  » 

20      »     9    8  u  3  26  w  » 

31      M     ...    8  47  »  3    5  »  » 

5  Juin 8  27  »  2  47  «  » 

10      «     8    7  «  2  29  »  « 

15      » 7  48  M  2    8  »  » 

Le  mouvement  de  Junon  est  rétrograde  jusqu'au  12  juin.  A  partir  de  ce  mo- 
ment, la  marche  de  la  petite  planète  redevient  direct. 

La  distance  de  Junon  à  la  Terre  est  de  380  millions  de  kilomètres  au  !«''  juin 
et  de  484  millions  de  kilomètres  du  Soleil. 

Coordonnées  au  25  mai  :     Ascension  droite...     13*' 27*".    Déclinaison...    3*10*  N. 
»  11  juin  :  »  »  13  24  »  3    7   N. 

Vesta  est  toujours  invisible,  bien  que  se  levant  près  de  deux  heures  avant  le 
Soleil. 

Jupiter.  —  Cette  belle  planète  brille  toujours  du  plus  vif  éclat  dans  le  voisi- 
nage de  Régulus.  Le  30  mai,  au  soir,  Jupiter  et  Régulus  sont  en  conjonction  et 
leur  distance  n'est  que  de  42'. 


200  L'ASTRONOBI)k 

Joor«.  PMsain  Méridien.  Coodier.  ConatellAtion. 

17  Mai 6'' 15- .soir.  1 '•27- matin.  LiOK- 

21      »    G    1         »  1  12  »  » 

25      >»     5  47         »  0  57  »  » 

29      «     5  32  .  0  42 

2  Juin 5  18         »  0  27  »,  » 

6      »     5    4          »  0  12  »  » 

10      »     4  5t     ■     »  11  54  soir. 

U      *     4  37         »  11  39  •  y 

Jupiter  continue  son  mouvement  direct  dans  la  constellation  du  Lion.  Le  !•' juin, 
le  diamètre  de  la  planète  est  de  33',4,  sa  distance  à  la  Terre  est  de  820  millions 
de  kilomètres  et  sa  distance  du  Soleil  800  millions  de  kilomètres. 

Employer  une  bonne  jumelle  marine  pour  Tobservation  des  satellites  de 
Jupiter.  Les  personnes  douées  d'une  très  bonne  vue  pourront  essayer  de  distinguer 
le  3"  satellite  à  l'œil  nu,  lors  de  ses  plus  grandes  élongations  qui  auront  lieu  aux 
dates  suivantes  :  18,  21,  22,  •^),"^28  et  29  mai,  i«r,  2,  5.  8,  9  et  12  juin. 

Éclipses  des  satellites  de  Jupiter. 

17  Mai Il'' 30**  soir.  Immersion  du  2*  satellite  occulté. 

20      »    9  42  »  Emersion         3  »  » 

V      »    1120  •  Immersion       3  m  éclipsé. 

22      »    10  32  »  Emersion         1  »  » 

27  »    10    6  »  Immersion       3  »  occulté. 

28  »    8  48  V  Emersion         2  -  éclipsé. 

4  Juin 11  23  »  »  2  »  » 

5  »    10  52  »  Immersion       1  »         occulté. 

7     »    8  51  »  •         Emersion         1  »         éclipsé. 

14      »    10  47  »  »  1  »  » 

Remarque.  —  Les  15,  21  et  27  mai,  4  et  10  juin,  les  satellites  de  Jupiter  sont 
d'un  même  côté  du  disque  de  Jupiter. 

Saturne.  -—  Saturne  devient  de  plus  en  plus  difficile  à  reconnaître,  le  soir,  à 
l'Ouest,  peu  après  le  coucher  du 'Soleil.  Cette  belle  planète  va  bientôt  disparaître. 
Le  l**"  juin,  son  diamètre  est  de  15"  seulement. 

Uranus.  —  Le  mouvement  d'Uranus  est  rétrograde  jusqu'au  6  juin  et  la  planète 
se  dirige  vers  p  Vierge,  étoile  de  3,5  grandeur.  A  partir  de  ce  jour,  il  reprend  sa 
marche  vers  l'Est,  toujours  sous  l'aspect  d  une  étoile  de  6«  grandeur. 

Jours.  Passage  Méridien.  Coucher.  ConsteUation. 

17  Mai ,  8M5'"  soir.  2'' 24- matin.  Vierge. 

22      »     7  55         »  2    4         »  » 

27      »    7  35         »  144         »  » 

2  Juin 7  U         «  1  20         I.  » 

7      »     6  51  »  1     »         «  » 

12      »     6  32         »  0  41  »  » 

Coordonnées  au  l"juin  :    Ascension  droite  :  ll''56"48'.       Déclinaison  :  VQ'Z^'  N. 

Eugène  Vimont. 


CORRESPONDANCE. 

Curieux  effets  de  la  foudre,  —  M.  V. -Pépin,  de  Saint-Brieuc,  nous  adresse  Tintéres- 
santo  relation  suivante,  à  la  date  du  15  mars  1885.  J'ai  de  mes  propres  yeux  vu  les  dégâts 
accasionnés  par  la  foudre,  dans  une  ferme  du  village  de  Villecherel  (  canton  de  Pleine- 
Fougères).  L'électricité  suivant  la  cheminée  qu'elle  démolit,  arracha  une  pierre  du  foyer, 
fit  un  trou  dans  la  muraille,  tua  une  vache  couchée  de  l'autre  côté  et  revinC  dans  la 
maison.  C'est  là  que  se  passa  une  %teène  épouvantable  : 

Il  était  une  heure  du  matin  —  l'horloge  arrêtée  à  une  heure  juste,  sert  de  témoin.  Le 
fermier  et  sa  femme  dormaient;  un  de  leurs  tout  petits  enfants  était  couché  dans  un  berceau 
auprès  du  lit.  La  foudre,  en  un  instant,  arrache  au  fermier  son  oreiller  de  dessous  la 
tête,  brise  les  portes,  les  fenêtres,  en  projette  les  éclats  à  10  ou  15  mètres  dans  le  jardin, 
enfonce  les  meubles,  casse  la  vaisselle  ;  puis,  se  faisant  un  passage  dans  la  partie  supé- 
rieure d'un  buffet  et  dans  le  plafond,  traverse  un  tas  de  paille  sans  y  mettre  le  feu  et 
sort  enfin,  on  ne  sait  par  où,  remplissant  la  maison  de  gaz  à  odeur  sulfureuse.  Ces  gaz 
étaient  si  irrespirables  que  les  trois  ou  quatre  enfants  étaient  suffoqués;  les  parents  furent 
obligés  de  les  porter  dehors:  le  plus  jeune  resta  même  longtemps  sans  connaissance. 
Lorsque  je  les  visitai,  à  huit  heures  du  matin,  ils  étalent  tous  bien  pâles,  ou  plutôt  verts  ! 

Aucun  métal  n'a  étéattaaué;  ainsi  les  armoires,  les  buffets,  sont  ornés  ordinairement; 
dans  nos  campagnes  de  plaques  de  cuivre:  pas  une  n*a  été  touchée.  On  peut  aussi 
remarquer  que  la  foudre  n'a  point  allumé  d'incendie  eu  passant  dans  le  foin  et  la  paille. 

M.  E.  Blot,  à  Glermont  (Oise).  —  Nous  avons  reçu  votre  intéressante  épure  de  Toccul- 
tation  d'Aldébaran  par  la  Lune,  le  1*'  septembre  prochain.  On  ne  saurait  trop  vous  féli- 
citer de  la  précision  que  vous  avez  su  apporter  dans  cette  détermination  graphique  de 
toutes  les  phases  du  phénomène. 

M.  Bruquièrb,  à  Marseille.  —  Merci  pour  vos  observations  des  taches  solaires-  Vous 
savez  qu'elles  sont  collectionnées  avec  soin  et  nous  sont  très  utiles  pour  la  statistique 
des  phénomènes  solaires. 

M.  J.  GoLOMBAT,  à  Montagny.  —  Merci  de  vos  intéressantes  observations^  dont 
plusieurs  seront  prochainement  publiées.  Une  lunette  équatoriale  de  108*"  comblera 
vos  vœux.  Votre  lunette  de  40"'"  peut  parfaitement  y  être  adaptée  comme  chercheur. 

M.  Barthelont,  à  Quimper.  —  Nous  regrettons  que  la  nature  de  nos  occupations  ne 
nous  permette  pas  d'apprécier,  comme  il  le  mérit«  sans  doute,  votre  intéressant  travail. 
Quant  à  la  demande  que  vous  adressez  à  M.  G.  F.,  il  lui  est  impossible  de  la  satisfaire, 
car  il  est  tout  à  fait  incompétent  dans  les  questions  de  viticulture. 

M.  Lucien  Sol,  à  Paris.  —  La  Lune  est  en  effet  attirée  plus  fortement  par  le  Soleil 
que  par  la  Terre,  elle  tourne  eflfectivement  autour  du  Soleil  en  un  an  puisqu'elle  parti- 
cipe au  mouvement  annuel  de  la  Terre,  ce  qui  ne  Tempêche  pas  de  tourner  autour  de  la 
Terre  dans  la  période  d'un  mois.  Voyez  l'article  de  M.  Gérigny  :  Comment  la  Lune  se 
meut  dans  l'Espace.  (  V Astronomie  T.  L  1882  n"  2,  avril  p.  65.) 

M.  Oranger,  à  Auneau.  —  Votre  observation  de  Jupiter  est  intéressante.  Il  est  en 
effet  assez  rare  qu'on  observe  sur  cet  astre  des  points  noirs  :  il  serait  utile  de  savoir  si 
vous  avez  revu  ces  points  noirs  et  si  vous  avez  pu  les  suivre  ;  leur  observation  faite 
d'une  manière  systématique  serait  utile  pour  la  détermination  de  la  durée  de  la  rotation. 

Vous  av6z  bien  raison  de  regretter  q^ue  tant  de  travail  et  d'intelligence  se  dissippont 
en  pure  perte  dans  des  spéculations  oiseuses  ou  des  intrigues  condamnables.  Que  l'hu- 
manité deviendrait  vite  puissante  et  instruite,  si  les  hommes  savaient  employer  utile- 
ment les  facultés  intellectuelles  dont  ils  ont  le  bonheur  d'être  doués  ! 

M.  Henri  Mullbr,  à  Lischert.  —  La  question  que  vous  soulevez  est  fort  intéressante, 
mais  fort  difficile.  Il  ne  suffit  pas  de  tenir  compte  des  densités  des  corps  célestes  :  il 
faut  aussi  avoir  égard  â  la  loi  de  l'attraction;  on  ne  peut  juger  à  première  vue  aes 
mouvements  de  la  matière  soumise  à  d'aussi  nombreuses  innuences,  et  il  faut  de  toute 
nécessité  avoir  recours  à  l'analyse  mathématique. 

Un  abonné,  à  Beaumont  (Jersey).  —  Votre  sismographe  est  en  effet  fort  simple  et 
pourrait  rendre  de  grands  services.  La  grande  difficulté  consiste  à  l'installer  dans  un 
endroit  où  il  se  trouve  à  l'abri  des  agitations  accidentelles;  trépidations  du  sol  sous 
l'influence  des  voitures,  oscillations  des  murs,  des  planches  ou  des  pUjkfonds  produites 
par  le  vent  ou  les  pas  d'une  personne  marchant  dans  la  maison,  etc,  etc.  —  II  faut  des 
précautions  toutes  spéciales  pour  être  sûr  d'observer  véritablement  un  phénomène  géo- 
logique et  non  une  agitation  artificielle. 

M.  PÉROCHE,  à  Lille.  —  Vos  réflexions  sont  très  judicieuses.  Il  est  bien  certain  que  si 
l'attraction  de  la  Lune  a  quelque  influence  sur  les  .tremblements  de  terre,  et  les  farts 


intervenir  dans  la  production  des  oscillations  plus  fréôuentes  en  cette  saison.  Mais 
l'influence  de  la  température  paraît  être  révélée  nar  l'accroissement  des  secousses 

Sondant  la  nuit,  elle  doit  aussi  se  faire  sentir  en  niver  dans  le  même  sens,  et  il  est 
ifficile  de  faire  la  part  de  ce  qui  est  dû  1*  à  la  diminution  de  la  température  2*  à  la 
proximité  relative  du  Soleil. 

M.  Mavroqordato,  à  Constantinople.  —  Merci  pour  vos  documents  au  sujet  des 
tremblements  de  terre  ressentis  en  Grèce;  ils  seront  certainement  utilisés. 

M.  Ghailloux,  à  Paris.  —  Vous  trouverez  dans  VAstronomie  populaire,  p.  591,  et 
dans  les  Terres  du  Ciel,  p.  736,  tous  les  documents  relatifs  au  satellite  de  Neptune.  II 
n*a  pas  encore  reçu  de  nom, 

M.  Emile  Baudry,  à  Blois.  —  Veuillez  recevoir  nos  vives  félicitations.  Vos  Douze 
sonnets  astronomiques  sont  profondément  pensés.  L'édition  en  est  élégante  et  digne 
d'une  œuvre  consacrée  au  Ciel. 

M.  Pierre  Sindigo,  à  Paris.  —  Les  questions  que  vous  nous  adressez  sont  rédigées 
de  telle  sorte  qu'il  est  impossible  d'y  répondre  sans  entreprendre  au  préalable  une 
longue  discussion  sur  leur  énoncé  même.  La  signification  même  de  ces  questions  est 
souvent  fort  obscure,  et  nous  ne  comprenons  pas  Jaien  ce  que  vous  voulez  dire. 

M.  Frank  Allan  Curtis,  de  San  Remo,  écrit  que  le  tremblement  de  terre  dont  il  est 
question  au  tableau  publié  dans  la  Revue  de  Mars  a. eu  heu,  non  le  25  janvier,  mais  le 
samedi,  24,  à  la  même  heure  (9^  3"  de  Rome).  La  durée  a  été  de  4*.  La  direction  était 
S.  E.  à  N.  W. 

Le  lundi  16  février,  on  a  ressenti  un  autre  tremblement  qui  a  duré  2%  à  11''  10*" 
(heure  de  Rome,  —  même  direction)  et  qui  s'est  terminé  par  une  forte  secousse  rappe- 
lant celle  d'un  train  subitement  arrêté. 


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POUR  OBSERVATOIRES 


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PARIS 


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Aux  observatoires  populaires,  facultés, 
maisons  d'éducation,  cabinets  d'amateurs  y  etc. 


Prix  :  475  francs. 


NOTA.  —  Cet  Equalorlal  porté  en  excursions  ou 
en  villégiature  se  règle  instantanément  à  la  latitude 
(lu  lieu,  la  vis  tangente  demeurant  toujours  à  portée 
d'engrenage  du  cercle  horaire  et  de  la  roue  motrice 
du  mouvemenl  d*horlogerie. 


Leoerole  horaire  (0",16)  est  diTisé  de 

4  en  4  minutes  de  temps. 
Le  oerole  de  déclinaison  (o-,19),  porte 

720  divisions. 
Lie  trépied  est  armé  de  Tis  calantes . 


S*adres8er  à  l'inventeur,  M.  l'abbé  Blain, 

Institution  des  Sourds-Muets,  Poitiers. 

Ou  aux  constructeurSf  MM.  LussauU  frères, 

A  Marçay,  par  Vivonne  (Vienne). 


Paris.  —  Imp.  Gauthier-Villars,  55,  quai  des  Grands-AugusUna 


4'  Année. 


N»  6. 


Juin  1885. 


REVUE  MENSUELLE 

D'ASTRONOMIE  POPULAIRE 

DE  MÉTÉOROLOGIE  ET  DE  PHYSIQUE  DU  GLOBE, 

DONNANT    LB    TABLEAU    PERMANENT    DES    DÉCOUVERTES    ET    DES    PR00RB8    RÉALISAS 
DANS    LA    CONNAISSANCE    DE    L'UNIVERS 

PUBLIEE    PAB 

CAMILLE  FLAMMARION, 

AVEC  LE  CONCOURS  DES 

PRINCIPAUX  ASTRONOMES  FRANÇAIS  ET  ETRANGERS 


ABONNEMENTS  POUR  UN  AN! 

Paris  :  12  fr.  —  Départements  :  13  fr.  —  Étranger  :  14  fr. 

Prix  du  Numéro  :  1  ft*.  80  o. 

La  Revue  parait  le  t*^  de  chaque  Mois. 


PARIS. 

GAUTHIER-YILLARS,  IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DE    L*OBSERVATOIRE    DE    PARIS, 
Quai  des  Augustins,  55. 

1885 


SOMMAIRE  DU  N»  6  (JUIN  1885). 

La  photographie  directe  du  Ciel,  par  MM.  Paul  et  Prospkh  Henrv  (2  figureai).  —  L'Observa- 
toire de  Nice  et  l'Astronomie  en  France,  par  M.  Camille  Flammahion  (4  flgures).  —  Murs 
ënigmatiqaes  observés  4fc  la  surface  dé  la  Lune,  par  M.  L.  Tbouvelot  (1  flgure).  —La 
hauteur  des  lueurs  crépusculaires,  par  M.  Cii.  Dufour  (2  flgures).  —  NouTelles  de  la 
Science.  Variétés  :  Le»  saints  de  glace  et  le  mois  de  mai  1885.  Phénoméoes  solaires  et  aurores 
boréales.  Lueurs  crt'pu oculaires  eklnmière  zodiacale»  par  M.  J.  Colombat.  Visibilité  de  Mer- 
cure. Vénus  visible  en  plein  jour.  Etoile  double  voisine  de  p  du  Capricorne.  L'éclipsé  partiell<^  1 
de  Lune,  du  30  mars,  observée  par  MM.  O.  et  S.  Broune.  Observations  curieuses  sur  la  Lune,  La  i 
Lune  h  l'envers.  Aurores  boréales.  Eruption  du  Vésuve.  Poussières  de  fer  dans  Tatmosphère.                   ( 
Gréions  remarquables  (1  figure).  Les  vi<^times  de  la  foudre.  L'acide  carlwniquc  de  Tair.  Mouve- 
ments lents  du  sol.  Acoélération  thermodynamique  du  mouvement  de  rotation  de  la  terre.  Den- 
sité de  la  terre.  Sur  le  mouvement  relalif  do  la  terre  et  de  l'éther.  Légers  tremblements  de  terre-. 
Les  volcans  et  les  mesures  magnétiques.  L'inventeur  des  jumelles.  Statue  à  Giordano  Bruno. 
I/Astronomie  popularisée.  Un  cadran  solaire  de  plus  de  deux  mille  ans.  —  Observations  as- 
tronomlqueSf  par  M.  E.  Vimont  (2  figures) . 


ARTICLES  SOUS  PRESSE 

POUA  PARAITRE  DANS  LES  PROCHAINS  NUMÉROS  DE  LA  REVUE. 

FLAMMARION.  —  Les  conditions  de  la  vie  dans  TUnivers  iauHe  el  fin). 

DAUBRËE.  —  Découverte  au  Grofotand  de  masses  de  fer  natif,  d'oH^lne  terrestre 

et  analogue  au  fer  natif  d*origine  eattra-terrestre. 
BERTHELOT.  —  Sur  les  slg^nes  des  métaux  rapprochés  des  signes  des  planètes. 
CHANTRE.  —  Les  anciens  glacto|S«  des  Alpes. 
VAN  SANDIGK.  —  L'AstronomJIe  clica  les  Javanais. 
ERICSON.  —  Nouvelle  mesure  de  la  température  du  Soleil. 
TOTJNG.  —  Les  problèmes  actuels  de  T Astronomie. 
Jules  BON  JE  AN.  —  La  réforme  du  calendrier. 
BARRA  (D').  —  La  météorologie  en  Australie. 

FENET.  —  Les  curiosités  sidérales  vues  dans  les  instruments  moyens. 
VIMONT.  —  Instructions  pour  Tnsage  des  instruments. 
JACKSON.  --  Tableau  des  diverses  vif  esses. 
DETAILLE.  —  L'Astronomie  des  anciens  Egyptiens. 

ROSSI  DE  GIUSTINIANI.  —  L'AstrononUe  des  anciens  philosophes  grecs. 
G.  HERMITB.  —  Détermination  du  nombre  des  étoiles. 
LESPIAULT.  —  Démonstration  élémentaire  des  lois  de  Newton. 
FLAMMARION.  —  L'origine  des  constellations. 
GALLT.  —  Eclipses  de  Soleil  et  de  Lune  ^1  arriveront  de  l'an  1 886  k  Tan  2000 


PRINCIPAUX  ARTICLES  PUBLIÉS  DA,NS  LA  REVUE. 

A.  D'ABBADIE,  de  l'Institut.  —  Choix  d'un  premier  méridien. 

ARAGO  <V.).  —  Le  soleU  de  Minuit. 

BERTRAND  <J.),  de  l'Institut.  —Le  satellite  de  Vénus. 

BOË  (A.  De),  astronome  à  Anvers.  —  L'Etoile  polaire. 

DAUBRÉB,  Directeur  de  l'Ecole  des  mines.  —  Les  pierres  tombées  du  Ciel. 

DENNING  <A.),  astronome  à  Bristol.  —  Observations  télescopiques  da  Jupiter,  de  Vésas 
de  Mercure. 

DBNZA  (P.),  Directeur  de  l'Observatoire  de  Monoalleri.  —  Chute  d'un  uranolithe  en  Italie. 

DETAILLE,  astronome.  —  L'atmosphère  de  Vénus.  —  Nouvelles  mesures  des  anneaux 
de  Saturne.  —  Les  tremblem^^s  de  terre. 

FATE,  Prét^idont  du  Bureau  des  Longitudes.  —  NouTelle  théorie  du  Soleil.  —  Distribution 
des  taches  solaires.  ~  Mouvements  lents  du  sol  en  Suisse.  —  La  formation  du  sys- 
tème solaire. 

FLAMMARION.  —  Les  carrières  astronomiques  en  France.  --  Conditions  d'habita- 
bilité de  la  planète  Mars.  —  Constitution  physique  des  comètes.  —  Une  cenèse  dans 
le  Ciel.  —  Gomment  on  mesure  la  distance  du  soleil.  —  Les  étoiles,  soleils  de  l'InllnL— 
D'où  viennent  les  pierres  qui  tombent  du  Ciel  ?  —  Les  étoiles  doubles.  —  Chute  d'un 
corps  au  centre  de  la  terre  —  La  conquête  des  airs  et  le  centenaire  de  MoAtsolfler.  — 
Les  grandes  marées  au  Mont  Saint- Michel.  —  Phénomènes  mètéorologiqus  obser- 
vés en  ballon.  —  Une  excursion  météorologique  sur  la  planète  Mars.  -^  Les  flam- 
mes du  Soleil.  —  Les  illuminations  crépusculaires  et  le  cataclysme  de  Krakatoa.— 
La  planète  transneptunlenne.  —  L'étoile  du  Berger.  —  L'histoire  de  la  Terre.  —  Les 
victimes  de  la  foudre. 

FOREL  (le  Professeur).  —  Les  tremblements  de  terra. 

GAZAN  (Colonel).  —  Les  taches  du  soleil. 

GÂRIGNT,  astronome.  —  Comment  la  lune  se  meut  dans  l'espace.  —  Ralentissement  dv 
mouvement  de  la  Terre.  —  La  formation  du  système  solaire.  —  Études  sélénographi- 
ques.  —  L'èquatorial  coudé  de  l'Observatoire  de  Paris.  —  L'hèllomètre.  —  La  nais- 
sance de  la  Lune.  « 

HENRT,  de  l'Observatoire  de  Paris.  —  Découvertes  nouvelles  sur  Uranns. 

HERSCHEL  (A.-S.).—  Chute  d'un  uranolithe  en  Angleterre. 

HIRN,  correspondant  de  l'Institut.  —  ConsèrTation  de  l'énergie  solaire.  —  Phénomènes 
produits  sur  les  bolides  par  l'atmosphère.  —  La  température  du  Soleil. 

HOUZEAU,  Dirortcur  de  l'Observatoire  de  Bruxelles.  —  Le  satellite  de  Vénus. 


^  L'ASTRONOMIE.  — 

LA  PHOTOGRAPHIE  DIRECTE  DU  CIEL. 


201 


VAsironomie  a  fait  connaître  (année  1884,  p.  370)  les  premiers  essais  que 
nous  avons  obtenus  dans  la  photographie  directe  des  étoiles  à  l'aide  d'un 

Fl^  74. 


L*ama8  de  Persée,  photographié  directement, 

Obseryatolre  de  Paris.  Dorée  de  la  pose  =  50  minnlcs.  550  étoiles  de  la  7*  &  In  J8*  griindear, 
Bctaelle  1*  =  139««.  (Cliché  du  10  octobre  1884). 

objectif  de  0",  16  et  d'un  appareil  provisoire.  Ces  premiers  essais  ayant  donné 
de  bons  résultats,  M.  le  Directeur  de  l'Observatoire  a  bien  voulu  faire  cou- 
Juin  1885.  6 


202  L'ASTRONOMIE. 

struire  immédiatement  un  appareil  spécial  dont  la  partie  mécanique  a  été 
exécutée  d'une  façon  remarquable  par  M,  Gautier  et  dont  nous  avons  nous- 
mêmes  construit  l'objectif. 

Ce  nouvel  instrument  se  compose  de  deux  lunettes  juxtaposées,  renfer- 
mées dans  un  tube  métallique  unique  en  forme  de  parallélipipède  et  sépa- 
rées dans  toute  la  longueur  par  une  mince  cloison;  l'un  des  objectifs, 
de  0*",  24  d'ouverture  et  3",  60  de  distance  focale,  est  destiné  à  Tobservatiou 
visuelle  et  sert  de  pointeur;  l'autre,  de  0">,34  d'ouverture  et  de  3", 43  de 
foyer,  est  achromatisé  pour  les  rayons  chimiques  et  sert  à  la  Photographie. 
Les  axes  optiques  de  ces  deux  lunettes  étant  parallèles,  tout  astre  maintenu 
au  centre  du  champ  de  l'oculaire  de  la  première  produit  son  impression 
au  centre  de  la  plaque  sensible  de  l'appareil  photographique. 

L'équatorial  est  monté  dans  la  forme  dite  anglaise,  c'est-à-dire  que  le 
centre  du  tube  reste  toujours  dans  Taxe  polaire  de  l'instrument.  Cette  dis- 
position permet  de  suivre  un  astre  depuis  son  lever  jusqu'à  son  coucher, 
sans  qu'il  soit  nécessaire  de  retourner  l'instrument  dans  le  voisinage  du  méri- 
dien ;  elle  a,  de  plus,  l'avantage  de  donner,  pour  toutes  les  régions  du  ciel  la 
position  directe  et  la  position  inverse,  ce  qui  permet  d'éliminer  certaines 
erreurs  de  décentrage. 

Il  est  muni,  comme  les  équatoriaux  ordinaires,  de  cercle  horaire,  de 
cercle  de  déclinaison  et  d'un  mouvement  d'horlogerie  qui  peut  faire  mar- 
cher l'appareil  pendant  trois  heures  sans  être  remonté. 

Il  existe  des  mouvements  indépendants  de  rappel  très  lent  permettant  de 
maintenir  Taxe  de  la  lunette  dans  une  position  parfaitement  déterminée, 
malgré  quelque  légère  irrégularité  dans  le  mouvement  d'horlogerie  ou  rorien- 
tation  de  la  lunette. 

L'objectif  photographique,  le  plus  grand  qui  ait  encore  été  exécuté,  est 
formé  d'un  système  achromatique  simple,  et,  quoique  d'un  rapport  focal 
extrêmement  court,  il  peut  couvrir  très  nettement,  sans  l'emploi  d'aucun 
diaphragme,  le  champ  très  considérable  de  3*  de  diamètre. 

Bien  que  cet  appareil  ne  soit  pas  encore  entièrement  réglé,  nous  avoub 
déjà  pu  obtenir,  en  une  heure  de  pose,  l'épreuve  reproduite  ici  (fig.  7.5)  :  sur 
une  surface  représentant  une  étendue  du  ciel  d'environ  5*  carrés,  on  peut 
compter  2790  étoiles  comprises  entre  la  5*  et  la  14*  grandeur  aussi  nettement 
venues  sur  les  bords  qu'au  centre  de  l'épreuve  ;  on  peut  même  distinguer 
sur  le  cliché  les  traces  des  étoiles  de  15«  grandeur,  mais  trop  faiblement 
impressionnées  pour  supporter  le  report  sur  papier;. elles  seront  certaine- 
ment obtenues  par  une  pose  plus  longue  ;  les  étoiles  de  14*  grandeur  se  pré- 
sentent sous  un  diamètre  de  xô  de  millimètre. 

La  construction  d'une  telle  carie,  obtenue  en  une  heure,  aurait  certai- 


LA  PHOTOGRAPHIE  DIRECTE  DU  CIEL.  20Î 

nement  exigé  plusieurs  mois  d'un,  travail  assidu  par  les  procédés  ordi-- 
naires. 
Voici  la  durée  de  pose  nécessaire  pour  obtenir  l'image  des  étoiles  : 

!>-•  étoiles. 

!'•  grandeur 0%003 

2* 0 ,01 3  > 

3- 0,03 

4- : 0,08 

5- 0,2 

6%  dernières  étoiles  visibles  à  l'œil  nu 0 ,5 

?• 1,3 

8* 3 

9- 8 

10-    \  .  20 

11*    l    grandeur  moyenne  des  astéroïdes '  50 

12-    )  )       2- 

13- 5 

14* 13 

15"    i    dernières  étoiles  visibles  avec  la  moyenne  des  i      33 

16*    j       grands  instruments \  1^23 

Tous  ces  chiffres  représentent  un  minimum;  pour  obtenir  de  bonnes 
reproductions  sur  papier,  il  faudra  tripler  ce  temps  de  pose. 

On  voit  par  ce  tableau  que,  entre  la  première  et  la  dernière  grandeur 
d'étoiles,  la  durée  de  pose  varie  de  1  à  1  000  000.  (Le  rapport  adopté  entre 
Téclat  de  deux  grandeurs  consécutives  est  2,512). 

Nous  nous  sommes  servis  pour  ces  expériences  des  plaques  au  gélatino- 
bromure de  Monckoven,  préparées  par  M.  Bernœrt,  de  Gand. 

Remarquons  en  terminant  que  ces  nouveaux  progrès  ont  sensiblement 
augmenté  la  puissance  de  la  vue  humaine,  puisqu'ils  permettent  d'obtenir 
l'image  d'une  étoile  ou  le  tracé  de  la  route  d'un  astre  qui  resterait  invisible 
avec  des  lunettes  de  môme  ouverture  que  celles  qui  servent  à  la  photographie. 
La  persistance  de  l'impression  rend  la  plaque  photographique  plus  sensible 
que  la  rétine. 

Paul  bt  Prosper  Henry 

Astronomes-adjoints  de  robservatoire  de  Paris. 


Ce  sont  là  de  magnifiques  résultats,  et,  nous  éprouvons  le  plus  vif  bonheur 
à  les  présenter  à  nos  lecteurs  du  globe  entier.  «  Tous  les  astronomes  dirong- 
nous  avec  M.  l'amiral  Mouchez,  tous  les  astronomes  attacheront  certainement 
un  grand  intérêt  aux  résultats  qui  viennent  d'être  obtenus  à  l'Observatoire 
de  Paris;  ils  justifient  cette  remarque  déjà  ancienne,  que  les  astronomes  qui, 
suivant  l'exemple  illustre  des  Galilée  et  des  Herschel,  s'appliquent  à  con- 


Î04  L  ASTUONOMIB. 

Btruire  eux-mêmes  leui^  insU*uments,  deviennent  les  plus  habiles  artistes  et 
font  faire  le  plus  de  progrès  à  l'Astronomie  d'observation.  Ces  résultats  sont 
d'une  importance  considérable  pour  l'Astronomie.  La  photographie  céleste 
avait  sans  doute  déjà  produit  quelques  résultats  intéressants,  mais  ils  n'of- 
fraient guère  jusqu'ici  qu'un  objet  de  pure  curiosité,  aucun  fait  nouveau 
dans  la  connaissance  du  ciel  ne  leur  étant  encore  dû;  il  en  est  tout  autre- 
ment aujourd'hui  avec  les  nouveaux  grands  objectifs  photographiques  de 
MM.  Henry. 

«  Le  piemier  grand  problème  qui  va  pouvoir  être  résolu  en  quelques  années 
est  le  construction  exacte  de  la  Carte  du  ciel,  c'est-à-dire  le  dénombrement, 
le  classement  et  la  position  de  toutes  Içs  étoiles  visibles  avec  les  grands  in- 
struments, problème  qui  a  longtemps  préoccupé  les  plus  célèbres  astronomes 
et  était  considéré  comme  insoluble  jusqu'ici. 

»  Herschel,  après  la  construction  de  son  grand  télescope,  consacra  de  bien 
longs  travaux  à  la  solution  d'une  parlie  seulement  de  la  question,  le  dénom- 
brement des  étoiles.  Mais  il  trouva,  par  les  procédés  de  sondage  ou  de  jauge 
qu'il  avait  imaginés,  qu'il  lui  faudrait  quatre-vingts  années  de  travail 
pour  arriver  à  l'exploration  complète  du  ciel;  cependant,  après  plusieurs 
années  d'observation,  il  crut  pouvoir  fixer  approximativement  le  nombre  des 
étoiles  visibles  avec  son  grand  télescope,  c'est-à-dire  jusqu'à  la  14«  ou  15* 
grandeur,  à  vingt  millions  et  demi.  Par  une  remarquable  coïncidence,  nous 
arrivons  à  peu  près  au  même  chiffre  avec  notre  épreuve  obtenue  en  une 
heure  de  pose.  La  surface  de  la  sphère  contenant  41  000*  carrés  environ,  si 
l'on  admet  que  notre  épreuve  représente  une  région  de  densité  moyenne  du 
ciel,  les  2790  étoiles  contenues  dans  ces  5*  carrés  donnent  à  peu  près  22  mil- 
lions et  demi  d'étoiles  pour  l'ensemble  de  la  voûte  céleste. 

»  Comme  autre  étude  très  importante,  devenue  aujourd'hui  possible  par  la 
Photographie,  nous  pouvons  signaler  la  découverte  des  astéroïdes.  Les  petites 
étoiles  s'inscrivant  sur  le  cliché  comme  un  point  pour  ainsi  dire  mathéma- 
tique, les  planètes  s'en  distinguent  par  un  petit  trait  parfaitement  net  indi- 
quant leur  mouvement  propre  en  grandeur  et  en  direction  pendant  la  durée 
de  la  pose  :  c'est  ainsi  que  nous  avons  déjà  obtenu,  avec  l'appareil  provisoire 
de  l'année  dernière,  le  mouvement  propre  de  Palias  au  milieu  des  étoiles  fixes. 
»  On  pourra  étudier  de  même  le  mouvement  des  satellites  autour  de  leur 
planète  :  sur  les  épreuves  de  Jupiter  prises  de  dix  minutes  en  dix  minutes,  on 
voit  nettement  s'accentuer  la  marche  de  ces  petits  corps  autour  de  Taslie 
piincipal. 

»  L'étude  des  étoiles  doubles  et  multiples,  quand  ces  groupes  ne  seront  pas 
trop  serrés,  en  sera  grandement  facilitée;  et  Ton  pourra  également  appliquer 
la  Photographie  à  la  recherche  des  parallaxes  ;  j'ai  déjà  eu  l'occasion  de  dire 


LA  PHOTOGRAPHIE  DIRECTE  DU  CIEL.  20^ 

qu'avec  un  microscope  ordinaire  et  un  grossissement  de  quinze  à  vingt  fois, 
j'ai  pu  faire  sur  les  clichés  des  pointés  à  un  ou  deux  dixièmes  de  seconde 
près. 
»  Enfin  il  faut  citer  la  photométrie  comme  une  des  branches  de  l'Astronomie 

FijT.  75. 


Photographie  directe  de  cinq  degrés  carrés  du  ciel. 

ÎO"»»"  à  20»»  16";  -+-  35»  0'  à  -f-'  37«»80'.  2800  étoiles  d«  la  5*  &  la  H*  grandeur. 
(Cliché  du  23  avril  1885). 

physique,  qui  pourra  recueillir  maintenant  de  très  utiles   documents  de 
l'emploi  de  la  photographie.  » 

Celte  question  si  intéressante  de  la  valem*  photométrique  des  étoiles  reçoit 
de  la  photographie  une  interprétation  différente  de  celle  de  ToBil  humain, 
mais  qui  n'en  est  pas  moins  précieuse.  On  sait  que  le  bleu  vient  blanc  en 


206  LASTRONOMÎE. 

photographie,  tandis  que  le  jaune  et  le  rouge  viennent  noir.  Les  étoiles 
blanches  et  bleuâtres  de  15*  et  16'  grandeurs  se  laissent  photographier  sans 
peine  ;  les  étoiles  jaunes,  orangées  ou  rougeâtres  ne  sont  pas  photogéniques. 
Dans  l'amas  de  Persée  {fig.  74)  il  y  a  notamment  une  étoile  de  %•  grandeur 
et  demie  qui  ne  produit  sur  le  cliché  que  la  trace  d'une  étoile  de  11*.  Les  étoiles 
rouges  les  i)lus  brillantes,  Aldébaran,  par  exemple,  ne  donnent  pas,  comme 
on  pourrait  le  croire,  des  disques  grands  et  ternes,  mais  de  minuscules  petits 
points.  La  variabilité  de  couleur  se  décèlera  par  la  photographie. 

Il  existe  d'ailleurs  des  plaques  isochroraatiques  (entre  autres  celles  de 
MM.  Glayton  et  Atout-Tailler)  qui  permettent  de  photographier  toutes  les 
étoiles,  quelles  que  soient  leurs  couleurs,  avec  leur  intensité  lumineuse  réelle. 

Mais  ce  sont  surtout  les  mouvements  propres  des  étoiles  qui  se  manifeste- 
ront par  les  comparaisons  périodiques  des  aspects  célestes.  Les  positions  rela- 
tives très  précises  substituées  aux  positions  absolues  mettront  en  dix  ou  vingt 
ans  en  évidence  des  déplacements  que  cent  années  d'observations  méri- 
diennes n'auraient  pas  signalés.  Toute  équation  personnelle  étant  élimin^'O 
dès  le  principe,  les  résultats  obtenus  seront  dignes  delà  plus  haute  confiance. 
En  résumé,  les  ingénieux  travaux  de  MM.  Paul  et  Prosper  Henry  sont  de 
ceux  qui  illustrent  à  la  fois  un  établissement  et  un  pays.  Ils  font  le  plus  grand 
honneur  à  l'Observatoire  de  Paris  et  contribuent  tout  particulièrement  à  sa 
prospérité  scientifique  et  à  sa  gloire. 

L.V   RÉDACTION    DE    LA   ReVUE. 


L'OBSERVATOIRE  DE  MCE  ET  L'ASTRONOMIE  E>  FRANCE. 

Nous  venons  de  visiter,  dans  les  ateliers  du  célèbre  constructeur  Eiffel,  la 
plus  grande  des  coupoles  tournantes  qui  aient  jamais  été  construites.  Cett^ 
merveille  flottante  ne  mesure  pas  moins  de  22",  40  de  diamètre  à  l'inté- 
rieur; c'est-à  dire  qu'elle  surpasse  de  2  mètres  celle  du  Panthéon.  Elle  pèse 
95  000'«,  est  construite  en  fer,  composée  de  620  feuilles,  assemblées  entre 
elles  par  55  000  rivets.  Elle  est  simplement  posée  sur  de  l'eau,  flotte  comme 
un  bateau,  si  légèrement  que  la  main  d'une  Parisienne  peut  la  faire  tourner 
à  l'aide  d'un  petit  treuil.  En  moins  de  quatre  minutes,  elle  fait  un  tour 
complet  sur  elle-même.  Un  vent  un  peu  fort  suffit  même  pour  la  mettre  eu 
mouvement. 

Cette  coupole  est  destinée  à  TObservatoire  de  Nice. 

Le  résultat  obtenu  par  le  hardi  constructeur  auquel  on  doit  le  projet  de  la 
tour  de  300"  destinée  à  couronner  l'exposition  séculaire  de  1889  est  aussi 
merveilleux  qu'inattendu.  Les  ingénieurs  invités  par  le  Ministre  des  travaui 


L  OBSERVATOIRE  DE  NICE  ET  L'ASTRONOMIE  EN  FRANCE. 


207 


publics  à  examiner  les  projets  de  concours  pour  la  coupole  de  20""  que 
l'Observatoire  attend  toujours  —  et  attendra  malheureusement  longtemps 
encore  —  se  déclarèrent  contre  cette  idée  nouvelle  et  originale  de  faire 
porter  une  coupole  astronomique  sur  de  l'eau.  Cependant,  ils  la  discutèrent, 
pour  la  repousser  par  quatre  voix  contre  trois.  Elle  avait  pourtant  un  pro- 
tecteur puissant,  Tamiral  Mouchez,  Directeur  de  TObservatoire,  juge  ausâi 
éclairé  qu'indépendant. 

M.  Charles  Garnier,  Tarchitccte  de  TOpéra,  qui  venait  de  terminer  TObser- 

Fig.  76. 


Plan  général  de  l'Observaloire  do  Nice. 


vatoire  de  Nice,  dû  à  la  générosité  scientifique  sans  seconde  en  France  do 
M.  Bischoffsheim,  faisait  partie  de  la  commission  des  sept  et  était  Tun  des 
trois  partisans  du  projet  Eiffel.  Ayant  une  coupole  à  placer  sur  la  magni- 
fique base  égyptienne  qui  domine  si  splendidement  le  mont  Gros  à  Nice, 
Phidias  décida  Mécène  à  choisir  la  coupole  flottante,  de  préférence  à  tous  les 
anciens  systèmes.  S'il  se  fût  agi  d'un  établissement  de  TEtat,  par  exemple  de 
l'Observatoire  de  Paris,  on  eût  été  obligé  de  suivre  l'avis  de  la  commission 
officielle,  et,  au  lieu  de  ce  dôme  aérien,  qui  n'est  plus  qu'un  jeu  dans  la 
main  de  l'observateur  ou  de  son  assistant,  on  aurait  construit  un  édifice 
massif  analogue  à  celui  de  la  terrasse  de  l'Observatoire,  à  cette  coupole  de 
la  tour  de  l'Est  construite  du  temps  d'Arago  et  qui  a  lassé  la  patience  des 
rares  astronomes  qui  se  sont  astreints  à  observer  le  ciel  sous  cette  lourde 
carapace. 


208 


L'ASTKONOMIE. 


Je  me  souviens  pour  ma  part  que,  dans  le  cours  de  rannée  1877,  ayant 
eu  à  passer  là  quelques  nuits  d'observation,  la  coupole  était  si  dure  à 
tourner  que  plusieurs  hommes  d'équipe  étaient  nécessaii*es  pour  la  mettre 
en  mouvement;  il  ne  fallait  pas  moins  de  trois  quarts  d'heure  de  travail 
pour  lui  faire  faire  un  seul  tour.  Quant  aux  trappes,  deux  hommes  devaient 
se  pendre  aux  cordages  destinés  à  les  ouvrir  et  encore  n'y  réussissaient-ils 
pas  toujours. 

Dans  la  coupole  de  Nice,  le  système  d'ouverture  est  complètement  nou- 

Fig.  77. 


1  i  ; 
i  !  i 


r 


La  coupole  flottanto  de  22»  de  diamètre. 

veau.  Il  se  compose  simplement  de  deux  volets,  régnant  sur  toute  la  hauteur 
de  la  coupole,  depuis  la  base  jusqu'au  sommet,  qui  s'écartent  l'un  de  Tautre, 
parcourant  chacun  1'",50,  et  donnent  à  l'ouverture  destinée  aux  observa- 
lions  un  espace  complètement  libre  de  3'"  de  largeur  et  de  toute  la  hauteur 
de  la  coupole.  Ajoutons  que  les  volets,  une  fois  fermés,  le  sont  hermétique- 
ment, et  que  les  gouttes  de  pluie  chassées  par  le  vent  ne  risquent  pas  d'aUer 
détériorer  l'instrument. 

Nous  l'avons  dit  tout  à  l'heure,  l'innovation  de  cette  construction  consiste 
dans  l'application  du  principe  d'Archimède  :  tout  corps  plongé  dans  l'eau 
perd  une  partie  de  son  poids,  équivalente  à  celui  de  l'eau  qu'il  déplace.  La 
coupole  pesant  95  000^»,  on  a  donc  construit  une  cuve  circulaire  destinée 
à  la  soutenir,  pouvant  contenir  plus  de  95  000  litres  d  eau.  La  base  de  la 
coupole  s'enfonce  d'une  certaine  quantité  dans  celte  eau,  ne  pose  pas  sur  le 


L'OBSERVATOIRE  DE  NICE  ET  L'ASTRONOMIE  EN  FRANCE. 


209 


fond,  ilbtte  tout  simplement,  comme  un  oateau.  Cette  cuve  annulaire  mesure 
par  conséquent  22°*, 40  de  diamètre  intérieur,  comme  la  coupole  elle-même; 
sa  hauteur  est  de  t™,50,  sa  largeur  de  l'",20.^ur  le  flotteur  est  fixée  une 
armature  de  seize  fermes  en  acier,  qui  forme  en  quelque  sorte  la  base  et  la 
charpente  du  dôme  mobile.  Au  besoin,  en  cas  de  réparation  de  la  cuve,  par 
exemple,  la  coupole  peut  tourner  sur  des  galets,  comme  on  le  voit  sur  la 
fig-  77. 
Ce  n'est  pas  de  Teau  pure  qui  remplit  la  cuve,  car  chacun  sait  que  l'eau 


Fig.  78. 


- -*7s^ - ' 

La  coupole  sur  son  piédestal . 

gèle  à  zéro  et  que,  même  sur  la  montagne  de  Nice,  il  serait  imprudent  de 
s'exposer  à  voir  la  coupole  immobilisée  précisément  pendant  les  belles  nuits 
d'hiver.  M.  Eiffel  a  choisi  une  dissolution  de  chlorure  de  magnésium, 
laquelle  ne  se  gèle  qu'à  40°  au-dessous  de  zéro,  froid  sans  exemple  à  Nice,  à 
Paris  et  dans  tout  le  monde  habitable.  On  a  objecté  que  le  chlorure  de 
magnésium  pouvait  attaquer  les  métaux.  Mais  M.  Pictet  l'emploie  depuis  dix 
ans  dans  ses  appareils  frigorifiques  et  n'a  jamais  remarqué  aucune  dété- 
rioration. 

Voici  maintenant  ce  beau  projet  réalisé.  La  coupole  va  être  démontée  et 
portée  sur  la  base  qui  l'attend  à  Nice.  Elle  abritera  un  équatorial  colossal  de 
18"  de  longueur,  dont  l'objectif,  de  O^TO  de  diamètre,  a  été  parfaitement  réussi 
par  M.  Feil  et  va  recevoir  la  savante  courbure  qui  lui  convient,  par  les  soins 

6* 


210 


L'ASTRONOMIE. 


de  MM.  Henry  frères,  de  l'Observatoire  de  Paris,  célèbres  par  leurs  décou- 
vertes astronomiques  comme  par  leurs  travaux  en  optique,  qui  en  ont  fait 
depuis  longtemps  déjà  les  émules  et  les  continuateurs  de  Foucault. 

Là,  sur  la  montagne  qui  domine  dans  les  hauteurs  aériennes  la  ville  du 
bruit  et  des  plaisirs,  au  sein  du  silence  solennel  des  rochers  et  des  bois,  en 
face  de  l'un  des  plus  grandioses  tableaux  de  la  nature  qui  se  puissent  voir, 
entre  la  Méditerranée  au  miroir  resplendissant  et  les  Alpes  couronnées  de 
leurs  neiges  éternelles,  les  astronomes  de  TObservatoire  de  Nice  vont  conti- 

Flg.  7'J. 


Coupe  du  flotteur  de  la  coupole. 

nuer  et  développer  encore  les  recherches  ingénieuses  et  les  belles  décou- 
vertes qui  ont  déjà  signalé  leur  avènement.  Déjà,  à  Taide  des  premiers 
instruments  mis  à  leur  disposition  par  une  générosité  scientifique  qu'on  ne 
saurait  trop  louer,  les  étoiles  doubles,  les  planètes  de  notre  système,  les 
comètes  errantes  ont  été  minutieusement  étudiées,  examinées,  mesurées  par 
M.  Pen-otin,  le  directeur  de  l'Observatoire,  et  par  son  aide  assidu,  M.  Char- 
lois;  déjà  aussi,  à  l'aide  d'un  appareil  merveilleux  dû  tout  entier  à  son  inven- 
tion, M.  Thollon  a  pu  pénétrer  le  mystère  de  la  constitution  chimique  du 
Soleil,  en  obtenant  un  spectre  solaire  de  15"  de  longueur,  sur  lequel  il  a 
compté  et  mesuré  plus  de  dix  mille  raies  spectrales,  dont  un  grand  nombre 
appartiennent  à  l'atmosphère  même  de  la  Terre.  Par  la  comparaison  de  ces 
raies  solaires  et  terrestres,  on  obtient  des  données  précieuses,  non  seulement 
sur  la  constitution  du  Soleil,  mais  sur  celle  de  notre  propre  planète.  Par  sii 
situation,  par  la  valeur  des  savants  qui  y  travaillent,  par  l'excellence  de  ses 


L'OBSERVATOIRE  DE  NICE  ET  L'ASTRONOMIE  EN  FRANCE.  211 

instruments,  TObservatoire  de  Nice  peut  être  désormais  considéré  comme 
l'un  des  premiers  du  monde  entier. 

Un  jour,  quittant  Nice  pour  Paris,  je  n*ai  pu  m'empêcher  d'exprimer  mon 
admiration,  en  des  termes  que  je  demande  la  permission  de  rappeler  ici, 
précisément  parce  qu'ils  n'auront  peut-ctré  pas  toujours  la  même  raison  d'être. 

«  Dans  ce  sanctuaire  d'Uranie  règne  un  esprit  de  libéralisme  scientifique, 
déloyale  confraternité,  de  sincérité  et  d'aménité,  que  l'on  n'est  pas  accou- 
tumé à  rencontrer  dans  les  Observatoires.  On  y  respire  un  air  de  liberté  qui 
s'harmonise  bien  avec  la  supériorité  lumineuse  des  hauteurs.  Tous  les  astro- 
nomes qui  visitent  l'Observatoire  de  Nice  s'en  aperçoivent  dès  le  premier 
jour  et  ne  peuvent  s'empêcher  d'en  féliciter  le  directeur.  Le  Verrier  était  ua 
grand  génie,  mais  il  faut  avouer  que  la  tradition  qu'il  a  laissée  à  l'Observa- 
toire de  Paris  et  ailleurs  est  déplorable. 

a  Quand  donc  les  savants  comprendront-ils  que  les  places  officielles  ne 
signifient  rietij  absolument  rien,  et  que  la  seule  valeur  de  l'homme  consiste 
dans  sa  valeur  personnelle  ? 

«  L'homme  de  cœur  est  heureux  de  rencontrer  sur  sa  route  une  RépubUque 
de  travailleurs  comme  celle  de  l'Observatoire  de  Nice,  et,  dût  la  modestie  de 
ces  scrutateurs  des  mystères  célestes  en  être  blessée,  il  croit  juste  et  même 
opportun  de  signaler  son  existence. 

«  Tous  les  vrais  amis  de  la  science  admireront  la  libéraUté  scientifique  de 
l'heureux  député  des  Alpes-Maritimes,  et  ils  le  féliciteront  surtout  de  la 
manière  dont  son  œuvre  a  été  réalisée  (M-  » 

Ces  paroles,  je  pourrais  les  répéter  aujourd'hui  même.  Mais  l'Observatoire 
de  M.  Bischoffsheim  gardera-t-il  son  indépendance  dans  l'avenir? 

L'éducation  française  est  ainsi  faite,  depuis  la  centralisation  opérée  par 
Louis  XIV,  que  l'officiel,  le  fonctionnarisme  régnent  sur  l'ensemble  des  esprits. 
C'est  à  un  tel  point  qu'en  général  l'homme  le  mieux  doué,  au  lieu  de  se 
contenter  d'être  quelqu'un,  s'imagine  qu'il  est  préférable  d'être  quelque  chose. 
II  semble  que  la  consécation  officielle  d'une  valeur  soit  un  titre  de  garantie. 
Et  pourtant,  au  fond,  chacun  sait  qu'il  n'en  est  rien,  que  l'on  rencontre  à 
chaque  pas  de  hauts  et  puissants  fonctionnaires  dépourvus  de  toute  valeur 
personnelle,  véritables  crustacés  de  la  civilisation,  et  qu'à  côté  agissent  des 
savants,  des  industriels,  des  littérateurs,  des  artistes  incomparablement  plus 
forts  et  qui  ont  en  plus  le  mérite  d'être  affranchis  de  toute  attache  officielle. 
Derâande-t-on  ce  qu'étaient  Christophe  Colomb,  Copernic,  Newton,  Pascal. 
Leibniz,  Herschel;  s'ils  étaient  académiciens  ou  s'ils  portaient  des  galons? 

L'Observatoire  de  Nice  est  dd  tout  entier  à  l'initiative  privée,  à  la  noble 

C)  1j  Astronomie,  mai  1884. 


212  L'ASTRONOMIE. 

générosité  d'un  ami  de  la  Science  et  du  progrès.  M.  Bischoffsheim  y  a  consacré 
plusieurs  millions,  tant  pour  l'achat  du  terrain  que  pour  les  constructions, 
les  instruments  et  le  personnel.  C'est  lui. qui  subvient  à  toutes  les  dépenses; 
son  intention  est  certainement  d'aww?Yr  Vavenir  comme  le  présent.  Jusqu'ici, 
il  a  tout  créé  en  dehors  de  l'Etat.  Aussi,  depuis  trois  ans  seulement 
qu'il  est  possible  d'y  travailler,  les  résultats  sont-ils  déjà  merveilleux,  tandis 
que  nous  pourrions  aligner  ici,  si  nous  le  voulions,  des  colonnes  de  chiffres 
représentant  des  centaines  de  mille  francs  et  même  des  millions,  pris  sur 
nos  impôts  toujours  croissants,  versés  dans  les  établissements  de  l'État,  et 
qui  ne  rapportent  rien,  absolument  rien  à  la  science.  Ce  magnifique  exemple 
d'initiative  privée,  fréquent  aux  États-Unis  et  en  Angleterre,  mais  si  rarissime 
en  France  qu'il  est  unique,  inaugure-t-il  pour  notre  pays  une  ère  d'émulation 
et  de  progrès?  Allons-nous  cesser  de  rester  endormis  sur  Toreiller  de  TÉtat? 
Allons-nous  faire  preuve  d'existence,  de  personnalité,  d'indépendance, 
d'énergie,  comme  nos  modèles  du  Nouveau  Monde  et  de  TAngleterre?  Il  est  à 
craindre  que  non. 

On  dit  que  M.  Bischoffsheim  lui-même  n'apprécie  pas  à  sa  valeur  le  carac- 
tère de  son  œuvre,  qu'il  ne  tient  pas  à  donner  ce  grand  exemple  à  la  France 
et  qu'une  fois  l'Observatoire  entièrement  terminé,  il  fera  comme  tout  le  monde 
et  abandonnera  sa  création  au  grand  fleuve  qui  doucement  coule,  à  l'État. 
On  dit  que  son  intention  est  de  profiter  de  l'inauguration  qui  doit  être  faite 
au  mois  d'octobre  prochain  pour  offrir  les  clefs  de  l'Observatoire  au  Bureau 
des  Longitudes  ! 

Ce  serait  infiniment  regrettable,  à  tous  les  points  de  vue. 

Camille  Flammarion. 

MURS  ÉNIGMATIQUES 

OBSERVES  A  LA  SURFACE  DE  LA  LUNE. 

Le  20  février  1877,  entre  9'"30"  et  lO^SO",  temps  moyen  de  Cambridge 
(Etats-Unis),  j'observais  le  cratère  Eudoxe  à  l'aide  d'un  réfracteur  de  0,162""', 
quand  mon  attention  fut  éveillée  par  un  phénomène  inusité  que  je  n'avais 
jamais  remarqué  auparavant.  A  ce  moment,  les  conditions  atmosphériques 
étaient  très  favorables  pour  l'observation,  et  la  ligne  du  terminateur  passait 
par  les  cratères  Aristillus  et  Alphonse.  Le  phénomène  consistait  en  un  mince 
filet  lumineux  qui  traversait  la  partie  méridionale  du  cratère  (fig.  80)  et 
s'avançait  en  ligne  droite,  allant  d'un  bord  à  l'autre  en  conservant  une  lar- 
geur uniforme.*  A  l'Ouest,  son  extrémité  n'atteignait  cependant  pas  tout  à  fait 
le  bord  du  cratère  qui,  en  cet  endroit,  forme  une  petite  dentelure  (A),  mais 
en  était  séparée  par  un  petit  intervalle.  A  l'Est,  le  filet  lumineux  s'avançait 


MURS  ÉNIGMATIQUES  OBSERVÉS  A  LA  SURFACE  DE  LA  LUNE. 


213 


jusqu'au  bord  du  cratère,  en  B,  et  aboutissait  à  une  sorte  de  fracture  ou  de 
ravin  sinueux,  qui  se  continuait  au  delà,  du  côté  du  Sud-Est. 

La  moitié  occidentale  de  ce  filet  lumineux  était  entourée  d*ombre  de  chaque 
côté,  tandis  que  sa  partie  orientale  en  était  dépourvue  sur  son  côté  sud.  Au 
Nord,  l'ombre,  formant  une  bande  assez  large,  suivait  parallèlement  le  bord 
du  filet  lumineux  jusqu'au  point  où  elle  rencontrait  le  talus  incliné  qui 
forme  le  mur  du  cratère;  après  quoi  elle  allait  en  s'effilant,  et  se  terminait 
en  pointe  aiguë  à  son  extrémité.  Ce  filet  lumineux  paraissait  plus  brillant 
que  les  parties  de  la  surface  qui  recevaient  la  lumière  solaire  et  qui  lui 
étaient  contiguës,  car  il  se  détachait  sur  elles  avec  netteté.  Ce  trait  lumineux, 
avec  le  large  ruban  d'ombre  qui  le  longeait  au  Nord,  produisit  sur  moi  l'im- 

Fifç.  80. 


Mur  rectiligne  traversant  le  cirque  lunaire  d'Eudoxe. 

pression  très  décidée  que  le  cratère  était  traversé  en  cet  endroit  par  un  mur 
étroit  et  très  élevé  qui  surgissait  au-dessus  de  l'ombre  portée  par  son  contre- 
fort ouest,  et,  sans  plus  y  songe»,  je  me  contentai  de  celte  explication. 

Pliis  d'une  année  s'écoula  avant  que  je  n'eusse  occasion  d'observer  de  nou- 
Yeau  ce  cratère.  Le  31  décembre  1878,  par  une  vue  excellente,  et  bien  que 
la  ligne  du  terminateur  passât  non  loin  d'Aristillus,  je  ne  pus  rien  dé- 
couvrir qui  ressemblât  à  ce  que  j'avais  étudié  en  1877.  Cependant,  on  distin- 
guait dans  le  fond  du  cratère  quelque  chose  qui  donnait  l'idée  d'une  fracture, 
justement  à  l'endroit  où  j'avais  vu  le  filet  lumineux.  Le  4  mai  1881,  on  voyait 
briller  dans  l'ombre  du  cratère  un  point  un  peu  allongé  du  Nord  au  Sud, 
précisément  à  l'endroit  où  se  terminait  l'extrémité  occidentale  du  trait  lumi- 
neux reconnu  en  1877.  Depuis,  j'ai  observé  ce  cratère  chaque  fois  qu'il  se 
présentait  dans  les.  mêmes  conditions  d'illumination,  mais  jamais  je  n'ai 
revu  le  même  phénomène.  Dernièrement,  le  23  avril  1885,  j'ai  examiné  avec 
beaucoup  de  soin  le  fond  de  ce  cratère  alors  exposé  aux  rayons,  du  Soleil, 
mais  je  n'ai  rien  remarqué  qui  ressemblât  à  un  mur,  sinon  qu'à  l'Ouest  on 


214  L'ASTRONOMIE. 

voyait  quelques  rocs  et  débris  disposés  en  ligne  droite  sur  le  trajet  même 
du  filet  lumineux  observé  en  1877. 

Il  serait  plus  naturel  d'expliquer  le  phénomène  observé  en  supposant  qu'il 
existe  une  fracture  étroite  et  très  profonde  dans  le  mur  ouest  d'Eudoxe,  et 
que  la  lumière  solaire,  en  passant  à  travers  cette  ouverture,  illuminait  le  fond 
du  cratère,  et  formait  ainsi  Tétroit  filet  lumineux  que  nous  avons  observé. 
Mais  plusieurs  objections  s'élèvent  contre  cette  hypothèse.  D'abord,  si  le 
rayon  lumineux  observé  était  dû  au  passage  des  rayons  solaires  à  travers  une 
fente  étroite,  on  ne  voit  pas  pourquoi  ce  filet  lumineux  aurait  été  plus 
brillant  que  les  parties  de  la  surface  qui  lui  étaient  contiguës  et  recevaient 
également  la  lumière  solaire.  De  plus,  on  ne  conçoit  pas  comment  l'ombre 
du  lalus  occidental  du  cratère  aurait  pu  être  prolongée  aussi  loin  et  jusqu'au 
sommet  du  talus  opposé,  alors  que  le  Soleil  était  déjà  élevé  de  plus  de  20*  au- 
dessus  de  Thorizon  do  ce  lieu. 

D'un  autre  côté,  si  le  phénomène  observé  était  un  mur  travereant  le 
cratère,  comment  expliquer  pourquoi  cenuu»,  si  facilement reconnaissable  le 
20  février  1877,  a  passe  inaperçu  et  ira  jamais  été  observé  auparavant? 
Nous  sommes  ici  placés  en  présence  d'un  dilemme  quïl  n'est  pas  facile  de 
résoudre. 

Du  reste,  il  existe  sur  notre  satellite  des  murs  naturels  aussi  longs,  aussi 
étroits  et  aussi  élevés  que  celui  qu'il  faudrait  supposer  avoir  existé  dans 
Eudoxe  pour  expliquer  les  phénomènes  observés,  et  nous  connaissons  plu- 
sieurs de  ces  murs  que  nous  avons  dessinés  et  observés  un  grand  nombre  de 
fois.  Chose  curieuse,  les  murs  lunaires  que  nous  avons  observés  se  trouvent 
précisément-  comme  celui  d'Eudoxe,  sur  le  trajet  de  certaines  rainures  dont 
ils  forment  une  partie  en  relief;  ou  bien,  les  rainures  venant  y  aboutir,  ils 
les  prolongent  à  des  distances  quelquefois  considérables. 

Ainsi,  la  grande  rainure  tj  de  la  carte  de  Neison,  qui  commence  au  nord 
du  cratère  Burg,  s'avance  vers  le  Sud-Est  jusqu'à  un  massif  mon tueux  où 
elle  semble  se  terminer,  noyée  dans  la  lumière  éclatante  d'un  petit  craterlel 
qui  occupe  le  sommet  de  la  chaîne  montagneuse.  Mais  elle  se  continue  au 
delà,  et  on  la  retrouve  au  pied  opposé  de  la  montagne,  s'avançant  en  ligne 
droite  à  travers  un  méandre  du  Lac  du  Sommeil;  puis,  pénétrant  de  nou- 
veau dans  la  montagne,  elle  s'élance,  toujours  en  ligne  droite,  à  travers  les 
terrains  si  étendus  et  si  accidentés  de  cette  région,  passant  à  l'ouest 
d'Alexandre,  et  vient  déboucher  à  travers  le  Mont  Caucase  et  se  terminer 
dans  la  Mér  de  la  Sérénité,  au  nord  d'un  très  petit  cratère  isolé,  située  non 
loin  de  la  chaîne  caucasienne.  Cette  longue  ligne,  allant  de  Burg  à  la  Merde 
la  Sérénité,  ne  se  présente  pas  sous  le  même  aspect  sur  tout  son  parcours. 
En  effet,  le  4  avril  1881,  je  reconnaissais  avec  toute  l'évidence  désirable  que 


MURS  ÉNIGMATIQUES  OBSERVÉS  A  LA  SURFACE  DE  LA  LUNE.  515 

là  où  elle  traverse  le  méandre  du  Lac  du  Sommeil,  et  d'une  chaîne  de 
montagnes  à  l'autre  chaîne^  elle  n'apparaissait  pas  comme  une  rainure,  mais 
plutôt  comme  un  mur  étroit  et  élevé  projetant  son  ombre  sur  son  côté  septen- 
trional, et  s'avançait  parallèlement  avec  le  mince  filet  lumineux  qui  consti- 
tuait son  sommet.  La  rainure  qui  s'avance  au  delà  de  ce  mur  vers  la  Mer  de 
la  Sérénité  a  été  observée  par  nous  le^  20  mars  1877,  et,  depuis  cette  époque, 
nous  l'avons  retrouvée  plusieurs  fois. 

Le  23  janvier  1880,  à  S^'SS",  temps  moyen  de  Cambridge,  je  reconnaissais 
un  mur  long  et  étroit  qui  partait  de  la  bordure  ouest  d'un  petit  massif  mon- 
tueux  situé  à  une  très  faible  distance  du  sommet  sud  de  l'ellipse  formée  par 
le  cratère  Aristarque.  Le  trait  lumineux  que  formait  ce  mur  avançait  vers 
l'Est,  et  se  dirigeait  en  ligne  droite  sur  le  cratère  Hérodote  dont  il  atteignait 
la  bordure  occidentale  et  la  dépassait  même  un  peu,  projetant  comme  un 
petit  point  lumineux  sur  l'ombre  dont  ce  cratère  était  alors  envahi.  La  partie 
occidentale  de  ce  mur,  qui  traversait  le  petit  massif  montueux  qui  vient 
d'être  décrit,  se  montrait  seulement  comme  un  trait  lumineux,  mais  dès 
qu'il  l'avait  dépassé,  et  s'avançait  à  l'Est  à  travers  la  vallée  profonde  qui 
sépare  les  deux  cratères;  on  voyait  Tombre  projetée  par  le  contrefort  sud- 
est  d'Aristarque  s'arrêter  nettement  au  filet  lumineux;  mais,  plus  loin,  vers 
l'Est,  l'ombre  qui  longeait  le  mur,  devenue  plus  étroite,  semblait  être  celle 
de  ce  mur,  portée  au  Nord.  Vers  son  extrémité  orientale,  le  mur  qui  traver- 
sait le  contrefort  ouest  d'Hérodote  n'était  accompagné  que  d'un  mince  filet 
d'ombre  interrompu  par  place. 

Sur  le  terrain  montueux  qui  s'étend  à  l'est  du  grand  cratère  Rhœticus 
on  rencontre  un  de  ces  murs  singuliers,  qui  présente  une  longueur  consi- 
dérable. Cette  formation,  que  j'ai  reconnue  depuis  plusieurs  années  et  ob- 
servée plusieurs  fois,  semble  être  un  prolongement  de  la  rainure  Z  qui 
appartient  au  système  de  Triesnecker.  Cette  rainure,  comme  l'on  sait,  com- 
mence au  nord-ouest  de  Triesnecker  et  s'avance  au  Sud  vers  le  petit  cratère 
Rhœticus  B,  et  se  termine  au  pied  du  massif  montueux  déjà  cité.  Le  mur  en 
question  commence  à  l'extrémité  de  cette  rainure,  et  se  prolonge  vers  le 
Sud,  en  contournant  la  bordure  orientale  de  Rhœticus,  s'avançant  parallèle- 
ment à  ce  bord,  traversant  ce  terrain  accidenté  de  pics  élevés  et  de  ravins 
profonds,  et,  dépassant  ce  cratère,  va  se  terminer  au  Sud,  dans  une  petite 
vallée,  non  loin  d'un  très  petit  cratère  situé  entre  Rhœticus  et  Horrocks. 
Dans  son  trajet,  ce  mur  traverse  plusieurs  ravins  profonds  qu'il  coupe  à 
angle  droit.  En  ces  endroits,  il  apparaît  comme  un  mince  filet  d'argent,  situé 
comme  il  Test  entre  deux  ombres  :  Tune  portée  par  le  mur  est  de  Rhœticus, 
qui  vient  s'arrêter  contre  sa  bordure  ouest,  et  l'autre  par  ce  mur  lui-môme 
qui  emplit  d'ombre  et  fait  la  nuit  le  long  de  sa  bordure  orientale.  Là  où  il 


216  L'ASTRONOMIE. 

traverse  les  ravins,  Tombre  que  ce  mur  porte  à  l'Est  est  très  large,  mais  elle 
est  très  étroite  et  quelquefois  absente  là  où  le  mur  traverse  les  crêtes  qui 
séparent  ces  ravins,  indiquant  ainsi  que  le  mur  n'est  pas  plus  élevé  qu'eux. 
La  longueur  considérable  de  ce  mur,  qui  dépasse  3°,  sa  régularité  parfaite, 
et  la  courbe  hardie  qu'il  décrit  autour  du  cratère,  (semblerait-il)  pour 
l'éviter,  font  de  cette  formation  lunaire  un  objet  tout  à  fait  remarquable,  qui 
ressemble  à  s'y  méprendre  à  quelque  viaduc  gigantesque  dont  plus  d'un 
ingénieur  serait  fier. 

E.-L.  Trouvelot. 

Observatoire  de  Mcudon. 


LA  HAUTEUR  DES  LUEURS  CRÉPUSCULAIRES. 

Les  magnifiques  lueurs  crépusculaires,  qui  ont  signalé  l'hiver  1883-1884,  durè- 
rent plus  d'une  année.  On  les  a  observées  en  Suisse  pour  la  première  fois  le 
26  novembre  1883  ;  elles  ont  notablement  diminué  au  commencement  de  décembre, 
pour  reprendre  une  splendeur  exceptionnelle  à  la  fin  du  même  mois  ;  elles  ont  été 
remarquables  pendant  tout  le  mois  de  janvier,  ont  diminué  pendant  le  mois  de 
février,  sans  toutefois  disparaître  entièrement;  et,  jusqu'à  la  fin  de  l'année  1884, 
lorsque  le  temps  était  favorable,  le  soir,  après  le  coucher  du  Soleil,  ou  le  matin, 
avant  le  lever  de  cet  astre,  on  voyait  le  ciel  illuminé  comme  par  une  aurore 
boréale.  Et  même  les  plus  belles  aurores  n*ont  pas  un  éclat  comparable  à  celui 
qu'avaient  ces  lueurs  pendant  les  mois  de  décembre  et  de  janvier. 

Son  aspect  variait  un  peu  d'un  jour  à  l'autre,  probablement  suivant  le  degré  de 
sérénité  des  couches  que  traversaient  les  rayons  du  Soleil. 

Mais,  en  somme,  les  principales  phases  du  phénomène  se  reproduisaient  jour 
après  jour. 

Dans  tous  les  cas,  elles  constituent  un  fait  si  remarquable  et  si  nouveau  dans 
l'histoire  de  la  Science  qu'il  valait  la  peine  d'y  prêter  une  grande  attention,  et 
d'en  faire  une  description  détaillée  pour  ceux  qui  viendront  après  nous,  et  qui 
n'auront  pu  jouir  de  ce  magnifique  spectacle. 

Voici,  par  exemple,  le  relevé  de  quelques-unes  des  notes  que  j'ai  prises  sur 
la  marche  du  phénomène  ;  toutes  ces  observations  ont  été  faites  à  Morges,  en  un 
point  situé  par  46° 29'  de  latitude  Nord  et  4o8'  de  longitude  à  l'est  de  Paris. 

Le  10  janvier  1884  : 

Le  matin,  le  rouge  commence  à  paraître  vers  6^,  temps  moyen  de  Morges. 

A  6*>  30°>,  il  est  dans  toute  sa  splendeur. 

A  6^45™,  il  commence  à  diminuer. 

A 1^,  il  y  a  une  zone  cramoisie  très  mince  au-dessus  des  montagnes,  où  le  Soleil 
va  paraître. 

A  7^5",  il  y  a  une  zone  verte  au-dessus  des  montagnes,  le  rouge  est  plus  haut. 


LA  HAUTEUR  DES  LUEURS  CRÉPUSCULAIRES.  217 

A  7*»  15™,  la  zone  près  de  Thorizon  est  d'un  vert  livide,  le  rouge  est  au-dessus. 
A  7*>20™,  il  n*y  a  plus  de  rouge  appréciable. 
A  5*»  du  soir,  le  ciel  est  jaune. 
A  5^6»  du  soir,  le  rouge  est  très  sensible. 

A  5*»  15»,  les  neiges  des  Alpes  sont  rougies  par  les  lueurs  crépusculaires. 
A  5^50»,  les  lueurs  du  couchant  donnent  encore  de  l'ombre. 
A  6^15»,  les  lueurs  rouges  avaient  disparu. 

Le  11  janvier,  les  observations  du  matin  ont  été  gênées  par  les  nuages.  Voici 
celles  du  soir  : 
A  5^,  tout  le  ciel  devient  jaune. 

A  5^23™,  tout  l'horizon  est  coloré  en  rouge  même  à  l'Est. 
A  5*»  25»,  il  y  a  à  l'Ouest  une  zone  cramoisi  près  de  l'horizon. 
A  5*>36»,  le  rouge  devient  très  intense  à  l'Ouest  sur  un  grand  secteur  dont  le 
Soleil  paraît  occuper  le  centre. 

A  5*>45»,  les  neiges  des  Alpes  qui,  jusqu'alors,  avaient  paru  rouges,  cessent 
d'avoir  cette  couleur.  Mais  les  lueurs  de  l'Ouest  sont  encore  assez  intenses  pour 
qu'un  bras  tendu  projette  de  l'ombre  sur  un  mur. 

A  5*>50",  quelques  stratus  situés  à  l'orient  du  méridien  sont  gris  et  ne  parais- 
sent plus  être  éclairés  par  les  lueurs  crépusculaires. 
A  ô'^lG»,  les  dernières  lueurs  du  rouge  ont  disparu. 
Le  12  janvier  : 

A  4^50™  du  soir,  le  ciel  devient  jaune. 

A  4^55»,  un  ciel  d'un  rouge  brique,  mais  d'une  couleur  peu  intense,  com- 
mence 7o  au-dessus  de  l'horizon  et  s'étend  du  côté  du  zénith.  La  neige  des  Alpes 
est  encore  blanche. 
A  5^,  le  jaune  du  ciel  est  plus  prononcé. 

A  5*» 2»,  du  côté  de  l'Occident,  le  ciel  est  vert  à  l'horizon,  le  rouge  commence  h* 
au-dessus  de  l'horizon  et  atteint  presque  le  zénith.  La  neige  des  Alpes,  à  une 
altitude  de  1000»  à  1200*^,  commence  à  devenir  rouge. 

A  5^8»,  le  Couchant  devient  très  brillant  et  les  murs  tournés  à  l'Ouest  com- 
mencent à  (ievjnir  rouges. 
A  5*»  10»,  le  rouge  s'arrête  à  25°  au-dessus  de  Fhorizon. 
Depuis  lors,  les  phénomènes  sont  la  répétition  de  ceux  de  la  veille. 
Le  25  décembre  1883,  j'ai  noté  : 

A  4*>30»,  la  neige  des  montagnes  est  d'un  blanc  terne.  Aucune  rougeur  n'apparaît 
sur  elles. 

A  4»>40»,  elles  commencent  à  devenir  rouges.  En  ce  moment,  le  ciel  paraît  vert 
où  le  Soleil  a  disparu,  le  rouge  est  sensiblement  plus  haut. 

A  4^50»,  le  rouge  commence  4^30'  au-dessus  de  l'horizon,  le  vert  est  au- 
dessous. 

A  5^,  le  rouge  du  Couchant  est  tellement  prononcé  que  tous  les  objets  projettent 
une  ombre  sensible. 
Le  clocher  de  Morges  semble  cramoisi,  il  est  plus  rouge  qu'il  ne  Tétait  pendant 

6-* 


218 


L'ASTRONOMIE. 


le  violent  incendie  de  l'Arsenal,  le  2  mars  1871,  et  cependant  alors  le  feu  était 
à  600"  du  clocher. 

A  5^,  Vénus  paraissait  verte  dans  les  régions  embrasées  du  Couchant. 

Et  plusieurs  fois  le  croissant  de  la  Lune  semblait  d'un  vert  prononcé  lorsqu'on 
le  voyait  parmi  les  lueurs. 

J'ai  cherché  à  déterminer  la  hauteur  à  laquelle  ces  lueurs  existaient,  en  admet- 
tant, ce  qui  du  reste  paraissait  incontestable,  qu'elles  étaient  produites  par  des 
molécules  éclairées  par  le  Soleil.  On  pouvait  bien  admettre  aussi  que  cet  éclai- 
rement  était  direct  et  non  produit  par  une  série  de  réflexions;  car  il  semble 
qu'alors  le  phénomène  aurait  présenté  de  plus  grandes  variations  d'un  jour  à 
l'autre,  et  surtout  que  le  rouge  aurait  été  moins  intense. 

J'ai  pris  comme  point  de  départ  les  observations  faites  à  Morges  dans  la  soirée 

Fig.  8!. 


du  10  janvier  1884,  jour  où  les  lueurs  disparurent  à  l'horizon  occidental  à  6ï>15"» 
du  soir,  temps  moyen  de  Morges,  ou  6^7«>>,  temps  vrai. 

Pour  trouver  quelle  était  en  ce  moment  la  position  du  Soleil,  il  y  avait  lieu  de 
considérer  un  triangle  sphérique  dont  les  trois  sommets  étaient  :  i»  le  zénith; 
2o  le  Soleil;  3<»  le  pôle  céleste. 

Comme  le  Soleil  avait  alors  une  déclinaison  australe  de  210  58',  la  distance  du 
^Soleil  au  Pôle  boréal  était  de  lilo58'.  La  latitude  du  point  d'observation  à  Morges 
était  de  46o29',  donc  la  distance  du  pôle  au  zénith,  qui  est  le  complément  de  la 
latitude,  était  de  43«3r. 

Enfin,  comme  l'observation  avait  lieu  6^7"  après  le  passage  du  Soleil  au  méri- 
ilien,  l'angle  au  pôle  était  de  91o45'.  La  distance  zénithale  du  Soleil  est  le  troisième 
côté  de  ce  triangle  sphérique  dont  on  connaît  deux  côtés  et  l'angle  compris.  Pour 
trouver  ce  troisième  côté,  j'ai  utilisé  la  formule 

cosa  =  cos6cosc4-sin6sinccosA; 

on  trouve  alors  pour  le  côté  a  106o54'.  Donc,  le  Soleil  était  16o54'  au-dessous  de 
l'horizon,  et  l'on  trouve,  dans  le  même  triangle,  que  l'angle  au  zénith  est  de  i04«2t'; 
c'est  l'azimut  du  Soleil  compté  à  partir  du  Nord  en  passant  par  l'Ouest. 


LA  HAUTEUR  DES  LUEURS  CRÉPUSCULAIRES.  219 

On  voit  facilement  aussi  qu'au  moment  de  l'observation,  le  Soleil  était  au 
zénith  d*un  point  situé  par  21«>58'  de  latitude  australe,  et  87<>58'  de  longitude  à 
l'Ouest  de  Paris.  C'était,  sur  l'Océan  Pacifique,  1569"^™  à  l'ouest  de  la  limite  mé- 
ridionale du  Pérou. 

Pour  trouver  quel  était  le  point  de  la  Terre  où  étaient  tangents  les  rayons  du 
Soleil  qui  produisaient  les  dernières  lueurs  visibles  depuis  Morges,  il  fallait 
déterminer,  sur  l'arc  de  grand  cercle  qui  joignait  Morges  et  ce  point-là,  quel 
était  celui  pour  lequel  en  ce  moment  le  Soleil  se  couchait. 

A  cet  effet,  soit  le  triangle  sphérique  terrestre  PMS,  (fig.  Si),  dans  lequel  P  est 
le  pôle  boréal,  M  Morges,  S  le  point  situé  dans  l'Océan  Pacifique  qui  a  le  Soleil 
à  son  zénith.  Le  côté  SM  vaut  donc  106«54',  car  ce  triangle  sphérique  terrestre  a 
les  mêmes  éléments  que  le  triangle  sphérique  céleste  dont  il  a  été  question  plus 


haut;  et  il  est  clair  que  sur  l'arc  de  grand  cercle  SM,  le  Soleil  se  couche  en  un 
point  O  situé  à  90«  de  S.  Pour  trouver  sa  position,  il  faut  résoudre  le  triangle  OPM, 
dans  lequel  PM=43o29',  c*est  le  complément  de  la  latitude  de  Morges,  OM 
=  106o54'— 90*>  =  16054',  et  l'angle  M  est  l'azimut  du  Soleil,  soit  104o21.  On  trouve 
alors  que  le  côté  OP  =  49o53'30';  et  que  l'angle  OPM  =  21  «S?'.  Donc,  le  point  O 
est  à  40'>6'30'  de  latitude  Nord,  et  à  21<»37'  de  longitude  à  Touest  de  Morges,  soit 
17<»29'  à  l'ouest  de  Paris;  c'était  sur  l'Atlantique  à  peu  près  à  mi-chemin  entre 
Oporto  et  les  Açores.  Là  était  la  tangence  des  rayons  qui,  en  continuant  leur  route, 
éclairaient  dans  les  hautes  régions  de  latmosphère  les  éléments  qui  formaient 
les  lueurs  crépusculaires  au  moment  où  elles  disparaissaient  pour  Morges. 

Dès  lors,  il  était  facile  de  déterminer  la  hauteur  de  ces  éléments.  Soit  C,  (fig,  82), 
le  centre  de  la  Terre,  O  le  point  de  tangence  des  rayons  du  Soleil,  M  la  position  de 
Tobservateur.OK  et  KM  sont  les  deux  tangentes,  le  point  Kest  le  siège  des  lueurs 

Dès  que  l'angle  OCM  vaut  160  54',  XCM  vaut  8o27'. 

On  a  donc  OK  =  00,  tang  8o27'.  OC  est  le  rayon  de  la  Terre  compté  à  6366''«. 
On  trouve  ainsi  que  OK  ou  KM  valent  9457"^»»  ;  et  pour  trouver  KX,  on  a  : 

ÔÎC*  =KX(KX-+-2.0C>. 


220  L'ASTRONOMIE. 

On  trouve  ainsi  que  KX  =  70^»». 

Et  en  résolvant  un  nouveau  triangle  sphërique  analogue  au  précédent,  on  trouve 
que  le  point  X  est  à  43o48'  de  latitude  Nord,  et  7»  13'  de  longitude  à  Touest  de 
Paris;  c'est  dans  la  partie  méridionale  du  golfe  de  Gascogne,  274''»  à  l'ouest  de 
Bayonne.  C'est  donc  au-dessus  de  ce  point  que  se  trouvaient  les  régions  du  fir- 
mament où  nous  apercevions  les  dernières  lueurs  crépusculaires  dans  la  soirée 
du  10  janvier  1884. 

Dans  ces  calculs,  je  n'ai  pas  tenu  compte  de  la  réfraction  qui  n'aurait  pas 
beaucoup  modifié  les  chiffres  ci-dessus;  mais  je  n'ai  pas  non  plus  tenu  compte  du 
fait  que,  de  tous  côtés,  notre  horizon  est  limité  par  des  montagnes  qui  s'élèvent 
à  2»  ou  3o.  Cette  correction  aurait  agi  en  sens  inverse  de  la  précédente,  et  j'ai  le 
sentiment  qu'elle  l'aurait  dépassée,  de  façon  que  la  hauteur  de  70^»  doit  être  con- 
sidérée comme  un  minimum. 

Et  cela  d'autant  plus  que  j'ai  pris  pour  la  fin  du  phénomène  l'instant  où  la  vive 
couleur  rouge  avait  disparu;  mais  peu  après,  en  y  faisant  attention,  on  voyait 
encore  quelques  lueurs  qui  provenaient  peut-être  d'un  éclairement  par  réflexion, 
ou  peut-être  aussi  de  ce  que  quelques  éléments  de  la  substance  qui  les  pro- 
duisait étaient  plus  élevés  que  les  autres. 

Les  observations  faites  dans  les  jours  voisins  du  10  janvier,  ont  donné  des 
résultats  analogues  à  celui  que  je  viens  de  cit^r;  mais  j'ai  été  curieux  de  refaire 
les  calculs  pour  une  époque  antérieure. 

Le  i8  décembre  1883,  les  lueurs  avaient  cessé  à  6^^  du  soir  temps  moyen  de 
Morges;  en  refaisait  les  calculs  comme  je  l'ai  exposé  plus  haut,  je  trouve  pour 
résultat  73'^». 

Enfin,  j'ai  voulu  utiliser  un  renseignement  d'une  autre  nature.  Le  9  jan- 
vier 1884,  à  r>^30>»  du  soir,  j'avais  noté  que  le  rouge  arrivait  au  zénith.  Je  consi- 
dérais cette  indication  comme  d'autant  plus  précieuse  qu'il  n'y  avait  pas  d'erreur 
causée  par  l'élévation  des  montagnes  qui  bornent  notre  horizon  du  côté  de 
rOuest.  C'est  ce  qui  m'avait  engagé  à  négliger  la  réfraction  qui  produisait  un 
effet  inverse.  Mais  pour  l'observation  du  9  janvier,  cette  raison  n'existait  pas, 
j'ai  eu  égard  à  la  réfraction. 

Au  moment  de  l'observation,  le  Soleil  était  au  zénith  du  point  situé  par  22«9' 
de  latitude  australe  et  80®  45'  de  longitude  à  l'ouest  de  Morges.  Dans  cette 
direction,  si  l'on  n'avait  pas  égard  à  la  réfraction,  la  tangence  des  rayons  lumi- 
neux aurait  lieu  à.  O^ôO^SO*  de  Morges.  Mais  la  réfraction  horizontale  est  en 
moyenne  de  34' 47";  par  conséquent,  les  rayons  solaires  arrivaient  déjà  plus  près 
de  l'observateur  de  cette  quantité-là.  Ensuite,  les  lueurs  étaient^  en  tout  cas, 
dans  des  régions  où  l'air  était  tellement  rare  que  les  rayons  y  étalon  réfractés 
autant  que  ceux  qui  passent  dans  le  vide  depuis  une  atmosphère  qui  aurait  la 
densité  ordinaire;  par  conséquent,  les  rayons  arrivaient  au  zénith  comme  s'ils 
avaient  été  tangents  en  un  point  encore  plus  rapproché  de  34'47'.  U  faut  ainsi 
considérer  la  tangente  comme  si  elle  partait  d'un  point  situé  à  8<>40'56'  du  lieu 
d'observation^  on  trouve  alors  qu'elle  avait  une  longueur  de  9721^,  ce  qui  donne 


LA  HAUTEUK  DES  LUEURS  CRÉPUSCULAIRES.  221 

pour  la  hauteur  des  lueurs  au  zénith,  74>^».  On  voit  donc  que  les  trois  résultats 
auxquels  je  suis  arrivé  pour  trois  observations  différentes  sont  assez  rapprochés 
pour  qu'on  puisse  les  considérer  comme  exacts. 

L'écart  qu'il  y  a  entre  eux  ne  présente  rien  d'extraordinaire  pour  un  phénomène 
dont  Tobservation  ne  pouvait  pas  comporter  une  très  grande  précision.  On  peut 
donc  admettre  soixante-dix  kilomètres  environ  pour  la  hauteur  de  ces  lueurs  si 
remarquables. 

Elles  ont  diminué  d'éclat  et  de  durée.  Cependant,  elles  ont  encore  été  fort  belles 
le  27  septembre  1884,  où  elles  ont  disparu  à  7*>15»  du  soir.  Pour  ce  soir-là,  j'ai 
refait  des  calculs  analogues  à  ceux  du  10  janvier,  et  j'ai  trouvé  pour  la  hauteur 
des  substances  qui  produisaient  les  lueurs  61^™.  Elles  auraient  baissé  de  10^°™, 
à  peu  près,  en  huit  mois. 

En  général,  ces  lueurs  étaient  centrées  sur  le  Soleil,  toutefois  il  y  a  eu  quelque» 
exceptions;  la  plus  remarquable,  parmi  celles  que  j'ai  observées,  est  celle 
du  23  janvier  1884.  Pendant  cette  soirée,  les  colorations  étaient  beaucoup  plus 
faibles  que  les  jours  précédents,  et  leur  centre  ne  correspondait  pas  avec  l'azimut 
du  Soleil,  il  était  30o  plus  au  Sud. 

Il  est  probable  que  c'était  une  conséquence  de  l'absence  des  lueurs  dans 
Tazimut  du  Soleil  et  dans  les  régions  situées  plus  au  Nord,  absence  qui  peut 
être  attribuée  à  des  nuages  dans  cette  direction.  En  effet,  le  23  janvier,  un  vio- 
lent cyclone  accompagné  d'une  forte  dépression  barométrique  existait  au  large 
de  l'Irlande  et  avançait  contre  la  Suède  qu'il  atteignait  les  24  et  25  janvier. 

Il  peut  paraître  extraordinaire  que  les  substances  qui  produisaient  les  lueurs 
aient  pu  rester  suspendues  à  une  hauteur  de  70'»^";  car,  à  cette  altitude,  et  sans 
même  tenir  compte  de  l'abaissement  de  la  température  qui  aurait  encore  pour 
conséquence  de  diminuer  le  résultat,  on  trouvera  que  la  pression  de  l'air  doit 
être  seulement  de  0»»,12.  C'est  bien  peu  pour  tenir  en  suspension  des  matières 
quelconques;  cependant  ce  n*est  pas  là  une  impossibilité  absolue;  et,  dans  tous 
les  cas,  quelle  que  soit  la  cause  qui  a  produit  les  lueurs,  d'après  les  calculs 
indiqués  plus  haut,  cette  cause  a  dû  se  manifester  à  une  altitude  de  70^»  au 
moins. 

La  Lune  produisait  aussi  des  lueurs,  mais  naturellement  plus  faibles  que  celles 
du  Soleil;  je  les  ai  observées  plusieurs  fois  du  9  au  16  janvier,  soit  avant  la 
Pleine  Lune,  quand  elle  se  couchait  vers  4  ou  5^  du  matin,  soit  après  la  Pleine 
Lune,  quand  elle  se  levait  dans  la  soirée. 

Maintenant,  quelle  a  pu  être  la  cause  du  phénomène  extraordinaire  qui  nous 
occupe? 

Parmi  les  explications  présentées,  il  faut  d'abord  éliminer  toutes  celles  qui 
l'attribuent  à  une  origine  astronomique,  telle  que  le  passage  de  la  Terre  dans  la 
queue  d'une  comète;  dans  ce  cas,  tous  les  points  du  globe  les  auraient  eues 
le  même  jour;  tandis  que  certains  pays  les  ont  eues  au  commencement  de 
septembre,  d'autres  en  octobre,  en  Suisse  elles  ont  commencé  seulement  le 
26  novembre. 


222  L'ASTRONOMIE. 

Il  me  semble  que,  dans  Tëtat  actuel  de  nos  connaissances,  la  cause  la  plus 
probable  à  laquelle  on  peut  attribuer  les  beaux  crépuscules  de  l'hiver  de  1883-1884, 
c'est  l'éruption  du  Krakatoa  arrivée  dans  le  détroit  de  la  Sonde  le  27  août  1883. 
Avant  cette  éruption,  il  n'est  question  nulle  part  de  ces  lueurs;  immédiatement 
après  le  27  août,  elles  apparaissent,  d'abord  dans  le  voisinage  de  l'île  de  Java, 
ensuite  dans  les  localités  plus  éloignées. 

C'est  ce  que  M.  Flammarion  a  surabondamment  prouvé  dans  cette  Revue 
même  (»). 

On  peut  bien  admettre  qu'une  éruption  comme  celle  dont  le  détroit  de  la  Sonde 
fut  le  théâtre,  a  pu  projeter  dans  les  hautes  régions  de  l'air  des  corpuscules  que 
les  vents  ont  ensuite  dispersés  sur  le  globe  entier,  et  qui  ont  causé  les  remar- 
quables lueurs  que  nous  avons  eues  les  mois  suivants.  Ce  qui  confirme  cette 
manière  de  voir,  c'est  que  l'analyse  faite  en  quelques  localités  des  poussières 
tombées  pendant  Thiver  a  montré  qu'elles  étaient  de  même  nature  que  les  débris 
lancés  par  le  volcan. 

On  a  rappelé  qu'en  1831,  après  les  phénomènes  volcaniques  qui  accompagnèrent 
l'éruption  de  l'île  Julia,  on  avait  eu  en  Europe  des  brouillards  et  même  des  lueurs 
analogues  à  celles  de  l^iver  de  1883-1884. 

On  aurait  pu  ajouter  qu'en  1783,  précisément  un  siècle  avant  l'éruption  du 
Krakatoa,  mais  encore  après  de  violentes  éruptions  des  volcans  de  l'Islande  et 
après  les  terribles  tremblements  de  terre  de  la  Calabre,  on  avait  eu  aussi  des 
brouillards  secs  encore  plus  intenses  que  ceux  de  1831. 

Je  me  souviens  d'avoir  entendu  parler  de  ces  brouillards  par  un  habitant  de 
Vevey  qui  les  avait  vus  dans  sa  jeunesse.  Et  72  ans  plus  tard,  en  1855,  il  en 
parlait  avec  beaucoup  d'animation.  On  voyait  que  ce  phénomène  avait  fait  une 
vive  impression  sur  ceux  qui  en  furent  témoins.  Il  racontait  que,  dans  l'été  de  1783, 
pendant  plusieurs  jours,  depuis  Vevey  on  ne  pouvait  pas  distinguer  les  mon- 
tagnes de  la  Savoie  dont  la  distance  n'est  cependant  que  de  10  à  12*^. 

En  présence  de  ce  brouillard  étrange  qui  existait  malgré  une  grande  sécheresse 
de  l'air,  et  qui  différait  complètement  des  brouillards  ordinaires,  on  supposa 
d'abord  que  la  Terre  passait  dans  la  queue  d'une  comète;  mais  on  renonça  à  cette 
explication  quand  on  apprit  que  ce  brouillard  n'existait  pas  sur  tout  le  globe,  et 
que,  dans  les  pays  où  il  était  visible,  il  n'avait  pas  paru  partout  en  même  temps. 

On  l'attribua  alors  à  la  fumée  jetée  par  les  volcans  qui  avaient  fait  de  violentes 
éruptions  quelque  temps  auparavant;  cette  idée  a  prévalu  jusqu'à  nos  jours,  et 
tout  ce  que  l'on  a  appris  dès  lors  tend  à  la  confirmer. 

D'après  cela,  les  brouillards  secs  de  1783  et  de  1831,  et  les  lueurs  de  1883 
seraient  des  phénomènes  du  même  ordre,  ou  du  moins  qui  auraient  la  même 
origine,  des  éruptions  volcaniques.  Il  est  vrai  qu'en  1883  et  1884  nous  avons  eu 
des  lueurs  et  non  des  brouillards;  cette  différence  s'explique  par  la  plus  grande 


;«)  Voir  VAstronomie,  janvier  1884,  p.  19  —  février,  p.  65  —  avril,  p.  147  —  mai, 
p.  189  —  juillet,  p.  200  —  octobre,  p.  390  —  novembre,  p.  430  —  décembre,  p.  464  — 

mors  1RR!k    n.  113. 


LA  HADTEUK  DES  LUEURS  CllÉPUSCULAIKES.  223 

distance  du  point  d'éruption  et  par  la  différence  d'intensité  de  celle-ci  :  après  une 
éruption  volcanique,  les  débris  les  plus  lourds  tombent  dans  le  voisinage,  tandis 
que  les  parties  les  plus  ténues  sont  emportées  au  loin. 

Or,  réruption  du  Krakatoa,  en  août  1883,  a  été  d'une  violence  extraordinaire, 
peut-être  la  plus  forte  que  l'histoire  ait  jamais  enregistrée  (*). 

J'ai  peu  de  goût  en  général  pour  certains  calculs  que  l'on  base  sur  des  données 
tellement  incertaines,  qu'à  la  fin,  il  y  a  un  rapport  considérable  entre  le  résultat 
auquel  on  arrive  et  celui  auquel  on  devait  arriver.  Cependant,  ces  calculs  ne  sont 
pas  toujours  inutiles;  ils  peuvent  souvent  donner  au  moins  une  idée  de  Tordre 
de  grandeur  des  quantités  cherchées. 

On  peut  placer  dans  ce  genre  de  questions  les  calculs  faits  pour  le  Krakatoa. 
En  supposant  que  la  partie  disparue  avait  un  nombre  de  kilomètres  cubes  que 
l'on  évaluait  approximativement;  en  faisant  la  part  de  ce  qui  avait  pu  tomber  de 
gros  matériaux  dans  le  voisinage  immédiat  du  volcan;  et  en  supposant  que  la 
matière  ainsi  lancée  dans  l'atmosphère  eût  été  répandue  sur  tout  le  globe;  on  a 
cherché  à  déterminer  quelle  aurait  été  l'épaisseur  de  la  pellicule  formée  de  tous 
ces  débris,  afin  de  voir  s'ils  avaient  pu  troubler  la  transparence  de  l'air  et  pro- 
duire les  lueurs  crépusculaires.  On  a  ainsi  apprécié  cette  épaisseur  à  0«>™,01. 

Alors  les  hypothèses  ont  commencé.  Un  voile  opaque  de  cette  épaisseur,  mais 
divisé  en  très  petits  fragments,  peut-il  produire  le  phénomène  que  nous  avons 
admiré?  Ici,  diflPéreutes  manières  de  voir  se  sont  fait  jour. 

Sur  ce  point,  je  ne  voudrais  pas  me  prononcer;  cependant  il  est  certain  que  la 
fumée  peut  se  diluer  à  un  degré  extraordinaire  et  troubler  encore  la  transparence 
de  Fair.  En  1802,  la  combustion  d'une  forêt  près  de  Sierre  en  Valais,  a  donné 
une  fumée  qui  a  recouvert  une  surface  d'environ  3000'»^™''. 

Si  Ton  considère  la  quantité  de  houille  que  l'on  jette  dans  le  foyer  d'un  bateau 
à  vapeur,  on  est  étonné  de  l'étendue  de  la  fumée  qui  s'en  échappe. 

J'avais  souvent  été  témoin  de  ce  fait  sans  y  attacher  d'importance,  lorsque  les 
calculs  dont  je  viens  de  parler  sur  l'opacité  qu'avait  pu  produire  l'éruption  du 
Krakatoa  m'engagèrent  à  y  prêter  un  peu  plus  d'attention. 

Les  4  et  6  février  1885,  j'observai  la  fumée  de  deux  des  bateaux  à  vapeur  du 
lac  Léman,  le  Dauphin  et  le  Simplon,  pendant  leurs  traversées,  entre  Morges 
et  RoUe  ;  quelques-unes  des  observations  ont  été  faites  depuis  le  bateau  à  vapeur, 
d'autres  depuis  le  rivage.  Chaque  fois  on  mettait  dans  le  feu  environ  50^s  de 
houille;  et  par  un  temps  très  calme  il  est  vrai,  le  panache  de  fumée  qui  en 
résultait  était  visible  sur  une  étendue  de  plus  de  1^™.  En  sortant  de  la  cheminée, 
il  avait  environ  1™  de  large,  et  à  la  fin  au  moins  5™.  Ici,  il  était  sans  doute  très 
peu  intense,  cependant  il  troublait  d'une  manière  appréciable  la  sérénité  du  Ciel. 
Je  sais  bien  que  le  nuage  qu'il  produisait  n'était  pas  continu,  il  paraissait  plutôt 
formé  de  bouffées  de  fumée;  mais  les  espaces  vides  étaient  peu  de  chose  relati- 

(*)  On  a  vu  dans  la  Revue  que  la  quantité  de  matières  rejetées  par  l'éruption  du 
Krakatoa.  est  évaluée  à  18  kilomètres  cubes. 


224  L'ASTRONOMIE. 

vement  aux  espaces  pleins.  En  somme,  je  suis  certain  que  je  reste  au-dessous  de 
la  vérité  en  comptant  que  ce  trapèze  de  fumée  avait  5™  à  la  grande  base,  1™  à  la 
petite  et  1000«»  de  hauteur,  ce  qui  ferait  une  surface  de  3000"fl.  Et  si,  à  la  fin,  il 
était  peu  sensible,  à  son  origine,  il  arrêtait  presque  complètement  les  rayons  du 
Soleil. 

Les  50^  de  houille  mis  dans  le  feu  étaient  certainement  en  grande  partie 
brûlés  et  réduits  en  gaz  invisibles  ;  la  plus  petite  partie  seulement  demeurait  à 
l'état  de  charbon  et  s'échappait  en  fumée. 

Que  Ton  fasse  maintenant  le  calcul,  en  exagérant  beaucoup  si  Ton  veut,  c'est- 
à-dire  en  admettant  que  les  bO^e  de  houille  étaient  entièrement  convertis  en 
fumée.  On  verra  néanmoins  combien  était  mince  la  couche  opaque  qui  en  était 
formée,  et  qui,  cependant,  même  là  où  elle  était  la  plus  diluée,  produisait  encore 
un  voile  sensible  sur  le  Ciel. 

Il  n'y  aurait  donc  rien  d'étonnant  à  ce  que  la  fumée  du  Krakatoa,  réduite  à 

l'épaisseur  indiquée,  ait  produit  des  phénomènes  visibles.  Toutefois,  ce  sera 

toujours  un  phénomène  d'une  puissance  bien  exceptionnelle  que  cette  éruption 

du  27  août  1883  dans  le  détroit  de  la  Sonde,  qui  a  lancé  dans  l'atmosphère  une 

quantité  de  matériaux  suffisants,  non  seulement  pour  recouvrir  de  cendres  et  de 

pierre  ponce  les  régions  voisines  sur  une  grande  étendue;  mais  pour  produire 

encore  une  quantité  de  fumée  qui,  pendant  plus  d'une  année,  a  été  visible  sur 

toute  la  surface  du  globe. 

Ch.  Dufour, 

Professeur  à  rAcadémie  de  Lausanne. 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS. 

Les  saints  de  glace  et  le  mois  de  mai  1885.  —  Les  11,  12,  et  13  mai  oot  été 

très  froids  cette  année  à  Paris  et  dans  tout  le  nord  de  la  France,  la  Belgique, 
l'Allemagne,  etc  :  ils  continuèrent  une  période  de  froids  tardifs.  Le  printemps 
avait  paru  commencer  à  la  fin  d'avril,  mais  le  mois  de  mai  nous  a  ramené  une 
température  de  mars,  avec  giboulées  et  pluies.  Les  11,  12,  13  et  14  mai,  froid 
intempestif.  Du  13  au  soir  au  14  à  midi  pluie  glaciale  avec  vent  du  Nord.  Le  15  au 
matin  beau  soleil  et  relèvement  de  la  température  ;  le  soir,  abaissement.  Le  16, 
pluie  et  grande  fraîcheur. 

Les  fleurs  des  marronniers  de  l'avenue  de  l'Observatoire  de  Paris  n'ont  com- 
mencé à  s'épanouir  qu'aux  premiers  jours  de  mai,  leur  pleine  expansion  a  eu 
lieu  du  17  au  25;  elles  ont  duré  jusqu'en  juin.  Retard  de  plus  d'un  mois  sur  la 
moyenne. 

Les  choses  se  sont  passées  d'une  toute  autre  façon  l'année  dernière. 

Il  a  fait  chaud  du  8  au  17,  et  le  froid  est  revenu  le  18  pour  sévir  jusqu'au  2Î. 
En  1883,  temps  froid  et  pluvieux  jusqu'au  12.  Élévation  de  température  à  partir 
du  13;  léger  abaissement  le  20.  En  1882,  après  plusieurs  journées  chaudes,  vent 
du  nord  du  13  au  18,  froid  intempestif  comme  cette  année. 


NOUVELLES  DE   LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  225 

En  résumé  cette  période  reste  remarquable.  Mais  elle  n'a  rien  d'astronomique^ 
ne  se  caractérise  par  aucune  régularité.  Elle  est  essentiellement  météorologique, 
probablement  liée  à  la  fonte  des  glaces  des  contrées  boréales  et  aux  courants  de 
la  mer  du  Nord.  Quoi  qu'il  en  soit,  cette  année,  la  température  de  mai  a  été  celle 
de  mars.  Le  16,  neige  en  Autriche,  en  Allemagne  et  en  Belgique;  au  Puy-de- 
Dôme,  etc  ;  à  Paris,  pluie  et  froid,  les  17, 18  et  19  froid  avec  giboulées;  les  20  et 
21  pluie,  vent,  tempête,  froid;  le  22,  bourrasques  et  éclaircies,  grand  vent; 
le  23  et  le  24,  soleil  et  ondées;  le  25,  amélioration;  le  26,  commencement  de  la 
chaleur;  le  27,  première  journée  d'été. 

L'année  1885  n'a  pas  eu  de  printemps. 

Phénomènes  solaires  et  aurores  boréales.  --  L'Observatoire  du  collège  de 
Stonyhurst  vient  de  publier  le  résultat  de  ses  observations  solaires  et  magnétiques 
faites  en  1883,  renfermant  les  dessins  du  Soleil,  les  observations  spectroscopiques 
de  la  chromosphère  et  des  protubérances,  ainsi  que  les  observations  des  instru- 
ments magnétiques  et  des  aurores  boréales.  On  a  signalé  des  aurores  aux  dates 
des  3  et  24  avril,  11  et  14  mai,  30  août,  8  septembre,  4  et  5  octobre.  La  compa- 
raison de  ces  observations  avec  les  dessins  du  Soleil  et  avec  les  courbes  magné- 
tiques conduit  aux  remarques  suivantes  : 

Les  productions  d'aurores  coïncident  chaque  fois  avec  des  époques  de  pertur- 
bations solaires,  et  l'on  n'a  encore  remarqué  aucune  aurore  pendant  les  périodes 
de  calme  et  de  repos.  Semblablement,  pour  chaque  aurore, les  instruments  magné- 
tiques manifestent  des  mouvements  insolites,  quoique  les  perturbations  corres- 
pondantes aux  aurores  des  11  mai,  30  août  et  8  septembre  n'aient  pas  été  d'un 
violent  caractère.  Les  aurores  d'avril  et  mai  coïncident  d'une  manière  remar- 
quable avec  un  large  groupe  de  taches  apparues  au  bord  oriental  du  Soleil  le 
11  avril  et  suivies  jusqu'à  la  fin  de  mai.  Les  aurores  d'août  et  octobre  correspon- 
dent de  même  avec  une  tache  qui  a  été  suivie  depuis  le  29  août  jusqu'en  octobre. 
L'aurore  intermédiaire  du  8  septembre  paraît  avoir  correspondu  avec  une  forte 
tache  observée  d'abord  le  9  septembre,  et  qui  se  divisa  pour  s'évanouir  vers  le 
13  novembre. 

On  peut  aussi  remarquer  que  les  déplacements  des*  lignes  brillantes  dans  le 
spectre  de  la  chromosphère  favorisent  l'idée  d'une  connexion  entre  les  aurores  et 
les  agitations  solaires.  Ainsi,  les  observations  des  2  et  25  avril  montrent,  surtout 
celles  de  la  première  date,  des  déplacements  considérables  de  la  ligne  C. 

A  ces  faits  intéressants,  ajoutons  la  remarque  que  les  aurores  et  les  tempêtes 
magnétiques  correspondent  plutôt  avec  certaines  classes  particulières  de  taches 
qu'avec  les  manifestations  solaires  considérées  dans  leur  ensemble. 

Lueurs  crépusculaires  et  lumière  zodiacale.  —  Déjà,  en  janvier  et  dans  les 
premiers  jours  de  février,  j'avais  remarqué  presque  tous  les  soirs  les  lueurs 
crépusculaires  rouges  de  Tannée  dernière.  Mais  depuis,  elles  ont  été  remplacées 
plusieurs  fois  par  le  magnifique  phénomène  de  la  lumière  zodiacale,  que  j'ai  pu 


226  L'ASTRONOMIE. 

admirer  dans  toute  sa  beauté.  Le  8  février,  elle  avait  une  forme  étrange;  au  lieu 
d'une  ellipse  allongée,  elle  dessinait  un  triangle  très  large,  et  dont  la  pointe  supé- 
rieure atteignait  presque  le  zénith.  On  distinguait  facilement  à  travers  les 
étoiles  de  première  grandeur.  Ce  cône  offrait,  sur  son  parcours,  des  lignes 
complètement  droites,  et  la  condensation  lumineuse  augmentait  graduellement 
vers  le  centre.  Sa  teinte  était  blanchâtre,  peu  accusée,  et  le  centre  du  météore 
était  exactement  à  angle  droit  avec  la  direction  de  Taiguille  aimantée.  Elle  a 
duré  de  six  heures  et  demie  à  neuf  heures  environ.  Le  lendemain,  je  l'ai  revue 
de  la  même  forme,  mais  moins  étendue.  Les  jours  suivants,  lueurs  rougeâtres  au 
coucher  du  soleil.  Le  12  mars,  cette  lueur  crépusculaire  était  blanche,  très 
étendue,  eti  bordée  à  sa  partie  supérieure  d'une  bande  rouge  sang,  qui  formait  à 
peu  près  un  quart  de  la  largeur  totale.  Le  13,  vers  huit  heures,  la  lumière  zodia- 
cale reparait,  avec  sa  forme  ordinaire,  et  surmontant  une  lueur  crépusculaire 
rose.  Le  14,  elle  est  remplacée  par  ces  mêmes  lueurs,  absolument  couleur  de 
sang.  Mais,  vers  la  fin  du  phénomène,  la  lumière  zodiacale  reparait  encore,  con- 
tiguë  à  une  lueur  semblable  qui  lui  était  à  peu  près  parallèle  au  Nord  ;  cette 
seconde  lueur  était  plus  faible  que  l'autre,  élevée  à  peu  près  à  la  moitié  de  la  hau- 
teur de  celle-ci,  mais  plus  large  à  sa  base,  et  sans  inclinaison  vers  le  Sud. 

J.    COLOMBAT, 
à  Montagny  (Loire). 

Visibilité  de  Mercure.  —  Les  6  et  9  avril  dernier,  MM.  Bruguière,  Codde  et 
Vian,  membres  de  la  Société  scientiflque  Flammarion,  de  Marseille,  ont  pu  recon- 
naître Mercure  à  l'œil  nu,  après  le  coucher  du  soleil.  La  planète  brillait,  dans  le 
crépuscule  lumineux,  à  20»  environ  de  hauteur,  comme  une  étoile  de  première 
grandeur.  Dans  l'excellente  lunette  prêtée  par  M.  Tarry  à  la  Société,  la  planète 
offrait  une  phase  prononcée. 

Vénas  Tisible  en  plein  Jour.  —  A  propos  do  la  visibilité  de  Vénus  en  plein 
jour  à  l'œil  nu,  permettez-moi  de  vous  rappeler  une  aventure  qui  m'est  arrivée, 
le  29  février  1884,  lors  de  l'occultation  de  Vénus  par  la  Lune,  annoncée  dan** 
la  Revue  (1884  p.  72).  Je  suivais  attentivement  la  sortie  à  l'aide  de  ma  lunette, 
lorsque  j'entendis  derrière  moi  ces  paroles:  t  Comme  elle  s'écarte  vite!  t  — 
Qui?  Quoi?  Qu'est-ce  qui  s'écarte  vite?  répliquai-je....  Mon  étonnement  nefutpa< 
de  longue  durée,  car  je  fus  forcé  de  reconnaître  que  tout  le  monde  voyait  distinc- 
tement Vénus  à  Vœil  nu  en  plein  soleil. 

L.  H  AU  VILLE, 
Observateur  à  Ktretat. 

IJ toile  double  voisine  de  ^  da  Capricorne.  —  Au  mois  de  novembre  1883. 
M.  Barnard,  observant  l'occultation  d'une  étoile  de  1^  grandeur  qui  précède  P  du 
Capricorne,  remarqua  que  cette  occultation  n'était  pas  instantanée  et  attribua  ce 
fail  à  ce  que  cette  étoile  était  problablement  double,  et  que  ses  deux  composantes 
avaient  été  occultées  successivement.  M.  Burnham  dirigea  la  grande  lunette  dd 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  227 

* 

0">745  de  Chicago  vers  cette  étoile  pour  vérifier  Thypothèse,  et  constata  qu'en  effet 
cette  étoile  est  double,  et  que  son  compagnon,  de  9"  grandeur,  est  à  lOô»  et  0*85. 

L'Ëclipse  partielle  de  Lune,  du  30  mars,  observée  à.  Odessa.  —  Le  ciel  est 
resté  pur  jusqu'à  la  fin  de  l'éclipsé.  A  cause  de  la  brume,  la  Lune  a  pu  être  distin- 
guée lorsqu'elle  était  à  10»  environ  au-dessus  l'horizon  ;  l'échpse  était  à  son  juaxi- 
mum.  A  l'œil  nu,  la  ligne  de  séparation  d'ombre  et  de  lumière  était  très  mince. 
Dans  une  lunette  de  0"»  12  (grossissement  =  45),  l'espace  éclairé  passait  peu  à  peu 
au  sombre;  on  ne  pouvait  distinguer  aucune  échancrure  ni  aucune  irrégularité, 
comme  on  l'a  vu  dernièrement.  Les  cratères  Kepler  et  Aristarque  brillaient  comme 
d'ordinaire.  La  partie  du  disque  éclipsée  était  de  la  couleur  bleu  sombre  de  tout 
le  ciel.  Ni  dans  une  jumelle,  ni  dans  la  lunette  on  ne  pouvait  distinguer  le  limbe 
éclipsé,  même  tout  près  de  l'espace  clair.  A  6*»  10",  lorsqu'il  ne  restait  que  dix  mi- 
nutes pour  arriver  à  la  sortie  de  l'ombre,  on  ne  pouvait  encore  deviner  la  partie 
manquante  de  la  circonférence. 

A  6^20",  le  disque  était  devenu  clair.  O.  et  S.  Broune. 

à  Odessa. 

Observations  curieuses  sur  la  Lune.  —  Dans  la  soirée  du  21  février  dernier, 
j'eus  la  bonne  fortune  d'observer  à  l'aide  de  ma  longue- vue  de  campagne  de 
0",075  d'ouverture  un  singulier  phénomène  qui  apparaissait  sur  le  cratère  Cassini. 
Cette  montagne  étant  encore  en  dehors  des  rayons  du  Soleil,  je  vis  distinctement 
au-dessus  d'elle  une  lueur  rougeâtre,  présentant  un  aspect  quelque  peu  obscur 
qui  attira  vivement  mon  intention.  Je  continuai  à  l'observer  pendant  environ  une 
demi-heure,  et  comme  cette  espèce  de  fumée  rougeâtre  ne  cessait  d'être  visible, 
je  priai,  sans  la  prévenir  de  rien,  une  personne  voisine  d'observer  avec  attention 
le  disque  de  la  Lune.  Au  bout  de  dix  minutes,  cette  personne  me  fit  remarquer 
qu'elle  voyait  une  lueur  rouge-sombre  «  semblable  à  la  lumière  d'une  lampe  dont 
on  a  trop  levé  la  mèche,  au  point  de  la  faire  fumer  »  et  cela  dans  la  même  région 
où  je  l'avais  déjà  remarquée,  près  de  la  ligne  de  séparation  d'ombre  et  de  lumière, 
mais  dans  la  région  obscure. 

Un  ami  étant  précisément  alors  venu  me  rendre  visite,  je  le  priai  également 
d'examiner  le  disque  lunaire,  et,  quelques  minutes  après  je  l'entendis  s'écrier 
qu'il  y  avait  une  tache  rougeâtre  d'un  aspect  étrange  «  qui  brillait  comme  une 
étoile  de  4«  grandeur,  et  illuminait  tout  le  voisinage  ».  Satisfait  de  ce  qu'il  avait 
vu,  je  lui  tendis  une  carte  de  la  Lune,  ^en  lui  demandant  de  me  faire  voir  l'en- 
droit où  il  avait  remarqué  cette  lumière.  A  mon  grand  étonnement,  il  mit  immé- 
diatement le  doigt  sur  Cassini.  Le  lendemain,  22,  cette  tache  était  encore  plus 
brillante  que  Saturne  quoiqu'elle  reçût  déjà  les  rayons  du  Soleil.  Ne  serait-ce 
pas  une  éruption  d'un  volcan  lunaire  dont  j'aurais  eu  le  bonheur  d'être  témoin? 
Je  serais  curieux  de  savoir  si  d'autres  personnes  ont  observé  un  phénomène 

semblable. 

LoRENzo  Kropp, 

A.stronoino  à  Paysandu  ( Uruguay ï  . 


228  L'ASTRONOMIE. 

L'observation  suivante  de  M.  William  Gray  que  nous  extrayons  deKnov^ledge 
semble  confirmer  celle  de  notre  correspondant.  Ne  se  serait-il  pas  passé  quelque 
chose  d'anomal  dans  la  réfraction  de  la  lumière  à  la  surface  de  la  Lune? 

«  En  observant  la  Lune,  le  19  février  dernier,  avec  un  réfracteur  de  0">,095,  je 
remarquai  que  le  petit  cratère  à  côté  d*Hercule,  au  lieu  d'être  rempli  d'une  ombre 
noire,  brillait  d'une  lueur  rouge  sombre.  Le  grossissement  employé  était  de  100 
fois.  Je  changeai  Toculaire  pour  obtenir  un  grossissement  de  180  et  plus  tard  250, 
sans  observer  de  modifications  dans  l'aspect  particulier  du  cratère.  Je  pus  aussi 
comparer  l'ombre  de  ce  petit  cirque  avec  celles  des  objets  auxquels  il  ressemble 
le  plus  d'ordinaire,  et  spécialement  avec  tous  les  cratères  que  je  pus  trouver  dans 
des  conditions  semblables  do  dimensions,  d'éclairage  et  de  position:  je  fus  vive- 
ment frappé  du  contraste.  Il  était  entre  sept  et  huit  heures  du  soir,  et  le  cratère 
était  très  voisin  du  terminateur.  La  coloraUon  était  bien  visible,  et  sautait  aux 
yeux  même  dans  un  champ  très  vaste. 

«  Le  soir  suivant  (20  février),  je  réitérai  l'observation  du  même  point;  mais  je 

n'y  vis  plus  rien  d'anormal.  » 

William  Gray. 

La  Lune  à  renvers.  —  Vous  avez  maintes  fois  signalé  les  grossières  inadver- 
tances auxquelles  tout  le  monde  reste  condamné  tant  qu'on  n*enseignera  pas 
l'Astronomie  dans  les  écoles,  —  j'entends  la  science  compréhensible,  simple, 
V  raie,  vivante,  et  non  des  formules  vides  de  sens,  —  et  tant  que  les  plus  simples, 
éléments  des  vérités  cosmographiques  continueront  à  être  aussi  généralement 
ignorés  qu'ils  le  sont  encore. 

Au  Salon  de  cette  année,  salle  18,  n»  1297,  on  voit  un  tableau  qui,  certes,  ne 
manque  pas  de  valeur  :  c'est  un  panneau  décoratif  destiné  à  la  salle  des  mariages 
du  15«  arrondissement  de  Paris;  c'est  donc  une  œuvre  à  peu  prè3  offîcielle^ 

Elle  est  intitulée  :  «  la  /tn  de  la  journée  ».  Nous  sommes  donc  au  soir;  le  peintre 
a  mis  le  croissant  de  la  Lune  à  droite,  près  de  l'horizon,  fort  bien!...  mais  les 
cornes  tournées  vers  le  couchant,  c'est-à-dire  éclairé  du  côté  de  rorienti 

Voyez-vous  un  bambin  de  l'école  communale  qui  regardera  ce  tableau-là  et  qui 
voudra  en  profiter  pour  bien  comprendre  les  phases  de  la  Lune  ! 

Un  lecteur  de  Fontaiiiebleau. 

Remarque.  —  Tous  les  ans,  au  Salon,  il  y  a  deu;K  ou  trois  tableaux  de  ce  genre. 
Il  est  très  rare  que  les  peintres  mettent  le  croissant  éclairé  de  la  Lune  du  côté 
du  Soleil. 

Aurores  boréales.  —  On  nous  signale  plusieurs  aurores  boréales,  Tune  a  été 
observée  à  Amsterdam,  le  10  mai  dernier,  de  11»*  50"  à  12»»30">,  et  a  succédé  à  un 
violent  orage;  la  seconde,  de  durée  minuscule,  a  été  visible  à  Dublin  dans  la  nuit 
du  13  au  14  mai,  de  10»»  30«  à  10»»  35°». 

Émptions  volcaniques.  —  Le  Vésuve,  qui  depuis  la  terrible  éruption  del87ô 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  •    229 

n'était  pas  revenu- à  son  état  normal,  est  entré  le  2  mai  dernier  dans  une  nouvelle 
crise  d'éruption.  Depuis  ce  jour,  la  lave  sort  en  grande  quantité,  surtout  du  côté 
de  Torre  del  Greco  et  do  Pompéi.  —  L'Etna  est  en  éruption  depuis  le  5  avril. 

Poussières  de  fer  dans  Tatmosphëre.  —  Dans  des  recherches  sur  la  compo- 
sition de  l'air  de  la  ville  d'Alger,  M.  Chairy  vient  de  constater  la  présence  de 
sel  marin  et  de  fer  en  quantité  notable  dans  cet  air,  comme  dans  l'eau  de  pluie, 
après  le  siroco.  La  proportion  du  fera  été,  en  moyenne,  de  0K^  00016  par  gramme; 
celle  du  sel  a  été  de  Og^OOi  à  0k"^,002  par  mille  litres  ou  par  mètre  cube  d'air. 

L'auteur  conclut  que  le  fer  doit  être  entraîné  paV  les  vents  de  l'intérieur,  et 
en  première  ligne  par  le  siroco.  Au  moyen  d'une  aiguille  aimantée,  il  a  recherché 
l'oxyde  de  fer  magnétique  dans  les  poussières  que  transporte  le  siroco.  Il  en  a 
trouvé  jusqu'à  06^008  dans  un  petit  sac  de  poussière  recueillie  à  Djelfa.  Il  est 
porté  à  croire  que  ce  fer  magnétique  est  d'origine  terrestre,  surtout  à  cause 
de  son  aspect  microscopique. 

Grêlons  remarquables.  —  Un  phénomène  assez  rare  dans  nos  contrées  s'est 
produit,  le  2  avril  1885,  à  Philippeville  (Algérie). 

Un  orage  très  violent  s'est  abattu  sur  la  ville,  vers  3  heures  de  l'après-midi, 
accompagné  de  pluie,  de  grêle  et  de  violents  éclairs. 

Les  grêlons  étaient  très  gros,  mais,    chose  remarquable,  affectaient  tous  la 

Fig.  83. 


Grêlon  tombé  à  PhUippcviUe  (grandeur  natureUe.) 

même  forme;  ils  étaient  pyriforraes  et  delà  grosseur  d'une  petite  noix;  quelques- 
uns  avaient  une  forme  plus  géométrique,  ainsi  que  le  montre  la  figure  83  qui 
représente  un  de  ces  grêlons  en  grosseur  naturelle. 
Cet  orage  a  duré  pendant  près  d'une  heure.  Sa  direction  était  N.  0.  —  S.  E. 

Ch.  Duprat. 

Les  Tictimes  de  la  foudre.  —  Nous  avons  publié,  dans  la  Revue  de  décembre 
dernier,  la  statistique  générale  de  tous  les  coups  de  foudre  mortels  relevés  en 
France  depuis  l'année  1835.  Pour  étendre  cette  statistique  aux  pays  voisins,  le 
D*"  de  Pietra  Santa  nous  écrit  que,  pendant  la  période  décennale  1872-1881,  le 
nombre  des  foudroyés  a  été  de  1200  en  Italie  (population  28.459.451  habitants), 
et  que  le  dernier  recensement  porte  117  cas  pour  l'année  1883. 

L'acide  carbonique  de  l'air.  —  Tous  les  traités  de  chimie  et  [de  météorologie 


230  L'ASTRONOMIE. 

enseignent  que  Pair  atmosphérique  contient  une  quantité  d'acide  carbonique 
comprise  entre  4  et  6  dix-millièmes  de  son  volume.  Des  expériences  aussi  nom- 
breuses que  précises  faites  depuis  plusieurs  années  à  Paris,  en  Normandie,  au 
Pic  du  Midi  et  dans  les  régions  les  plus  variées,  ont  conduit  séparément 
MM.  Reiset,  Schulze,  Aubin  et  Mûntz,  à  constater  que  cette  assertion  est  inexacte, 
et  que  la  proportion  de  Tacide  carbonique  de  l'air  varie,  au  maximum,  entre 
28  et  35  cent-millièmes.  C'est  donc  désormais,  en  nombre  rond,  trois  dix-millièmes 
qu'il  faut  adopter  pour  cet  élément. 

Mouvements  lents  dn  sol.  ~  La  Revue  a  publié  (1883,  p.  297,  et  1885,  p.  95) 
deux  curieux  exemples  de  mouvements  lents  du  sol  observés,  l'un  en  Suisse,  à 
Neuchâtel,  l'autre  en  Normandie,  où  une  cheminée  se  montre  aujourd'hui  éclairée 
par  le  Soleil  à  une  époque  où  elle  ne  l'était  pas  autrefois.  J'ai  le  souvenir  de 
l'indication  de  deux  faits  du  même  genre.  L'un,  si  j'ai  bonne  mémoire,  a  été 
publié  dans  le  compte  rendu  de  la  réunion  de  la  Société  géologique  de  France  k 
Chambéry,  en  1844;  l'autre  est  dans  le  Bulletin  de  la  même  Société,  3"«  série, 
tome  IV,  pages  736  à  738,  et  concerne  Saint-Sernin  ^Saône-et-Loire).  Nous  avons 
donc  là,  entr'autres,  et  sous  les  yeux  pour  ainsi  dire,  quatre  faits  prouvant  la 
déformation  lente  du  sol,  indépendamment  des  déformations  brusques  qui  pro- 
duisent les  secousses  de  tremblement  de  terre. 

Tardy, 
Géologue  à  fiourg-en-Bresse. 

Même  sujet.  —  Le  fait  suivant  nous  est  signalé  de  Montagny  (Loire)  par 
M.  J.  Colombat. 

D'après  les  témoignages  des  «  anciens  »  de  notre  commune,  on  voit  maintenant  du 
village  une  habitation  située  à  2  kilomètres  environ  dans  la  campagne,  qui  en  était 
invisible  il  y  a  trente  ans.  La  crête  du  monticule  qui  la  cachait,  et  qui  n'en  est  qu'à 
300  ou  400  mètres,  se  serait  abaissée  de  cinq  mètres  environ.  Le  sol  où  est  bâtie 
la  maison  ne  paraît  pas  avoir  lui-même  changé  de  niveau,  et  l'érosion  de  la  col- 
line ne  peut  avoir  eu  qu'une  faible  part  à  cette  dénivellation;  car  dans  les  champs 
labourés  qui  couvrent  ce  monticule  on  trouve  toujours  à  peu  près  la  même  épais- 
seuf  de  terre  végétale  reposant  sur  des  couches  continues  de  roches  assez 
diverses,  mais  en  général  calcaires  ou  triasiques.  La  variété  des  terrains  est  très 
grande  dans  toute  cette  partie  orientale  du  Roannais,  et  cette  diversité  peut 
entrer  pour  quelque  chose  dans  les  mouvements  de  l'écorce  terrestre. 

Accélération  thermodynamique  da  mouvement  de  rotation  de  la  Terre.  — 

Le  Journal  de  Physique  a  publié  un  travail  fort  intéréressant  de  sir  William 
Thomson  sur  l'influence  de  l'oscillation  diurne  de  l'atmosphère  sur  le  mouvement 
de  rotation  de  la  Terre.  Les  observations  barométriques  montrent  qu'il  y  a  chaque 
jour  une  oscillation  de  l'atmosphère  due  à  réchauffement  solaire.  C'est  une  marée 
atmosphérique,  qui  n'est  pas  causée  par  l'attraction  du  Soleil,  mais  par  la  chaleur. 
Or,  tandis  que  les  marées  de  l'Océan  ont  pour  effet  de  ralentir  le  mouvement  du 
globe,  en  agissant  comme  un  frein  les  marées  thermiques  de  l'atmosphère,  qui 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  231 

arrivent  vers  10*»,  ont  pour  effet  de  Yaccèléror.  D'ingénieux  calculs,  établis  sur 
les  formules  de  Laplace  et  de  Fouricr,  conduisent  à  la  conclusion  que  la  marée 
lunaire  océanique  retarde  le  mouvement  de  la  Terre  de  25  secondes  par  siècle 
et  que  la  marée  solaire  atmosphérique  accélère  le  même  mouvement  de  2»,  7  dans 
le  même  temps.  Le  résultat  final  est  un  retard  de  22»,  3,  ou,  en  nombre  rond,  de 
22  secondes  par  siècle,  chiffre  concordant  avec  le  résultat  trouvé  par  Adams. 

Densité  de  la  Terre.  —  M.  Mendenthall  a  exécuté,  au  commencement  du  mois 
d'août  1S80,  des  observations  comparatives  sur  la  durée  d'oscillation  d'un  même 
pendule  à  TUniversité  de  Tokio  et  au  sommet  du  Flusiyama,  la  célèbre  montagne 
volcanique  dont  la  forme  est  presque  exactement  celle  d'un  cùne  ayant  un  angle 
au  sommet  de  138o  et  une  hauteur  de  près  de  3800»»».  L'accélération  de  la  pesanteur 
à  Tokio  étant  9",7984,  on  trouva,  pour  le  sommet  du  Flusiyama  :  9°>,7886. 

D'autre  part,  Fauteur  a  déterminé  la  densité  moyenne  des  roches  qui  forment 
la  montagne,  et  l'a  trouvée  égale  à  2,12;  on  connaît  donc  les  dimensions  de  la 
montagne  et  sa  densité,  ce  qui  permet  de  calculer  aisément  l'attraction  qu'elle 
exerce  sur  le  pendule  placé  au  sommet.  De  la  comparaison  de  ce  nombre  et  des 
valeurs  de  (/  à  Tokio  et  au  sommet,  on  déduit  la  densité  moyenne  de  la  Terre. 
M.  Mendenthall  a  trouvé  ainsi  5,77,  nombre  un  peu  plus  fort  que  celui  que  l'on  admet 
d'ordinaire  ;  pour  ramener  ce  nombre  à  la  valeur  de  Baily  (5,67),  il  suffirait  d'ad- 
mettre que  la  densité  moyenne  de  la  montagne  est  seulement  2,08  au  lieu  de  2,12  ; 
l'auteur  préfère  cependant  attribuer  cet  écart,  non  à  une  erreur  sur  la  densité, 
mais  à  un  défaut  réel  d'attraction,  tenant  probablement  à  la  structure  même  de  la 
montagne. 

Sur  le  moavement  relatif  de  la  Terre  et  de  l'éther.  —  Dans  la  théorie  de 
l'aberration  de  la  lumière,  on  suppose  que  la  Terre  se  meut  seule  au  travers  de 
Téther  qui  reste  en  repos.  Pour  contrôler  cette  hypothèse,  M.  Michelson  a  essayé 
de  faire  interférer  l'un  avec  l'autre  deux  rayons  qui  ont  traversé  une  même  lon- 
gueur dans  l'air,  mais  l'un  dans  la  direction  du  mouvement  de  la  Terre,  l'autre 
dans  la  direction  perpendiculaire. 

Avec  une  longueur  do  1™,  2  seulement  et  en  employant  de  la  lumière  jaune,  ou 
trouve,  dans  l'hypothèse  de  l'éther  immobile,  que  le  rayon  qui  a  voyagé  dans 
la  direction  du  mouvement  de  la  Terre  a  dû  parcourir  -^  de  longueur  d'onde  do 
plus  que  l'autre. 

En  faisant  tourner  de  90°  le  plan  des  deux  rayons,  on  fait  porter  la  différence 
sur  l'autre  rayon;  d'une  position  à  l'autre,  les  franges  d'interférence  devraient 
donc  se  déplacer  de  0,  08  de  frange,  quantité  mesurable. 

L'expérience  a  donné  un  résultat  absolument  négatif;  ou  doit  donc  en  conclure 
que  l'hypothèse  d'un  éther  immobile  n'est  pas  exacte,  et  qu'il  faut,  par  suite, 
abandonner  l'explication  que  l'on  donne  ordinairement  du  phénomène  de  l'aber- 
ration. A.  ANaoT  («). 

(')  Journal  de'Physique. 


232  L  ASTRONOMIE. 

Légers  tremblements  de  terre.  Un  grand  nombre  de  légers  mouvements  du 
sol  doivent  passer  inaperçus.  Nous  lisons  dans  le  rapport  de  TObservatoire  de 
Cambridge  (Angleterre) que  le  matin  du  22  avril  1884,  Miss  Walker  se  préparait  à 
faire  à  la  lunette  méridienne  l'observation  du  bain  de  mercure  pour  le  nadir,  lors- 
qu'elle s'aperçut  que  l'image  des  fils  du  micromètre,  au  lieu  d'être  réfléchie  tran- 
quillement, était  agité  par  de  violentes  oscillations  :  on  dut  attendre  plusieurs 
minutes  avant  de  pouvoir  faire  l'observation.  Quelque  temps  après,  on  apprit 
qu'un  léger  choc  de  tremblement  de  terre  avait  été  ressenti  précisément  au 
moment  même  où  ce  trouble  du  bain  de  mercure  avait  été  reconnu  d'une  façon  si 
exceptionnelle. 

Les  volcans  et  les  mesures  magnétiques.  —  Le  professeur  Ciro  Ghristoni  a 
recherché  toutes  les  variations  magnétiques  qui  se  produisent  dans  la  Sicile  ;  il 
a  dressé  un  tableau  des  données  fournies  par  ses  instruments  et  s'est  aperçu  tout 
de  suite  que  la  Sicile  ne  suit  pas  la  règle  vraie  pour  l'Italie,  que  la  déclinaison 
va  décroissant  de  l'Ouest  à  l'Est.  L'angle  maximun  se  trouve  à  Catane,  qui  est 
un  des  lieux  les  plus  à  l'Est  de  l'île;  il  a  encore  une  valeur  considérable  à  Gir- 
genti.  A  Caltanisetta,  la  déclinaison  est  inférieure  à  celle  de  Girgenti,  supérieuro 
î\  celle  de  Palerme  et  de  Tripani.  Un  coup  d'œil  jeté  sur  la  carte  de  la  Sicile  don- 
nera l'explication  de  ce  phénomène,  qui  trouve  sa  raison  d'être  dans  la  nature 
volcanique  de  l'île.  A  Catane  on  peut  ainsi  observer  la  puissante  action  des  laves 
de  l'Etna,  action  qui  se  fait  ressentir  jusqu'à  Messine.  L'Etna  a  donc  une  influence 
magnétique  incontestable.  A  Messine,  cette  influence  est  contrebalancée  par  celle 
des  îles  Lipari,  qui  sont  au  Nord,  tandis  que  l'Etna  est  au  Sud.  A  Girgenti,  on  a 
un  second  maximun  de  déclinaison  ;  ce  fait  s'accorderait  avec  les  mesures  que 
Perry  obtint  pour  Malte  en  1874.  L'augmentation  de  la  déclinaison  est  due  sans 
contredit  au  terrain  volcanique  qui  se  trouve  dans  les  environs  de  Sciarra,  et  il 
n'est  pas  problable  que,  sous  la  mer,  il  y  ait  des  points  qui  influent  sur  Taiguille 
aimentée.  En  effet,  contre  Girgenti,  Malta  et  Pantellaria,  la  mer  a  toujours  pré- 
senté des  phénomènes  volcaniques,  et  c'est  là  précisément  qu'est  apparue  l'Ile 

Ferdinandea. 

D"^  A.  Battandier. 

L'inventeur  des  Jumelles.  •—  Presque  tous  les  écrivains  de  l'histoire  des 
Sciences  attribuent  au  P.  Schyrl,  capucin  de  Bohême,  né  vers  1597,  mort  à 
Ravenne  en  1660,  l'invention  des  lunettes  d'approche  binoculaires.  C*est  dans  la 
première  partie  de  l'ouvrage  publié  à  Anvers  en  1645,  sous  le  titre  bizarre 
d'Oculus  Enoch  et  Elias,  sive  radius  sidereomyslicus,  qu'il  traite,  p.336-356,  de  la 
lunette  d'approche  binoculaire.  Cette  invention  n'appartient  pas  au  capucin 
Schyrl,  mais  bien  à  un  opticien  de  Paris,  du  nom  de  Chorez,  qui  en  1625  vendait 
des  binocles  dans  Tîle  Notre-Dame,  à  renseigne  du  Compas.  C'est  ce  qui  résulte 
d'une  lettre  imprimée  trouvée  en  septembre  1880  par  M.  Gilberto  Govi,  le  savant 
physicien  italien,  dans  le  manuscrit  n»  9531  du  fonds  français,  correspondance  de 
Peiresc.  La  pièce  est  intitulée  :  «  Les  admirables  lunettes  d'approche  réduites  en 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS.  233 

petit  volume  avec  leur  vray  v^age  et  leur  utilitez,  préférables  aux  grandes,  et 
le  moyen  de  les  acomoder  à  Vendroit  des  deux  yeux,  le  tout  mis^  en  pratique, 
et  dédié  au  roy,  Tan  1625,  par  D.  Ghorez.  >  Cette  lettre  est  adressée  au  roi 
Louis  XIII;  elle  commence  ainsi  :  «  Sire,  il  y  a  près  de  cinq  ans  que  je  receu 
l'honneur  de  présenter  à  vostre  Maîesté  les  prémices  de  mon  travail,  en  ce  qui  est 
communément  appelé  lunettes  d'approche,  etc.  »  Les  avis  et  directions  pratiques 
formulés  par  Chorez  dans  cette  sorte  de  lettre-manifeste  sont  très  utiles,  selon 
M.  Gilberto  Govi  qui,  dans  le  Bullettino  du  prince  Boncompagnî,  a  rendu  justice 
à  l'habile  opticien  et  l'a  retiré  de  l'injuste  oubli  dans  lequel  il  était  tombé  (<). 

Statue  à  Giordano  Bruno.  —  Suivant  l'appel  fait  l'année  dernière  par  M.  Flam- 
marion, dans  Les  Terres  du  Ciel  (p.  716),  la  jeunesse  romaine,  les  étudiants 
italiens,  les  amis  du  progrès  viennent  de  former  un  groupe  qui  prépare  dès 
aujourd'hui  le  projet  de  l'érection  d'une  statue  au  philosophe  martyr  brûlé  vif  à 
Rome  le  17  février  de  l'an  1600.  Rappelons  ces  lignes  des  Terres  du  Ciel: 

«  Au  nom  de  la  Liberté  de  conscience,  au  nom  de  l'humanité,  au  nom  du 
Progrès,  nous  demandons  à  l'Italie  d'élever,  avant  la  fin  de  notre  dix-neuvième 
siècle,  deux  statues  au  sein  de  la  ville  de  Rome;  la  première  sur  la  place  de  la 
Minerve  :  Galilée  à  genoux,  renonçant  à  l'hérésie  du  mouvement  de  la  Terre;  la 
seconde  au  champ  de  Flore  :  Giordano  Bruno  sur  son  bûcher,  expiant  le  crime  de 
croire  à  la  vie  éternelle  dans  l'univers  infini.  » 

Nous  adressons  aux  promoteurs  de  la  statue  de  Bruno  toutes  nos  félicitations 
et  tous  nos  vœux  en  faveur  de  cette  glorification  tardive  de  leur  immortel  compa- 
triote. Une  adresse  collective  des  étudiants  de  Madrid  au  Directeur  de  VAstro- 
nomiCy  annonce  que  la  jeunesse  espagnole  se  joint  à  la  jeunesse  italienne  dans 
une  même  confraternité  pour  la  glorification  du  philosophe  martyr. 

L'Astronomie  popularisée.  —  Voici  un  petit  fait  de  détail  qui  ne  manque  pas 
de  signification.  Une  importante  manufacture  de  brosserie  de  Paris  vient  de 
choisir  les  marques  de  fabrique  suivantes  pour  ses  produits  : 

Marque  principale  de  la  maison  Rennes  et  fils  : 

Les  étoiles  de  la  constellation  du  Renne. 

Marques  du  détail  : 

Lune,  premier  quartier. 

Soleil, 

Comète. 

Tête  d'ange  avec  soleil  et  rayons. 

Tous  nos  compliments  pour  cette  innovation. 

On  nous  communique  d'autre  part  une  gravure  dorée  détachée  d'une  boîte  de 
«  fil  de  lin  extra  »  qui  n'est  autre  que  la  reproduction  de  la  première  figure  de 

[<)  Bulletin  des  Sciences  m,athématiques. 


234  L'ASTRONOMIE. 

VAstronomie  populaire,  avec  la  légende  même  :  a  Emportée  par  le  temps, 
poussée  vers  un  but  qui  fuit  toujours,  la  Terre  court  avec  rapidité  dans  l'espace.  » 
Quelques  étoffes  commencent  aussi  à  porter  dans  leurs  tissus  des  Saturnes,  des 
comètes  et  des  étoiles  associées.  —  Signe  du  temps. 

Un  cadran  solaire  de  plas  de  deux  mille  ans.  —  A  Palestrîne,  l'antique 
Préneste,  il  y  avait  une  horloge  solaire  {solarium)  dont  Varron  parle  comme  d'un 
monument  très  ancien.  M.  Cicerchia  a  pensé  qu'il  fallait  la  chercher  sur  le  mur 
de  face  de  l'église  de  Saint-Agapit.  Cette  église,  construite  au  moyen  âge, 
s'élève  sur  un  édifice  antique,  où  Ton  voit  encore,  sur  les  blocs  qui  le  portent,  une 
ouverture  que  ferme  un  mur  moderne.  Selon  M.  Cicerchia,  cette  ouverture 
donnait  passage  aux  rayons  du  Soleil,  qui  marquaient  l'heure  sur  un  dallage  inté- 
rieur. Nul  n'avait  tenté  de  vérifier  cette  supposition.  M.  Marucchi,  ayant  fait 
enlever  du  mur  antique  l'enduit  moderne,  a  retrouvé  les  traces  du  solarium 
d'une  forme  différente  de  celle  qu'on  avait  imaginée. 

Le  mur  présente  quatre  rainures  obliques,  disposées  deux  par  deux  en  éventail 
de  chaque  côté.  La  verticale,  entaillée  sans  doute  entre  elles,  devait  être  tracée 
sur  la  partie  disparue  que  ferme  aujourd'hui  la  maçonnerie  moderne.  A  l'extré- 
mité supérieure  de  chaque  rainure  se  trouvaient,  dit  M.  Marucchi,  des  tiges 
métalliques  plantées  dans  des  trous  que  l'on  voit  encore.  La  direction  des  rainures 
correspond  aux  ombres  que  projetaient  ces  sortes  de  gnomons  sur  les  heures  3', 
4«,  8*  et  9*  des  anciens  (9^,  10^»  du  matin,  2*»  et  3^  de  l'après-midi). 

Pensées.  —  On  trouve  souvent  dans  les  écrits  d'Edgar  Poe  une  divination 
originale  des  progrès  accomplis  en  ces  dernières  années  par  la  philosophie 
astronomique.  En  fetiilletant  dernièrement  ses  Contes  grotesques,  l'un  de  nos  amis 
a  remarqué  la  pensée  suivante,  digne  d'être  méditée.  Elle  date  de  1848,  mais 
appartient  plutôt  au  siècle  prochain  qu'à  celui-ci. 

a  II  y  a  une  infinité  d'écrivains  qui  font  leur  chemin  en  philosophie,  grâce  à 
rhabitude  qu'ont  les  hommes  de  se  considérer  comme  les  citoyens  d'un  monde, 
d'une  planète  individuelle,  au  lieu  de  se  représenter,  ne  fût-ce  que  de  temps  en 
temps,  leur  condition  littéralement  cosmopolite  d'Habitants  de  VUnivers,  » 

Cette  autre  n'est  pas  moins  remarquable  : 

«  11  n'est  nullement  irrationnel  d'imaginer  que,  dans  une  existence  future,  nous 
puissions  considérer  cette  vie  comme  un  songe.  » 

11  avait  déjà  dit  dans  Eurêka  : 

«  La  Terre  no  doit  pas  être  considérée  comme  une  individualité,  mais  dans  ses 
rapports  planétaires.  De  ce  point  de  vue  général,  un  homme  devient  l'humanité, 
et  l'humanité  un  membre  de  la  famille  cosmique  des  intelligences.  » 


OBSEKVATIONS  ASTUONOMIQUES.  235 

OBSERYATIONS   ASTRONOMIQUES 

A  FAIRE  DU  15  JUIN  AU  15  JUILLET  1885. 
Principaux  oliijets  célestes  en  évidence  pour  Inobservation. 

I«  CIEL  ÉTOILE  ; 

Pour  l'aspect  du  Ciel  étoile  durant  cette  période  de  l'année,  il  faut  se  reporter 
soit  aux  cartes  publiées  dans  la  première  année  de  la  Revue,  soit  aux  descriptions 
données  dans  les  Étoiles  et  les  Curiosités  du  Ciel  (p.  594  à  635).  La  longueur  des 
jours  atteignant  en  ce  moment  sa  plus  grande  valeur  ainsi  que  la  durée  du  cré- 
puscule, rheure  des  observations  astronomiques  se  trouve  chaque  soir  naturel- 
lement retardée. 

2»  SYSTÈME   SOLAIRE   : 

Soleil.  —  Le  15  juin,  le  Soleil  se  lève  à  3'»58>"  du  matin  et  se  couche  à  8*»  3»»; 
le  1«' juillet,  l'astre  du  jour  se  montre  au-dessus  de  Thorizon  à  4»>2™,  pour  dispa- 
raître à  8'>5"»  du  soir;  enfin,  le  lever  a  lieu  à  4^14™,  le  15  juillet,  et  le  coucher 
à  7^57"».  La  durée  du  jour  est  de  16'»5™  au  15  juin,  de  IG^M'"  au  !«'  juillet  et 
de  15>»43">  au  15  juillet.  Du  15  juin  au  21  juin,  la  durée  du  jour  s'accroît  de  2»»  le 
soir;  mais  du  21  juin  au  15  juillet,  les  jours  diminuent  de  16«»  le  matin  et  de  8°* 
le  soir,  soit  une  diminution  totale  de  22™  pour  l'intervalle  compris  entre  le  15  juin 
et  le  15  juillet. 

La  déclinaison  boréale  du  Soleil  est  de  23'>20'9''  au  15  juin  et  atteint  23o27'5'' 
le  21  juin,  à  midi  moyen.  C'est  à  7*»l™29s7  du  mâtin,  le  21  juin,  que  la  déclinaison 
solaire  atteint  son  maximum  et  que  commence  IKté  (»)  et  non  à  7'»0™  comme 
l'indique  V Annuaire  du  Bureau  des  Longitudes.  Cette  époque  de  l'année  s'appelle 
solstice  d'été,  car  le  Soleil  paraît  séjourner  quelque  temps  dans  la  même  partie 
du  Ciel,  en  conservant  sensiblement  la  même  déclinaison  et  par  suite  les  jours 
leur  môme  longueur.  Le  crépuscule  est  assez  considérable  pour  qu'il  reste  visible 
toute  la  nuit  dans  la  partie  septentrionale  de  la  France  :  on  peut  dire  que  là  il 
n'y  a  pas  de  nuit  complète. 

(')  La  Connaissance  des  Temps  pour  1885  et  le  NauUcal  Alnianac  donnent,  tout 
en  tenant  compte  des  différences  de  longitude  des  Observatoires  de  Paris  et  de  Greeu- 
wich,  des  valeurs  différentes  pour  la  longitude  du  Soleil,  et  cette  différence  va  sans 
cesse  en  croissant. 

Pourquoi  les  Calculateurs  du  Bureau  dos  Longitudes  se  sont-ils  servis  jdu  Nautical 
pour  le  calcul  de  l'instant  où  commence  chaque  saison  ?  Voici  un  tableau  qui  nous 
montre  nettement  ces  différences  : 


Saisons. 

L'Ét^.  commence  le  21  juin 

L'AUTOMNE  commence  le  22  septembre. 
L'Hiver  commence  le  21  décembre 


Connaissance 


Nautical  Almanac. 

des  Temps. 

Différence. 

7h  0»  1»,2  matin. 

7k   l«29-,7 

i-28',5 

Dh^b-  3%7  soir. 

Oï^ai-  7-,3 

6-  3%6 

3»«36«34«,4  soir. 

3V46-27«,9 

9-53«,5 

E.  V. 


230 


L'ASTRONOMIE. 


A  partir  du  21  juin,  la  déclinaison  du  Soleil  décroît;  le  15  juillet,  elle  est 
de  21o28'3r. 

La  Terre  passe  à  Taphélie  le  3  juillet,  à  11*»  du  soir.  C'est  alors  qu'elle  atteint 
sa  distance  maximum  du  Soleil.  Cette  circonstance  se  présente  lors  des  plus 
grandes  chaleurs  de  Tannée,  parce  que  le  Soleil  est  en  ce  moment  très  élevé  au- 
dessus  de  l'horizon. 

Le  4  juillet,  le  diamètre  solaire  mesure  3i'31'96. 

Lune.  —  Bien  que  Tété  soit  peu  favorable  aux  observations  lunaires,  on  pourra 
étudier  néanmoins  le  mince  croissant  que  nous  offre  notre  satellite,  dans  le  voi- 
sinage du  Premier  et  du  Dernier  Quartier. 


Phases.. 


PQ  le  19  juin,  à    1^58-  soir. 
PL  le  27     »     à  11  27    matin. 


DQ  le    5  juillet,  à  C-SS-  soir. 
NL  le  12       »       à  5  25    matin. 


Occultalions  et  appulse  visibles  à  Paris, 

Deux  occultations  et  une  appulse  seront  visibles  à  Paris  dans  le  voisinage  de 
minuit. 

!•  t'  Capricorne  (6«  grandeur),  le  29  juin,  de  12''8-  à  13''22-  du  soir.  L'étoile  disparaît 
subitement  derrière  la  partie  éclairée  du  disque  de  la  Lune,  en  un  point  situé  à  22»  au- 
dessus  du  point  le  plus  à  gauche,  et  reparaît  tout  à  coup  en  un  point  placé  à  24*  au- 


Fig, 


Fig.  85. 


OccuUatioDS  de  i*  et  t*  Capricorne  par  la  Lune, 

le  29  juin  1885,  de  12>'8-  â  13^22-  du  soir, 

etdel3«'43"àl4^41-. 


Appulse  de  \i  Poissons, 
le  6  juillet,  à  2'' 46-  du  mati 


dessus  du  point  le  plus  â  droite  du  disque.  Cette  occultation,  qui  est  représentée 
(fig.  84)  pour  Paris,  sera  observable  dans  l'Europe  occidentale. 

2*  T*  Capricorne  (5*  grandeur),  le  29  juin,  de  IS'-iS"  à  14''4i-.  Cette  seconde  compo- 
sante de  la  double  t  sera  occultée  à  son  tour,  bien  qu'elle  ce  soit  éloignée  que  de  32' 
de  la  première,  21"  après  la  fin  de  l'occultation  de  t*.  L'étoile  disparait  en  un  point  du 
disque  lunaire  situé  à  30*  au-dessous  et  à  gauche  du  point  le  plus  élevé  et  reparait  en 
un  autre  point  situé  à  22*  au-dessus  du  point  le  plus  à  TOuest.  L*occultation  sera 
observable  dans  TËurope  occidentale. 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  237 

3*  |i  Poissons  (5*  grandeur),  le  6  juillet,  à  2^46"  du  matin.  Appulse  à  r,7  du  bord  de 
la  Lune.  L'étoile  s'approchera  à  cette  faible  distance  d'un  point  qui  se  trouve  à  12*  à 
droite  du  point  le  plus  bas  du  disque  de  notre  satellite.  Il  y  aura  occultation  pour  le 
Nord  et  les  Iles  britanniques. 

Occultations  diverses. 

Les  lecteurs  de  VAstronomie  qui  habitent  les  diverses  parties  de  la  Terre 
pourront  encore  observer  les  importantes  occultations  suivantes  : 

1*  Uranus,  le  19  juin,  vers  3''33"  du  soir,  temps  moyen  de  Paris.  Les  latitudes  ex- 
trêmes de  l'observation  sont  20*  S.  et  89*  S. 

2*  Y  Balance  (4-5*  grandeur),  le  23  juin,  vers  10''57"  du  soir.  Limites  de  latitude: 
3*  N.  et  61- S. 

3*  Aldébaran  (1'*  grandeur),  le  8  juillet,  à  111*33-'  du  matin.  Les  limites  de  latitude 
sont  20-  N.  et  90*  N. 

Le  28  juin,  à  6^  du  matin,  la  distance  de  la  Lune  à  la  Terre  est  apogée  : 
405  600»^;  diamètre  lunaire  =  29'27',2. 

Le  12  juillet,  à  2^  du  matin,  la  distance  de  la  Lune  à  la  Terre  est  périgée  : 
365  500^"»;  diamètre  lunaire  =  33'30',2. 

Mercure.  —  Du  15  au  20  juin,  Mercure  pourra  être  aperçu  le  matin,  plus  d'une 
heure  avant  le  lever  du  Soleil,  par  les  habitants  de  l'hémisphère  sud  de  notre 
globe.  Le  27  juin,  cette  rapide  planète  sera  en  conjonction  supérieure  avec  le 
Soleil,  puis  elle  deviendra  visible  le  soir,  malgré  la  lueur  crépusculaire,  dans  les 
premiers  jours  de  juillet. 

Jours.  Passage  Méridien .  Coucher.  Différence  Soleil.    Constellation. 

5  Juillet 0''45*  soir.  8''47-  soir.  0''44*  Gémeaux. 

7        »      0  54         »  8  52  »  050  Cancer. 

9»       13          a  8  55  *  0  54                      » 

11        1»      1  11          »  8  58  »  0  58                     V 

13        »      1  18         »  8  59  »  11                      » 

15  a      1  24          »>  8  59  »  12                     w 

Le  mouvement  de  Mercure,  du  5  au  15  juillet,  est  direct  parmi  les  constel- 
lations des  Gémeaux  et  du  Cancer.  Le  5  juillet.  Mercure  sera  au  Sud  et  à  1»  en- 
viron de  X  Gémeaux.  Les  1 1  et  12  juillet,  la  planète  traversera  Tamas  du  Cancer, 
la  Crèche.  Une  lunette  astronomique  permettra  de  suivre  aisément  ce  passage. 
Le  10  juillet,  le  diamètre  de  Mercure  est  de  5'4  sa  distance  à  la  Terre  de  186  mil- 
lions de  kilomètres  et  sa  distance  au  Soleil  de  55  millions  de  kilomètres. 

Vénus.  —  Cette  admirable  planète  brille  du  plus  vif  éclat  jdans  le  ciel  de 
rOccident,  aussitôt  après  le  coucher  du  Soleil.  Il  est  très  facile  de  l'apercevoir  à 
la  simple  vue,  malgré  la  lueur  crépusculaire  en  ce  moment  très  intense. 

Jours.  Passage  Méridien.  Coucher.  Différence  Soleil.     Constellation. 

16  Juin    O'-Sl'"    soir.  8'' 59-    soir.  0''56*  Gémeaux. 

19       »     0  55         »  9    2         »  0  58  » 

22       »     0  59         if  9    4         »  0  59  • 

25       >•-...        1    4         »  9    7         »  12  » 

29»      19  a  98  a  13  a 

2  Juillet 1  13         "  9    8a  14  Cancer. 

5       »      116         a  97         .  14  » 


238  L'ASTRONOMIE. 

Jours.  Passage  Méridien.              Gooclidr.  Différence  Soleil  Constellation. 

8  Juillet 1^20-       »  O"  6-       »                 l»»  4-  Cancer. 

11        s      1  23         »  9    4         »                  14  s 

14       »      1  27         »  9    3         p                  16  » 

Le  mouvement  de  VÉtoile  du  Berger  est  toujours  direct.  Le  24  juin,  l'écla- 
tante planète  passera  à  lo20'  au  nord  de  l'étoile  de  3,5  grandeur,  o  Gémeaux. 
Le  9  juillet,  Vénus  traversera  l'amas  du  Cancer. 

Le  1*"  juillet,  le  diamètre  de  Vénus  est  de  10'2  la  distance  de  Vesper  au  Soleil 
est  de  106  millions  de  kilomètres. 

Mars.  —  Mars  est  facile  à  découvrir  le  matin,  à  TOrient,  près  de  deux  heures 
avant  le  lever  du  Soleil.  Le  plus  souvent,  une  lunette  astronomique  de  moyenne 
puissance  sera  nécessaire  pour  Tétude  de  cette  planète. 

Jours.  Lever.  Passnire  Méridien.  Coiisteltntiun. 

25  Juin 2'  8- matin.  9'' 56- matin.  Taureau. 

1"  Juillet 1  58         »  t)  51  »  •• 

5  »'       1  51  »  î)  47  »  '» 

9  '•       l  45  «  9  43 

13  »       1  39  »  9  39  « 

Mars  continue  son  mouvement  direct  à  travers  la  constellation  du  Taureau. 
Le  28  juin,  la  planète  passe  à  2° 30'  au  nord  de  l'étoile  de  3,5  grandeur,  e  Taureau. 

Le  l^^-"  juillet,  le  diamètre  de  Mars  est  de  5';  sa  distance  à  la  Terre  de  333  mil- 
lions de  kilomètres  et  sa  distance  au  Soleil  de  218  millions  de  kilomètres. 

Petites  planètes.  —  Cérès  est  toujours  facile  à  reconnaître  dans  la  constel- 
lation de  la  Vierge.  Seulement,  il  faut  se  hâter  d'étudier  ce  petit  astre  pendant 
que  cela  est  encore  possible,  car  il  va  bientôt  disparaître.  Il  sera  bon  de  se 
servir  d'une  jumelle  marine. 

Jours.  Pnssage  Méridien.  Coucher  de  Cérës.  Constellation. 

15  Juin î**!!"  soir.  l*" 39"  matin.  Vierge. 

20      «      6  54         »  1  19         » 

25      »  6  37         »>  0  58         » 

30      •>     6  21  »  0  39         » 

5  Juillet 6    5  «  0  20         »  - 

10       s      5  49         »  minuit.  • 

Le  mouvement  de  Cérès  est  direct  et  sensiblement  vers  le  Sud-Est.  Le  19  juin. 
la  petite  planète  est  en  conjonction  avec  8  Vierge,  de  3,5  grandeur;  elle  n'est 
éloignée  que  de  52' de  l'étoile.  Pendant  plusieurs  jours,  Cérès  séjourne  un  peu  au 
nord  et  à  une  faible  distance  de  3,  ce  qui  permettra  de  la  découvrir  rapidement. 

Le  premier  juillet,  Cérès  est  éloignée  de  la  Terre  de  357  millions  de  kilomètres 
et  de  394  millions  de  kilomètres  du  Soleil. 

Coordonnées  au  20  juin    :    Ascension  droite...    12''50".    Déclinaison...      4*44' N. 
»  5  juin.  :  s  »  13    0  »  2  25  N. 

Pallas  est  encore  facile  à  distinguer,  durant  la  première  moitié  de  la  nuit, 
dans  la  Chevelure  de  Bérénice  ;  mais  il  faut  aussi  se  hâter  de  Tétudier  avant  sa 
disparition.  Une  bonne  jumelle  marine  ou  une  lunette  astronomique  seront 
indispensables. 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  239 

Jours.  Passage  Méridien.  .         Coneher  de  Psllas.  Constellation. 

20  Juin 6M6-  soir.  l'*59-  matin.  Chev.  de  Bérénice. 

25      s    6    1,  s  1  41         s                      s 

30      »    5  47  »  1  22         -                      » 

5  Juillet 5  33  «  15»*                      » 

10       »      5  19  «  0  49         »                       w 

15        »      55  j»  0  32         i>                       V 

Pallas  est  en  mouvement  direct  dans  la  Chevelure  de  Bérénice,  elle  se  dirige 
vers  e  Vierge. 

Le  l»»- juillet,  Pallas  est  à  375  millions  de  kilomètres  de  la  Terre  et  à  378  mil- 
lions de  kilomètres  du  Soleil. 

Coordonnées  au  21  juin    :    Ascension  droite...     12'' 13".    Déclinaison..     18*54'  N. 
»  10  juin.  :  »  »  12  34  »  17  15   N. 

Junon  peut  être  observée  très  facilement  le  soir,  avec  une  lunette  astrono- 
mique, non  loin  de  Tétoile  de  3,5  grandeur,  Ç  Vierge.  Le  5  juillet,  Junon  sera 
en  conjonction  avec  cette  étoile,  à  i'^bW  seulement  et  au  nord  de  Ç.  On  peut 
remarquer  que  les  trois  petites  planètes  Cérès,  Pallas  et  Junon  séjournent  à  peu 
près  dans  le  même  coin  du  Ciel. 

Jours.  Passage  Méridien.  Coneher  do  Janon.  GonsteUation. 

20  Juin 7*28-  soir.  l'*48-  soir.  Vierge. 

25      »     7  10         »  1  29  »                      » 

30      »     6  51          »  1  09  »                      » 

5  Juillet 6  33         »  0  50  » 

10  M      6  16         ^  0  31         «  M 

15        I»       5  59         »  0  12         y  * 

La  marche  de  Junon  est  directe  dans  la  constellation  de  la  Vierge. 

La  distance  de  Junon  à  la  Terre  est  de  438  millions  de  kilomètres,  au  1<^'- juillet, 

et  de  488  millions  du  Soleil. 

Coordonnées  au  21  juin    :    Ascension  droite...    13'*25".    Déclinaison...      2*46' N. 
»  12  juin.  :  s  »  13  32  »  1  29  N. 

Vesta  pourra  être  vue  dans  la  constellation  du  Taureau,  un  peu  au  nord  de  X, 
suivant  la  ligne  qui  unît  l'étoile  de  4«  grandeur  y  ^  Aldébaran.  Une  lunette  sera 
nécessaire  pour  se  livrer  à  cette  observation. 

Jours.  Lever  de  Vesta.  Passage  Méridien.  Constellatioh. 

!•'  Juillet 1*53-  matin.  9*  6-  matin.  Taureau. 

6  »      1  39         »  8  54         »  » 

11  »      1  25         s  8  42         »  » 

Le  mouvement  de  Vesta  est  direct. 

Le  !«■'  juillet,  Vesta  est  à  une  distance  de  473  millions  de  kilomètres  de  la 
Terre  et  de  375  millions  de  kilomètres  du  Soleil. 

Coordonnées  au  10  juillet  :     Ascension  droite  :      4^14".       Déclinaison  :  15*22'  N. 

Jupiter.  —  Cette  belle  planète  brille  toigours  d*un  vif  éclat  dans  la  constel- 
lation du  Lion,  dans  le  voisinage  de  Régulus.  Le  12  juillet,  au  soir,  Jupiter  sera 
en  conjonction  avec  p  Lion,  de  4«  grandeur.  La  planète  sera  au  Nord  et  à  58'  de 
rétoile. 


240  L'ASTRONOMIE. 

Joart.  Passsfv  MMdi«D.  Coticta«r.  ContUllattoa. 

18  Juin 4*23-   soir.  11*25-    soir.  Lion. 

22     »    4  10         »  Il  10         »  » 

26  »     3  57         »  10  58         »  » 

30      »     3  43         •  10  41         »  » 

3  Juillet 3  33         1  10  30         »  » 

7       »     320         "  10  16         »  » 

11        »    3    7  10    1         »  » 

La  marche  de  Jupiter  est  directe,  c'est-à-dire  de  TOuest  à  TEst. 

Le  !•' juillet,  le  diamètre  de  la  planète  est  de  31',  sa  distance  à  la  Terre  est  de 
884  millions  de  kilomètres  et  sa  distance  au  Soleil  801  millions  de  kilomètres. 

Il  faut  continuer  l'étude  des  satellites  de  Jupiter  avec  une  jumelle  astrono- 
mique. Les  astronomes  doués  d'une  excellente  vue  pourront  encore  apercevoir  à 
l'œil  nu  le  3«  satellite  lors  de  ses  plus  grandes  élongations  qui  auront  lieu  aux 
époques  suivantes  :  16,  19,  22,  23,  26,  27  et  30  juin,  1",  4,  7,  10,  11  et  14  juillet. 

Éclipses  des  satellites  de  Jupiter. 

16  Juin 10** 34*      soir.         Immersion  du  4*  satellite    éclipsé. 

30     »    9    6  »  Emersion  1*'        »  t» 

Remarque.  —  Le  14  juin,  à  9'»45™  du  soir,  le  l*»*  satellite  est  occulté  et  le  3*  sur 
le  disque  de  Jupiter.  Le  24  juin,  le  4«  satellite  est  sur  le  disque  et  les  trois  autres 
d  un  même  c(^te.  Le  l»»"  juillet,  à  9^  du  soir,  les  quatres  satellites  sont  à  l'est  de 
la  planète. 

Saturne.  «^  Cette  planète  est  absolument  invisible.  Elle  passe  derrière  le 
Soleil  le  18  juin  à  11^  du  soir  et  atteint  en  ce  moment  sa  distance  maximum  à  la 
Terre  :  1486  millions  de  kilomètres;  sa  distance  au  Soleil  est  de  1336  millions  de 
kilomètres. 

Uranus.  —  Uranus  est  toujours  facile  à  trouver  dans  la  constellation  de  la 
Vierge,  entre  les  étoiles  de  3,5  grandeur  r^  et  p,  vers  le  milieu  de  la  ligne  qui 
unit  ces  deux  jolies  étoiles.  Uranus  est  très  facile  à  reconnaître  soit  à  l'œil. nu 
soit  avec  une  jumelle  marine. 

Jours.  Passage  Méridien.                      Coucher.  ConsteUaUon. 

17  Juin 6»»  12-    soir.  0*21-  matin.  Vierge. 

22     »    5  50         »  0  01         »  u 

27  »    5  33         »  11  41      soir.  » 

2  Juillet 5  14         ).  11  22         »  •    » 

7       »      4  55         1»  11    3         »  • 

12       »       4  36         »  10  43         0  » 

Le  mouvement  d'Uranus  est  direct. 

Le  l*"'  juillet,  la  distance  de  la  planète  à  la  Terre  est  de  2731  millions  de  kilo- 
mètres et  au  Soleil  de  2710  millions  de  kilomètres. 
Coordonnées  au  1"  juillet  :    Ascension  droite  :    11*57-48'.    Déclinaison  :  IM'43'N. 

Eugène  Vimont. 


CORRESPONDANCE. 

Tachos  du  Soleil.  —  Nous  avons  reçu  de  MM.  Guillaume  à  Péronnas,  Bruguière  et 
Lihou  à  Marseille,  Courtois  à  Muges,  Giniéis  à  S^-Pons,  de  remarquables  séries  d'obser- 
vations et  de  dessins  de  taches  solaires,  qui  nous  seront  de  la  plus  grande  utilité  lorsque 
nous  exposerons  à  nos  lecteurs  In  tableau  définitif  du  dernier  maximum. 

M.  José,  A.  y  BonillAj  D'  de  TObservatoire  do  Zacatecas  (Mexique).  —  Veuillez  agréer 
nos  regrets  de  l'impossibilité  dans  laquelle  nous  avons  été  jusqu'ici  de  publier  vos  excel- 
lentes observations.  La  première  place  en  dehors  des  actualités  urgentes  sera  pour  elles. 

M.  H.  Gally,  astronome,  à  Eu.  —  !•  Le  diamètre  apparent  de  la  Lune  est  exactement 
celui  gui  est  donné  dans  le  passage  de  TAstronomie  populaire  auquel  vous  faites  allusion. 
Son  diamètre  réel  en  kilomètres,  est  exactement  aussi  celui  qui  est  donné  dans  le  même 
ouvrage.  Nous  ne  voyons  pas  ce  qui  embarrasse  votre  ami  dans  la  conception  de  l'angle 
soutendus  par  le  diamètre  lunaire. 

2»  La  lunette  Bardou  de  108""  supporte  un  grossissement  de  250  fois  et  son  prix  ost 
do  650  francs.  Le  modèle  au-dessus,  de  IS?-"*,  supporte  un  grossissement  de  400  fois,  et 
son  prix  est  de  1500  francs. 

3*  Le  Monde  avant  la  création  do  Vhomme  paraît  en  livraisons  et  en  séries  chez 
tous  les  libraires. 

M.  GoMMAiLLEAU,  à  Oulmcs  (  Vendée.  )  —  Cette  idée  ingénieuse  a  déjà  été  essavée. 
Mais  l'eau  est  inférieure  au  verre,  comme  propriétés  optiques,  transparence  et  stabilité  : 
de  plus,  les  deux  immenses  verres  de  montre  entre  lesquels  on  l'enfermerait  donne- 
raient toujours  quatre  surfaces  à  traverser. 

M.  Théodore  Mahler.  —  Veuillez  excuser  le  retard  de  cette  réponse.  Vous  êtes  dans 
le  vrai  :  le  détroit  de  Gibraltar  est  de  formation  relativement  moderne  et  est  dû  à  une 
irruption  de  l'Océan,  soit  à  la  suite  d'un  tremblement  de  terre  qui  aura  séparé  les  deux 
côtés  d'Europe  et  d'Afrique,  soit  seulement  par  la  détérioration  graduelle  des  roches  et 
la  formation  d'un  passage  qui  s'est  lentement  agrandi.  Le  détroit  est.  néanmoins,  anté- 
rieur aux  premiers  hommes. 

M.  Arthur  Rion,  à  Reims.  —  On  ne  peut  parvenir  à  construire  soi-même  un  télescope 
qu'après  une  série  d'études  très  longues  et  très  laborieuses,  il  n'y  a  rien  de  surprenant 
à  ce  qu'on  ne  réussisse  pas  du  premier  coup.  Nous  ne  pouvons  vous  donner  aucun  conseil 
sur  ce  point,  si  ce  n'est  celui  d'étudier  à  la  fois  la  théorie  et  la  pratique. 

M.  Adolphe  d'AssiER,  à  Tarascon.  —  Veuillez  recevoir  nos  sincères  félicitations  pour 
vos  beaux  articles  relatifs  à  la  vie  sur  les  diverses  terres  qui  peuplent  l'espace.  —  Le 
temps  nous  a  manqué  jusqu'ici  pour  lire  l'ouvrage  de  Boucheporn.  La  distance  de  la 
planète  transneptunienne  ne  peut  pas  être  très  différente  de  celle  que  nous  avons  trouvée 
par  l'aphélie  de  la  comète  de  18G2  et  les  étoiles  filantes  du  10  aoftt  (Revue,  1884,  p.  88), 

M.  ZACGONe,  à  Passy.  —  Chaque  face  de  l'anneau  de  Saturne  restant  tour  à  tour  quinze 
ans  dans  la  lumière  du  Soleil  et  dans  Tombre,  il  y  a  bien  quinze  ans  de  jour  et  quinze 
ans  de  nuit  pour  chacune  de  ces  faces.  Gela  n'empêche  pas  cet  anneau  de  tourner  autour 
d«  la  planète  dans  la  période  rapide  indiquée  aux  Terres  du  cieL 

M.  D,  Neuville,  à  Paris.  Cette  dissertation  est  du  plus  haut  intérêt.  Nous  espérons 
la  publier  prochainement. 

M.  A.  GuNziGER,  à  Oldham,  près  Manchester.  —  Nous  n'avons  pas  la  liste  complète 
des  observatoires  actuellement  existants,  en  Angleterre,  n'en  ayant  pas  rédigé  depuis 
celle  qui  a  été  publiée  dans  le  tome  VIII  des  Etudes  et  Lectures  de  V Astronomie.  Mais 
le  secrétaire  de  la  Société  royale  astronomique  de  Londres  pourra  certainement  satisfaire 
votre  désir. 

M.  G.  H.,  à  Neufchatel.  Veuillez  recevoir  nos  vifs  remerciements.  Cet  intéressant 
article  est  composé  à  l'imprimerie  et  paraîtra  aussitôt  que  possible. 

M.  Tramblay,  à  Orange,  nous  adresse  de  bonnes  photographies  de  la  Lune  obtenues 
à  l'aide  d'une  petite  lunette  de  SI""",  sans  mouvement  d'horlogerie,  et  un  article  destine 
aux  astronomes  amateurs,  que  nous  serons  heureux  de  publier  aussitôt  que  possible. 

M.  Peltier,  à  Condé  (Ardennes).  —  Vos  pages  de  Philosophie  transcendante  sont 
très  profondes,  et  nous  regrettons  que  le  cadre  déjà  si  vaste  de  cette  Revue  ne  nous 
permette  pas  de  traiter  ces  hautes  questions.  Peut-être,  pourtant,  serons-nous  conduits 
à  les  étucfier  quelque  jour. 

M.  Vallée,  à  Boisguillaume.  —  Veuillez  recevoir  tous  nos  remerciements.  Un  am 
inconnu  nous  a  déjà  envoyé  une  liste  d'errata  que  nous  avons  été  très  heureux  de  rece- 
voir. Dans  des  ouvrages  qui  se  tirent  à  trente  et  quarante  mille  exemplaires,  il  n'est  pas 
rare  qu*au  moment  du  clichage  une  vérification  trop  rapide  du  correcteur  ne  donne  nais- 
sance même  à  de  nouvelles  fautes. 

•  M.  Paul  Gay,  à  Nancy.  —  Votre  jugement  sur  la  barbarie  des  guerres  est  digne  d'un 
penseur.  Recevez  toutes  nos  félicitations.  —  Vous  trouverez  toutes  les  données  acquises 
a  la  Science  sur  l'atmosphère  de  Jupiter,  dans  les  Terres  du  Ciel,  p.  599  à  610.  —  La 
nutation  est  causée  par  l'attraction  de  la  Lune  sur  le  renflement  équatorial  de  la 
Terre.  Voy.  Astronomie  populaire,  p.  58  et  Terres  du  Ciel,  p.  412.  Si  la  Terre  était 
parfaitement  sphérique,  il  n'y  aurait  ni  nutation  ni  précession. 

M.  Lihou,  à  Marseille.  —  La  tache  noire  si  curieuse  que  vous  avez  observée  le  21  avril 
sur  le  disque  de  Jupiter  n'était-elle  pas  l'ombre  d'un  satellite? 

M.  Charles  Gauthier,  à  Lons-le-Saulnier.  —  Merci  de  vos  précieux  encouragements. 
Le  nouvel  ouvrage  de  Tissandier,  les  Ballons  dirigeables,  vient  de  paraître  chez  Gau- 
thier-Villars.  C'est  assurément  le  meilleur  traité  que  l'on  ait  publie  sur  ce  sujet  tout 
d'actualité. 


^^■^^F 


Fig.  i 


A.   BARDOU 

CONSTRUCTEUR  D'INSTBUIENTS  ITOrniK 

FOURNISSEUR  DU   MlMSTtRE  DE  LA  GUEtiE 

(Circulaire  ministérielle  du  29  Juillet  ÎS'J 
65,  rue  de  Chabrol,  &  Paris. 


Lunettes  astronomiques,  corps  cuivre  avec  chercheur,  tnlv 
(l*oculaire  à  crémaillère  pour  la  mise  au  foyer.  Monture  équai.»- 
riale  à  latitude  variable  de  0«  à  90»,  cercle  horaire  et  c^^ercle  .:: 
déclinaison  donnant  la  minute  par  les  verniers;  pince  pour  ilitr 
la  lunette  en  déclinaison.  Pied  en  fonte  de  fer  reposant  par  trr<^ 
vis  calantes  sur  trois  crapaudines  {fia-  ^  >- 

L'oculaire  le  plus  faible  est  muni  d'un  réticule. 


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0-,15 

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0-,18 

0«,15 

0-,18 

ocula'ires. 


2  s 


Célestes. 


Grossissements 


100,  160  et  270 
100,  150,  200  et  4M) 


^/j 


Lunettes  astronomiques  et  terrestres,  corps  cuifre  ave 

chercheur,  pied  fer  et  soutien  de  stabilité  servant  à  diriger  Ia 
lunette  par  mouvement  vertical  lent  au  moyen  d*nne  crémail- 
lère; tube  d'oculaire  à  crémaillère  pour  la  mise'au  foyer.  L'iD- 
slrument  (/2g.  2)  et  ses  accessoires  sont  calés  dans  une  boite  ea 
sapin  rouge. 


oculaires. 

3  «»  Ti  •• 

o    «,    —    3 

s» 

Terres- 
tres. 

Célestes. 

M 

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Orossissements. 

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1«    • 

80  et  150 

25 

0«,08i 

1"',30 

1 

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3 

75,  120  et  200 

360 

£ 

0»,095 

l",4b 

1 

60 

3 

85,  130  et  240 

465 

35 

0",t08 

1».60 

1 

80 

3 

100,  160  et  270 

65C) 

35 

Lunettes  astronomiques  et  terrestres,  corps  cuivre,  pie^i 
fer,  mouvements  prompts,  tube  d'oculaire  à  crémaillère  poorlâ 
mise  au  foyer.  L'instrument  et  ses  accessoires  sont  raies  dàr> 
une  boite  en  sapin  rouge. 


0»,057 
0-,OHl 
0",075 


PS 

p 

M 

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2: 

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Terres- 

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tres. 

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SB 

1 
1 
1 

35 
40 
50 

1 
1 

2 

OCULAIRES. 

Célestes. 


Grossis- 
sements. 


90 

100      , 
80  et  150' 


*-  = 

PRIX. 

2e  =  = 

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100 

135 

•<  — 

25 

140 

175 

25 

190 

225 

25 

On  peut  ajouter  et  l'on  ajoute  généralement  à  ces  divers 
modèles  : 

Monture  à,  prisme  pour  observer  facilement  au  zénith. 
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Ecran  pour  examiner  les  taches  du  Soleil.  Prix 15  fr 


Paris.  —  Imp.  Gauthier- Yillars,  55,  quai  des  Grands-Augustins. 


yo.  I4u..>i 


4°  Année. 


N»  7. 


Juillet  1885. 


REVUE  MENSUELLE 

D'ASTRONOMIE  POPULAIRE 

DE  MÉTÉOROLOGIE  ET  DE  PHYSIQUE  DU  GLORE, 

D01llfl.NT    LE    TABLEAU   PERMANENT    DES    DÉCOUVERTES    ET    DES    PROGRES    RÉALIS&t 
DANS    LA    CONNAISSANCE    DE    L'UNIVERS 

PUBLIÉE    PAR 

CAMILLE  FLAMMARION, 

AVEC  LE  CONCOURS  DES 

PRINCIPAUX  ASTRONOMES  FRANÇAIS  ET  ETRANGERS 


ABONNEMENTS  POUR  UN  AN  : 

Paris  :  12  fr.  —  Départements  :  13  fr.  —  Étranger     14  fr. 

Prix  du  Numéro  :  1  fr.  20  o. 

La  Revue  parait  le  {•'  de  chaque  Mois. 


PARIS. 


6AUTH1ER.VILLARS,  IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DE    l'observatoire    DE    PARIS, 
Quai  des  Augustins,  55. 

1885 


CORRESPONDANCE. 

;j  >  M.  P.,  à  Nancy.  —  Les  Astronomes  font  généralement  commencer  Tannée  tropique 

an  moment  de  l'équinoxe  du^printemps,  ou  plus  exactement,  à  l'instant  où  la  longitude 
du  Soleil  est  0.  L'année  civile,  au  contraire,  commence  au  premier  janvier.  De  plus, 
l'intercalation  d'un  jour  tous  les  quatre  ans  ne  rétablit  qu' approximativement  l'accord 
entre  les  durées  de  ces  deux  espèces  d'années.  Aussi,  pour  cette  double  raison,  est-il 
presque^impossible  de  répondre  d'une  manière  précise  a  votre  question. 

M.  B.  L.  à  Paris.  —  Le  terminateur  sur  le  disque  de  la  Lune  ou  d'une  planète  est 
la  ligne  de  séparation  de  Fombre  et  de  la  lumière. 

M.  Lamoulinette,  à  Soulignonne  ((iharente  Inférieure),  a  obser\'é  le  27  avril  dernier 
vers  11  heures  1/2  du  matin  dn  assez  fort  tremblement  de  terre  au  milieu  d'un  violent 
orage.  Les  trépidations  ont  été  ressenties  à  Royan  et  à  Saintes. 

M.  Gabriel  Martin,  à  Guéret.  —  L'observation  à  laquelle  vous  faites  allusion  est 
celle  de  la  scintillation  remarquable  d'un  point  brillant  au  sud  de  Platon.  Il  serait  dif- 
ficile d'assigner  la  cause  de  ce  phénomène  si  rarement  observé  sur  la  Lune. 

M.  Dautrebande,  à  Huy  (Belgique).  —  Les  questions  que  vous  nous  adressez  sont 
résolues  d'une  manière  très  satisfaisant-e  par  la  ^Science  moderne,  et  les  réponses  sont 
longuement  développées  dans  les  traités  d'Astronomie  et  de  Cosmographie.  Quant  à  votre 
théorie  sur  la  chaleur  solaire,  nous  Tavons  déjà  entendu  émettre  plusieurs  fois;  mais 
elle  ne  paraît  pas  s'accorder  facilement  avec  les  faits  les 'mieux  étatlis. 

MM.  Vallaure,  à  Linarès,  Lamoulinette,  à  Soulignonne,  Arnold  ScHAACK,àWillz. 
—  Merci  de  vos  communications,  que  nous  insérerons  bientôt. 


MAISON  HOLTENI 

FONDÉE  A  PARIS  EN   1782 


ATELIERS  ET  MAGASINS 
44,  me  da  ChÂteau-d'Ean,  44 

PARIS 


CONSTRUCTION  D'INSTMIMENTS 
d'op-^que,  de  physique,  de     ^^: 
mathématiques  et  de  marine. 


Chronomètre  solaire 


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ratiqaes  sur  l'emploi  des  appareils  de  projection. Broch.,240p.,  lOSfig.   1B'',50 
>  spécialement  destiné  aux  instituteurs.  Brochure  avec  ligures 0   86 


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Guide  pratique  epéciah  

Les  projections  lumineuses  et  l'enseignement  primaire,  conférence  faite  aux  membres 

du  congrès  pédagogique,  par  M.  Stanislas  Meunier.  Brochure 0  75 

Deux  conférences  sur  les  aérostats  et  la  na  navigation  aérienne,  par  M.  Gaston  Tis- 

sandier.  brochure 1  oO 

Les  placiers,  conférence  par  M.  Stanislas  Meunier.  Brochure 1  • 

Catalogne  32,  photographies' d'après  nature,  vues,'paysages,  monuments 0  75 

—  38,            —            et  tableaux  pour  l'enseignement 0  75 

—  39,  appareils  et  tableaux  de  commerce »  • 

—  40,          —          accessoires  pour  l'enseignement  et  les  conférences  publiques.  »  » 
41 ,  tableaux  simples  et  à  mouviement  pour  les  appareils  du  catalocnie  40 »  » 


Photographies  sur  verre  des  figures  de  la  présente  Revue  (Reproductions  autorisées  par 
l'éditeur) 1 


50 


Lunettes  terrestres  et  astronomi((ueâ.  —  Jumelles  de  théâtre  et  do  campagne 
Fournitures  photographiques.  —  Objectifs.  —  Appareils.  —  Produits  et  accessoires 

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Le  vendeur  fait  construire  une  lunette  plus  forte 

On  veut  le  voir  chez  M.  BARDOU.  55.  rue  de  Chabrol,  —  PARIS 


jUL14l8bL 


—  I^'ASTRONOMIE.  — 

DÉCOUVERTE  AU  GROENLAND 


241 


DE  MASSES   DE  FER  NATIF,   D'ORIGINE  TERRESTRE,    ANALOGUE 
AU  FER  NATIF  D'ORIGINE  EXTRA-TERRESTRE. 

Le  fer  n'est  pas  seulement  un  métal  des  plus  abondants  ;  il  est  répandu 
dans  toutes  les  parties  de  l'écorce  terrestre.  Il  n'est,  pour  ainsi  dire,  pas  de 

Fig.  86 


Blocs  de  fer  natif  trouvés  au  pied  d'une  falaise  du  Groenland. 

roches  qui  n*en  renferment,  au  moins  en  petite  quantité.  Ce  métal  s'y  ren- 
contre à  l'état  de  combinaisons  diverses  et  nombreuses,  parmi  lesquelles 
prédominent  les  oxydes,  les  silicates,  les  carbonates  et  les  sulfures.  En  présence 
de  cette  profusion  et  de  cette  extrême  dissémination,  il  est  très  remarquable 
que  le  fer  ne  se  montre  pas  isolé,  c*est-à-dire  à  l'état  natif,  suivant  le  langage 
minéralogique.  S'il  n'a  pas  ce  privilège,  comme  d'autres  métaux  incompara- 
blement moins  répandus,  tels  que  le  cuivre,  le  bismuth,  l'antimoine,  Targent, 
Tor  et  le  platine,  il  le  doit  sans  doute  à  sa  sensibilité  à  l'égard  des  agents 
chimiques,  particulièrement  de  l'oxygène,  qui  est  en  grand  excès  dans  notre 
Juillet  1885.  7 


242  L'ASTRONOMIE. 

atmosphère  et  qui  forme  presque  la  moitié  en  poids  des  masses  pierreuses 
constitutives  de  Técorce  terrestre. 

Mais  les  espaces  célestes  nous  envoient,  de  temps  à  autre,  des  blocs  de  fer 
natif  qui  viennent  échouer  sur  notre  globe,  avec  le  cortège  de  phénomènes 
d'incandescence  et  de  bruit  qui  caractérisent  l'arrivée  des  météorites.  Telle 
est  la  chute  qui  a  eu  lieu  le  26  mai  1751,  h.  Hraschina  près  Agram,  en 
Croatie,  et  qui  a  apporté  deux  blocs,  l'un  dé  40'«'',  l'autre  de  9'»',  tombés  à 
700"  l'un  de  l'autre.  Telle  est  aussi  la  chute  du  14  juillet  1847,  à  Braunau,  en 
Bohême,  qui  fut  accompagnée  de  deux  violentes  détonations  et  nuage  noir  et 
persistant,  causé  sans  doute  par  la  réduction  en  poussière  d'une  partie  des 
masses  dans  l'atmosphère. 

Ces  fers,  ainsi  que  d'autres  qu'on  a  également  vus  tomber  des  espaces,  sont 
alliés  de  nickel,  et  leur  surface  polie,  soumise  à  l'action  d'un  acide,  mani- 
feste des  réseaux  de  lignes  parallèles,  connues  sous  le  nom  de  figures  de 
Widmafistaetten,  conséquence  à  la  fois  de  la  cristallisation  et  de  la  juxtapo- 
sition de  lamelles  formées  d'alliages  différents  les  uns  des  autres. 

Bien  des  blocs  de  fer  natif  ont  aussi  été  rencontrés  à  la  surface  du  sol, 
isolés  des  masses  minérales  qui  les  supportent.  C'est  par  centaines  qu'on 
pourrait  les  citer.  A  part  celui  de  Caille,  dans  le  département  du  Var,  qui 
est  déposé  au  Muséum  d'histoire  naturelle  ,  qu'il  suffise  de  rappeler  les 
blocs  trouvés  en  un  grand  nombre  de  points  des  Étals-Unis  et  du  Mexique. 
Ils  offrent  une  si  complète  ressemblance  de  composition  chimique  avec  les 
fers  que  l'on  a  vus  tomber  des  espaces,  qu'il  y  a  lieu  de  les  leur  assimiler. 
Non  seulement  ils  renferment  du  nickel,  mais  leur  texture  donne  aussi  les 
figures  géométriques  dont  je  viens  de  parler.  D'ailleurs,  ils  sont,  en  général, 
d'une  nature  toute  différente  du  sol  qui  les  supporte,  ce  qui  confirme  dans 
l'idée  que  la  formation  en  est  absolument  indépendante,  et  qu'ils  n'avaient 
rien  de  commun  avec  lui  avant  d'y  avoir  été  apportés. 

Des  parcelles  de  fer  natif  ont  été,  il  est  vrai,  parfois  rencontrées  dans  la 
masse  même  des  roches  terrestres;  mais  très  rarement,  et  en  des  points  où  le 
métal  avait  été  isolé  d'un  oxyde  par  la  présence  de  matières  charbonneuses, 
c'estrà-dire  réduity  stiivant  l'expression  consacrée,  par  des  réactions  acciden- 
telles, telles  que  des  incendies  de  houillères. 

Pour  compléter  ce  que  l'on  savait  jusque  dans  ces  derniers  temps  sur  le 
fer  natif  d'origine  terrestre,  il  convient  d'ajouter  qu'un  chimiste  très  dis- 
tingué, M.  le  professeur  Andrews,  de  Belfast,  avait  reconnu,  dès  1852,  que  des 
fragments  de  certains  basaltes  du  comté  d'Antrim,  en  Irlande,  jouissent  de 
la  propriété  de  précipiter  le  cuivre  de  ses  dissolutions  à  Pétat  métallique. 
Cette  réaction,  qui  fut  reproduite  avec  des  roches  basaltique  de  la  Bohême 
et  de  la  Saxe,  paraissait  bien  déceler  dans  ces  roches  la  présence  du  fer 


DÉCOUVERTE  AU  GROENLAND.  243 

natif;  mais  ce  métal  y  était  invisible,  sans  doute  parce  qull  y  était  à  l'état 
d'extrême  division.  D'ailleurs,  on  ignorait  s'il  était  allié  de  nickel. 

Tel  était  l'état  de  la  question,  quand  le  sol  du  Groenland  a  révélé,  h  ce 
sujet,  des  faits  très  concluants,  qui  intéressent  à  la  fois  l'histoire  de  notre 
globe  et  celle  des  corps  célestes. 


I. 


John  Ross,  en  1818,  rapporta  de  son  voyage  dans  la  baie  de  Baffln  quel- 
ques couteaux  en  os,  dont  le  tranchant  était  formé  de  morceaux  de  fer  pro- 
venant, au  dire  des  Esquimaux,  de  quelques  blocs  détachés  et  rencontrés  à 
Sovallick,  au  sud-est  du  cap  York.  L'analyse  de  ce  fer  ayant  indiqué  la  pré- 
sence du  nickel,  on  lui  attribua  une  origine  météoricjue.  C'est  la  première 
mention  qui  ait  été  faite  de  fer  métallique  au  Groenland.  Giesecke  avait,  il 
est  vrai,  déjà  trouvé,  dans  le  séjour  qu'il  fit  dans  cette  contrée,  de  1806  à 
1813,  un  morceau  de  fer,  mais  sans  qu'on  y  attachât  d'importance.  Plus  tard, 
pendant  son  séjour  dans  le  nord  du  Groenland,  de  1848  à  1851,  M.  Rinck  se 
procura  une  masse  de  fer  provenant  de  Niakiornak,  près  de  Jacobshavn,  et 
Forchhammer  y  ayant  constaté  la  présence  du  nickel  et  du  cobalt,  en  même 
temps  que  les  figures  de  Widmanstaetten,  on  le  considéra  aussi  comme  étant 
d'origine  météorique.  En  1852,  le  médecin  Rudolph  envoyait  un  autre  mor- 
ceau de  fer  de  la  baie  de  Fortune,  dans  l'île  de  Disko.  Ces  divers  échantillons, 
qui  furent  déposés  au  Musée  de  l'Université  de  Copenhague,  attirèrent  l'atten- 
tion de  M.  le  professeur  Nordenskiôld  et  lui  inspirèrent  le  désir  d'en  décou- 
vrir l'origine,  lorsqu'en  1870  il  fit  un  voyage  d'exploration  dans  le  nord  du 
Groenland. 

Ce  fut  en  vain  que  M.  Nordenskiôld  chercha  d'abord  dans  la  baie  de  For- 
tune, d'où  avait  été  apporté  l'échantillon  du  docteur  Rudolph.  Mais,  d'après 
des  indications  fournies  par  les  indigènes^  ainsi  que  par  ses  propres  recher- 
ches, il  fut  amené  quelques  mois  plus  tard  sur  un  autre  point  du  littoral  de 
l'île  de  Disko,  à  Blaafjeld,  Uifak  ou  Ovifak  (colline  bleue),  où  il  rencontra 
enfin  Tobjet  de  ses  investigations  :  Ovifak,  située  par  69**  19'  W  de  latitude 
nord,  est  d'un  accès  des  plus  difi&ciles. 

Des  blocs  de  fer  gisaient  sur  le  rivage,  entre  le  niveau  de  la  haute  et  de  la 
basse  mer,  parmi  les  blocs  de  granit  et  de  gneiss  roulés  et  au  pied  d'une 
grande  falaise,  présentant  une  série  de  nappes  horizontales  de  basalte  et  de 
dolérite  qui  alternent  avec  des  conglomérats.  A  1 6  mètres  du  plus  grand  bloc,  se 
montrait  un  rocher  de  dolérite;  dans  une  autre  masse  de  dolérite  était  empâté 
du  fer  nickelé.  Sur  une  superficie  qui  ne  dépasse  pas  50  mètres  carrés,  M.  Nor* 


24i  L'ASTRONOMIE. 

(lenskiôld  recueillit  plus  de  vingt  masses  de  fer  et  de  basalte,  renfermant 
environ  SijOOO*"»'  de  métal  natif.  Il  convient  d'ajouter  avec  quelle  libéralité  il 
s'empressa  d'en  offrir  des  échantillons  au  Muséum  d'histoii'e  naturelle  de 
Paris. 

L'idée  qui  se  présenta  tout  naturellement  fut  que  ces  masses  de  fer  étaient 
d'origine  météoritique,  puisqu'elles  contenaient  du  nickel  et  qu'elles  mon- 
tr^iient  les  figures  de  Widmanstaetten,  qui,  jusqu'alors,  avaient  paru  caracté- 
riser exclusivement  les  fers  météoriques. 

Comme  quelques-uns  des  échantillons  de  fer  étaient  solidement  incorporés 
dans  les  roches  basaltiques,  M.  Nordenskiôld  fut  contraint  de  supposer  que 
des  météorites  étaient  tombées  des  espaces  au  milieu  de  ces  roches,  avant 
qu'elles  fussent  consolidées,  c'est-à-dire  pendant  la  période  miocène. 

Malgré  la  complication  de  cette  hypothèse,  plusieurs  naturalistes  crurent 
devoir  l'adopter.  Dans  ce  nombre  il  faut  particulièrement  citer  M.  Nauckhoff, 
dont  l'opinion  avait  d'autant  plus  de  poids  qu'elle  s'appuyait  sur  une  obser- 
vation de  visu  :  il  avait  cru  voir  lei  fer  nickelé  associé  à  d'autres  substances 
météoriques,  l'eukrite  et  le  protosulfure  de  fer  ou  troïlite. 

Ayant  été  informé  que  M.  Nordenskiôld  désirait  faire  transporter  ces  masses 
de  fer  en  Suède,  M.  le  professeur  Johnstrup  intervint  auprès  du  gouverne- 
ment danois  pour  que  l'enlèvement  n'eût  pas  lieu  sans  qu'on  étudiât 
préalablement  les  conditions  dans  lesquelles  ces  masses  se  présentaient. 
M.  Steenstrop,  qui  fut  chargé  de  cette  mission,  ne  parvint  pas  d'abord  à 
découvrir  le  fer  dans  le  basalte  en  place,  même  à  Asuk,  en  Waigat,  ou 
cependant  des  blocs  épars  en  indiquaient  des  indices.  Mais  lorsque,  de 
retour  en  Danemark,  ce  savant  se  livra  à  l'examen  microscopique  des  échan- 
tillons qu'il  avait  rapportés,  il  y  reconnut  de  petits  grains  de  fer  métaUique. 
Il  examina  alors  plus  de  deux  cents  préparations  de  basalte  provenant  de  plus 
de  quarante  localités  du  nord  du  Groenland,  mais  dans  aucun  d'eux,  ceux 
de  Blaafjeld  exceptés,  il  ne  vit  le  fer  métallique,  quoique  plusieurs  d'entre 
eux  précipitassent  de  ses  dissolutions  le  cuivre  à  l'état  métallique.  M.  le  pro- 
fesseur Jôrgensen  examina  les  grains  visibles  à  l'œil  nu  dans  le  fer  d'Asuk: 
il  y  trouva  des  traces  de  cobalt  et  de  nickel,  métaux  que  l'on  avait  crus  jus- 
que-là caractéristiques  du  fer  météorique.  Or,  l'origine  terrestre  du  fer  d'Asuk 
ne  pouvait  être  douteuse. 

Plus  tard,  en  1879,  un  savant  très  distingué  des  États-Unis,  connu  par 
l'exactitude  de  ses  travaux  de  minéralogie  chimique,  et  dont  on  déplore  la 
mort  récente,  Laurence  Smith,  analysa  les  roches  associées  au  fer  natif,  et 
montra,  contrairement  aux  déterminations  de  M.  Nauckhoff,  que  les  sub- 
stances qualifiées  de  troïlite  et  d'eukairite  étaient  simplement  de  la  pyrite 
magnétique  (pyrrhotinne)  et  de  dolérite.  Il  reconnut,  en  outre,  que  le  fer  du 


DÉCOUVERTE  AU  GROENLAND.  245 

Groenland,  malgré  ses  analogies  avec  le  fer  météorique,  en  diffère  à  certains 
égards  5 

Cependant,  avec  une  persévérance  qui  lui  fait  honneur,  M.  Steenstrup  avait 
voulu  retourner  une  troisième  fois  au  Groenland,  tant  afin  de  poursuivre 
Tétude  géologique  de  cette  région  remarquable,  que  pour  étudier  le  régime 
de  la  glac^  continentale.  Il  passa  alors  dans  ces  contrées  presque  désertes 
les  cinq  années  de  1876  à  1880.  Distrait  par  d'autres  études,  ce  n'est  que  dans 
l'été  de  1880  qu'il  put  de  nouveau  visiter  le  basalte  ferrifère  d'Asuk.  Cette 
fois,  il  y  trouva  le  fer  natif  dans  le  basalte,  non  plus  en  parcelles  microsco- 
piques, mais  en  grains  de  toutes  grosseurs,  depuis  une  fraction  de  milli- 
mètre jusqu'à  une  longueur  de  18""",  et,  sur  ces  derniers,  apparaissent  nette- 
ment, après  polissage,  les  figures  de  Widmanstaetten.  Ce  savant  rencontra 
également  le  basalte  à  fer  natif  sur  la  côte  occidentale  de  l'île  de  Disko,  et 
sur  la  côte  nord  de  cette  même  île,  en  deux  localités  du  Mellemfjord.  Ainsi, 
le  basalte  à  fer  natif  était  retrouvé,  de  même  qu'à  Ovifak,  sur  diverses  par- 
ties des  côtes  de  Tîle  de  Disko,  dont  la  superficie  n'est  pas  moins  de  8,000  ki- 
lomètres carrés? 

Pendant  l'automne  de  1879,  M.  Steenstrup  fit  une  autre  découverte  inté- 
ressante à  plus  d'un  titre.  Après  avoir  fouillé  plusieurs  centaines  de  tombeaux 
groënlandais,  il  trouva  dans  Tun  d'eux,  à  Ékaluit,  sur  les  bords  du  fjord 
d'Umanak,  où  il  s'était  rendu  afin  d'étudier  la  marche  des  grands  glaciers  de 
cette  région,  des  couteaux  semblables  à  ceux  que,  soixante  ans  auparavant, 
avait  rapportés  Ross.  Avec  ces  couteaux  se  trouvaient  des  outils  en  pierre, 
dans  lesquels  on  avait  mis  en  œuvre  du  cristal  de  roche,  de  la  calcédoine  et 
du  quartz  lydien.  Or,  à  ces  produits  de  l'industrie  humaine  étaient  associés 
neuf  morceaux  de  basalte  contenant  du  fer  métallique,  ainsi  que  des  morceaux 
irréguliers  du  même  métal,  tout  à  fait  semblable  à  celui  des  couteaux.  Cette 
intéressante  trouvaille  montrait  d'abord  avec  quels  matériaux  les  Esquimaux 
fabriquaient  leurs  couteaux,  avant  qu'ils  reçussent  du  fer  des  Européens; 
d'autre  part,  elle  confirmait  que  le  fer  ainsi  élaboré  n'était  pas  d'origine 
extra-terrestre,  comme  l'avait  fait  supposer  son  alliage  de  nickel,  mais  de 
provenance  terrestre. 

11  convient  de  remarquer  que,  dans  les  diverses  localités  où  il  a  été  ren- 
contré, le  fer  natif  est  accompagné  de  graphite  et  de  pyrrhotine.  Le  carbone 
entre  également  en  combinaison  avec  le  fer  lui-môme,  constituant  une  sorte 
de  fonte^  comme  Forschammer  l'avait  reconnu  déjà  en  1854.  Mais  d'autres 
échantillons  de  fer  sont  doux  et  ne  renferment  que  peu  de  carbone  ;  c'est  cette 
dernière  variété  qui  ressemble  particulièrement  au  fer  météorique.  Le  géo- 
logue suédois,  D""  Tôrnebohm,  a  constaté  aussi,  comme  compagnon  du  fer 
natif,  une  roche  à  base  d'anorthite  avec  graphite. 


I 


246  L'ASTRONOMIE. 

En  résumé,  la  présence  au  Groenland,  dans  des  roches  terrestres,  du  fer 
nickelé  avec  la  texture  cristalline  que  caractérisent  les  figures  de  Widmans- 
taetten  est  devenue  incontestable.  Il  importe  d'ajouter  que  ce  métal  n'est  pas 
un  accident  isolé  et  fortuit,  mais  qu'il  se  montre  en  de  nombreux  points  et 
sur  des  étendues  considérables. 

En  rendant  succinctement  compte  des  observations  qui  ont  amené  à  ce 
résultat  important,  il  est  de  toute  justice  de  rendre  hommage  au  dévouement 
et  à  la  persévérance  avec  laquelle  plusieurs  savants,  dont  les  noms  viennent 
d'être  signalés,  ont  affronté,  à  cette  occasion,  les  fatigue»,  les  difficultés  et 
les  périls. 


IL 


Au  point  de  vue  de  sa  constitution  .géologique,  le  Groenland  septentrional 
est  particulièrement  remarquable  par  le  développement  de  roches  éruptives 
modernes,  principalement  de  nature  basaltique.  C'est  peut-être  le  plus  grand 
massif  de  cette  nature  que  l'on  connaisse,  avec  ceux  du  Deccan  dans  l'Inde, 
de  l'Afrique  australe  et  des  montagnes  Rocheuses.  Il  conunence  au  69*  14'  de 
latitude,  occupe  la  grande  île  de  Disko  et  la  côte  orientale  du  Waïgat,  et,  vers 
le  76%  il  disparaît  sous  le  glacier  continental  qui  empêche  toute  exploration. 
Beaucoup  d'îles  au  nord  de  Disko  sont  formées  de  basaltes,  qui  s'étendent  sur 
une  partie  de  la  côte  orientale  du  Groenland.  Ces  roches,  qui  contiennent  une 
grande  proportion  de  fer  combiné,  agissent  fortement  sur  l'aiguille  aimantée. 
Comme  dans  beaucoup  de  pays,  les  basaltes  dont  il  s'agit  sont  souvent  amyg- 
daloïdes  et  pénétrés  de  zéolithes  variés,  stilbite,  mésotype,  analcime,  ainsi 
que  de  leurs  compagnons  habituels,  calcédoine,  opale,  quartz,  dolomie  et 
aragonite. 

Ces  roches  basaltiques  se  présentent  souvent  en  filons;  mais  le  plus  sou- 
vent elles  se  sont  épanchées  en  nappes  horizontales  épaisses,  alternant  avec 
des  conglomérats,  et  se  sont  superposées  à  des  roches  stratifiées  de  divers 
âges,  et  quelquefois  aussi  à  des  roches  cristallines,  gneiss  et  micaschiste. 
Dans  l'île  de  Disko,  en  particulier,  ces  nappes  recouvrent,  avec  une  épaisseur 
de  plus  de  400",  des  couches  de  grès,  contenant  des  lits  de  lignite  que  Ton 
y  exploite  parfois. 

Si  Ton  se  demande  quelle  peut  être  l'origine  du  fer  natif,  l'idée  qui  se 
présente  tout  d'abord,  en  voyant  que  les  roches  ferrifères,  dans  lesquelles  le 
fer  natif  est  engagé,  ont  percé  à  travers  des  couches  charbonneuses,  c'est  que 
ces  dernières  auraient  exercé  une  action  réductrice  sur  les  roches  basalti- 
ques, qui  auraient  ainsi  abandonné  de  leur  fer,  à  l'état  métallique.  Le  gra- 


DÉCOUVERTE  AU  GROENLAND.  247 

phite  qui,  tantôt  est  combiné  au  fer,  tantôt  se  présente  à  côté  de  lui,  serait 
une  confirmation  de  cette  idée. 

Mais  on  peut  aussi  supposer,  et  cela  avec  plus  de  probabilité,  que  les 
roches  basaltiques  qui  sont  sorties,  en  cette  région  du  globe,  avec  une  abon- 
dance exceptionnelle,  ont  arraché  ce  fer  à  des  masses  de  même  nature,  à 
proximité  desquelles  elles  se  sont  trouvées,  avant  d'arriver  au  jour.  Elles 
attesteraient  la  présence,  dans  ces  profondeurs,  de  masses  de  fer  plus 
volumineuses,  dont  elles  seraient  en  quelque  sorte  les  avant-coureurs. 

Il  est  inutile  de  faire  ressortir  l'importance  que  présente  ce  fait,  au  point 
de  vue  de  la  théorie  du  magnétisme  terrestre. 

III. 

Une  des  plus  belles  conceptions  qui  aient  jailli  du  génie  de  Descartes,  c'est 
que  tous  les  corps  de  l'Univers  sont  régis  par  les  lois  de  la  mécanique,  et,  en 
outre,  qu'ils  sont  de  môme  nature. 

Cette  idée,  dont  nous  ne  pouvons  aujourd'hui  apprécier  la  profondeur  et 
le  caractère  qu'en  nous  reportant  aux  notions  étroites  qu'on  se  faisait  alors 
sur  l'Univers,  est  aujourd'hui  admise  par  tous  :  l'analyse  spectrale,  appliquée 
au  Soleil  et  aux  Étoiles,  a  trouvé  dans  ces  astres  des  caractères  semblables  à 
ceux  que  nous  présente  le  globe  teiTestre. 

Ce  que  l'analyse  spectrale  ne  peut  nous  apprendre  relativement  à  ces  simi- 
litudes, nous  est  révélé  et  précisé  par  l'étude  des  météorites.  Ces  débris 
d'astres  brisés,  qui  viennent  fréquemment  échouer  sur  notre  globe,  sont 
de  nature  minéralogique  variée,  depuis  le  fer  métallique  allié  au  nickel 
jusqu'à  des  matières  pierreuses,  qui  consistent  principalement  en  silicates. 

Malgré  les  distances  considérables  qui  séparent  les  astres  dont  ces  combi- 
naisons proviennent,  leurs  fi'agments  se  ressemblent  entre  eux  beaucoup 
plus  qu'il  n'arrive  souvent  pour  des  morceaux  détachés  d'un  môme  bloc  de 
nos  roches  cristallines. 

Cependant,  les  recherches  chimiques  les  plus]  habiles  et  les  plus  minu- 
tieuses n'ont  pu  faire  découvrir  dans  les  météores  aucun  corps  qui  n'appar- 
tienne à  notre  planète.  Il  n'est  pas  inutile  d'ajouter  que  les  trois  <:orps  qui 
prédominent  dans  les  météorites,  savoir  :  le  fer,  le  silicium  et  l'oxygène, 
prédominent  aussi  dans  l'écorce  terrestre. 

Il  y  a  plus  :  les  combinaisons  chimiques  et  minéralogiques  dans  lesquelles 
ces  corps  sont  engagés,  présentent,  de  part  et  d'autre,  des  traits  de  similitude 
frappants.  Le  silicate  magnésien,  connu  sous  le  nom  de  péridot,  les  autres 
silicates  appartenant  aux  espèces  pyroxène,  enstatite,  anorthite,  tous  possé- 
dant des  formes  cristallines  identiques  avec  celles  des  espèces  terrestres. 


248  L'ASTRONOMIE. 

nous  révèlent  des  ressemblances  intimes  dans  les  réactions  qui  leur  ont 
donné  naissance. 

Les  observations  qui  ont  été  faites  sur  la  gangue,  de  nature  péridotique, 
qui  accompagne  le  platine  natif  dans  TOural,  ainsi  que  sur  la  présence  du 
nickel  dans  le  fer  métallique  qui  est  allié  au  platine,  ont  apporté  une  confir- 
mation de  ces  similitudes. 

Après  avoir  fait  ressortir  les  traits  de  ressemblance  nombreux  et  étroits  qui 
unissent  les  météorites  à  certaines  de  nos  roches  profondes,  et  avoir  montré 
comment  les  météorites  du  type  commun  peuvent  être  imitées  par  une  désoxy- 
dation  partielle  des  roches  terrestres,  particulièrement  du  péridot,  j'ajou- 
tais :  a  Rien  ne  prouve  qu'au-dessous  de  ces  masses  alumineuses  qui  ont 
fourni  en  Islande,  par  exemple,  des  laves  si  analogues  au  type  des  météorites 
de  Juvinas,  qu'au-dessous  de  nos  roches  périoditiques  dont  se  rapproche  tel* 
lement  la  météorite  de  Chassigny,  il  ne  se  trouve  pas  des  massifs  dherzoli- 
tiques,  dans  lesquels  commencent  à  apparaître  le  fer  natif,  c'est-à-dire  sem- 
blables aux  météorites  du  type  commun  ;  puis,  en  continuant  plus  bas,  des 
types  de  plus  en  plus  riches  en  fer,  'dont  les  météorites  nous  présentent  une 
série,  de  densité  croissante,  depuis  ceux  où  la  quantité  de  fer  représente  à  peu 
près  la  moitié  du  poids  de  la  roche  jusqu'au  fer  massif.  » 

Cinq  années  après  que  ces  lignes  étaient  écrites,  les  grandes  masses  de  fer 
natif  allié  de  nickel,  dont  il  vient  d'être  question,  étaient  découvertes  par 
M.  Nordenskiôld.  Les  doutes  et  les  discussions  qui  ont  eu  lieu  d'abord  sur 
leur  origine,  que  Ton  hésitait  à  reconnaître  comme  terrestre,  suffisent  pour 
faire  ressortir  mieux  encore  des  analogies  très  instructives  au  point  de  vue 
de  la  philosophie  naturelle. 

Aujourd'hui,  aucun  doute  n'est  plus  possible  :  le  fer  nikelifère  avec  la 
texture  cristalline,  que  manifestent  sur  une  place  polie  les  figures  de  Wid- 
manstaetten,  paraissait  naguère  un  caractère  exclusif  des  météorites;  voilà 
aujourd'hui  ce  fer  nikelifère,  avec  la  même  disposition  cristalline,  reconnu 
dans  les  roches  éruptives  de  notre  globe. 

Celte  dernière  démarcation  s'efface  donc,  et  un  lien,  déplus  en  plus  intime, 
s'établit  entre  les  roches  poussées  des  régions  profondes  de  notre  planète  et 
les  corps  célestes  dont  les  météorites  nous  apportent  des  épaves. 

A.  Daubrée. 

Membre  de  l'Institut. 

A'o^e  de  la  ïièdaction,  —  Cette  identité  des  fers  météoriques  avec  les  roches 
éruptives  terrestres  qui  viennent  d'être  découvertes  à  la  surface  du  sol  est  peut- 
être  plus  éloquente  encore  que  ne  l'indique  Téminent  auteur  de  l'article  qui  pré- 
cède. Ne  vient-elle  pas  confirmer  l'hypothèse  qui  attribue  les  fers  météoriques  à 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIE  DANS  LTNIVERS.  249 

des  éruptions  terrestres  antiques  qui  les  auraient  lancées  dans  les  espaces  inter- 
planétaires d'où  ils  retomberaient  sur  Torbite  terrestre  ?  [  Voir  l'Astronomie,  1883, 
p.  129-141].  En  même  temps  que  cette  identité  est  établie,  Téruption  de  Krakatoa 
est  venue  montrer  à  la  Science  que,  sous  nos  yeux,  un  volcan  actuel  a  lancé  des 
projectiles  poussiéreux  à  plus  de  soixante-dix  kilomètres  de  hauteur.  [L'Astro- 
nomie, 1885,  p.  221].  N'y  a  t-il  pas  là  deux  nouveaux  documents,  d'une  puissante 
valeur,  à  ajouter  à  ceux  sur  lesquels  l'hypothèse  que  nous  rappelons  a  été  fondée  ? 
Cette  hypothèse  nous  paraît  bien  près  de  mériter  le  titre  de  théorie. 


LES  CONDITIONS  DE  U  VIE  DANS  L'UNIVERS. 

{Suite  et  fin.)  (•) 

VI 

La  nature  elle-même  a  pris  soin  de. proclamer  sa  puissance,  en  nous 
montrant  que  notre  sphère  de  perception  immédiate  n'embrasse  qu'un  néant 
d'étendue,  comparativement  à  l'infini  qui  nous  environne.  Supposer,  pré- 
tendre, affirmer  que  la  vie  et  la  pensée  ne  peuvent  briller  à  la  surface  des 
autres  mondes  qu'à  la  condition  d'y  trouver  un  état  physique,  chimique 
et  physiologique  identique  à  celui  qui  existe  autour  de  nous,  ce  n'est  point 
traduire  les  paroles  de  la  nature,  c'est  dire  absolument  le  contraire  de  ce 
qu'elle  a  pris  soin  d'enseigner  en  notre  propre  séjour. 

Et  d'abord,  n'existe-t-il  pas  sur  la  Terre  même  doux  ordres  de  vie  tout  à 
fait  distincts  l'un  de  l'autre?  Notre  planète  n'offre-t-elle  pas  deux  éléments 
séparés,  l'eau  et  l'air,  dont  chacun  possède  ses  organismes  spéciaux?  Les 
êtres  qui  vivent  par  la  respiration  aérienne  meurent  asphyxiés  dans  l'élé- 
ment au  sein  duquel  vivent  les  êtres  à  respiration  aquatique,  et  réciproque- 
ment. Les  espèces  végétales  et  animales  qui  habitent  la  mer,  les  lacs,  les 
fleuves  et  les  rivières,  ne  sont  pas  moins  nombreuses  que  celles  dont  la 
terre  ferme  est  animéei  Comment  un  tel  fait  ne  frappe-t-il  pas,  à  lui  seul. 
brutalement,  et  sans  qu'il  soit  nécessaire  d'invoquer  aucun  des  milliers 
d'autres  qui  viennent  le  compléter  et  en  multiplier  l'éloquence,  comment 
un  tel  partage  de  la  nature  terrestre  en  deux  mondes  étrangers  l'un  à  l'autre, 
ne  suffit-il  pas  pour  ouvrir  les  yeux  aux  négateurs  de  la  vie  extra-terrestre 
et  pour  leur  montrer  la  souplesse,  la  flexibilité,  la  variabilité  infinie  des 
forces  vives  de  la  nature? 

(»)  Voir  la  Revue  de  mai  1885. 


250  L'ASTRONOMIE. 

Tous  les  êtres  qui  habitent  la  Terre  sont  des  descendants  transformés  des 
organismes  aquatiques  primordiaux.  Il  fut  un  temps  où  aucun  continent, 
aucune  île  n'avait  élevé  son  front  au-dessus  des  eaux  sans  bornes  de  la  mer 
universelle.  Alors,  la  vie  était  entièrement  confinée  au  monde  océanique.  On 
n'a  trouvé  dans  les  fossiles  de  l'époque  cambrienne  aucun  animal  à  respira- 
tion aérienne,  aucune  plante  qui  ait  vécu  à  l'air  libre.  Tous  les  organismes 
sans  exception,  plantés  et  animaux,  étaient  des  êtres  aquatiques,  rudimen- 
taires,  sans  tête,  sans  cerveau,  sans  cœur,  soui'ds,  muets,  aveugles  et  dépour- 
vus de  sexe.  C'étaient  des  monères  (dont  on  connaît  déjfi  une  quinzaine 
d'espèces  différentes),  des  amibes,  des  foraminifères,  des  diatomées,  des 
galionelles,  des  baciUariées,  des  bilobites,  des  zoophytes  de  divers  ordres, 
des  éponges,  des  polypes,  etc.,  etc.  Et  quels  êtres?  S'ils  existaient  encore 
seuls,  qui  pourrait  deviner  la  possibilité  de  l'existence  de  l'homme?  Ce  ne 
seraient  pas,  assurément,  ceux  qui  ne  voient  rien  au  delà  de  leur  horizon. 
Quel  enseignement  de  la  nature,  et  comment  est-il  possible  qu'on  reste 
aveugle  devant  un  tel  témoignage! 

Oui,  quels  êtres!  Et  pourtant  aucun  de  nos  sens  :  ni  vue,  ni  audition,  ni 
odorat:  à  peine  un  rudiment  de  goût;  le  toucher  seul  tient  lieu  de  tout, mais 
cette  sorte  de  toucher  n'est  en  rien  comparable  à  la  nôtre.  Les  diatomées 
sont  de  la  géométrie  vivante  :  tout  est  géométrie  chez  elles  et  il  semble 
qu'elles  ne  soient  qu'un  produit  chimique  formé  suivant  les  règles  de  l'ar- 
chitecture des  atomes.  Les  polypes,  au  contraire,  semblent  la  première  affir- 
mation de  la  force  vitale,  affirmation  spontanée,  énergique,  perpétuelle. 
Coupez  un  polype  en  autant  de  morceaux  que  vos  ciseaux  vous  permettront 
de  le  faire  (Trembley  est  allé  jusqu'à  cinquante!)  vous  ne  lui  faites  aucun 
mal  pour  cela,  il  se  complète  en  quelques  jours,  et  vous  créez  simplement 
ainsi  deux,  quatre,  dix,  cinquante  polypes.  Retournez-le  comme  un  gant, 
son  épiderme  extérieur  devient  estomac,  et  réciproquement,  et  il  se  porte  à 
merveille.  On  peut  faire  avaler  un  polype  par  un  autre  :  l'avalé  n'est  pas 
digéré,  continue  de  vivre,  ne  tarde  pas  à  se  débarrasser  de  sa  prison,  se 
rince  en  s'agitant  dans  l'eau,  et  vit  ensuite  aussi  tranquillement  que  si  rien 
ne  lui  était  arrivé.  Si  pourtant,  avant  de  faire  avaler  un  polype  par  l'autre 
on  a  pris  soin  de  retourner  celui  qui  doit  entrer  dans  le  corps  de  son  con- 
frère, les  deux  surfaces  internes  se  trouvant  en  contact  se  soudent  à  un  tel 
point  que  les  deux  êtres  n'en  font  bientôt  qu'un  seul,  —  et  le  nouveau 
polype  continue  de  vivre  désormais  comme  si  rien  ne  lui  était  arrivé... 

La  force  vitale  s'est  affirmée  avec  une  énergie  que  nul  esprit  n'oserait 
soupçonner  si  l'observation  directe  n'était  pas  là  pour  la  constater.  Après 
avoir  envahi  les  mers,  elle  est  sortie  des  eaux  et  s'est  incarnée  en  êtres 
d'abord  amphibies,  puis  exclusivement  terrestres.  La  multiplication  des  êtres 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIE  DANS  L'UNIVERS.  25! 

â  cessé  de  s'effectuer  par  simple  flssiparité  où  par  bourgeonnement;  l'œuf 
est  apparu,  un  nouveau  mode  de  génération  a  remplacé  le  mode  primitif  et 
va  régner  sur  la  vie.  Les  méduses,  qui  sont  des  transformations  de  polypes, 

Fig.  87 


Respiration  aquatique  et  respiration  aérienne.  L'axolotl  sort  de  l'eau,  perd  ses  branchies 
et  les  remplace  par  des  poumons. 

se  reproduiseul  déjà  par  œufs  :  ceux-ci  donnent  naissance  à  des  polypes 
hydraires  d'où  sortiront  de  nouvelles  méduses,  et  ainsi  de  suite.  Quels  argu- 
ments plus  précieux  pourrait-on  invoquer  en  faveur  de  la  mutabilité  des 
formes  spécifiques?  Les  polypes  hydraires  nous  montrent  déjà  comment  un 


252  L'ASTRONOMIE. 

organisme  simple  peut  revôtir  les,  formes  les  plus  diverses,  redescendre 
réchelle  de  Torganisation  ou  la  remonter;  ils  nous  permettent  de  suivre  pas 
à  pas  cette  merveilleuse  métamorphose. 

Les  protozoaires,  les  mollusques,  les  crustacés,  les  poissons,  se  sont  suc- 
cédé dans  les  eaux  avant  Tapparition  des  êtres  à  respiration  aérienne.  Ceux- 
ci  descendent  des  premiers.  Les  branchies  ont  précédé  les  poumons.  Un 
animal  à  respiration  aquatique  peut,  encore  de  nos  jours,  se  transformer  en 
un  animal  à  respiration  aérienne.  On  en  a  douté  jusqu'en  1865.  Cette  année- 
là,  le  muséum  d'histoire  naturelle  ayant  reçu  du  Mexique  des  axolotls,  ou 
têtards  à  branchies  extérieures,  vivant  dans  un  lac  voisin  de  la  ville  de 
Mexico,  les  professeurs  du  Muséum  furent  stupéfaits  de  voir  un  beau  jour 
ces  êtres  sortir  de  Teau  :  ils  avaient  perdu  leurs  branchies  qui  s'étaient  trans- 
formées en  poumons!  Depuis,  on  a  fait  des  observations  confirmatives  sur 
d'autres  êtres,  même  sur  la  petite  grenouille  verte  que  tout  le  monde  connaît; 
cette  petite  rainette  pond  des  œufs  d'où  sortent  des  têtards  qui  se  transfor- 
ment en  grenouilles,  ce  qui  est  Tordre  habituel  dans  ces  espèces;  mais  on  a 
observé  une  espèce  des  Antilles  chez  laquelle  la  métamorphose  s'accomplit 
dans  l'œuf  même  :  celui-ci  contient  un  têtard  muni  d'une  queue  et  de  bran- 
chies, et  pourtant  au  bout  de  dix  jours  il  en  sort  une  rainette  sans  queue, 
sans  branchies  et  respirant  par  des  poumons.  Ces  faits,  réunis  à  toutes  les 
preuves  que  nous  possédons  aujourd'hui  sur  le  transformisme,  témoignent 
que  la  nature  sait  varier  la  forme  et  la  structure  des  êtres  pour  les  adapter 
aux  changements  de  milieux  en  apparence  les  plus  opposés  et  les  plus  hété- 
rogènes. 

Mais  Thomme  est  obstiné  dans  ses  préjugés,  et  d'autant  plus  fermement 
qu'ils  sont  plus  étroits  et  plus  obscurs.  On  a  dit  qu'il  serait  beaucoup  plus 
facile  de  donner  de  l'esprit  à  un  sot  que  de  lui  persuader  qu'il  en  est  dé- 
pourvu. Ce  sot,  c'est,  en  principe,  tout  le  monde,  car  rien  ne  nous  est  plus 
difficile  que  de  nous  affranchir  de  tous  les  préjugés  de  notre  fausse  éduca- 
tion. J'ai  à  côté  de  moi,  au  moment  où  j'écris  ces  lignes,  un  ami  d'enfance 
qui  est  tout  fier  de  descendre  de  François  I".  Son  père  a  fait  mille  efforts 
pour,  s'assiu-er  de  la  réalité  d'une  scène  oubliée  du  a  roi  s'amuse  »  et  pour 
constater  que  son  aïeule  avait  été  «  favorisée  »  d'une  attention  royale.  Jamais 
il  n'a  pu  comprendre  qu'il  n'y  avait  rien  là  de  superlativement  sublime  et 
que  la  moindre  qualité  personnelle  aurait  plus  de  valeur  qu'une  telle  noblesse. 
Non,  dans  cette  famille,  ils  se  sentent  nobles,  et  cela  leur  suffit.  Aussi,  tout 
ce^  que  mon  noble  ami  et  son  noble  père  ont  pu  faire  depuis  un  demi-siècle 
a-t-il  été  d'apprendre...  un  peu  d'équitation...  Encore  laisse- t-elle  beaucoup 
à  désirer  ! 

Plus  la  sphère  dans  laquelle  on  vit  est  étroite,  moins  il  semble  qu'on  en 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIE  DANS  L'UNIVERS.  253 

puisse  sortir.  Pour  nous,  qui  vivons  au-dessus  du  monde  de  la  mer  et  de  ses 
acéphales,  nous  devons  savoir  qu'il  y  a  dans  Torganisation  vitale  de  notre 
planète  même,  deux  grands  ordres  essentiels  d'existences,  absolument  dis- 
tincts l'un  de  l'autre,  et  que  les  ôtres  appartenant  à  l'un  ou  à  l'autre  de  ces 
deux  règnes  sont  dans  une  erreur  complète  lorsqu'ils  prennent  leur  élément 
pour  l'univers  entier.  Un  habitant  des  eaux  ne  peut  pas  comprendre  qu'on 
puisse  vivre  hors  de  l'eau.  Un  être  à  respiration  aérienne  n'admet  pas  faci- 
lement qu'on  puisse  vivre  dans  Feau.  Cependant,  en  fait,  on  vit  hors  dé  l'eau 
tout  aussi  bien  que  dedans.  Seulement  les  organes  sont  différents. 

Ce  partage  de  la  vie  terrestre  en  deux  modes  d'existence  absolument  sépa- 
rés l'un  de  l'autre  est  un  enseignement  considérable  de  la  nature.  Il  devrait 
suffire  par  lui-même  pour  réfuter  les  objections  des  savants  qui  voudraient 
effacer  les  autres  mondes  du  livre  de  la  vie,  par  la  raison  qu'ils  ne  sont  pas 
identiques  au  séjour  que  nous  habitons.  Eh  vain  répliquerait-on  que  dans 
l'eau  comme  dans  l'air  c'est  l'oxygène  qui  entretient  la  vie  et  partirait-on  de 
là  pour  prétendre  que  l'eau  ne  diffère  pas  essentiellement  de  Tair  comme 
milieu  vital.  La  réponse  serait  facile  :  entre  les  deux  éléments  la  différence 
est  telle  que  les  habitants  de  Tun  meurent  dans  l'autre,  tout  simplement. 
Il  faut,  pour  vivre  dans  l'un,  des  organes  différents  de  ceux  qui  servent  à 
vivre  dans  l'autre,  et  ces  organes  existent.  Toute  la  question  est  là  pour  le 
sujet  en  litige.  La  nature  elle-même  a  répondu. 

Et  elle  a  répondu  doublement  en  montrant  qu'elle  se  charge  de  modifier 
les  organes  pour  transformer  les  ôtres  aquatiques  en  êtres  aériens,  et  réci- 
proquement. 

VII 

Mais  la  nature  nous  fait  bien  d'autres  réponses  non  moins  péremptoires. 
Nous  venons  de  parler  des  habitants  des  eaux.  Conmient  ne  pas  nous  sou- 
venir des  affirmations  récentes  des  naturalistes  à  comte  vue  qui  naguère 
encore  déclaraient  doctoralement  que  la  vie  était  impossible  au  fond  des 
mers?  L'énorme  pression  des  eaux,  l'absence  complète  de  lumière,  étaient 
deux  arguments  irréfutables.  En  effet,  quels  organismes  pourraient  résister 
à  une  telle  pression?  Des  canons  n'y  résisteraient  pas!  Et  puis,  la  lumière 
n'est-elle  pas  indispensable  aux  phénomènes  de  la  vie  végétale  et  animale? 
Comment  le  carbone  se  fixerait-il,  en  de  telles  conditions?  Comment  des 
plantes  pourraient-elles  se  former?  Et  les  animaux  eux-mêmes!  que  feraient- 
ils,  éternellement  plongés  dans  une  obscurité  absolue?  —  Des  naturalistes 
indépendants  commencent  à  douter  de  ces  affirmations  entreprennent  des 
voyages  d'exploration  sous-marine  et  vont  jeter  la  sonde  à  deux,  trois,  quatre, 


254  L'ASTRONOMIE. 

six,  huit  mille  mètres  de  profondeur  (Angleterre,  1868,  France  1880); 
ils  en  rapportent  des  êtres  singuliers,  bizarres,  incompréhensibles,  mais 
en  défîninive  organisés  pour  vivre  en  ces  noires  profondeurs?  Sont-ils, 
comme  on  essayait  de  le  prévoir,  enveloppés  de  carapaces  épouvantables, 
bardés  d'airain,  vêtus  de  granité  ou  de  fer?  Nullement.  Ce  sont  des  mol- 
lusques d'une  extrême  délicatesse,  des  organismes  pareils  à  des  fleurs, 
presque  des  papillons  que  le  doigt  ose  à  peine  effleurer.  Leurs  organes 
intérieurs  sont  là  en  parfait  équilibre  avec  la  pression  du  milieu  extérieur, 
et  lorsqu'on  les  remonte  ils  meurent  d'apoplexie  longtemps  avant  d'arriver 
à  la  syrface  de  la  mer.  On  constate  encore  là  une  admirable  adaptation.  Et 
quelles  ressources  infinies  dans  le  laboratoire  de  la  nature!  Ne  recevant  pas 
le  plus  lointain  reflet  de  la  lumière  solaire,  vivant  au  sein  d'une  obscurité 
complète,  ils  fabriquent  eux-mêmes  la  lumière  qui  leur  manque!  Plusieurs 
d'entre  eux  sont  phosphorescents  et  répandent  dans  l'abîme  une  vague  clarté 
I)our  laquelle  leurs  yeux  sont  construits  :  leur  lampe  est  leur  soleil  et  elle 
leur  suffit;  s'ils  pouvaient  deviner  la  lumière  qui  se  joue  dans  l'ombre  de 
nos  rivières,  ils  seraient  éblouis  des  trous  noirs  où  se  cache  .l'écrevisse  et 
comprendraient  moins  encore  l'existence  de  la  truite  ou  du  goujon  qui 
glissent  alertes  et  frétillants  comme  des  rayons  d'argent  dans  le  cristal  des 
ruisseaux  limpides.  Et  qui  sait?  cette  phosphorescence  personnelle  n'est-elle 
pas  un  élément  de  plaisir,  susceptible  de  nuances  infinies,  et  qu'ils  n'échan- 
geraient peut-être  pas  contre  notre  mode  impersonnel  d'illumination.  Ils 
ont  réalisé  sans  le  savoir  le  mystère  de  cet  anneau  des  contes  de  fées  qui 
rendait  son  heureux  possesseur  à  volonté  visible  ou  invisible;  une  telle  fa- 
culté n'est  peut-être  pas  tout  à  fait  à  dédaigner.  Quoiqu'il  en  soit,  ceux  qui 
connaissent  le  moûde  des  profondeurs  sous-marines  par  les  ouvrages  des 
explorateurs  anglais  et  français  savent  quelle  inimaginable  variété  y  est 
répandue;  ils  apprécient  mieux  les  ressources  de  la  nature;  ils  en  concluent 
que  nous  n'avons  pas  le  droit  de  déclarer  inhabitables  des  mondes  différents 
du  nôtre  et  que  la  nature  elle-même  est  plus  féconde  que  toute  notre  ima- 
gination. 

VIII 

Sans  doute,  répliquent  les  adversaires  de  la  doctrine  de  la  vie  universelle, 
mais  enfin,  il  y  a  des  conditions  telles  que  la  nature,  malgré  toute  sa  puis- 
sance, ne  les  dominera  pas.  On  ne  peut  plus  croire  aujourd'hui  aux  sala- 
mandres, que  les  anciens  faisaient  vivre  dans  le  feu.  Nous  n'asseyons  plus 
d'anges  dans  le  vide.  Nous  n'imaginons  plus  de  diables  dans  l'intérieur  du 
globe.  La  nature  est  logique  avec  elle-même.  Elle  ne  crée  pas  de  monstres. 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIE  DANS  L'UNIVERS. 


255 


Oui,  répondrons-nous,  il  y  a  des  limites  à  la  possibilité  de  la  vie;  mais  ces 
limites  reculent  à  mesure  que  la  science  grandit,  et  nous  ne  les  connaissons 
pas.  Des  monstres?  On  en  rencontre  partout,  —  monstres  pour  nous,  mais 
non  pour  eux  —  nous  ne  parlons  pas  ici  des  êtres  atrophiés  ou  arrêtés  dans 
leur  développement  embryogénique,  nous  prenons  l'expression  dans  son  sens 
vulgaire  général  et  nous  disons  que  la  nature  a  réalisé  dans  ses  œuvres  ter- 

Kig.  88. 


L'eurypharynx  pelecanoldes. 

restres  les  formes  les  plus  extraordinaires  et  les  plus  extravagantes  au  point 
de  vue  de  la  sagesse  d'un  professeur  d'histoire  naturelle.  Nous  pourrions  en 
faire  apparaître  ici,  dix,  cent,  mille.  Contentons-nous  d'un  exemple,  soit 
YEurypharynx  pelecanoldes  que  la  mission  du  Travailleur  a  péché  à  2300"  de 
profondeur,  non  loin  des  côtes  du  Maroc.  L'astronome,  explorateur  télesco- 
pique  des  profondeurs  d'Uranus  et  de  Neptune,  demande  au  naturaliste  du 
Muséum  si  cet  animal  est  un  poisson,  un  batracien  ou  un  reptile,  et  il  n'en 
reçoit  qu'une  vague  réponse.  Le  matelot  qui  l'a  retiré  du  filet  sur  le  pont  du 
navire  a  pu  croire  que  c'était  seulement  un  entonnoir^  et  peut-être  est-ce  lui 
qui  a  raison.  Spécimen  d'une  faune  jusqu'ici  inexplorée,  cet  être  noir  se  com- 
pose essentiellement  d'une  énorme  mâchoire  sans  dents  réelles,  d'un  enton- 
noir et  d'une  queue.  La  tête  mesure  trois  centimètres  de  longueur,  dont  deux 
pour  la  mâchoire  seule,  et  son  corps  quarante-quatre  centimètres.  Il  respire 
à  l'aide  de  cinq  branchies  et  est  organisé  pour  vivre  sous  cette  pression  de 


256  L'ASTRONOMIE. 

plusieurs  centaines  d'atmosphères.  «  L'existence  de  la  vie  en  de  semblables 
conditions,  avait  été  niée  jusqu'à  présent,  écrivait  à  ce  propos  M.  Rousseau, 
dans  V Union  scientifique;  quel  eût  été  le  mortel  assez  osé  pour  dire  que  Ton 
pouvait  vivre  dans  un  tel  milieu  ?  La  découverte  de  TEurypharinx  Peleca- 
noïdes  vient  de  porter  un  grand  coup  à  la  théorie  de  ceux  qui,  se  basant  sur 
les  prétendues  limites  restreintes  de  la  vie,  refusent  d'accepter  comme  réelle 
l'habitation  des  autres  mondes.  M.  Faye,  en  1874,  se  faisant  le  champion  de 
cette  opinion,  nous  montrait  la  terre  inhabitable  en  dehors  d'une  petite  zone, 
la  découverte  de  l'Eurypharinx  pelecanoïdes  lui  a  donné  un  premier  démenti; 
espérons  que  de  nouvelles  découvertes  aussi  intéressantes,  quoique  d'un 
autre  genre,  viendront  bientôt  montrer  l'inanité  des  prétentions  de  ceux  qui 
veulent  renfermer  en  de  petits  espaces  le  pouvoir  du  Créateur  de  toute 
vie  (M-  » 

L'océan  est  peuplé  de  ces  êtres  qui  défient  toute  classification  méthodique: 
chacun  des  organismes  nouvellement  découverts  a  reculé  les  limites  entre 
lesquelles  on  avait  enfermé  jusqu'ici  les  conditions  de  la  vie.  Mais  que  serait- 
ce  si  nous  passions  en  revue  les  êtres  qui  nous  ont  précédés  comme  habi- 
tants du  globe  pendant  la  longue  série  des  siècles  antédiluviens? 

IX 

Ici  aussi,  ne  prenons  qu'un  exemple,  car  notre  but  n'est  pas  d'écrire  un 
traité  d'histoire  naturelle  :  nous  devons  seulement  envisager  le  cosmos  au 
point  de  vue  vivant  et  appliquer  les  enseignements  de  la  nature  terrestre  à 
notre  conception  générale  de  l'Univers. 

Cet  exemple,  prenons-le  à  l'époque  de  la  formation  jurassique,  il  y  a 
quelques  millions  d'années.  Nous  voici  (fig.  89)  («)  en  face  d'un  paysage 
d'araucariées  et  de  cycadées,  au  milieu  duquel  se  présente  le  gigantesque 
stégosaure  au  corps  revêtu  de  plaques  osseuses  et  d'épines  lui  formant  une 
puissante  armure,  aux  membres  antérieurs  singulièrement  courts,  —  le 
compsonote,  autre  dinosaurien  non  moins  grotesque,  —  et  les  étranges  rep- 
tiles volants,  les  ptérodactyles. 

N'est-ce  pas  là  un  monde  tout  différent  du  nôtre  ?  Q\ii  l'eût  osé  inventer  si 
Ton  n'en  avait  découvert  les  fossiles  ?  Ces  habitants  de  l'époque  secondaire 
ont  tous  disparu  avec  la  fin  des  temps  crétacés.  Sur  le  globe  entier  régnait 
alors  le  climat  de  la  zone  torride  actuelle  ;  on  a  retrouvé  jusqu'aux  plus  hautes 

(  '  )  On  peut  lire  aussi  dans  V Avenir  de  Foix  une  remarquable  réfutation  due  à  la 
plume  de  M.  Adolphe  d'Assier. 

(')  D'après  Brehm,  Reptiles,  édition  française,  par  E.  Sauvage,  aide  naturaliste  au 
Muséum. 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIB  DANS  L'UNIVERS. 


257 


latitudes  les  mômes  plantes  et  les  mêmes  animaux.  C'est  l'âge  des  reptiles, 
et  quels  reptiles!  Le  brontosaure  atteignait  une  taille  de  près  de  16  mètres  et 


Fier.  89. 


Les  habitants  de  la  période  jurassique. 

devait  peser  trente  mille  kilogrammes  !  Chaque  empreinte  de  ses  pas  mesure 
90  centimètres  carrés.  Un  autre  herbivore,  le  morosaure  mesurait  13  mètres  ; 
ses  dents  nombreuses  n'avaient  pas  moins  de  16  centimètres  de  longueur.  Le 
cétiosaure  d'Europe  ne  le  cédait  guère  en  puissance  aux  deux  précédents,  qui 
habitaient  l'Amérique  :  on  en  juge  facilement  quand  on  sait  que  Tos  de  la 


258  L'ASTRONOMIE. 

cuisse  atteint  jusqu'à  l^TO  de  haut,  et  que  ce  que  Ton  connaît  de  la  tête  et 
de  la  colonne  vertébrale  a  12  mètres,  ce  qui  donne  un  animal  d'environ 
16  à  17  mètres.  Les  stégosaures  étaient  moins  gigantesques  et  ne  dépassaient 
sans  doute  pas  10  mètres.  Les  iguanodons,  découverts  en  Belgique  il  y  a  quel- 
ques années,  mesurent  de  10  à  14  mètres;  le  plus  grand  porte  une  tête  de 
l'"20  et  ses  pattes  de  devant  surpassent  2»50  de  hauteur.  «  Que  l'on  se 
représente  de  tels  animaux,  écrit  M.  Zaborowski,  reposant  sur  leur  train  de 
derrière.  Leur  tôte  devait  atteindre  la  cime  des  arbres.  Quel  aspect  terrifiant 
aurait  leur  masse  prodigieuse  se  mouvant  dans  le  monde  rabougri,  étriqué, 
de  nos  climats,  à  peine  dépasserions- nous  leur  cheville  ».  —  «  C'est  dans 
Tordre  des  sauropodes,  écrit  d'autre  part  M.  Brehm,  que  se  trouvent  proba- 
blement les  plus  gigantesques  de  tous  les  animaux  terrestres;  à  en  juger 
par  les  débris  qu'on  en  connaît,  certains  d'entre  eux  devaient  atteindre 
35  mètres  de  long  du  museau  à  la  queue  ». 

Sans  ressusciter  tout  l'ancien  monde  des  ichtyosaures,  des  plésiosaures, 
des  labyrinthodons,  des  paléothériums  et  de  leurs  émules  delà  faune  antique, 
la  période  des  dinosauriens,  que  nous  venons  de  rappeler,  suffît  pour  nous 
témoigner,  sous  un  aspect  encore  tout  différent  des  précédents^  de  la  variété 
et  de  la  diversité  des  productions  de  la  force  vitale,  même  sur  notre  seule 
et  médiocre  petite  planète.  Ici  encore  la  nature  répond  elle-même  à  ceux  qui 
mettent  en  doute  sa  fécondité,  et  nous  n'avons  rien  à  ajouter  à  ses  propres 
paroles. 

X 

Mais  que  parlons-nous  de  fécondité  !  La  fécondité  visible  n'est  rien  à  côté 
de  la  fécondité  invisible.  L'air  est  rempli  d'une  vie  invisible.  En  traversant  la 
cour  de  l'Institut  pour  aller  présider  le  Bureau  des  Longitudes,  M.  Faye  res- 
pire une  atmosphère  qui  ne  renferme  pas  moins  de  trois  à  quatre  mille  mi- 
crobes par  mètre  cube.  Chacun  d'eux  lui  dit  en  son  langage  que  la  vie  se 
multiplie  au-delà  de  toutes  les  bornes  de  notre  entendement.  Et  l'air  de  l'Ins- 
titut n'est  pas  le  plus  riche  en  infiniment  petits.  A  l'Observatoire  de  Mont- 
souris,  le  docteur  Miquel  a  compté  7420  bactéries  par  mètre  cube.  Tout  cda 
n'est  rien  encore.  L'air  des  vieilles  maisons  parisiennes  en  a  donné  36,000, 
celui  du  nouvel  Hôtel-Dieu  de  Paris  40,000,  celui  de  l'hôpital  de  la  Pitié  79,000  ! 
Et  tout  cela  vit  et  ne  demande  qu'à  se  multiplier. 

Voilà  pour  l'air  pur,  je  veux  dire  transparent.  Mais  si  nous  passons  auprès 
d'une  maison  en  démolition,  nous  avons  beau  suspendre  notre  respiration, 
c'est  bien  autre  chose.  Des  légions  d'êtres  ^norts  viennent  s'ajouter  aux  pré- 
cédentes. La  pierre  à  bâtir,  le  calcaire,  la  craie,  contiennent  des  fossiles  d'or- 
ganismes en  quantité  véritablement  formidable.  Les  foraminifères,  les  dia- 


LES  CONDITIONS  DE  LA.  VIE  DANS  L^UNIVERS. 


259 


tomées,  les  galionelles,  les  bacillariées  sont  entassés  par  myriades  de  myriades 
dans  les  terrains  calcaires  et  siliceux,  à  tel  point  que,  d'après  Ehrenberg,  un 
pouce  cube  peut  en  contenir  jusqu'à  quarante  miUiomt  Alcide  d'Orbigni  a 
trouvé  trois  millions  huit  cent  quarante  mille  organismes  microscopiques 
dans  trois  grammes  de  sable  de  la  mer  des  Antilles!  Paris  n'est  bâti  que  de 
coquilles;  les  pyramides  sont  des  tombeaux  de  nummulites,  et  les  momies 


Fig.  90. 


1^^ 


Ce  que  nous  respirons  dans  l'air  transparent. 


des  pharaons  sont  sans  importance  à  côté.  Il  n'y  a  pas  fort  longtemps  encore 
dans  l'histoire  de  la  géologie,  ceux  qui  ne  voulaient  pas  entendre  les  voix  de 
la  nature  assuraient  que  les  tas  de  nummulites  tombées  au  pied  des  sphinx 
et  des  pyramides  par  le  désagrégement  des  siècles  étaient  des  restes  de  lentilles 
abandonnées  par  les  maçons  constructeurs,  et  pétrifiées!  Cependant  Strabon 
déjà  avait  refuté  cette  grossière  interprétation  et  attribué  à  ces  minuscules 
fossiles  leur  origine  véritable. 

Ainsi,  l'air  est  plein  de  germes,  de  vie,  de  fécondité.  Depuis  des  millions 
de  siècles,  la  vie  s'entasse  dans  les  pierres  elles-mêmes.  L'eau  nous  donne  le 


260 


L'ASTRONOMIE. 


piéme  enseignement  depuis  Tinvention  du  microscope.  On  se  souvient  qu'il 
y  a  justement  deux  siècles,  en  1685,  Leenwenhœck,  examinant  une  goutte 
d'eau  de  pluie,  y  découvrit  les  premiers  inf  usoires  et  que  deux  ans  plus  tard, 
ayant  versé  de  l'eau  sur  des  grains  de  poivre,  il  fut  plus  surpris  encore  de 
voir  apparaître  des  créatures  animées  (les  fameux  pipéricoles  dont  s'entre- 
tenaient Leibniz  et  Bernouilli,  précisément  à  propos  de  la  question  de  la 
Pluralité  des  mondes).  Ce  fut  là  le  résultat  de  la  première  infusion  faite  dans 


Ce  que  nous  respirons  près  d'une  maison  en  démolition. 

un  but  scientifique.  Depuis,  que  de  découvertes  merveilleuses  !  Que  d'espèces 
observées!  Que  de  genres  ponctuellement  classés  par  la  micrographie.  Ces 
êtres  habitent  les  eaux  douces  aussi  bien  que  les  eaux  marines,  et  l'eau  pure 
aussi  bien  que  l'eau  corrompue,  pullulent  partout  par  myriades  de  myriades 
et  se  multiplient  avec  une  fécondité  inimaginable. 

Nous  reproduisons  ici  {fig.  92),  d'après  Brehm,  une  collection  d'organismes 
observés  dans  une  goutte  d'eau  de  puits  ordinaire,  telle  qu'on  l'emploie  géné- 
ralement dans  Talimontation^  et  dessinés  d'après  nature.  Les  grossissements 
employés  ont  varié  de  100  à  500  fois.  Quelle  bizarre  collection  de  formes  et 
d'organes  I  Tout  cela  vit  et  se  multiplie  par  bourgeonnements  et  fissiparité. 
Quelques  jours  suffisent  pour  produire  des  millions.  Un  grand  nombre  d'entre 
eux  ne  vivent  que  quelques  heures.  S'ils  pouvaient  raisonner,  ne  voulant 
pas  sortir  de  leur  sphère  d'observation,  ils  déclareraient  que,  personne  de 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIE  DANS  L'UNIVERS. 


261 


leur  société  n'ayant  jamais  vu  le  Soleil  àe  toucher,  ceux  qui  osent  prétendre 
qu'il  y  a  des  jours  et  des  nuits  sont  dans  l'erreur  d'une  imagination  trop 
exaltée.  L'Océan  est  animé  de  ces  atomes  vivants  jusqu'en  ses  noires  profon- 
deurs. Ce  sont  eux  qui  produisent  les  beaux  phénongiènes  de  la  phosphores- 
cence. Les  eaux  de  nos  fleuves  et  de  nos^étangs  en  sont  remplies.  Le  Gange 


Fig.  92. 


Les  infusoires  de  Teau  de  puits. 


transporte,  dans  l'espace  d'une  année,  une  masse  d'infusoires  égale  à  six  ou 
huit  fois  le  volume  de  la  plus  haute  pyramide  d'Egypte.  La  vie  !  la  vie  partout  I 
la  vie  toujours  !  Voilà  le  cri  suprême,  le  cri  perpétuel  de  la  nature.  Et  il  y  a 
des  hommes  qui  ne  l'entendent  pas  ! 


XI 


Mais  la  nature  n'admet  pas  cette  surdité,  elle  n'admet  pas  cet  aveuglement, 
elle  impose  sa  puissance;  et,  comme  l'homme  faisait  des  réserves  philoso- 


262  L'ASTRONOMIE. 

phiques  et  essayait  de  n'écrire  l'histoire  de  la  vie  qu'avec  les  manchettes  de 
dentelles  de  Buflfon  et  sous  mille  précautions  oratoires,  elle  lui  a  donné..,  le 
tœnia. 

«  Ah  !  semble-t-elle  nous  dire,  vous  voulez  in 'imposer  des  bornes,  vous 
n'avez  pas  assez  de  mon  enseignetnent  extérieur  pour  vous  prouver  ma 
puissance,  vous  prétendez  qu'il  faut  à  tous  les  ôtres  Tair  pur  des  champs  et 
des  bois,  l'eau  des  limpides  fontaines,  les  parfums  des  fleurs,  une  nourriture 
délicate,  fraîche  et  de  premier  choix  ;  vous  voulez  décréter  la  proportion 
d'oxygène,  d'acide  carbonique,  d'azote,  hors  desquelles,  selon  vous,  la  vie  est 
impossible.  Eh  bien!  tiens,  savoure  ce  ver  solitaire,  et  vois  s'il  a  la  vie  dure.» 

Alors  cette  très  habile  nature  a  généreusement  octroyé  à  l'homme  un  choix 
remarquable  de  parasites,  le  grand  ver  solitaire,  tœnia  solium,  qui  habite 
Tintestin  et  peut  atteindre  jusqu'à  20  mètres  de  longueur,  voire  même  30  et  40 
(Dujardin)  ;  le  tœnia  moyen,  qui  ne  mesure  que  4  mètres  et  habite  le  même 
palais;  le  petit  tœnia  échinocogue,  qui  préfère  le  foie,  la  rate  et  les  poumons, 
et  toute  une  série  de  petits  vers,  cestoïdes  et  autres,  pour  lesquels  les  conditions 
d'existence  sont  absolument  différentes  de  toutes  celles  que  nous  avons  énu- 
mérées  jusqu'ici.  Du  reste,  l'homme  n'est  pas  privilégié  à  cet  égard.  Chaque 
espèce  animale  possède  ses  «  propres  »  vers  intestinaux  ;  l'homme  peut  seu- 
lement en  acquérir  un  peu  plus  que  les  autres,  parce  qu'il  mange  de  tout. 
Mais  on  connaît  ceux  du  bœuf,  du  mouton,  du  porc,  du  cheval,  des  pois- 
sons, etc.,  etc.  Sans  doute,  nul  ne  peut  s'empêcher  de  convenir  que  ce  soit  là 
un  singulier  mode  d'existence,  et  il  semble  bien  qu'il  serait  préférable  de  ne 
pas  naître  plutôt  que  d'être  condamné  à  vivre  dans  un  tel  milieu.  Mais  enfin 
ces  êtres  existent.  Plutôt  que  de  s'arrêter,  la  nature  entasse  la  vie  parasitaire 
sur  la  vie  normale,  et  multiplie  l'existence  aux  dépens  de  l'existence  elle- 
même. 

Comment  donc  encore  excuser  le  raisonnement  de  ceux  qui  prétendent  lui 
imposer  des  bornes!  Poussé  jusque  dans  ses  derniers  retranchements,  un  tel 
raisonnement  ne  se  voit-il  pas  désagrégé  pièce  par  pièce?  En  reste-t-il  quelque 
chose  ?  Oui,  comme  le  ver  solitaire,  il  lui  reste  encore  la  tête.  Certes,  si  un  tœnia 
pensait,  quelle  idée  se  ferait-il  des  habitants  de  tous  les  mondes?  Pour  lui, 
il  ne  devrait  exister  partout  que  des  vers  intestinaux,  car,  évidemment,  c'est 
là  pour  lui  le  mode  normal  de  l'existence.  En  dernière  analyse,  les  négateurs 
de  la  vie  ultra-terrestre  se  retranchent  dans  le  peu  d'oxygène  qui  reste  à 
l'animalcule  du  fond  des  mers  ou  au  ver  intestinal.  L'oxygène  !  voilà  le  sau- 
veur. C'est  une  fenêtre  ouverte  sur  l'espace.  Notre  sceptique  va  s'envoler  et 
crier  victoire. 

Certes,  toute  planète  a  ses  conditions  normales  de  vitalité,  et  nul  ne  peut 
contester  que  sur  la  Terre  l'oxygène  joue  le  premier  rôle  dans  l'entretien  de  la 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIE  DANS  L'UNIVERS.  263 

vie.  Il  n'y  aurait  donc  rien  de  surprenant  à  ce  que,  sur  la  Terre^  cet  élément 
fût  l'origine  et  restât  la  condition,  essentielle  de  Texîstence  des  êtres  vivants, 
ce  qui  n'empêcherait  nullement  le  penseur  d'admettre  que  sur  les  autres 
mondes  cet  élément  peut  être  remplacé  par  un  autre,  caractéristique  de  ces 
autres  séjoui*s.  Mais  la  Nature  n'a  pas  même  voulu  laisser  cette  porte  de  sortie 
à  ceux  qui  affectent  de  ne  pas  la  comprendre.  «  Vous  voulez  m'imposer  l'oxy- 
gène! s'écrie-t-elle.  Détrompez-vous.  On  ne  m'impose  rien.  » 

XII 

On  trouve,  en  effet,  dans  le  beurre,  une  espèce  fort  insiructive  à  cet  égard, 
le  baciUus  amylobacter.  Non  seulement  ce  petit  être  n'a  pas  besoin  d'oxygène 
pour  vivre,  mais  il  n'en  veut  à  aucun  prix.  Il  y  a  plus  :  cet  élément  est  mortel 
pour  lui.  L'oxygène  le  tue  au  simple  contact.  L'amylobacter  est  le  ferment  du 
beurre;  il  s'attaque  aux  substances  les  plus  diverses,  produisant  toujours  de 
l'acide  butirique,  et  se  développe  spécialement  dans  les  milieux  antipathi- 
ques aux  autres  êtres  vivants.  Or,  ce  microbe  aérophobe  est  répandu  à  pro- 
fusion dans  la  nature. 

Un  autre  microbe,  étudié  à  l'Observatoire  de  Montsouris  par  le  docteur 
Miquel,  s'attaque  au  caoutchouc  et  le  décompose  en  dégageant  de  l'acide 
sulfhydrique. 

Et  quelle  vitalité  dans  tous  ces  êtres!  Us  ont  gardé  toute  celle  des  protistes 
de  l'origine  du  monde.  On  rencontre  parmi  eux  de  véritables  protées  qui 
changent  complètement  de  formes  en  quelques  minutes.  Ils  changent  aussi 
de  nature  à  volonté.  M.  Pasteur  en  a  montré  un  exemple  remarquable  lors- 
qu'il a  fait  connaître  la  singulière  propriété  du  mycoderma  vini,  qui  respire 
comme  un  animal  quand  il  vit  à  la  surface  du  vin,  mais  qui,  submergé,  vit 
à  la  manière  des  ferments,  décompose  le  sucre  et  le  transforme  en  alcool  et 
en  acide  carbonique.  M.  Marion,  professeur  à  la  Faculté  des  Sciences  de 
Marseille,  a  montré  d'autre  part  que  l'artemia  saliva  change  de  forme  et  de 
nature  suivant  les  conditions  d'existence  auxquelles  on  le  soumet,  devenant 
tantôt  crustacé  marin,  tantôt  animal  d'eau  presque  douce,  et  cela  en  quel- 
ques générations!  Etc.,  etc.,  etc. 

XIII 

Arrêtons-nous  ici.  La  victoire  est  trop  complète  pour  que  nous  la  procla- 
mions .  Lorsque  le  vainqueur  reste  seul  vivant  sur  le  champ  de  bataille,  il 
ne  songe  pas  à  prouver  son  triomphe,  et  ne  rédige  pas,  comme  Napoléon,  à 
la  retraite  de  Russie,  de  bulletins  de  la  grande  armée.  Aussi  bien,  d'ailleurs, 
n'avons-nous  aucun  mérite,  puisque  la  nature  seule  a  fait  tous  les  frais  :  des 


264  L'ASTRONOMIE. 

pierres  sont  tombées  du  ciel  sur  la  tête  de  leurs  négateurs.  C^est  ce  qui  arrive 
dans  toutes  les  circonstances  analogues.  Jusqu'en  1804,  l'Académie  des 
Sciences  n'a-t-elle  pas  refusé  d'admettre  l'authenticité  des  uranolithes?  Cette 
année-là  trois  mille  pierres  furent  précipitées  du  ciel  sur  le  département  de 
rOrne  ;  Biot  eut  Tidée  d'aller  les  ramasser,  et  n'eut  qu'à  rapporter  à  l'Aca- 
démie celles  que  les  paysans  voulurent  bien  lui  céder.  Jl  y  a  quelques 
années  encore,  j'assistais  à  la  séance  de  l'Institut,  dans  laquelle  M.  duMoncel 
présenta  le  phonographe.  Un  savant  académicien,  le  docteur  Bouillaud,  se 
leva  de  son  fauteuil  et  s'élança  sur  M.  du  Moncel,  en  le  traitant  de...  ventri- 
loque, a  Jamais,  jamais,  s'écria-t-il,  vous  ne  nous  forcerez  à  croire  à  une 
pareille  invention.  »  Depuis,  M.  Bouillaud  est  mort  :  on  va  lui  élever  une 
statue.  11  faut  dire  qu'en  général  les  savants  spécialistes  compliquent  consi- 
dérablement les  choses,  au  lieu  de  laisser  resplendir  la  grande  simplicité  de 
la  nature. 

Au  sujet  de  la  Pluralité  des  mondes,  un  souvenir  de  Fontenelle  ne  sera 
peut-être  pas  hors  de  propos.  C'était  à  l'époque  où  Ton  discutait  assez  fiévreu- 
sement le  newtonianisme  et  le  cartésianisme,  la  traniSmission  de  la  lumière 
et  de  la  chaleur  par  émission  ou  par  ondulation.  Un  jour,  après  déjeuner,  il 
conduisit  ses  amis  de  l'Académie  vers  une  petite  boule  placée  sur  un  piédestal 
au  milieu  du  jardin.  «  C'est  étrange,  fit-il,  exposée  comme  elle  est  aux 
rayons  du  soleil,  elle  est  plus  chaude  en  dessous  qu'en  dessus.  »  Était-ce 
uneréflexion  du  piédestal?  Etait-ce  une  réfraction  des  rayons  à  travers  la 
boule?  Les  explications  se  suivaient  sans  guère  s'accorder.  «  Non,  dit-il,  c'est 
seulement  qu'avant  de  vous  la  montrer  je  l'avais  retournée.  » 

En  fait,  tout  est  très  simple,  dans  la  nature  comme  dans  la  Science.  La 
plupart  du  temps  nous  créons  à  la  nature  des  difficultés  qui  n'ont  jamais 
existé.  Toutes  les  voix  de  l'univers  chantent  l'hymne  de  la  vie.  Cette  élo- 
quence des  choses  devrait  suffire  à  notre  entendement. 

A  l'argumentation  de  M.  Paye,  que  les  conditions  de  la  vie  sont  confinées 
au  champ  étroit  de  nos  observations  immédiates,  nous  avons  répondu  par 
l'enseignement  direct  de  la  nature  entière  :  la  diversité  profonde  des  condi- 
tions d'existence  aquatique  et  aérienne,  sur  notre  planète  même  ;  — la  transfor- 
mation des  organes  et  des  êtres,  pour  s'adapter  aux  changements  de  milieux; 
—  l'énergie  et  la  souplesse  infinie  de  la  force  vitale,  surtout  chez  les  êtres 
primitifs;  — la  vie  dans  les  profondeurs  océaniques; — la  vie  pendant  les 
époques  géologiques;  —  la  diffusion  et  la  fécondité  de  la  vie  microscopique 
dans  les  airs  et  les  eaux  ;  —  la  vie  parasitaire  qui  s'exerce  dans  les  milieux 
les  plus  étranges  et  aux  dépens  de  la  vie  normale;  —  la  vie  même  en  dehors 
du  principe  de  vie  terrestre,  l'oxygène.  Nous  avons  prouvé  que  la  vie  déborde 
de  la  Terre  comme  d'une  coupe  trop  étroite  pour  la  contenir,  et  que,  plutôt 


LES  CONDITIONS  DE  LA  VIE  DANS  L  UNIVERS.  265 

que  de  s^arrêter,  elle  se  développe  aux  détrimeuts  de  Texistence  elle-même. 
Telle  est  la  loi  suprême  de  la  nature.  Nier  cette  loi  est  contraire  à  l'enseigne- 
ment tout  entier  de  toutes  les  sciences  réunies. 

Certes,  on  pourrait  écrire  tout  un  volume  pour  cette  seule  exposition.  Mais 
nous  avons  déjà  dépassé  de  beaucoup  les  limites  dans  lesquelles  nous  avions 
espéré  nous  restreindre,  d'autant  plus  qu'en  apparence  cette  question  sort 
du  cadre  de  V Astronomie.  Nous  disons  v  en  apparence  »,  car,  en  fait,  la  question 
de  la  vie  céleste  est  le  complément,  ou,  pour  mieux  dire,  le  but  suprême  des 
études  astronomiques.  Quel  serait  l'intérêt  de  l'observation  des  astres  s'il  ne 
s'agissait  que  deblocs  plus  ou  moins  lourds  lancés  sans  but  dans  l'espace  aveu- 
gle ?  D'ailleurs,  dans  la  nature  il  n'y  a  point  ce  sectionnement  de  Sciences  que 
l'homme  a  inventé  pour  mettre  un  peu  d'ordre  dans  les  petites  cases  de  son 
intellect.  Il  n'y  a,  en  réalité,  dans  l'univers,  ni  mécanique  céleste,  ni  astro- 
nomie physique,  ni  météorologie,  ni  géologie,  ni  paléontologie,  ni  physique, 
ni  chimie,  ni  botanique,  ni  zoologie,  ni  physiologie,  ni  aucune  des  sections 
de  sciences  imaginées  par  le  travail  humain.  Il  y  a  ce  qu'il  y  a,  c'est-à-dire 
un  grand  tout,  une  immense  unité,  le  cosmos  dans  sa  sublime  harmonie, 
mais  rien  de  nos  petites  divisions.  Faire  de  l'histoire  naturelle  à  propos  des 
conditions  d'habitabilité  des  diverses  planètes  de  notre  système  et  des  mondes 
inconnus  qui  gravitent  dans  la  fécondité  des  autres  soleils,  c'est  encore  faire 
de  l'Astronomie  —  quoi  qu'en  puissent  penser  les  pygmées  myopes.  Et  en  cela 
notre  éminent  contradicteur  appartient  à  l'ordre  de  ces  grands  esprits  qui, 
comme  Pascal  et  Leibniz  voient  au  delà  de  la  matière  les  entités  cachées  sous 
son  voile.  Si  nous  avons  discuté  ses  propositions,  si  nous  avons  fait  tous  nos 
e£forts  pour  les  saper  par  la  base,  c'est  parce  que  nous  estimons  à  un  haut 
degré  les  tendances  de  sa  méthode.  La  distance  semble  considérable  entre  ses 
opinions  et  les  nôtres.  M.  Paye,  pourtant,  saura  sans  peine  la  franchir.  A  ces 
hauteurs  les  horizons  se  rapprochent. 

Que  l'éminent  astronome  interprète  VŒuvre  du  Temps.  Il  reconnaîtra  que 
notre  époque  actuelle  n'embrasse  pas  l'universalité  de  la  vie;  qu'elle  n'a  pas 
plus  d'importance,  dans  l'histoire  de  l'univers,  que  les  siècles  d'autrefois  ou 
les  siècles  futurs  ;  qu'il  n'y  a  aucune  raison  pour  supposer  que  tous  les 
mondes  de  la  création  soient  habités  en  ce  moment  ;  que  si  la  Terre,  Mars, 
Vénus,  peut-être  Saturne,  le  sont  actuellement,  la  Lune  paraît  plutôt  en  déca- 
dence et  Jupiter  en  préparation  pour  les  âges  futurs.  Le  ciel  aussi  a  ses 
berceaux  et  ses  tombes.  Mais  restreindre  l'œuvre  de  la  nature  à  la  sphère 
minuscule  de  notre  observation  immédiate,  c'est  mal  interpréter  son  langage, 
et  nier  que  la  vie  soit  le  but  suprême  de  la  création,  c'est  nier  la  lumière  en 
plein  midi.  Camille  Flammarion. 


2«6  L'ASTRONOMIE. 

TABLEAU  DE  DIVERSES  VITESSES. 

Mètm 
par  saeonde. 

Marche  du  Colimaçon 0,0015 

Petite  tortue  terrestre 0,026 

Un  homme  au  pas,  4^"  à  l'heure 1,11 

Un  homme  à  la  nage  (J.-B.  Johnson,  5  août  1872),  805"  en  douze  minutes 1 ,12 

Un  homme  au  pas,  6^"  à  l'heure , 1>66 

Vol  du  mâle  du  ver  à  soie  {Attacua  paphia),  d'après  Pettigrew 1,86 

Le  Mahari  de  Si  Ali  Bey  en  1864, 206^- en  vingt-quatre  heures,  d'après  WolfiF 

,  et  Blachère 2,38 

Course  en  akidor  (patins  à  neige),  227'"»  en  îl"* 22-,  d'après  Nordenskiôld 2,95 

Comète  de  Halley  en  aphélie , 3  » 

Tramways de  2  à  3,50 

Rivière  à  cours  rapide 4  • 

Navire,  9  nœuds  à  l'heure  (9  x  1852-) 4 ,63 

Chameau  (Hedjeïn),  185^-  en  10'»20-,  d'après  Burckhardt i .  4,97 

Vitesse  maximum  du  train  d'inauguration  du  chemin  de  fer  de  Manchester  à 

Liverpool,  15  septembre  1830 5,36 

Course  à  pied(W.  G.  George  en  1884),  2  milles  anglais  en  9- 17*  { 5,T7 

Vent  ordinaire de  5  à  6  » 

Navire,  12  nœuds  à  l'heure  (12  x  1852-) 6,17 

Vitesse,  par  rapport  à  Tair  ambiant,  du  ballon  dirigeable  des  capitaines  Krebs 

et  Renard;  ascension  de  Meudon,  8  novembre  1884 6,39 

Vague  de  30-  d'amplitude  par  une  profondeur  de  300" 6,82 

Course  à  pied,  d'après  G.  et  E.  V^eber ." 7,10 

Vol  ordinaire  de  la  mouche  {Musca  domestica),  d'après  Pettigrew 7,62 

Bon  vent  pour  moulin  à  vent 7,62 

Renne  tirant  un  traîneau 8,40 

Navire,  17  nœuds  à  l'heure  (17  x  1852-) 8,75 

Course  en  vélocipède  (R.  H.  English,  10  septembre  1884],  2  milles  anglais  en 

5-33- 1 9,65 

Vitesse  de  la  périphérie  d'une  meule  de  moulin de  6,50  à  10  ■ 

Brise  fraîche 10  » 

Gouttes  de  pluie,  d'après  Rozet| 11   »• 

Baleine  franche,  d'après  Lacépède 11   » 

Torpilleur,  21,76  nœuds  à  l'heure 11,19 

Patineur  exercé ; 12  » 

Cheval  de  course  (trotteur  américain,  1881),  1  mille  anglais  en  2"  10'  j 12,36 

Torrents  des  Hautes-Alpes,  d'après  Surell 14,28 

Pierre  lancée  avec  force 16  » 

Train  express  de  60^"  à  l'heure 16,67 

Cheval  de  course  (galop);  Little  Duck,  Paris,  25  mai  1884,  2400-  en  2-22' 16,90 

Vol  de  la  caille 17,80 

Train  rapide  de  75^-  à  l'heure 20,83 

Vague  de  tempête  dans  l'Océan 21,85 

Lévrier 25,34 

Vol  du  pigeon  voyageur,  d'après  Gobin 27  » 

Déplacement  de  la  trombe  du  14  février  1884,'  de  Lynchburg  à  Washington, 

d'après  Hazen 27,70 

Train  éclair  de  100^-  à  l'heu  re 27,77 


TABLEAU  DE  DIVERSES  VITESSES.  26? 

.    .  Mètres 

par  seconde. 

Vol  du  faucon 28    ». 

Tempête .....; ...de  25  à  30    » 

Vitesse  moyenne  des  boîtes  dans  les  tubes  de  la  télégraphie  pneumatique..  30    » 

Vol  de  Taigle 31    » 

Bateau  à  patins  sur  les  rivières  gelées  de  l'Amérique  du  Nord 31 

Transmission  des  sensations  dans  les  nerfs  humains 33    » 

Essai  d'un  train  de  chemin  de  fer  de  Jersey  City  à  Philadelphie  (Bound  Brook 

Road) 35,75 

Ouragan , 40    » 

Ouragan  déracinant  les  arbres 45    » 

Chute  sur  le  sol  d'un  aérolithe  du  poids  d*environ  1''»  et  de  forme  cubique, 

d'après  John  Le  Conte 48,45 

<3uatre  pigeons  voyageurs  du  comte  Karolyi  en  1884.de  Paris  à  Pesth  (1293^" 

en  sept  heures) 51,31 

Vitesse  théorique  maximum   de   la   périphérie  du  volant  d'une  machine  à 

vapeur  '. 52,50 

Vol  maximum  de  la  mouche  (Muaca  dômes tica),  d'après  Pettigrew 53,35 

Déplacement  de  Torage  du  21  septembre  1881,  de  Cahors  à  Pradelles  (194^'" 

en  une  heure) 54 ,  17 

Chute  sur  le  sol  d'un  aérolithe  du  poids  d'environ  1^*  et  de  forme  sphérique, 

d'après  John  Le  Conte 60    » 

Vol  de  l'hirondelle 67    » 

Vol  d'un  oiseau  des  plus  fins  voiliers  (le  martinet) 88,90 

Cyclone  de  Wallingford  (Connecticut),  22  mars  1882,  d'après  Hazen 115, 78 

Vitesse  initiale  d'une  balle  de  fusil  à  vent  (compression  de  100  atmosphères). .  206    » 
Propagation  de  la  marée  due  au  tremblement  de  terre  d'Arica,  13  août  1868; 

d'Arica  à  Honolulu,  d'après  von  Hochstetter 227 

Vitesse  d'un  point  à  l'équateur  de  Mars 244    » 

Propagation  du  choc  d'une  explosion  dans  le  sable  humide,  d'après  Mallet...  290    » 
—         de  la  marée  due  au  tremblement  de  terre  de  Krakatoa,  27  août  1883  ; 

de  Krakatoa  à  Colon,  d'après  Bouquet  de  la  Grye 294    » 

Vitesse  d'un  point  situé  à  la  latitude  de  Paris  (rotation  autour  de  l'axe  ter-* 

restre) 305    » 

Vague  atmosphérique  due  au  tremblement  de  terre  de  Krakatoa,  27  août  1883  ; 

de  Krakatoa  à  Saint-Pétersbourg,  d'après  Rykatcheff. de  303  à  334    » 

Vitesse  du  son  dans  l'air  (-t-10*C.)(' ) 337    » 

Jet  de  vapeur  à  la  pression  de  1  ^  atmosphère  s'échappant  dans  l'air 343    » 

Vitesse  initiale  d'une  balle  de  fusil  (fusil  Martini-Henry) 385    » 

Air  à  la  pression  de  1  atmosphère  s'échappant  dans  le  vide 395    » 

Pierres  lancées  par  le  Vésuve,  d'après  Vézian 406    » 

Vitesse  initiale  d'une  balle  de  fusil  (fusil  Mauser) 425    » 

—  —  (fusil  Gras,  modèle  1874) 430    » 

Vitesse  d'un  point  à  l'équateur  de  Vénus 454    » 

—  —  de  la  Terre 463    » 

Vitesse  initiale  d'un  boulet  de  canon  (canon  de  l'armée  de  terre) 500    » 

Jet  de  vapeur  à  la  pression  de  3  atmosphères  s'échappant  dans  l'air 500    » 

—  —  5  —  —  ~  562    » 

—  —  1  —  —  dans  le  vide 582    » 

C)  La  vitesse  du  son  dans  Tair  augmente  de  0-,626  pour  chaque  degré  centigrade  d'élévation  de 
température. 


268  L'ASTRONOMIE. 

Mètrei 

par  a«eondc. 

Vitesse  initiale  d*un  boulet  de  canon  (canon  de  marine) de  605  à  700 

Propagation  du  mouvement  des  marées  dans  TOcéan  Pacifique  septentrional; 

maximum  d'après  Whewell 800 

Secousse  du  tremblement  de  terre  de  Viège,  25  juillet  1855;  _de  Viège  à  Stras- 
bourg, d'après  Otto  Volger 872 

Révolution  de  la  Lune  autour  de  la  Terre  (apogée) 970 

Pierre  lancée  par  le  volcan  de  Ténériflfe,  d'après  Vézian 975 

Vitesse  d'un  point  à  Téquateur  de  Mercure 1 034 

Vitesse  du  son  dans  Téther  sulfurique  (4- 10»  C!) 1  039 

Révolution  de  la  Lune  autour  de  la  Terre  (Périgée) — ". 1  080 

Vitesse  du  sol  dans  l'alcool  (  4- 10*  C.  ) 1 157 

Révolution  du  !!•  satellite  de  Mars  (Deimos) 1 157 

Vitesse  du  son  dans  l'acide  chlorhydrique  (+  10*  C.) 1 171 

-—            dans  l'essence  de  térébenthine  (-+- 10*  C.) 1276 

—  dans  l'eau  (+  8%1  G.),  d'après  Sturm  et  GoUadon I  435 

—  dans  le  mercure  (4-10*G.) :  1484 

—  dans  l'acide  azotique 1  535 

Révolution  du  !•'  satellite  de  Mars  (Phobos) 1 833 

Vitesse  du  son  dans  Peau  saturée  d'ammoniaque .' 1 842 

Vitesse  d'un  point  à  l'équateur  du  Sal^il 2  028 

Vitesse  du  son  dans  le  fanon  de  baleine 2  246 

Explosion  du  gaz  tonnant  (hydrogène  et  oxygène),  d'après  Berthelot 2  500 

Vitesse  du  son  dans  Tétain 2  550 

—  dans  l'argent 3  060 

Révolution  du  IV*  satellite  d'Uranus  (Obéron) 3 300 

Vitesse  du  son  dans  la  fonte 3  540 

—          dans  le  bronze,  dans  le  bois  de  chêne 3  628 

Vitesse  théorique  d'une  onde  séismique  dans   le    granité   compact,  d'après 

Ewing de  2  450  à  3650 

Révolution  du  VIII*  satellite  de  Saturne  ( Japet) 3  738 

Révolution  du  III*  satellite  d'Uranus  (Titania) 3  814 

Vitesse  d'un  point  à  l'équateur  d'Uranus 3  904 

Vitesse  du  son  dans  le  cuivre  rouge 4  080 

—  dans  le  bois  de  hêtre 4  250 

Révolution  du  satellite  de  Neptune 4  505 

Vitesse  du  son  dans  le  bois  de  frêne,  d'orme ." 4  896 

Révolution  du  II*  satellite  d'Uranus  (Umbnel  ) 4  906 

Vitesse  du  son  dans  le  bois  de  tilleul 5  100 

Révolution  de  Neptune  autour  du  Soleil 5  390 

Vitesse  du  son  dans  le  bois  de  pin 5  440 

—  dans  le  fer,  l'acier,  le  verre 5  668 

Révolution  du  I*'  satellite  d'Uranus  (Ariel) 5763 

Explosion  du  coton-poudre,  d'après  Abel  et  Nobel de  5180  à  5  790 

Révolution  du  VII*  satellite  de  Saturne  ( Hypérion) 5  794 

Vitesse  du  son  dans  le  bois  de  sapin 6 120 

Révolution  du  VI*satellite  de  Saturne  (Titan) 6398 

Vitesse  du  son  à  la  surface  du  Soleil  (  »  ) 6  591 

Révolution  d'Uranus  autour  du  Soleil 6  730 

{')  En  attribuant,  d'après  Roselti,  à  la  surface  du  Soleil  une  température  de  10 000»  C. 


TABLEAU  DE  DIVERSES  VITESSES.  269 

Mètres 
par  soconde. 

Vitesse  probable  du  Soleil  vers  la  constellation  d'Hercule  (entre  ic  etit).. . .  7  642 

Révolution  du  lYr  satellite  de  Jupiter  (  Galisto  ) 8  359 

Bévolution  de  Saturne  autour  du  Soleil 9584 

—  du  Y*  satellite  de  Saturne(Rhéa) 9741 

Vitesse  d'un  point  à  Téquateur  de  Saturne  ..•...'.>; 10  541 

Révolution  du  lll^  satellite  de  Jupiter  (Ganymède) 10  869 

Mouvement  propre  télescopique  de  Véga.., — 11 000 

Révolution  du  IV  satellite  de  Saturne  (Dioné).... 11516 

Vitesse  d'un  point  à  l'équateur  de  Jupiter 12  491 

Révolution  de  Jupiter  autour,  du  Soleil. 12  924 

—  du  III-  satellite  de  Saturne  (Téthys) 13038 

—  du  IP  satellite  de  Jupiter  (Europe) 13  999 

--        du  II«  satellite  de  Saturne  (Encelade) 14  568 

Mouvement  propre  télescopique  de  Sirius,  d'après  Gill  et  Elkin.. .... —  15  449 

Révolution  du  !•'  satellite  de  Saturne  (Mimas )... 16  425. 

—  !•'  satellite  de  Jupiter  (lo) 17  667 

Bolide  du  14  mai  1864;  aérolithe  d'Orgueil,  d'après  Laussedat... 20  000 

Mouvement  spectroscopique  de  la  Chèvre,  d'après  Ghristie  et  Maunder. ...  +  20  000 

Mouvement  spectroscopique  de  a  du  Centaure,  d'après.Gill  et  Elkin  (').*.•  23  174 

Révolution  de  Mars  autour  du  Soleil V'.«. 23  863 

Mouvement  propre  spectroscopique  de  Régulus,  d-a^ès  Huggins 27  000 

Révolution  de  la  Terre  autour  du  Soleil 29  516 

Révolution  de  Vénus  autour  du  Soleil 34  630 

Mouvement  propre  spectroscopique  de  Sirius,  d*après  Huggins. +  35  000 

Mouvement  propre  spectroscopique  de  Bételgeuse,  d'après  Huggins -+-  35  000 

Mouvement  spectre  de  p  Grande  Ourse,  d'après  Ghristie  et  Maunder +  38  000 

Mouvement  propre  télescopique  de  Sirius 38  600 

Mouvement  propre  spectroscopique  de  Castor,  d'après  Huggins  • 4-  40  000 

Mouvement  propre  télescopique  de  la  Chèvre.  : 47  100 

Révolution  de  Mercure  autour  du  Soleil 47  327 

Mouvement  spectroscopique  de  Régulus,  d'après  Ghristie  et  Maunder 4-  48  000 

Aérolithe  de  Pultusk,  30  janvier  1878,  d'après  Schiaparelli 54  000 

Mouvement  spectr.  de  a  d'Andromède,  d'après  Ghristie  et  Maunder —  56  000 

Mouvement  spectr.  de  a  de  la  Couronne,  d'après  Ghristie  et  Maunder +58000 

Mouvement  spectr.  d'Arcturus  et  de  Véga,  d'après  Ghristie  et  Maunder —  —  62  000 

Bolide  du  14  mars  1863,  visible  dans  l'Europe  centrale  et  occidentale 63  000 

Mouvement  propre'  Spectroscopique  de  Déneb,  d'après  Huggins —  63  000 

Mouvement  spectrôsc.  de  Procyon,  d'après  Ghristie  et  Maunder +  64  000 

Mouvement  propre  télescopique  de  la  61*  du  Cygne 64  300 

Mouvements  ordinaires  de  l'atmosphère  solaire de  30  000  à  65  000 

Mouvement  spectroscopique  de  Déneb,  d'après  Ghristie  et  Maunder —  65  000 

Étoiles  filantes,  d'après  A.  Newton  et  Schiaparelli de  12  000  à  71 000 

Bolide  du5  septembre  1868,  d'après  A.  Tissot 79000 

Mouvement  propre  spectroscopique  de  Pollux,  d'après  Huggins —  79  000 

Mouvement  propre  télescopique  d*Arctupus. . .....!...;..) 83  200 

—  —     spectroscopique  de  Véga,  d'après  Huggins —  85  000  " 

—  —                —             d'Arcturus,  d'après  Huggins — 88000 

Bolide  du  5  septembre  1868,  d'Autriche  en  France 88  000 

(^)La  lumière  met  environ  4  ans  à  nous  parvenir  de  cette  étoile  qui  est  la  plus  rapprochée  de  nous. 


270  L'ASTRONOMIE. 

Mètres 
par  seconde. 

Mouvement  spectroscopique  de  a  Grande  Ourse,  d'après  Huggins —  90  000 

Mouvement  propre  télescopique  de  e  de  l'Indien,  d'après  Gill  et  Ëlkin. ..  101  000 

—  spectroscopique  de  y  du  Lion,  d'après  Christie  et  Maunder . . .  —  102  000 
Mouvement  propre  télescopique  de  e  de  l'Éridan,  d'après  Ëlkin *     103  000 

—  —             —           de  o«  de  l'Érîdan,  d'après  Gill 1 11 000 

—  —             —           de  Lacaille  9352,  d'après  Gill 1 17  000 

Mouvement  spectroscopique  de  Bételgeuse,  d*après  Christie  et  Maunder. . .  +  121  000 

Mouvement  propre  télescopique  de  C  du  Toucan,  d'après  Ëlkin 163  ÎDOO 

—  --             —          de  1830  Groombridge  d'après  Bail 333  000 

Gonaète  de  Halley  au  périhélie , 393  000 

Tempête  de  l'atmosphère  solaire,  d'après  Young 402  000 

La  grande  comète  de  1882  au  périhélie,  d'après  Schiaparelli 480  000 

—  ^           1843  au  périhélie,  d'après  R.  S.  Bail 521  000 

Vitesse  qu*il  faudrait  imprimer  à  un  corps  à  la  surface  du  Soleil  pour 

le  projeter  hors  de  l'attraction  solaire,-  d'après  Flammarion 608  000 

Éruption  solaire,  d'après  Secchi 90O600 

Électricité  :  fil  télégraphique  sous-marin 4  000  000 

Gourant  voltaîque  dans  un  circuit  télégraphique. 1 1 690  000 

Courant  d'induction 18  400  000 

Électricité  :  fil  télégraphique  aérien 36  000  000 

Éclairs  dans  une  tache  solaire,  d'après  Peters  (Naples,  1845) 200  000  000 

Vitesse  de  la  lumière,  d'après  Cornu 300000000 

Gourant  électrique  provenant  de  la  décharge  d'une  bouteille  de  Leyde 

dans  un  fil  de  cuivre- de  0-,0017  de  diamètre 463  500000 

CALCULS  RELATIFS  A  LA  PESANTEUR. 

Chute  d'un  corps  à  la  surface  de  Mars 3*,43 

—  —  —            Vénus 4,41 

—  —  —            Neptune 4  ,67 

—  —  —            Mercure 5  ,28 

—  —  —            Uranus 10  ,30 

—  —  —            Saturne.., 10,80 

—  —  —            Jupiter 24,47 

—  —  —      du  Soleil 269,77 

Chute  d'un  corps  à  la  surface  de  la  Terre  après  1  seconde  de  chute 9  ,81 

—  —                —                   —        après  2  secondes  de  chute 19  ,62 

—  —                —                   —        après  une  chute  de  50  mètres 31,33 

—  —                 —                    ~       après  une  chute  de  100  mètres 44  ,29 

—  —                —                   —       après  une  chute  de  200  mètres 6i  ,63 

—  —                —                   —       après  une  chute  de  300  mètres 76  ,72 

Chute  d'un  corps  après  10  secondes  de  chute 98  ,09 

Vitesse  qu'il  faudrait  imprimer  à  un  corps  pour  le  projeter  hors  de  l'attraction 

delà  Lune,  d's^irès  L^lace 2  396 

Vitesse  théorique  d'un  corps  qui  arriverait  au  centre  de  la  Terre  après  une 

chute  de  19-10',  d'après  Flammarion 9  546 

Vitesse  qu'il  faudrait  imprimer  à  un  corps  pour  le  projeter  hors  de  l'attraction 

de  la  Terre,  d'après  Flammarion 11  700 

James  Jackson. 


NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS. 

NOUVELLES  DE  LA  SCIENCE.  —  VARIÉTÉS. 


271 


Nuages  singnUers.  —  J'ai  constaté,  le  24  avril  dernier,  un  phénomène  météo- 
rologique qui  mérite,  je  crois,  d'être  signalé  dans  la  Revue. 

Ce  jour-là,  le  temps  avait  été  beau  toute  la  matinée.  Dans  l'après-midi,  le  ciel 
devint  nuageux  (cirri-cumuli),  et  le  soir,  avant  7^30™,  heure  à  laquelle  commence 
le  phénomène,  des  nuages  de  formes  différentes  couvraient  le  ciel  en  tous  sens. 
A  1^  35",  l'horizon  Nord-Ouest  s'éclaircit  presque  subitement  sur  une  longueur 
de  25»  environ  sur  15o  de  hauteur  formant  demi-lune,  et,  en  fort  peu  de  temps, 

Fig.  93. 


je  vis  tous  les  nuages,  de  1  Ouest  à  l'Est  et  jusqu'au  zénith,  se  séparer  et  prendre 
la  forme  conique.  La  pointe  tronquée  vers  le  point  de  convergence,  le  Nord-Ouest. 
C'était  alors  un  immense  éventail,  composé  de  dix-huit  pièces,  dix-huit  nuages 
gris-foncé,  à  l'exception  des  deux  du  milieu,  très  noirs  et  composés  de  cirri  super- 
posés, conservant  néanmoins  dans  l'ensemble  la  forme  allongée  des  autres.  Ces 
deux-là  atteiignaient  le  zénith;  les  autres,  d'ailleurs,  do  même  longueur  et  les 
deux  formant  les  côtés  de  l'éventail  rasant  l'horizon.  Entre  tous  ces  nuages,  se 
touchant  presque,  le  fond  du  ciel  était  plutôt  gris  que  clair.  Vent  Nord-Est  assez 
fort.  Baromètre  tombant  de  757  le  matin  à  750  à  l'heure  du  phénomène,  lequel 
persista  ainsi  une  demi-heure. 

Mais  rien  de  bien  extraordinaire  encore  jusqu'ici;  cette  orientation  des  nuages 
n'est  pas  rare.  Le  plus  curieux  est  ce  qui  se  produisit  eusuite. 

A  8*»,  voyant  les  nuages  se  déformer,  j'allais  me  retirer,  lorsque  je  m'aperçus 
que  ces  mêmes  nuages  se  déplaçaient  tout  d'une  pièce.  Ceux  qui  formaient  la 
moitié  Ouest  de  l'éventail  s'ei^  allant  converger  vers  Sud-Ouest,  où  s'était  produite 
une  éclaircie  horizontale,  comme  tout  à  l'heure  au  Nord-Ouest.  Un  nouvel  éven- 
tail se  formait  avec  le  concours  de  nuages  venus  du  Sud.  Les  lamelles  inférieures 


•272  L'ASTRONOMIE. 

de  celui-ci  étaient  plus  étroites  que  dans  le  premier  et  conséquemment  plus  nom- 
breuses en  approchant  de  Thorizon. 

En  même  temps,  un  semblable  phénomène  se  produisait  à  TEst  de  la  même 
façon,  mais  tous  deux  ne  durèrent  que  15  à  18  minutes. 

La  direction  du  vent  n'avait  pas  changé,  et,  avant  9^,  les  nuages  n'avaient  plas 
de  formes  régulières. 

J.  QUÉLIN, 
Directeur  de  l'Observatoire  populaire  des  Ponts-de-Cé. 

Taches  solaires  visibles  à  Tœil  nv.  — -  Deux  taches  solaires  étaient  visibles 
à  l'œil  nu  le  H  juin  dernier  ;  M.  Maurice  Jacquot  au  Havre,  M.  A.  Gunziger  en 
Angleterre,  MM.  Bruguière  et  Lihou  à  Marseille  les  ont  suivies  avec  soin  et  en 
ont  adressé  d'excellentes  descriptions  à  la  direction  de  la  Revue.  Nous  publierons 
prochainement  la  curieuse  allure  de  la  décroissance  de  Tactivlté  solaire. 

Iinenrs  crépusculaires,  aurores  ]>or6ales,  taches  solaires.  —  On  a  remar- 
qué à  Juvisy,  au  Havre,  à  Orgères,  à  Orléans,  à  Argentan  à  Marseille,  etc,  au 
milieu  de  juin,  notamment  le  12»  une  nouvelle  recrudescence  dans  les  lueurs 
crépusculaires.  Notre  correspondant  du  Havre,  M.  Jacquot,  qui  observe  assidû- 
ment les  taches  solaires,  émet  l'idée  que  peut-être  ces  lueurs  ont  été  prolongées 
par  des  aurores  boréales.  Or,  on  nous  écrit  précisément  d'Amsterdam  que  préci- 
sément le  12,  a  après  un  coucher  de  soleil  splendide  et  d'une  incandescence  rare 
dans  les  pays  du  nord  »  une  magnifique  aurore  boréale  a  illuminé  Thorizon 
pendant  toute  la  nuit,  c'est-à-dire  de  10*»  à  2*».  Ce  même  jour  une  énorme  tache 
solaire  était  visible  à  l'œil  nu.  Il  y  a  là  une  coïncidence  remarquable  constatée 
par  deux  correspondants  de  l'Astronomie,  Tun  au  Havre,  l'autre  à  Amsterdam 

Fausse  alerte.  —  Le  15  juin  dernier,  nous  recevions  la  dépêche  suivante,  datée 
de  Praïa  San  Thiago . 

«  Bruit  court  que  vous  avez  prédit  un  tremblement  de  terre  qui  ferait  dispa- 
raître une  partie  des  îles  du  Cap  Vert.  Population  consternée.  Chargé  de  m'infor- 
mer  si  vous  avez  fait  semblable  pronostic.  » 

«  HiPOLITO  Andrade.  » 

Nous  avons  répondu  que  jamais  nous  n'avions  rien  annoncé  de  pareil,  que 
d'ailleurs  personne  ne  peut  connaître  d'avance  l'arrivée  d'un  tremblement  de 
terre,  et  que  par' conséquent  les  craintes  des  habitants  des  îles  du  Cap  Vert  sont 
entièrement  chimériques.  Quelle  peut  être  l'origine  de  cette  funèbre  prédiction? 
On  nous  intéresserait  en  nous  l'apprenant.  Déjà,  il  y  a  quelques  années  (Voir  la 
Revue,  1883,  N®  106),  on  nous  avait  fait  annoncer  dans  l'Amérique  du  Sud  et  à  Tîle 
de  la  Réunion,  l'arrivée  d'une  grande  comète  qui  devait  rencontrer  la  Terre  sur 
son  passage.  Nous  nous  sommes  empressé  de  démentir  ce  bruit  dès  qu'on  nous 
l'eût  fait  connaître.  Mais  à  peine  notre  démenti  était-il  publié  que  la  grande 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  273 

comète  de  1882  faisait  effectivement  son  apparition  sur  Thémisphère  austral. 
Malgré  tout,  on  a  persisté  à  croire  que  nous  Tavions  annoncée. 

Espérons  qu'il  n'en  sera  pas  de  même  cette  fois-ci  pour  un  tremblement  de 
terre  des  îles  du  Cap  Vert.  C.  F. 

La  Terre  et  rHomme.  —  Dans  une  note  bien  curieuse  et  bien  originale 
{Astronomie,  .1884,  p.  267)  on  compare  les  traditions  des  indigènes  de  Bantam  avec 
celles  des  anciens  Grecs.  Voulez-vous  me  permettre  de  compléter  ce  renseigne- 
ment? Atlas  est  plutôt  le  porte  ciel  que  le  porte  terre  : 

Gœlifer  Atlas 
Axem  humero  torquet  stellis  ardentibus  aptum. 

{Enéide,  VI,  796.) 

Mais  les  volcans  et  les  hautes  montagnes  (de  Sicile)  ont  en  quelque  sorte  pour 
base  le  corps  foudroyé  d'un  géant  (Eryx,  Encelade).  Ces  géants,  las  de  reposer  suf 
un  côté,  se  retournent  parfois,  et  ,en  se  retournant,  ébranlent  les  montagnes  : 

Fama  est  Enceladi  semiustum  fulmine  corpus 
Urgeri  mole  bac,  ingentemque  insuper  ^tnam 
Impositam  ruptis  flammam  exspirare  caminis, 
£t  fessum  quoties  mutât  latus,  intremcre  omnem 
Murmure  Sicaniam  et  cœlum  subtex^re  fume. 

{Enéide,  III,  580.) 

Tout  y  est  :  le  géant  qui  porte  la  montagne,  «  ^tnam  insuper  impositam  »,  dont 
les  mouvements  «  mutât  latus  »  produisent  les  tremblements  de  terre  «  intre- 
mere  »,  les  bruits  souterrains  «  murmure  »,  et  l'éruption  «  cœlum  subtexere 
fumo.  i> 

On  ne  peut  accuser  Virgile  d'avoir  copié  les  indigènes  de  Java  :  il  n'a  fait  que 
transcrire  fidèlement,  comme  toujours,  les  légendes  grecques  ou  pélasgîques. 

Mais  quelle  conclusion  en  tirer? 

Pendant  que  FAstronomie  nous  montre  Tunité  physique  et  chimique  du  monde, 

la  comparaison  entre  les  légendes  des  peuples  nous  donne  une  preuve  de  plus  de 

Tunité  de  l'esprit  humain  :  unité  partout,  mais  dans  quelle  admirable  et  infinie 

variété  ! 

Un  lecteur  assidu  de  l'Astronomie, 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES 

A  FAIRE  DU  15  JUILLET  AU  15  AOUT  1885. 

Dans  notre  article  du  mois  de  juin  (p.  235),  à  propos  du  commencement  des 
saisons,  nous  avons  signalé  la  différence  qui  existe  entre  les  chiffres  de  la 
Connaissance  des  Temps  et  ceux  du  Nautical  Almanac,  et  nous  avons  accusé 
les  calculateurs  du  Bureau  des  Longitudes  de  s'être  servis  de  la  publication  anglaise 
pour  leurs  opérations.  M.  le  Président  du  Bureau  des  Longitudes  a  adressé  sur  ce 


274  L'ASTRONOMIE. 

point  à  la  Direction  de  la  Revue  une  rectification  que  nous  nous  empressons 
d'insérer. 

Monsieur  le  Directeur, 

Dans  le  n»  6  (juin)  de  l'Astronomie,  je  lis  des  critiques  mal  fondées  à  l'adresse 
du  Bureau  des  Longitudes,  de  son  Annuaire  et  de  la  Connaissance  des  Temps. 
Ces  critiques  résultent  de  la  confusion  que  l'auteur  de  l'article  a  faite  entre  les 
longitudes  du  Soleil  qui  sont  données  dans  la  Connaissance  des  Temps  pour  188j, 
p.  36-44,  sous  les  titres  Équinoxe  moyen  et  Équinoxe  apparent.  Ce  sont  les 
secondes  longitudes  et  non  les  premières  qui  doivent  servir  au  calcul  deTiastant 
où  commence  chaque  saison. 

J'espère  qu'il  suffira  de  vous  signaler  cette  méprise  pour  que  vous  vous  em- 
pressiez de  la  reconnaître  dans  le  prochain  numéro  de  votre  Revue,  et  de  déclarer 
qu'aucune  erreur  n'est  à  relever  à  ce  sujet  dans  la  Connaissance  des  Temps  ni 
dans  VAnnuaire. 

Agréez,  Monsieur  le  Directeur,  l'expression  de  mes  sentiments  les  plus  distingués. 

Le  Président  du  Bureau  des  Longitudes, 
H.  Faye. 

Principaux  oitfets  oélesCes  en  évidence  pour  robserration. 

1o  CIEL  ÉTOILE  : 

Pour  l'aspect  du  Ciel  étoile  durant  cette  période  de  l'année,  il  faut  se  reporter 
soit  aux  cartes  publiées  dans  la  première  année  de  la  Revue,  soit  aux  descrip- 
tions données  dans  Les  Étoiles  et  les  Curiosités  du  Ciel  (p.  594  à  635).  La  lon- 
gueur des  jours  décroissant  déjà  rapidement  ainsi  que  la  durée  du  crépuscule, 
les  observations  astronomiques  deviennent  plus  agréables  et  plus  faciles,  sur- 
tout durant  les  douces  soirées  d'août. 

2»  SYSTÈME  SOLAIRE  : 

Soleil.  —  Le  15  juillet,  le  Soleil  se  lève  à  4*»  14™  du  matin  et  se  couche  à 
7*»57«  du  soir;  le  i*»"  août,  le  lever  a  lieu  à  4*» 35»  et  le  coucher  à  7*»37«;  enfin,  le 
15  août,  l'astre  du  jour  se  montre  au-dessus  de  l'horizon  à  4*>54",  pour  dispa- 
raître à  7'>14«n.'La  durée  du  jour  est  de  15*»  43»»  au  15  juillet,  de  15^2"  au  !«'  août 
et  de  14*»20™  au  15  août.  Du  15  juillet  au  15  août,  les  jours  décroissent  de  40"  le 
matin  et  de  43™  le  soir,  ce  qui  donne  une  diminution  totale  de  1^23™  pour  cet 
intervalle  d'un  mois. 

La  déclinaison  boréale  du  Soleil  continue  à  diminuer  :  elle  est  de  21o29'  au 
15  juillet  et  de  13'' 56'  seulement  au  15  août,  ce  qui  fait  une  diminution  consi- 
dérable de  7o33'. 

Le  solstice  d'été  est  l'époque  où  la  chaleur  solaire  possède  son  maximum  d'ac- 
tion, puisque  le  Soleil  atteint  alors  sa  plus  grande  hauteur  aurdessus  de  l'horizon; 
mais  ce  moment  ne  coïncide  pas  avec  les  plus  grandes  chaleurs  de  l'année.  En 
eflfet,  plus  le  sol  s'échauffe  par  pénétration  des  rayons  solaires,  plus  aussi  il  se 
refroidit  par  rayonnement,  durant  le  jour  et  durant  la  nuit.  Or.  au  solstice  d'été, 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES. 


275 


il  n'y  a  pas  encore  équilibre  entre  le  gain  et  la  perte.  Jusqu'au  15  juillet,  bien 
que  la  quantité  de  chaleur  reçue  aille  en  diminuant,  le  gain  reste  sans  cesse 
supérieur  à  la  perte.  Puis  l'équilibre  établi  se  maintient  jusqu'au  20  juillet,  pour 
se  rompre  ensuite  au  profit  des  pertes  journalières  causées  par  le  rayonnement. 
Dans  nos  climats  tempérés,  le  mois  le  plus  chaud  de  Tannée  est  le  mois  de 
juillet,  de  sorte  que  le  véritable  été  correspond  aux  mois  de  juin,  juillet  et  août. 
Lune.  —  Ce  n'est  guère  que  vers  les  époques  du  Premier  et  du  Dernier  Quar- 
tier que  la  Lune  se  présente  dans  de  bonnes  conditions  pour  l'observation;  dans 
le  voisinage  de  la  Pleine  Lune,  le  26  juillet,  la  hauteur  de  notre  satellite  n'est 
que  de  25o30'  au-dessus  de  l'horizon  de  Paris,  lors  du  passage  au  Méridien.  Rap- 
pelons qu'une  lunette  astronomique,  de  moyenne  puissance,  est  indispensable 
pour  l'étude  si  intéressante,  si  captivante  de  la  surface  lunaire. 


Phases. 


(  PQ  le  19  juillet,  à    0''29-  matin. 
*'     PL  le  27      »      à   2  32        » 


DQ  le    3  août,  à  10''  5-  soir. 
NL  le  10     »      à  0  23       » 


Occultations  et  appulse  visibles  à  Paris. 

Deux  occultations  et  une  appulse  seront  visibles  à  Paris,  dans  la  première 
moitié,  du  15  juillet  au  15  août  1885. 

f  m  Vierge  (6*  grandeur),  le  18  juillet,  de  10*$0-  à  10M8-  du  soir.  L'étoile  s'éteint 
en  un  point  situé  à  6*  à  gauche  du  point  le  plus  élevé,  dans  la  partie  obscure  du  disque 
de  la  Lune,  et  réapparaît  en  un  autre  point  placé  à  43*"  au-dessus  du  point  le  plus  occi- 
dental, dans  la  partie  éclairée.  Cette  occultation,  qui  est  représentée  (fig,  94  pour  Paris, 


FlR.  04. 


Fig.  95. 


Occultation  de  m  Vierge  par  la  Lune, 
le  18  juillet,  de  lOi^-iO-  à  10'»48«  du  eoir. 


Appulse  de  29  Ophiuchus, 
le  22  juillet,  à  il'»!- du  soir. 


pourra  être  observée  dans  la  plus  grande  partie  de  l'Europe  occidentale.  A  Londres,  le 
phénomène  n'aura  qu'une  durée  de  17". 

2"  o'  Balance  (u-5  grandeur),  le  20  juillet,  de  li''ii-  à  12'*  16"  du  soir.  Cette  seconde 
composante  de  la  double  o  sera  occultée  par  le  disque  de  la  Lune.  Elle  disparaîtra  dans 
la  partie  obscure  du  disque^  à  40*  au-dessus  du  point  le  plus  à  gauche  (Est)  et  réappa- 
raîtra dans  la  partie  éclairée,  à  ?•  au-dessous  du  point  le  plus  à  droite  (Ouest).  A  Paris 


276  L'ASTRONOMIE. 

la  sortie  de  l*étoile  ne  sera  pas  observable,  attendu  que  la  Lune  sera  depuis  une  minute 
au-dessous  de  l'horizon.  Mais  dans  Touest  de  la  France,  la  fin  du  phénomène  pourra 
être  observée,  de  môme  qu'à  Greenwich. 

3»  29  Ophiuchus  (6*  grandeur),  le  22  juillet,  à  11''  1"  du  soir.  A  Paris,  il  y  auraappulse 
et  Tétoile  ne  fera  que  frôler  le  bord  lunaire  (voir  la  fig,  95),  en  un  point  situé  à  20*  à 
gauche  et  au-dessus  du  point  le  plus  bas.  La  distance  minimum  ne  sera  alors  que  de 
(y,l.  Mais  au  nord  de  la  capitale,  même  à  très  faible  distance,  il  y  aura  occultation 
complète,  et  la  durée  de  la  disparition  de  Tétoile  sera  d'autant  plus  considérable  que 
l'astronome  sera  plus  éloigné  de  l'Observatoire  national.  A  Londres,  le  phénomène  ne 
durera  pas  moins  de  30". 

Occultations  diverses. 

Les  lecteurs  de  Y  Astronomie  qui  habitent  les  diverses  parties  de  la  Terre 
pourront  encore  observer  les  importantes  occultations  suivantes  : 

!•  (Jranus,  le  16  juillet,  vers  12'"  du  soir.  Les  latitudes  extrêmes  des  lieux  entre  les- 
quels l'observation  pourra  être  faite  sont  2»B  et  75*  A. 

2*  p*  Capricorne  (3*  grandeur),  le  26  juillet,  à  II*"  du  soir.  Les  limites  de  latitude  sont 
4-A  et69«A. 

3»  Aldébaran  (1"  grandeur),  le  5  août,  vers  S*»  du  soir.  Cette  curieuse  occultation 
pourra  être  observée  dans  le  Mexique,  les  États-Unis  et  la  Nouvelle-Bretagne. 

i*  Uranus,  le  13  août,  vers  11*"  du  matin,  temps  moyen  de  Paris.  L'observation  pourra 
être  faite  dans  Tlndo-Chine  et  l'archipel  de  la  Sonde. 

Le  25  juillet,  à  9^  du  matin,  la  distance  de  la  Lune  à  la  Terre  est  apogée  : 
405 500^°»;  diamètre  lunaire  =  29'27'6. 

Le  9  août,  à  10^  du  matin,  la  distance  de  la  Lune  à  la  Terre  est  périgée  : 
358400»^;  diamètre  lunaire  =  33' 19' 6. 

Mercure.  —  Cette  brillante  et  rapide  planète  continue  à  se  présenter  dans  des 
conditions  assez  bonnes  pour  Tobservation,  dans  notre  hémisphère.  Mais  les 
astronomes  de  Thémisphère  sud  seront  beaucoup  mieux  favorisés  que  nous,  car 
ils  pourront  voir  la  planète  près  de  deux  heures  après  le  coucher  du  Soleil.  Le 
plus  souvent,  une  jumelle  marine  sera  nécessaire  pour  bien  distinguer  Mercure 
dans  le  Ciel  de  FOccident. 

Jours.  Passage  Méridien .  Coucher.  Différence  Soleil.    ConstellatioB. 

17  Juillet l''30-  soir.  8»'59'"  soir.  1»»  4-  Cancbr. 

21        »      1  39         »  8  55         u  14  Lion. 

25        »      1  45          «  8  48         »  12  » 

29       »      1  49         »  8  41         »  10  » 

1"  Août 1  50         «  8  33         »  0  56  • 

5        0      l  49         »  8  21  «  0  50 

7       »      1  48         u  8  15         .  0  48  •> 

9       »      1  45         î»  8    8         »  0  44  • 

Du  15  juillet  au  15  août,  le  mouvement  de  Mercure  ne  cesse  d'être  direct.  Le 
6  août,  à  3*»  du  matin,  cette  planète  atteindra  sa  plus  grande  élongatîon  orientale: 
27o21'.  Malgré  cette  élongation  importante,  nous  ne  voyons  Mercure  que  pendant 
une  heure.  Cela  tient  à  ce  que  la  déclinaison  boréale  de  cet  astre  est  inférieure 
de  plus  de  8<>  à  celle  du  Soleil. 

Le  17  juillet,  à  2^  de  l'après-midi.  Mercure  et  Vénus  seront  en  conjonction,  à 


OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  277 

la  faible  distance  de  11'.  Le  soir,  on  pourra  reconnaître  les  deux  astres  dans  le 
champ  d'une  même  lunette,  Mercure  au  sud  de  Vénus.  Le  26  juillet,  à  1^  du 
matin,  nouvelle  conjonction  :  Mercure  se  trouvera  à  12'  au  sud  de  l'étoile  de  pre- 
mière grandeur,  Régulus  du  Lion.  Le  4  août,  autre  conjonction  avec  Jupiter,  la 
planète  étant  visible  à  2od2'  au  sud  du  géant  de  notre  système  solaire.  Enfin,  le 
B  août,  seconde  conjonction  de  Mercure  et  de  Vénus,  VÉtoile  du  Berger  se  mon- 
trant à  3o42'  au  sud  du  rapide  Mercure. 

On  peut  donc  remarquer  que,  pendant  trois  semaines  au  moins,  quatre  astres 
des  plus  brillants  :  Mercure,  Vénus,  Jupiter  et  Régulus  seront  visibles  dans  un 
coin  très  restreint  du  Ciel,  peu  après  le  coucher  de  Tastre  du  Soleil.  C'est  là  un 
fait  très  rare  et  dont  les  lecteurs  de  la  Revue  devront  se  hâter  de  profiter.  Une 
jumelle  marine  sera  nécessaire  chaque  soir. 

Le  {•'  août,  le  diamètre  de  Mercure  est  de  6'8;  sa  distance  à  la  Terre  de 
142  millions  de  kilomètres  et  sa  distance  au  Soleil  de  65  millions  de  kilomètres. 

VÉNUS.  —  Vénus  se  rapproche  rapidement  de  nous.  Du  15  juillet  an  15  août, 
cette  planète  se  couche  sensiblement  une  heure  après  le  Soleil.  Elle  parait  sta- 
tionnaire.  Il  est  très  facile  de  l'apercevoir,  malgré  la  lueur  crépusculaire,  peu 
après  la  disparition  du  Soleil. 

Joars.  Passage  Méridien.              Goacber.              Différence  Soleil.     Constellation. 

17  Juillet l^aO-  soir.  O»"  0-  soir.  l""  5-  Gancbr. 

20       p      1  32         »  8  57         »  15  Lion. 

23        »      1  35          «  8  53         -  15  » 

26       p      l  37         »  8  49         ».  t    4  » 

29       »      1  40         »  8  45         -  14  » 

!•'  Août 1  42         H          .  8  40         .  13  » 

4        .      1  44         »  8  35         ^  13  p 

7        »      1  46         p  8  30         p  13  p 

10       p      1  47         p  8  25         p  13  p 

13        p      1  49         p  8  19         p  12  p 

Comme  celui  de  Mercure,  le  mouvement  de  Vénus  est  direct.  Le  28  juillet, 
à  3*»  du  matin,  conjonction  de  Régulus  et  de  Téclatante  Vesper^  celle-ci  étant 
à  1®4'  au  nord  de  l'étoile  de  première  grandeur.  Le  6  août,  à  7'»  du  matin,  con- 
jonction de  ÏÉtoile  du  Berger  avec  Jupiter;  la  distance  des  deux  astres  est  de 
26'  seulement.  Le  8  août,  à  5*»  du  soir,  conjonction  de  Vénus  et  de  Mercure. 
Quatrième  conjonction  de  la  planète  le  12  août,  à  midi;  Vénus  se  trouvera 
&  2ol3'  au  nord  de  la  Lune. 

Le  l«'août,  le  diamètre  de  Vénus  est  de  11';  sa  distance  à  la  Terre  est  de 
225  millions  de  kilomètres  et  de  107  millions  de  kilomètres  du  Soleil. 

Mars.  —  Cette  planète  est  de  plus  en  plus  facile  à  trouver  le  matin,  dans  le 
ciel  de  TOrient,  à  travers  les  constellations  du  Taureau  et  des  Gémeaux. 

Joars.  Lever.  Passage  Méridien.  Constellation. 

17  Juillet l''33"  matin.  9'' 35-  matin.  Taureau. 

21         »      1  27         p  9  31         p  « 

25  p      1  22         »  9  27         »  « 

29         118         p  9  23         »  p 


278  L'ASTRONOMIE. 

Jonrs.  Lever.  Passage  Méridien.  Gonstellatioii. 

2  Août l*»  13"       »  9»»  19"       »  GÉMEAUX. 

6      »     19         »  9  15         »  » 

10      »     16         >i  9  11         »  » 

14  »     ..  11         i)  9    6         »  » 

Le  mouvement  de  Mars  est  toujours  direct  et  dirigé  vers  TEst.  Le  21  juillet, 
on  distinguera  la  planète  à  2o30'  au  nord  de  Ç  Taureau.  Le  6  août,  au  soir,  Mars 
se  trouvera  à  lol6'  au  nord  de  l'étoile  de  3«  grandeur,  jjl  Gémeaux,  et  à  lo20'  au 
nord  de  Saturne.  Le  7  août,  au  matin,  on  pourra  placer  les  trois  astres  dans  le 
champ  d'une  même  lunette. 

Le  !•»*  août,  le  diamètre  de  Mars  est  de  5*2;  la  distance  de  la  planète  à  la 
Terre  est  de  319  millions  de  kilomètres  et  de  224  millions  de  kilomètres  du 
Soleil. 

Petites  planètes.  —  Cérès  est  encore  facile  à  reconnaître  dans  la  Vierge, 
au-dessous  et  dans  le  voisinage  de  Ç,  étoile  de  3-5  grandeur.  Mais  la  petite  pla- 
nète s'éloigne  de  nous  et  va  bientôt  cesser  d'être  visible. 

Jours.  Passage  Méridien.  Coucher  de  Gérés.  ConsteUation 

15  Juillet 5'»34*    soir.  11»» 41"  matin.  Vierqb. 

20      »      5  19         »  11  22         >»  » 

25      »      5    4  »